vignette|Portrait d'Ivan le Terrible par Viktor Vasnetsov, 1897 (galerie Tretiakov, Moscou).

Vassiliévitch (en ), dit Ivan le TerribleEn traduction adéquate : Ivan le Redoutable ; Grozny. (en , Ivan Groznyï), né le à Kolomenskoïe, près de Moscou, et mort le (calendrier grégorienLe calendrier grégorien débute en décembre 1582. Dans le calendrier julien, il meurt le 18 mars 1584.) à Moscou, grand-prince de Vladimir et de Moscou de 1533 à 1584, est le premier tsar de Russie de 1547 à sa mort. De tous les souverains russes, il eut le plus long règne.

L'un de ses objectifs est d'étendre le tsarat de Russie nouvellement fondé. Cela se traduit notamment par la prise de Kazan en 1552, suivie par la première guerre des Maris qui débouche sur une soumission des rebelles au tsar. En 1558, il déclenche la guerre de Livonie mais échoue à appuyer ses revendications en Baltique.

Il entame également une lutte contre l'Empire ottoman en 1568, pour la domination du khanat d'Astrakhan qu'il annexe. Cette confrontation est le point de départ des guerres russo-turques, qui dureront près de cinq siècles.

Sur le plan de la politique intérieure, il organise l'Opritchnina, un domaine royal où Ivan IV bénéficie d'un pouvoir absolu. Ainsi, il exerce une répression féroce contre les habitants de Novgorod en 1570 qui dévaste la ville.

Ivan IV est l'avant-dernier prince de la dynastie des Riourikides ; en 1598, après le règne de son fils Fédor I sous la régence de Boris Godounov commence le Temps des troubles, qui permet l'avènement de la dynastie des Romanov en 1613. Les Riourikides s'inscrivent comme une ancienne dynastie de l'époque qui régnait principalement sur l'État de la Moscovie et de l'État de Rus' de Kiev de 862 à 1598Audouard, Olympe, Voyage au pays des boyards : étude sur la Russie actuelle, [s.l.], Dentu, 1881, p. 388..

Biographie Origines familiales et naissance vignette|Portrait d' de Russie, vers 1600. Fils tardif et héritier longtemps attendu. de (1479-1533) et de sa seconde épouse avait divorcé de sa première épouse, Solomonia Iourievna Sabourova, en raison de l'incapacité de celle-ci de lui donner un héritier mâle. Ce divorce était contraire aux canons de l'Église orthodoxe., Hélène Glinskaïa, fille de la princesse serbe . (1506 ou 1507-1538), Ivan naît le .

Il est baptisé le dimanche au monastère de la Trinité-Saint-Serge.. À cette occasion, il reçoit le second prénom de Zmaragd. (« émeraude »).

Une enfance difficile durant la période de régence (1533-1547) meurt le , alors qu'Ivan n'a que trois ans. Le pouvoir est exercé par un conseil de régence formé de sa mère et de vingt boyards. Héléna gouverne avec son favori, Ivan Fedorovitch Ovtchina Obolenski. Tous deux continuent la politique de Vassili de lutte contre les intrigues des boyards.

Pour assurer les droits d’Ivan, Héléna et l'entourage du grand-prince font emprisonner ses deux oncles : Iouri, rival potentiel le plus dangereux, est arrêté une semaine après la mort de , et meurt de faim en prison le . ; André., est arrêté le , ainsi que sa famille, et meurt en prison le .

Helena meurt le , peut-être empoisonnée. Le pouvoir se partage alors entre différentes factions de familles de boyards (Chouïski, Glinski, Bielski).

Ivan passe donc son enfance au milieu des intrigues de la cour, qui le marquent profondément. Les boyards se disputent jusque dans sa chambreSmilyanich Marusha. Tentative d'explication de la personnalité d'Ivan le Terrible. In: Revue des études slaves, tome 48, fascicule 1-4, 1969. p.123, et le jeune enfant ne reçoit de leur part que froideur et humiliations..

