Lhôtel des Invalides est un monument parisien, situé dans le 7 arrondissement, dont la construction est ordonnée par Louis par l'édit royal du ., pour accueillir les invalides de ses armées. Demeuré fidèle à cette mission, il abrite en plus de l'Institution nationale des invalides, la cathédrale Saint-Louis des Invalides, plusieurs musées et une nécropole militaire avec notamment le tombeau de Napoléon . Siège de hautes autorités militaires comme le gouverneur militaire de Paris, il rassemble aussi nombre d'organismes dédiés à la mémoire des anciens combattants et au soutien des soldats blessés.
Cet immense complexe architectural, conçu par Libéral Bruand et Jules Hardouin-Mansart, est l'un des chefs-d’œuvre les plus importants de l'architecture classique française.
Ce site est desservi par les stations de métro Invalides, Varenne et La Tour-Maubourg. Avant 1860, il était situé dans le arrondissement « ancien », d'où l'enregistrement du décès des militaires dans l'« état civil reconstitué » de la capitale qu'on peut trouver dans différentes bases de données.
Histoire du bâtiment
Création durant le règne de vignette|gauche| visitant les Invalides en 1706, peinture de Pierre-Denis Martin. vignette|Vue générale de la façade nord depuis l'esplanade des Invalides. vignette|La cour d'honneur de l'hôtel des Invalides, au nord du complexe.
Le roi souhaitait, comme ses prédécesseurs , Dès 1575, avait formé, dans la rue de Lourcine, dans l'ancien emplacement de l'« hôtel-Dieu du Patriarche », une maison royale et hospitalière pour les officiers et soldats infirmes, appelée « maison royale de la Charité chrétienne »., En 1603, rend un nouvel édit en faveur de la maison royale de la charité chrétienne qui lui accorde une portion des revenus des hôpitaux et des maladreries., assurer aide et assistance aux soldats invalides de ses armées, afin que « ceux qui ont exposé leur vie et prodigué leur sang pour la défense de la monarchie […] passent le reste de leurs jours dans la tranquillité », dit l'édit royal du . Néanmoins, au-delà du geste humanitaire, a aussi des desseins parfaitement politiques. Ces invalides, issus pour la plupart de la guerre de Trente Ans, font mauvaise figure, traînant sur le pont Neuf, souvent mêlés aux rixes de rues, et la population se plaint de ce comportement. Le roi reloge les invalides dans certaines abbayes en les imposant comme oblats, contribuant ainsi à renforcer les rangs du clergé, mais militaires comme religieux fuient cette solution, les premiers refusant une vie aussi stricte que celle de la vie monacale et devenant mendiants, valets, voleurs, commensaux de maladreries ou de couvents. De plus, ne cachant plus ses projets de conquête, doit redorer l'image de son armée auprès de la population, mais aussi sa propre image aux yeux de ses soldats..
En 1659, après le traité des Pyrénées, reprend l'idée de Richelieu qui avait fait transformer, en 1634, le château de Bicêtre en un établissement pour l'entretien des soldats invalides (la « commanderie Saint-Louis »). Le projet ne se concrétise que onze ans plus tard, lorsque le roi crée par ordonnance royale du l'hôtel des Invalides, destiné aux militaires âgés, blessés ou inaptes à la guerre. L'établissement qui répond aux fonctions d'hôpital, d'hospice, de caserne et de couvent, est exempté d'impôts et administré par un gouverneur. Les soldats sont entretenus par des fonds prélevés sur les revenus des prieurés et des abbayes..
Situés dans la plaine de Grenelle dans le quartier du Gros Caillou, alors faubourg de Paris, les travaux des bâtiments principaux (logements, infirmerie, réfectoire) sont confiés à l'architecte du roi Libéral Bruant par Louvois, secrétaire d'État de la Guerre. Ils sont destinés au logement et à l'entretien des invalides ou des vieillards sans fortune qui ont servi dans les armées. Pour que « ceux qui ont exposé leur vie et prodigué leur sang pour la défense de la monarchie… passent le reste de leurs jours dans la tranquillité… » précise l'édit royal..
