La Deuxième symphonie en ut mineur d’Anton Bruckner (WAB 102), surnommée Symphonie de la Haute-Autriche par le biographe August Göllerich ou Symphonie des Pauses, a été composée en 1872. C'était la quatrième symphonie du compositeur, après la Symphonie en fa mineur de 1863, la Symphonie en ut mineur de 1866 et la Symphonie en ré mineur de 1869.
Historique Esquissée en , la symphonie fut achevée en à Saint-FlorianC. van Zwol, C. van Zwol, William Carragan – Anton Bruckner’s Symphony No. 2.
Dans la même tonalité que la première symphonie, la Deuxième Symphonie constitue un jalon dans la conception des symphonies de Bruckner. Quoiqu'il avait dès 1862 déjà composé des symphonies en forme sonate avec trois thèmes, il élargit en 1872 leur présentation et développement, et établit ainsi le cadre qu'il utilisera systématiquement dans ses symphonies ultérieuresWilliam Carragan: Second Symphony Studies - Research on the first expression of Bruckner’s mature Vienna style. Par ailleurs, l'Adagio de cette symphonie est en forme lied ABA’B’A’’ suivie par une coda – forme qu'il utilisera dans ses symphonies ultérieures, à l'exception de la Sixième.
Liszt, à qui la symphonie fut initialement dédiée, s'en montra fort « enthousiasmé » et s'efforça aussitôt, mais en vain, de la faire jouerC. van Zwol, . La symphonie devait initialement être exécutée par la philharmonie de Vienne sous la baguette de Otto Dessoff. Cette exécution n'eut cependant pas lieu, car Dessoff et les exécutants la considérèrent impossible à exécuter. La deuxième symphonie est la seule symphonie numérotée de Bruckner sans dédicace, car Liszt en rejeta la dédicace et Richard Wagner choisit la Symphonie en ré mineur lorsque les deux symphonies lui furent présentées.
La création (version révisée de 1873) eut finalement lieu le à Vienne, sous la direction du compositeurU. Harten, . Des remaniements ultérieurs eurent lieu en 1876 et 1877. Avec quelques modifications de détail supplémentaires l'œuvre a été publiée en 1892.
Versions et éditions Version de 1872 Cette première version de la symphonie, éditée par William Carragan sous les auspices de la Société internationale Bruckner, a été publiée en 2005William Carragan – Time analysis of versions 1872 and 1877. Dans cette version le Scherzo est placé en deuxième position. Dans la notice de son enregistrement Georg Tintner écrit que « la manie de Bruckner de réviser porte parfois des fruits … [mais que dans le cas de] la deuxième et troisième, la première version me semble la meilleure. »Notice de Georg Tintner, enregistrement de la version 1872 – CD Naxos 8.554006, 1996
variante de 1873 Bruckner fit des ajustements en préparation de la première de 1873. Premier mouvement : Le rythme des trombones est adapté à celui des trompettes aux mesures 129-135 et 446-452. Adagio : Dans la cinquième partie un solo de violon est ajouté à partir de la mesure 150. Durant une des répétitions, le soliste Heinz Haunold dit à Carragan que Traduction : Le solo de violon … en doublets de noires et de croches, … en même temps que les complexités rythmiques déjà causées par le passage de sextolets en quintolets aux premiers violons, … ont dû générer une sonorité incroyablement détaillée – pour ne pas dire un brouillard musical impénétrable.Dans la coda, le solo de cor, jugé injouable par le corniste, est replacé par la première clarinette et les altos. Scherzo : Les répétitions sont supprimées. Finale : Un « passage très dissonant du développement », qui inclut à un point une surprenante alternance de courtes note aux altos et d'accords en pizzicato aux autres cordes, est supprimé. Ces « aventureuses mesures » 305-360 sont remplacées par un « charmant » (nouveau passage) de 24 mesures.Dans la péroraison, un quatrième trombone est ajouté pour renforcer les contrebasses.
