Le Shagya, Arabe shagya ou Shagya arabe, est une race de chevaux de selle à sang chaud, originaire de l'actuelle Hongrie à l'époque de l'empire d'Autriche. Très proche de l'Arabe, il est plus grand et arbore généralement une robe grise, comme l'étalon fondateur dont il a pris le nom. Créée à partir de 1789 au haras de Bábolna pour remonter les armées de l'empire dont les besoins en cavalerie étaient immenses, la race connaît un grand succès tout au long du . Elle devient la monture des hussards de l'empire d'Autriche puis de l'Autriche-Hongrie. Le Shagya faillit disparaître à plusieurs reprises au , notamment pendant les deux guerres mondiales et dans les années 1970, ce qui pousse des éleveurs alors dispersés à se fédérer pour en assurer la préservation.
Le Shagya se taille désormais une bonne réputation pour ses excellentes performances en endurance. Il est souvent cité comme l'une des meilleures races, sinon la meilleure, pour les compétitions dans cette discipline. Il peut être monté dans de nombreux autres sports équestres ainsi qu'en équitation de loisir, mais est peu adapté aux cavaliers débutants.
La race reste assez rare, puisqu'il n'existe que ou individus à travers le monde au début du . Ce cheval est désormais beaucoup élevé en Allemagne ; il s'est exporté vers de très nombreux pays, dont les États-Unis dès 1947. En France, le Shagya est reconnu comme une race étrangère de chevaux de selle depuis 1989.
Dénomination et sources Avant 1982, le Shagya était simplement nommé . Un synonyme pour le désigner est « Arabe de Bábolna » ; le haras national de Bábolna ayant refusé d'approuver ce nom, cela a obligé à trouver une autre dénomination officielle. La race a pris le nom officiel d' (Shagya-Araber en allemand) en 1983, reprenant celui de son plus important chef de lignée. Shagya est donc le nom, à la fois, de la race et d'une lignée d'étalons fondateurs de cette race. Ce nom a été choisi, notamment, grâce à sa concision, et malgré quelques divergences quant au risque de confondre le Shagya avec un Pur-sang arabe. Les noms « Shagya-Arabe autrichien » et « Slovakia Arabsky Kôn » sont synonymes..
Aux États-Unis, la dénomination est employée comme un terme-parapluie pour désigner les races de chevaux originaires du territoire de la Hongrie, comme le Shagya ou bien le Kisber Felver.
La plupart des ouvrages de référence à propos du Shagya ont été publiés en allemand. C'est le cas de celui de Hans Brabenetz, Das k.k. Staatsgestüt Radautz und seine Pferde publié en 1987 ; puis de celui du Walter Hecker, Bábolna und seine araber en 1994, enfin de celui du Johannes Erich Flade, Janów Podlaski und die polnische Araberzucht, en 1997. L'autre source d'information considérée comme une référence est une série de livres édités à Gifhorn depuis 1989, dont il existe 15 volumes en 2008, contenant des informations généalogiques et un suivi des développements de l'élevage dans différents pays, rédigés notamment par le Ekkehard Frielinghaus et par Hans Brabenetz, qui a documenté l'élevage roumain du Shagya.
Histoire thumb|left|Copie du décret de Joseph II d'Autriche instaurant le haras impérial de Bábolna le .|alt=Papier manuscrit. La Hongrie a l'une des plus anciennes traditions d'élevage de chevaux. L'occupation turque a entraîné l'arrivée sur place de nombreux chevaux arabes et orientaux, jusqu'au milieu du . Les Habsbourg ont ensuite une prédilection pour le cheval ibérique, qui n'est pas élevé sur le territoire hongrois. Jusqu'à son effondrement, l'Empire austro-hongrois devient, avec la Pologne, le meilleur État d'Europe pour la qualité d'élevage de ses chevaux. Les chevaux hongrois connaissent un âge d'or au cours du .
Le Shagya est une lignée particulière de chevaux arabes, élevés sur ce territoire hongrois..