Libéral Bruant a de , il a déjà réalisé l'hospice de la Salpêtrière. Son projet est sélectionné par parmi les huit proposés. Il conçoit une organisation en cinq cours, centrée sur la plus grande : la cour royale, entourée de quatre corps de logis. Il reprend ainsi le plan de l'Escurial, le palais monastère de , près de Madrid, de plus il s'inspire aussi des hôpitaux de l'époque (la Salpêtrière, l'hospice des Incurables). Les travaux sont menés entre mars 1671 (la première pierre est posée le ) et février 1674, ce qui peut être qualifié de rapide grâce à l'aide que lui apportent Louvois et ses intendants, les trois frères Camus. Lors de l'inauguration de l'hôtel en par en personne, les premiers pensionnaires sont accueillis. Néanmoins, à cette date, la construction de l'église n'est pas encore commencée. La face arrière de la grande cour est détruite moins d'un an après son achèvement, pour laisser place aux fondations du grand dôme. Les matériaux de construction, notamment la pierre de craie, sont débarqués au niveau d'un port aménagé sur la Seine au niveau du futur pont Alexandre-..
vignette|gauche|Les plans de Jules Hardouin-Mansart prévoyaient aussi une vaste esplanade avec une monumentale colonnade pour mettre en valeur le dôme au sud, mais elles ne furent jamais réalisées.
L'église royale, initialement prévue par Bruant, bute sur la construction. Louvois, qui y voit l'occasion de mettre à l'écart l'un des protégés de son rival, Colbert, détourne Bruant vers d'autres travaux de ponts et chaussées et à partir de mars 1676, il confie l'ouvrage à Jules Hardouin-Mansart, qui travaille également aux pavillons d'entrée et aux infirmeries. La construction de l'édifice religieux dure près de trente ans. Elle n'est achevée que le , date de la remise des clés par l'architecte au Roi-Soleil. Cette longue construction prend un tournant à la mort de Colbert, dont les restrictions étouffaient la construction. Louvois le remplace au ministère, il quadruple la mise de cent mille livres allouée à la construction du dôme par Colbert. Néanmoins, celui-ci se fait très présent sur le chantier et n'hésite pas à harceler les fournisseurs en pierre, les retardataires tels que Carel. Louvois montre un attachement aux Invalides, dans lequel il souhaite reposer après sa mort. Le , il est inhumé dans l'église, sans avoir vu la fin des travaux sur le dôme. En 1699, son mausolée n'est toujours pas achevé, le roi n'ayant pas libéré les crédits à cet effet. On soupçonne Madame de Maintenon, épouse morganatique du roi et adversaire de Louvois de retarder la construction. Le , le corps de Louvois quitte son hôtel des Invalides, il est inhumé dans l'église du couvent des Capucines qu'il avait fait construire au débouché de la place Vendôme. Néanmoins, celui-ci reste présent par un joli jeu de mots : parmi les décorations d'armes sur une lucarne, l'une présente étrangement un animal sortant des hautes herbes fixant la cour. En effet, d'ici le « loup voit »..
vignette|En 1756 par Pérau. Le lieu devient alors une véritable promenade pour les Parisiens qui se mêlent ainsi à la population militaire. Les cérémonies qui s'y déroulent attirent de nombreux spectateurs. Les Invalides restent pour la monarchie le projet de . ne s'y rend pas, et qu'à de rares occasions, durant lesquelles il salue toujours la performance de cette institution. Autre invité illustre de l'époque monarchique, le tsar s'y rend en avril 1717.
Conception À l'origine, seulement un certain nombre de casernes sont prévues, mais le roi choisit le projet de l'architecte Libéral Bruant qui consiste en un grand bâtiment impressionnant avec une cour royale et l'église.