variante de 1876 En 1876, Bruckner fit quelques changements supplémentaires en préparation de la deuxième exécution, qui a eu lieu le dans la Musikvereinsaal, sous la direction de Bruckner.Pour l’exécution de 1876, les deuxième et troisième mouvements ne sont pas modifiés : le solo de violon de l’Adagio est conservé et les reprises internes du Scherzo restent supprimées. Dans le premier mouvement, une coupure est faite dans la coda. Dans le Finale, la fantaisie sur le deuxième thème suivant le « Neuer Satz » est rendue plus concise, une coupure est également faite dans la coda, la péroraison est recomposée et le trombone additionnel est suppriméWilliam Carragan - The Early Version of Bruckner’s Second Symphony.
Version de 1877 Bruckner raya la seconde moitié de la deuxième partie du mouvement lent, jugée trop difficile pour le solo de cor – avec, comme résultat, un déséquilibre dans la structure du mouvement, et réorchestra la cinquième partie. Il fit aussi des coupures additionnelles dans le premier mouvement et le Finale, et remplaça le « Neuer Satz » par un nouveau passage de 18 mesures. L'édition Haas de 1938 est basée sur la version 1877, avec, cependant, des éléments de la première version. L'édition Nowak de 1965 contient encore des résidus de la « version mixte » de Haas - notamment une erreur dans la partie des trompettes à la fin du premier mouvementThe Several Versions of Bruckner Symphonies : Traduction : Après quelque discussion, le directeur Nowak me demanda de préparer une nouvelle édition de la symphonie pour la Gesamtausgabe, étant conscient du fait, comme beaucoup d'autres le savaient par ailleurs, qu'il n'avait pas pu en 1965 résoudre complètement les problèmes de l'édition Haas. L'édition Carragan de 2007 est une édition critique de la version 1877David Griegel: The versions of Bruckner's Symphony No. 2. Dans cette réédition Carragan met la seconde moitié de la deuxième partie du mouvement lent (mesures 48-69) en optionnel.Traduction : Dans mon édition de la Deuxième Symphonie j'ai conservé ce passage dans la partition, et l'ai marqué comme l'avait fait Haas avec un “vide”, laissant l'option à la discrétion du dirigeant. Dans la préface je note que, si on veut la version 1877 de la symphonie à l'état pur, il faut éliminer ce passage, mais quelques dirigeants le conservent et, en tant qu'auditeur, je trouve que le résultat est meilleurWilliam Carragan – The Bruckner Brand, Part 2: The Five-Part Song Form.
édition de 1892 Cette première édition de la symphonie, préparée par Cyrill Hynais, fut longtemps considérée comme inauthentique, mais Carragan a montré qu'elle était quasi identique à la version 1877. Cette première édition fut exécutée le par l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Hans Richter.
Analyse Effectif orchestral : 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons ; 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones ; timbales ; les cordes.Les quatre mouvements (version initiale de 1872) sont Allegro, Scherzo, Adagio et Finale. Durée d'exécution : 60 minutes environ.
1. Allegro Indiqué Ziemlich schnell ("assez vite") : c'est sur un trémolando de sextolets, sur accords d'ut mineur (violons et altos), que se fait entendre le thème principal confié aux violoncelles ; mélodie prégnante, sur de brefs appels de cors. La trompette soulignera un rythme brucknérien typique "2 + 3" (qu'on retrouvera entre autres dans les sixième et huitième symphonies), pointé sur la note ut ; et le thème, harmoniquement enrichi, subira quelques transformations avant de s'éteindre dans un pianissimo des clarinettes, des bassons et des cors. Trois légers battements de timbale : une pause générale précède l'énoncé d'un second thème superbement chantant, à nouveau par les violoncelles, dans la tonalité de mi bémol majeur (relatif de l'ut mineur initial). Bref crescendo, avant un autre appel des cors ; puis la mélodie calme, intériorisée, du troisième thème (flûtes, clarinettes et hautbois), - sujet lui aussi à plusieurs transformations. De nouveau, une pause de l'orchestre : un solo de cor introduit le développement dont s'accuse la dimension épique. Lors de la réexposition, les violoncelles proposent encore le thème principal ; retour des autres thèmes selon leur présentation initiale, avant un nouveau silence que brise la coda - dans le tempo primo - conclue par un tutti héroïque d'ut mineur, que scandent rythmiquement les trompettes.
