Le était un groupe de samouraïs de la fin du shogunat Tokugawa.
Principalement composé de rōnins, le Shinsen gumi était responsable de la sécurité de Kyoto pendant les événements du Bakumatsu (1853-1868), d'abord sous l'autorité de Matsudaira Katamori, puis directement sous celle du shogun. Lors de la dégradation du conflit, le groupe fut l'un des derniers remparts du Bakufu, avec le domaine d'Aizu, face aux impérialistes des ishin shishi. Leur renommée est associée à l'efficacité d'une organisation de guerriers très compétents soumis à un règlement basé sur un code d'honneur strict.
Le Shinsen gumi se composait de dix divisions avec, à sa tête Kondō Isami, jusqu'à sa mort en 1868 ; le groupe fut ensuite dirigé par Hijikata Toshizo. L'organisation comptait parmi ses meilleures recrues les capitaines Okita Sōji, Saitō Hajime et Nagakura Shinpachi.
Les rares survivants continuèrent néanmoins à servir le gouvernement de Meiji dans des carrières ayant un lien avec le maintien de l'ordre.
Contexte historique
L'arrivée du commodore Matthew C. Perry dans la baie de Tokyo en plongea le Bakufu dans la tourmente. Plusieurs volontés s'affirmèrent : ceux qui voulaient trouver un compromis avec les étrangers, l'empereur qui souhaitait les renvoyer et les daimyos qui voulaient la guerre. En l'absence de consensus, le Bakufu finit par accepter les demandes de Perry en ouvrant le Japon au commerce extérieur, tout en faisant des préparations militaires internes.
Se développe alors massivement le Sonnō jōi, « Révérer l'empereur, expulser les barbares », une philosophie politique dérivée du néo-confucianisme. Ce slogan vient du mélange de la théorie de la loyauté absolue à l'empereur et de la crise d'identité que subit le Japon lors du traité de Kanagawa de 1853. Il devint un cri de ralliement dans les provinces de Chōshū et de SatsumaHillsborough, ..
Ce sentiment prend même le pas sur les appartenances claniques puisque nombre de samouraïs quittèrent leur domaine malgré la menace de peine de mort pour désertion. Ces samouraïs devenus rōnin se réunirent à Kyoto et commencèrent à causer de plus en plus de troubles dans la capitaleHillsborough, , 30..
Rōshi gumi Certains partisans du sonnō jōi voulaient exploiter les technologies étrangères afin de mieux combattre les puissances occidentales. Pour cela, ils s'allièrent avec le Bakufu qui, lui, trouva opportun d'employer ces rōnin plutôt que de supporter leur présence errante dans Kyoto. Ainsi furent formés en 1863 des roshi-tai ou rōnin-tai, un groupe de guerriers engagés sous les ordres du Bakufu. Un curieux concours de circonstances fit que Hachiro Kiyokawa soit dépêché pour recruter les rōnin, ce dernier étant en fait contre le Bakufu. Les tests d'entrée étaient basés sur une évaluation du niveau de kenjutsuHillsborough, ..
Dans la province de Tama, près d'Edo, au Shieikan, on enseignait une école de sabre appelée le Tennen Rishin-ryū. Kondo Isami, héritier de Kondō Shūsuke, en était le maître. Parmi ses élèves et amis se trouvaient Hijikata Toshizō, Okita Sōji et Inoue Genzaburō. Ceux qui fréquentaient occasionnellement le dojo étaient Yamanami Keisuke, Tōdō Heisuke, Harada Sanosuke et Nagakura Shinpachi. Ardents patriotes, ils répondirent à l'appel des roshi-tai de Hachiro Kiyokawa.
À Kyoto, Serizawa Kamo attendait d'être exécuté à la suite de sa participation à la rébellion de Mito. Mais il fut épargné par Kiyokawa qui avait besoin de rōnin expérimentés pour son groupe de gardes du corps du shogun Tokugawa Iemochi en vue d'un voyage historique à Kyoto. Serizawa rejoint Kiyokawa avec ses amis du Tengu-to (un groupe extrémiste jōi), Niimi Nishiki, Noguchi Kenji, Hirayama Goro et Hirama Juusuke. Il est désigné officier.
Le groupe s'appelle alors le Rōshi gumi. Lors du voyage d'Edo vers Kyoto, Kondo fut chargé des réservations d'auberge pour les deux cent trente-quatre rōnin. Un jour, il oublia une chambre pour Serizawa, en réaction, ce dernier mit le feu à l'auberge.