Le bâtiment est double, même s'il existe une continuité architecturale : la nef constitue l’église des soldats, le chœur, sous la coupole, est qualifié d’église du dôme. Cette distinction est concrétisée par la mise en place, en 1873, d'une grande verrière, séparant les deux parties.
L'hôtel des Invalides comprend alors l'église, une manufacture (confection d'uniformes et imprimerie), un hospice (« maison de retraite ») et un hôpital militaire. Les ateliers initiaux sont rapidement abandonnés afin d'aménager des chambrées supplémentaires.
Fin de la royauté vignette|Le , par Jean-Baptiste Lallemand. vignette|Prise des armes aux Invalides, (musée de la Révolution française). Lundi , à la nuit tombée, les barricades se lèvent dans Paris. Le baron Pierre-Victor de Besenval de Brünstatt, lieutenant général des armées du roi et colonel du régiment des gardes suisses, est chargé de la protection de la ville, mais celui-ci, face à la menace, s'est retranché avec ses troupes dans son camp installé au Champ-de-Mars. La foule s'arme de bâtons et petit à petit pille le couvent Saint-Lazare. Le gouverneur Charles François de Virot de Sombreuil, chargé des Invalides, sait que ce climat s'est propagé dans les propres rangs de son institution. Les réformes impopulaires du comte de Saint-Germain, ministre de la Guerre de , ont mis à dos le gouverneur royaliste et son état major. Parmi les invalides eux-mêmes, la proximité avec les loges maçonniques et la cohabitation avec les soldats français rescapés du corps expéditionnaire de La Fayette durant la révolution américaine, entraînent un élan de sympathie pour le mouvement révolutionnaire.
Le lendemain, , à sept heures du matin, le Comité permanent des électeurs, siégeant à l'hôtel de ville, envoie Louis Éthis de Corny, procureur du Roi, afin de réclamer les armes stockées aux Invalides. Celui-ci arrive à neuf heures, avec son escorte armée. Le gouverneur, ne disposant que de sa garde et d'une compagnie d'artilleurs, refuse de livrer les armes sans ordres formels du roi. Déjà la veille au soir, Sombreuil avait reçu la demande de fournir les armes au peuple. Il avait alors compris l'intérêt de ce stock pour la foule et avait employé pour retirer les chiens des fusils et ainsi les rendre inutilisables. Mais ceux-ci prirent du retard, sûrement pour soutenir l'action révolutionnaire, et l'idée fut abandonnée. Sombreuil explique alors à Louis Éthis de Corny qu'un courrier est parti pour Versailles, et lui demande d'attendre la réponse. Néanmoins la foule qui se masse autour des Invalides refuse la demande et se lance à l'assaut du bâtiment. L'ordre est donné aux artilleurs de faire feu sur la foule mais pas un seul tir ne se fera entendre. Les invalides eux-mêmes ouvrent les grilles. La prise des Invalides permettra à la foule de récupérer et , qui serviront à la prise de la Bastille.
Le , Sombreuil ne peut calmer ses hommes. Il donne alors sa démission, qui sera refusée par le roi, qui lui demande d'attendre que l'Assemblée prenne une décision quant au sort de l'institution. Le dossier sera examiné bien plus tard en 1791 par la Constituante, chargeant Edmond-Louis-Alexis Dubois-Crancé du dossier, celui-ci étant déjà chargé du dossier de la réorganisation de l'armée. Celui-ci souhaite la fermeture de l'hôtel pour faire des économies et augmenter la solde des invalides répartis dans tout le pays. Les malades seraient alors répartis dans les que la Constituante cherche à créer. Le bâtiment serait revendu à la Mairie de Paris, qui pourrait alors le réutiliser comme prison. Le projet est débattu, les invalides eux-mêmes sont divisés, l'abbé Jean-Sifrein Maury est l'un des plus grands détracteurs de l'idée d'une fermeture d'un établissement qu'il juge être « un exemple pour toute l'Europe ».