Ce mouvement sera indiqué Moderato en 1877.
2. Scherzo Rythmé à 3/4, très terrestre, "terrien", - tandis que le charmant trio prend l'allure d'un Ländler parfois rêveur (les altos, puis seconds violons, clarinettes et violoncelles). Ensuite reprise du Scherzo, suivie d'une puissante coda, comme dans la première symphonie, la version de 1877 de la troisième symphonie et la première version de la quatrième symphonie.
Ce mouvement sera placé en troisième position dans les versions ultérieures. Il sera indiqué Mäßig schnell ("modérément rapide") en 1877.
3. Adagio En forme lied en 5 parties (ABA'B'A’’), il est une illustration parfaite de la manière dont Bruckner élabore un mouvement de symphonie en nourrissant le matériau thématique de figurations mélodiques et harmoniques. Ton méditatif du thème principal aux premiers violons, - repris par les autres cordes. Belle idée secondaire au hautbois. Le cor solo amène un nouveau thème d'une grande expressivité, - tel un choral ponctué par le pizzicato des cordes. Ce thème est habilement combiné avec le premier par l'entremise d'un solo de basson. Bref et calme intermède des cordes, avant une réminiscence du Bénédictus de la Messe en fa mineur, crée la même année - 1872 - que l'achèvement de la présente symphonie : In nomine Domini, - citation orchestrale quasi textuelle du chant à la gloire de Dieu... Tout s'évanouira dans l'extrême douceur - triple piano - avec le solo de cor, jugé injouable par les musiciens de l'époque et remplacé par une clarinette et les altos lors de la première de 1873, les cordes jouant avec sourdines.
Ce mouvement sera placé en deuxième position dans les versions ultérieures. Il deviendra un Andante, indiqué Feierlich, etwas bewegt ("solennel, un peu animé"), en 1877.
4. Finale En 3/4, et en ut mineur, le finale est construit, comme l' Allegro initial, sur trois thèmes. Les deux mouvements entretiennent d'ailleurs des relations thématiques marquées, en particulier par la résurgence d'un ostinato dérivé du thème inaugurale de l'œuvre ; ce thème lui-même reparaît au cours du développement, et figurera dans la coda. La base rythmique constitue un autre élément d'unification, notamment dans la péroraison finale. De même remarquera-t-on les transformations tonales parentes de celles du mouvement introductif : au la bémol majeur de départ se substitue, avec le second thème, un la majeur qui évoluera vers mi bémol..., avant la conclusion en ut majeur. C'est donc un semblable souci d'organisation, parfois un peu voyant, - avec, cette fois, deux citations du Kyrie de la Messe en fa mineur - qui a présidé à l'architecture de ce dernier mouvement ; par là même de l'œuvre entière. On regrettera seulement certain "fouillis" de la thématique, trop riche sans doute, et trop fragmentée, - donnant à penser que le compositeur malgré la rigueur de ses intentions, n'a pas complètement dominé leur traduction musicale.
Il sera indiqué Mehr schnell ("plus rapide") en 1877.
Discographie La Deuxième symphonie - symphonie de transition, comme la deuxième symphonie de Beethoven - ne jouit pas de la même audience que ses cadettes, ni même que son aînée. Version 1872 Premier enregistrement de cette version : Kurt Eichhorn avec l'Orchestre Bruckner de Linz - Camerata CD 15CM-379 et 30CM-195, 1991 - utilisant une édition avant-tirage
Quelques enregistrements les plus récents sont aussi basés sur la version originale de 1872, notamment : Georg Tintner avec l'orchestre symphonique national d'Irlande - Naxos CD 8.554006, 1996 - utilisant une édition avant-tirage Simone Young avec la Philharmonie de Hambourg - BMG SACD BVCO37439, 2006