Il a en outre la crainte permanente d’être assassiné. En 1572, Ivan déclare : « on me persécute, on me chasse de mes terres. Je suis perpétuellement et partout en danger ». Dans une lettre, il raconte plus tard au prince André Kourbski comment lui et son frère Iouri ont été Il ajoute :

Ses loisirs se partagent entre la torture d’animaux, la chasse et la maltraitance des villages alentour. Il donne en outre les signes d'une personnalité très contrastée, selon la légende noire qui entoure le futur souverain. : d'un côté, il apparaît comme un homme intelligent, affairé, dynamique, prenant à cœur sa responsabilité de souverain ; de l'autre, comme un déséquilibré, au psychisme fragile, sujet à de violentes sautes d'humeur et à de longues dépressions, considérant l'aristocratie comme son principal adversaire. En effet, principalement engagé dans cette haine dirigée envers les boyards, il mentionnait dès son jeune âge : « les boyards de mon père et les miens ont appris à nous trahir ».

Autodidacte, il s’intéresse aux Saintes Écritures et se complaît dans les dévotions : à force de se prosterner devant les icônes, son front porte la trace d’une callosité (hyperkératose).

À , il rejoint l’armée à Kolomna, au cours d'une opération contre les Tatars, il fait exécuter cinquante arquebusiers de Novgorod qui lui ont présenté une pétition au sujet des vexations qu’ils subissent.

Premières années de règne

Il est sacré tsar à Moscou le à la cathédrale de la Dormition et est proclamé . On prend en outre la décision de marier le souverain. Ivan décide de choisir une épouse, non à l'étranger, mais au sein de ses États. Le , il épouse Anastasia Romanovna Zakharina (en russe ), fille d'une famille de boyards qui faisaient partie des cercles les plus proches du tsar. Il est le premier « tsar » régnant. Plus qu’un titre à ses yeux, il se croit investi d’une mission divine, même si son investiture n'est consacrée qu'en 1561 par le patriarche grec de Constantinople..

Pour lui, par le mariage d’Ivan III avec la princesse Zoé Paléologue, nièce du dernier empereur romain d’Orient mort en défendant Constantinople, le tsarat de Moscou est devenu la « troisième Rome » (en ) : devenue le plus puissant État indépendant orthodoxe, Moscou affirme avoir hérité, après la chute de Constantinople (« deuxième Rome ») en 1453, la mission de protéger les traditions de la Rome impériale (« première Rome ») et la foi orthodoxe. Cette théorie justifie à la fois le pouvoir absolu des tsars et le rôle de gardiens de la foi orthodoxe des Patriarches russes, sur le modèle byzantin dont Moscou adopte l’emblème (aigle bicéphale), le titre de « tsar » (dérivé du titre romain de « César » et dont dérive aussi le titre germanique de « Kaiser ») et les rites du couronnementGeorges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris 1937, en français par J.-C. Roberti, Desclée de Brouwer Éds., Paris 1991, p.150..

À la suite des incendies de Moscou de 1547, qui provoquent des milliers de morts, Ivan, se croyant abandonné de Dieu, décide de convoquer des représentants de toutes les régions de la Russie. Cette assemblée a lieu en 1550 et Ivan y promet de défendre le peuple contre l’oppression et l’injustice. Mais cette assemblée lui permet aussi d’imposer son code (tsarski soudiebnik) pour remplacer celui de son grand-père qui datait de 1497.

Les premières années de son règne sont consacrées à une modernisation de la Russie, et il révèle des qualités de bon gestionnaire. Il place aussi aux postes clefs du pays de petites gens qui lui sont acquis, plutôt que les boyards. Il établit un code de lois en 1550, réorganise le clergé en 1551, en le soumettant à l'État, et crée le corps des streltsy, un corps d'infanterie constituant la garde personnelle du tsar. Il tient également, en 1549, la première réunion du Zemski sobor (), « assemblée de la terre » (le premier parlement russe d'État de type féodal), un conseil de nobles consulté lors des grandes décisions. Un nouveau code de lois (soudiebnik) et les diplômes royaux (oustavnie, otkoupnie gramot) élargissent la participation des représentants électifs paysans à la procédure judiciaire et la gestion localeIvan Dmitrievitch Beliaev, (Les Paysans de Russie), 1891..

La première presse à imprimer est introduite sous son règne.