Origine vignette|Un hussard hongrois vers 1914.|alt=Dessin d'un cavalier sur un cheval blanc cabré, vus de profil. C'est à la fin du que l'organisation de l'élevage de chevaux débute en Hongrie. Les nations européennes ont besoin de nombreux chevaux pour la guerre. Les opérations militaires se succédant, la remonte des armées exige qu'une cavalerie importante soit disponible à tout moment.
L'empire d'Autriche souhaite faire naître des chevaux de guerre possédant des qualités de rapidité, d'endurance et de rusticité. Il leur faut sélectionner un cheval robuste et puissant, afin qu'il puisse porter un dragon en armes ou bien le hussard et son paquetage, mais aussi charger pour repousser des adversaires, et tirer les canons d'artillerie. Le tempérament de l'animal est également très important, car un cheval de guerre doit être fiable et généreux.
Mise en place au haras royal de Bábolna vignette|gauche|Groupe de Shagya, vers 1900.|alt=Photo noir et blanc d'un cavalier devant un groupe de chevaux libres
L’empereur Joseph II d'Autriche fait appel à son aide de camp József Csekonics. Celui-ci conseille à l'empereur d'acheter les terres du domaine qui deviendra le haras de Bábolna, centre d'élevage du cheval arabe dans ce pays. C'est en 1789 qu'un décret de l'empereur Joseph II lance ce vaste programme d'élevage. La sélection des chevaux devient rigoureuse. Avec le décret militaire impérial de 1816, le haras se concentre sur l'élevage de chevaux arabes., seuls les étalons arabes étant admis à saillir ses 80 juments poulinières. Aussi, 1816 est citée comme la date d'origine de la race Shagya dans la base de données DAD-IS.
À partir de 1870, ce haras n'élève plus que des chevaux arabes. Entre 1836 et 1901, 62 étalons et 52 juments arabes sont importés à Bábolna, principalement depuis la Syrie.
Sélection de la jumenterie Les juments à l'origine de la race Shagya sont sélectionnées sur leur taille et leur coffre, mais pas sur leur race, du moins à l'origine. Ce sont des animaux autochtones métissés, hongrois, espagnols, transylvaniens, moldaves, circassiens, de la Bucovine, de Galicie et d'Ukraine. Ces juments ont toutes un fort pourcentage d'origines arabes, héritage de l'occupation turque. Le Lipizzan est occasionnellement croisé, de même que le Kladruber. Des juments Pur-sang anglais et arabes y sont ajoutées plus tard.
Plusieurs lignées sont marquées par l’origine géographique de leurs ancêtres, venues de Tscherk, de la Transylvanie, de la Moldavie, de la Hongrie bien sûr, mais aussi de Radautz. Les Pur-sang anglais et Lipizzans ont compté parmi cette jumenterie pour améliorer le cadre et les allures des chevaux arabes. Moldvai, née en 1781, est la plus ancienne jument autochtone. Tifle, née en 1810, est une jument arabe venue d’Orient (de la famille des Nedsch, région réputée.) qui compte parmi les têtes de lignée les plus connues de la race Shagya.
D'après le spécialiste de l'élevage des chevaux en Bohême Drahoslav Misař, l'influence la plus significative sur le Shagya actuel provient de 14 juments venues de l'élevage de Radautz, 9 de l'élevage de Piber, 3 juments d'un élevage privé à Dolná Arma, et 4 juments d'éleveurs privés de la Tchécoslovaquie, cité par ..
Sélection des étalons reproducteurs vignette|Peinture de Shagya X, né en 1855 à Mezöhegyes.|alt=Peinture d'un cheval blanc vu de profil. Les premiers étalons arrivent à Bábolna en tant que captures de guerre après les défaites de Napoléon . Issus du haras de Rosières-aux-Salines, ils se nomment Pyrrhus, Thibon, Ulisot et Moustapha. C'est le Pur-sang arabe L'Ardent, né en 1805, qui devient le meilleur reproducteur. L'Arabe Tajan, importé du Caire en 1811, a également une influence importante sur l'élevage hongrois.