Scission du groupe à Kyoto Bien que s'affichant pro-Bakufu, en réalité, Kiyokawa souhaitait utiliser ses rōnin au service de la faction impérialiste révolutionnaire. Les Roshi gumi arrivèrent à Kyoto en et logèrent au village de Mibu. Quelques jours plus tard, Kiyokawa demanda aux rōnin de retourner à Edo afin de servir la cause de l'empereur. Serizawa, Kondo et leurs amis refusèrent. Après une rixe, le Rōshi gumi repartit à Edo laissant treize hommes sur place, dont Kondo et Serizawa. Kiyokawa prévoyait de se servir de son nouveau groupe, le Shincho gumi, pour attaquer le comptoir étranger de Yokohama. Le Bakufu eut vent de la trahison et fit assassiner Kiyokawa par Sasaki Tadasaburo, chef du Kyoto mimawarigumi.
En fait, Kondo et Serizawa avaient passé un accord secret avec Matsudaira Katamori, le daimyo d'Aizu et commissaire militaire de Kyoto qui les nomma défenseurs de Kyoto. Ils se firent appeler Mibu roshi gumi. Mais le groupe était sans ressources ni salaire, ce qui explique en partie l'accroissement de l'extorsion et du racket exercé par certains bushi sur les commerçants de Kyoto.
Première organisation vignette|Kondō Isami. 200px|vignette|Hijikata Toshizō. Les treize rōnin recrutent soixante-dix nouveaux membres venant de Kyoto, d'Osaka et des alentours et hiérarchisent leur groupe.
Kyokuchō (capitaines) : Serizawa Kamo (menkyo kaiden du Shindō Munen-ryū) ; Kondō Isami ((shihan et soke du style Tennen Rishin-ryū, dojo Shieikan) ; Niimi Nishigi (menkyo kaiden du Shinto Munen ryu). Fukuchō (vice-capitaines) : Hijikata Toshizō (mokuroku du Tennen Rishin-ryu) ; Yamanami Keisuke (menkyo kaiden du Hokushin Itto-ryu). Jokin (caporaux) : Okita Sōji (menkyo kaiden du Tennen Rishin-ryu) ; Nagakura Shinpachi (menkyo kaiden du Shinto Munen-ryu) ; Harada Sanosuke (menkyo kaiden du Taneda Houzouin-ryu) ; Tōdō Heisuke (Hokushin Itto-ryu mokuroku) ; Inoue Genzaburō (mokuroku du Tennen Rishin-ryu) ; Hirayama Goro (menkyo kaiden du Shinto Munen-ryu) ; Noguchi Kenji (mokuroku du Shinto Munen-ryu) ; Hirama Juusuke (mokuroku du Shinto Munen-ryu) ; Saito Hajime (maître du Mugai-ryu ou Itto-ryu) ; Ogata Shuntaro ; Yamazaki Susumu (maître du Kadori-ryu) ; Tani Sanjuuro (Taneda Houzouin-ryu) ; Matsubara Chuuji (Tadaji) (maître du Sekiguchi-ryu) ; Ando Sotaro. Chouyaku narabi kansatsu gata (espionnage) : Shimada Kai ; Kawashima Shouji ; Hayashi Nobutaro. Kanteiyaku narabi konida gata (logistique) : Kishima Yutaro ; Okan Yabee ; Kawai Kitaro ; Sakai Hyougo.
Troubles internes Si les hommes de Kondō étaient l'âme du Rōshi gumi, Serizawa détenait en réalité les connexions nécessaires afin de le faire connaître.
Mais, très vite, le comportement de certains membres posa problème. C'était le cas de Serizawa : il fréquentait les maisons closes, provoquait des duels et rackettait les commerçants. Cette violence, concurrente des rōnin qui sillonnaient la capitale, fut à l'origine du surnom du groupe, Miburo (les loups de Mibu), du terme Miburōshi (rōnin de Mibu). Il était ainsi entaché d'une terrible réputation dans Kyoto, réputation qui persista bien après la mort de Serizawa. Le code de conduite établi par la suite sera un moyen sévère de laver cette réputation et d'instaurer de l'ordre au sein des bushi.
Lorsque Serizawa amena une prostituée dans les quartiers du Rōshi gumi, Kondō et Hijikata décidèrent d'en finir avec lui à la première occasion. Le souvenir de l'incendie lors du voyage vers Kyoto était encore vivace. Un incident similaire survint alors dans une autre auberge. Niimi et Serizawa exigèrent du tenancier des réductions de tarif et des avantages et, face à son refus, ils décidèrent de se venger. Hijikata ne put amasser suffisamment de preuves que contre Niimi, qui fut contraint au seppuku.