En 1553, Ivan tombe gravement malade à tel point que l'on se prépare à sa mort.. La plupart des boyards refuse alors de prêter serment d'allégeance au fils du Tsar, encore bébé, et décide de mettre son cousin Vladimir Andreïevitch sur le trône. Cependant, Ivan survit contre toute attente. Après avoir initialement pardonné à son cousin, et même réglé certaines modalités de leur relation avec lui, Ivan le Terrible fait finalement tuer ce dernier seize ans plus tard.

Durcissement du régime, politique intérieure et extérieure

En , sa femme Anastasia Romanovna meurt. Ivan est anéanti par la nouvelle. Convaincu qu'elle a été empoisonnée par les boyards, le règne d'Ivan se durcit. Les premières lois restreignant la liberté des paysans sont prises, qui conduisent ensuite au servage. se lance dans un régime de terreur contre les boyards qu'il hait depuis sa jeunesse. Au début de , il constitue l'opritchnina, le domaine royal, possédé personnellement par le tsar. Il est administré par sa police spéciale, les opritchniki, qui rapidement deviennent des despotes locaux, terrorisant la population et les nobles, imposant la conscription forcée pour le front livonien. Vêtus de vêtements noirs, ces derniers portent des représentations de chevaux ou encore de balais afin de signaler qu'ils allaient faire force de nettoyage parmi les membres non désirés de la populationGraham, Stephen, Ivan le Terrible : Le premier tsar, Paris, Payot, 1933, p. 151-160. . Ce durcissement du régime ainsi que des pamphlets allemands et la correspondance littéraire échangée avec son homme de confiance, le prince André Kourbski, commandant ses troupes lors de la guerre de Livonie mais qui l'a finalement trahi, développent à cette époque la légende noire du tsar, archétype du despote tyrannique et cruel. De plus, le surnom d'Ivan le Terrible qui s'est propagé au est une mauvaise traduction du russe « Grozny » qui signifie simplement « redoutable ».. Dans la lettre au prince Kourbski, mentionnée ci-dessus, il résume sa vision de l’exercice du pouvoir : « Les tsars doivent toujours être prudents, et comment ! […] Pour leurs serviteurs, pour les bons la cruauté et la souffrance ! Mais s’il n’en est pas capable, le roi, alors, il n’est pas roi, il est rien ! Il est la honte et honte à lui. »

À l'extérieur, assure l'extension de ses territoires. Les Suédois, les Polonais et les Tatars l’irritent au plus haut point et c’est contre eux qu’il mène ses premières campagnes militaires. Il annexe les khanats de Kazan et d'Astrakhan en et , ce qui met fin aux incursions dévastatrices des combattants de Kazan dans les régions du Nord-Est de la Russie, embarrasse la migration des hordes agressives nomades d'Asie en Europe et donne à la principauté un accès à la VolgaLes chroniques russes enregistrent quarante invasions des khans de Kazan en territoire russe (principalement les régions de Nijni Novgorod, Mourom, Vyatka, Vladimir, Kostroma et Galitch) au début du . En 1521, les forces combinées du khan Mohammed Giray et ses alliés de Crimée attaquèrent la Russie et capturèrent plus de . Collection complète d'annales russes, , Saint-Pétersbourg, 1904..

Après deux échecs en et , Ivan quitte Moscou le à la tête, dit-on, d’une armée de . Celle-ci est composée d’éléments hétéroclites, comme les streltsy, fantassins munis d’armes à feu ou de troupes (possokha) ni aguerries ni disciplinées fournies par les villes et les campagnes et est commandée pour la première fois par des officiers nommés au mérite et non par la naissance. Le , Kazan, capitale des Tatars, devient russe après d’âpres combats. Pour célébrer cette victoire, Ivan fait bâtir à Moscou la cathédrale de l'Intercession de la Très Sainte Mère de Dieu (Théotokos). La construction dure six ans et, selon la légende, les yeux de son architecte, Postnik Barma Yakovlev, auraient été crevés afin que celui-ci ne puisse en rebâtir une autre aussi belle ; Yakovlev a toutefois participé aux travaux du kremlin de Kazan quelques années plus tard, ce qui laisse penser qu'il n'a pas été aveuglé.