En 1830, une épidémie décime les effectifs du haras de Bábolna. Par la suite, plusieurs missions d'importations sont organisées et se succèdent pour ramener des étalons et des juments de qualité supérieure, afin de reconstituer le cheptel. Les juments sont saillies par ces étalons importés du Moyen-Orient, notamment d'Égypte et de Syrie, dont chacun a donné son nom à une lignée : Dahoman, Gazal, Nedjaey, Siglavy, El Sbaa, Mersuch, Koheilan, O'Bajan, et bien sûr Shagya. Les éleveurs hongrois dépensent des sommes très importantes pour acquérir ces étalons arabes.
Le haras pratique des croisements consanguins. Malgré le grand nombre d'étalons utilisés à Bábolna, la sélection sévère fait que seul un petit nombre d'entre eux parvient à établir des lignées.
L'étalon fondateur Shagya
vignette|gauche|Daguerréotype représentant le Colonel Bruderman lors de l'acquisition de l'étalon Shagya en Syrie, en 1836.
Une mission d'importation du major Freiherr von Herbert ramène neuf étalons et cinq juments de Syrie en 1836. Shagya, le principal fondateur de la race, en fait partie.. Il est acquis pour . auprès de la tribu bédouine des Beni Saher, dans la région de Damas..
C'est un Pur-sang arabe ou demi-sang arabe syrien, de type Siglavy. Ce chef de lignée a donné son nom à la race via l'un de ses descendants, mais beaucoup plus tard. Né en Syrie vers 1830, Shagya est un étalon de robe grise truitée / pommelée (ou crème selon certaines sources, ce qui semble incohérent), réputé pour la beauté de sa tête et la forme excellente de son épaule. Cet excellent reproducteur influence énormément la race. Il lui transmet ses qualités ainsi que sa robe grise, sa forte ossature, une taille plus élevée que celle des Pur-sang arabes traditionnels. Shagya est plus grand que la majorité des chevaux arabes de son époque.. Il se reproduit jusqu'en 1842. C'est en fait son petit-fils Shagya X, par la jument 307 Samhan, qui est l'ancêtre des chevaux actuels.
L'étalon fondateur O'Bajan vignette|L'étalon arabe noir O'Bajan, photographié en 1901 à l'âge de 21 ans.|alt=Photographie en noir et blanc d'un cheval noir vu de profil.
O'Bajan est un autre important chef de lignée.. Pur-sang arabe noir né en Syrie vers 1880, il est choisi pour l'élevage par Mihaly Fadlallah el Hedad, alors commandant du haras de Bábolna, qui l'a acquis auprès de la tribu bédouine Denedzik. Il est importé en 1885 à Bálbona.
S.-F. Touchstone en fait l'éloge en 1901 :
O'Bajan se reproduit jusqu'à l'âge de 25 ans, et meurt à 30 ans.
Jusqu'aux années 1970 vignette|Attelage traditionnel de Shagya en arbalète, 1929.
Ce cheval combinant force et élégance est très apprécié comme monture par les cavaleries d'Europe centrale avant la motorisation. Il est présenté à l'exposition universelle de 1873, à Vienne. La garde personnelle de l'empereur austro-hongrois est remontée sur des Shagya, ce dernier se réservant aussi cinq étalons parmi les plus beaux pour son attelage personnel. Le Shagya devient le cheval de parade de la cour impériale de Vienne. Les parades militaires avec ces chevaux ont pour but d'impressionner les puissances rivales voisines en montrant sa propre puissance militaire, mais aussi de favoriser le commerce des chevaux.
Le Shagya aurait tiré l'attelage de la princesse Sissi, et aurait été la race favorite de l'empereur japonais Hirohito. Monture des cavaliers magyars, le Shagya peut partir en campagne pendant plusieurs années sur ou plus à l'époque de l'Empire austro-hongrois. D'après Tibor Pettkö-Szandtner, né près de Bratislava et devenu directeur du haras de Bábolna peu après la Première Guerre mondiale, ces chevaux sont également réputés pour l'attelage traditionnel et de prestige. Il cite les voitures des personnes fortunées qui se croisent le long des berges du Danube, rivalisant d'élégance, tractées par des chevaux immaculés. Ces attelages ont souvent composés de cinq chevaux en arbalète, c'est-à-dire trois de front suivis d'une paire de part et d'autre du timon.
Diversification des lieux d'élevage La popularité du Shagya dans tout l'Empire austro-hongrois entraîne la création d'autres élevages.
Radautz