À partir de ce moment, les hostilités entre Kondō et Serizawa ne cessèrent de croître en intensité. Un autre incident éclata : depuis le mois de juin, les anti-bakufu du Tenchu gumi rackettaient les marchands qui commerçaient avec les étrangers. Un marchand demanda la protection de la police de Kyoto qui envoya le Roshi gumi. Mais, voulant doubler sa protection, il engagea un guerrier de la famille de Daigo, proche de l'empereur. Furieux, Serizawa ordonna d'incendier le magasin, observant le spectacle du toit d'une maison voisine.
Shinsen gumi Rébellion des portes Hamaguri
Le , aux portes du palais impérial de Kyoto, les rebelles se rangeant sous le slogan Sonnō jōi tentèrent de contrôler l'empereur lui-même pour restaurer le trône impérial. Durant la sanglante répression qui s'ensuit, le clan du domaine de Chōshū est tenu pour responsable de l’insurrection. Les domaines d'Aizu et de Satsuma mènent la défense du palais impérial durant la bataille.
Lors de ce coup d'État, Nomura Sahyoue, un fonctionnaire d'Aizu, demanda la présence du Roshi gumi afin de protéger les portes du palais impérial. Les portes de Hamaguri étaient déjà gardées par des soldats du clan sommant Kondō et Serizawa de s'identifier. Seuls les officiers d'Aizu purent éviter un conflit. Le Shinsen gumi se vit recevoir l'ordre de garder le palais de Sendo et la porte sud.
Avec l'autorisation de l'Empereur, le Rōshi gumi prit le nom officiel de Shinsen gumi.
Exécution de Serizawa Avec cette prise de fonction officielle du groupe, leur supérieur Matsudaira Katamori ordonna la mort de Serizawa, notamment à cause de l'incident du magasin. Kondō et Hijikata élaborèrent un plan pour se débarrasser de Serizawa et de son groupe. Niimi fut le premier à disparaître, il est possible cependant qu'il fut exécuté par Okita.
Le , profitant d'une célébration, Kondō et Hijikata mirent leur plan à exécution. Serizawa, ivre, rentra à Mibu avec Hirayama Goro et Hirama Juusuke. Okita et Hijikata exécutèrent Serizawa et sa maîtresse. Hirayama fut tué par Harada et Yamanami, Hirama parvint à s'enfuir dans la nuit.
Les hommes exécutés furent enterrés lors d'une cérémonie officielle et on accusa des bandits du crime. Leurs tombes se trouvent aux côtés de celles des autres membres du Shinsen gumi à Mibu.
Leur mission Le mouvement grandit en effectif. Les bushi qui y entraient en sortaient soit par mort au combat, soit par décapitation, par suicide ou par assassinat. Après l'affaire Serizawa, Kondō et Hijikata furent déterminés à mieux sélectionner les candidats, non seulement en durcissant les conditions d'entrée, mais aussi en éliminant tous ceux qui s'éloignaient du bushido.
La sélection se faisait par combat au shinai puis les meilleurs affrontaient les instructeurs du groupe.
Le Shinsen gumi était principalement une milice patrouillant dans Kyoto pour y maintenir la paix. Sa façon de combattre visait à l'efficacité, à l'image du Tennen Rishin-ryū, le style de combat du Shiekan kondo. Tout rōnin ne faisant pas partie du Shinsen gumi était suspect et devait s'identifier lors d'un contrôle.
L'affaire Ikedaya
Deux mois avant , le Shinsen gumi suspectait nombre d'habitants de Kyoto de couvrir la présence d'impérialistes de Chōshū et d'Higo dans la ville, mais leur activité restait inconnue. Les espions du Shinsen gumi découvrirent dans un hangar des fusils et de la poudre. Le propriétaire, dont le vrai nom était Furutaka Shuntaro, un shishi de Chōshu, fut capturé la veille de l'affaire.
Il fut interrogé et, selon les rumeurs, peut-être torturé par Hijikata, révélant le plan de brûler la ville de Kyoto, d'assassiner Matsudaira Katamori, de capturer l'empereur et l'amener au domaine de Chōshu. Soucieux d'éviter un massacre, Kondō sollicita le clan Aizu. Le Shinsen gumi, ignorant le lieu de la réunion secrète, décide la séparation en deux groupes et la fouille de toutes les auberges. Les deux groupes ne comportaient qu'une dizaine d'hommes chacun. Le groupe de Kondō se dirigea vers l'auberge d'Ikedaya. Le second se dirigea vers l'auberge de Shikoku.