de Bavière (en allemand ), né Louis Othon Frédéric Guillaume de Wittelsbach () le à Munich et mort le dans le lac de Starnberg, est le quatrième roi de Bavière, régnant de 1864 à 1886. Il est également comte palatin, duc en Bavière et duc de Franconie et de Souabe.

Fils aîné de Maximilien II de Bavière et de son épouse Marie de Hohenzollern, il est un personnage excentrique dont l'héritage est étroitement lié à l'histoire de l'art et de l'architecture. Il commande notamment la construction de plusieurs châteaux et palais d’envergure, dont le plus célèbre est celui de Neuschwanstein ; il est également le mécène du compositeur Richard Wagner.

Bien qu'il ait pris ses distances avec le clergé, il a de la royauté une vision exaltée, liée à la représentation divine de ses origines culturelles germaniques. Il prend comme modèle Parsifal, héros du cycle de la Table ronde, devenu le gardien du Graal en raison de la pureté de son âme. Toutefois, juridiquement, est un monarque constitutionnel, disposant certes de droits mais principalement soumis à toute une série d'obligations et de devoirs. Il se réfugie dans un environnement visuel et acoustique qu'il se crée.

Allié de l'Autriche dans la guerre austro-prussienne de 1866, il accepte avec réticence l'alignement de la Bavière sur la Prusse pendant la guerre franco-allemande de 1870 et la proclamation de Guillaume de Prusse comme empereur d'Allemagne. À partir de 1871, lorsque la Bavière intègre l'Allemagne unifiée, de Bavière affecte l'essentiel des finances bavaroises, puis sa fortune personnelle à ses projets dispendieux, ce qui le fait tomber en disgrâce auprès du chancelier allemand Otto von Bismarck. Alors que ses ministres cherchent à l’écarter, il est déclaré fou et meurt au lendemain de son internement au château de Berg.

Biographie vignette|Arbre généalogique simplifié de .

Naissance et jeunesse vignette|gauche|Chambre natale de . thumb|redresse|La reine Marie (ici par Joseph Karl Stieler). de Bavière naît le au château de Nymphenburg, près de Munich. Il est d'abord appelé Othon Louis Frédéric Guillaume, mais ses deux premiers prénoms sont inversés le , sous la pression de son grand-père .

Il est le fils du roi (1811-1864), à qui il succède, et de Marie de Hohenzollern, princesse de Prusse (1825-1889).

Son anniversaire, ainsi que celui de son grand-père Louis né le même jour, coïncide avec la fête Saint Louis, tenue en l'honneur du roi de France . Le parrain de est , le dernier souverain français de l'Ancien Régime. Cette proximité avec la dynastie française, qui incarne à partir d' la monarchie absolue, est pour d'une importance primordiale.

Deux événements marquent les premières années de . En , quand il a huit mois, sa nourrice meurt de la fièvre typhoïde. Ce sevrage brutal est considéré comme un choc psychologique sérieux par . Le , à la suite de la révélation de la liaison avec l'actrice Lola MontezCécil Saint Laurent, Lola Montez, Presse de la Cité., son grand-père est obligé d'abdiquer en faveur de son fils .

Maximilien rétablit le calme en Bavière. Il encourage les arts et les sciences, se prononce contre le travail des enfants, fonde des institutions de charité et prend des mesures en faveur de l'emploi, voulant donner à la Bavière un rôle de premier plan face à la Prusse et l'Autriche. Tandis que Maximilien, prince intellectuel qui aurait aimé être professeur d'université, est un homme de bibliothèque, son épouse Marie a la passion de l'alpinismeJean des Cars, de Bavière .

Louis, devenu prince héritier, suit alors une éducation très chargée pour son âge :

Sa mère note que Louis apprécie faire du théâtre, de la peinture, se costumer et offrir des cadeaux (argent ou objets). Ces traits de caractère seront présents chez lui durant toute sa vie..

Louis est incompris par ses parents, à cause de son caractère fantasque, solitaire et très sensible : son père évite de lui parler et sa mère se moque de ses « envolées », ce qui le blesse cruellement, malgré leur goût commun pour l'alpinisme. Elle lui préfère son frère Otto, et moins difficile à éduquer. Louis se replie donc sur lui-même et développe de la crainte et de l'ennui à l'égard de ses parents.

left|thumb|Château de Hohenschwangau dans son cadre. Le château de Hohenschwangau, où Louis passe l'essentiel de son enfance, influence beaucoup son existence future. Le château, où le cygne est omniprésent, est lié aux légendes germaniques de Lohengrin et de Tannhäuser. Ses fresques, peintes par Moritz von Schwind, illustrent d'autres légendes comme la quête du Graal, le Venusberg, le mariage d'Elsa de Brabant et le combat de Telramund. Le Minnesanger de la Wartbourg y aurait séjourné. Il appelle le château . et écrit dans une lettre à Wagner qu'il était ..

En 1857, le prince héritier, âgé de douze ans, lit pour la première fois un ouvrage de Richard Wagner, L'Œuvre d'Art de l'Avenir. Le a lieu la première représentation de Lohengrin à Munich, mais il n'est pas permis à Louis d'y assister. Le de la même année, Louis commence son journal intime.

Pour la première fois, en 1846, Louis visite avec son père la « maisonnette royale » dans la vallée du Graswang, où Louis construira par la suite le château de Linderhof. En , il lit un autre ouvrage de Wagner, La Musique de l'Avenir. Le , il assiste pour la première fois à un de ses opéras, Lohengrin et le à un autre, Tannhäuser. Lors de cette seconde représentation, son agitation fut telle que certains crurent à une crise d'épilepsie du jeune prince.

Il passe son diplôme de fin d'études en automne 1862. Le de la même année, son père le fait chevalier de l'ordre de Saint-Hubert. Louis va souvent au théâtre et adopte une coiffure frisée. À la fin de l'année, il commence à suivre quelques cours universitaires de français, de philosophie, de science militaire et de physique-chimie. En 1863, Louis rencontre pour la première fois le chancelier de Prusse Otto von Bismarck, au château de Nymphenburg.

Une marche réticente vers l'unité allemande vignette|Parade militaire en présence du roi Louis II. Gravure d'Adrian Ludwig Richter, 1864. Dès le début de son règne, Louis doit faire face aux manœuvres d'Otto von Bismarck qui ambitionne de rendre la Prusse maîtresse du monde germanique. Le ministre-président Ludwig von der Pfordten place la Bavière aux côtés de l'Autriche : la maison de Wittelsbach et celle de Habsbourg-Lorraine sont liées par leur religion commune, le catholicisme, et par leurs attaches familiales. La guerre austro-prussienne de 1866 se conclut par l'écrasement de l'armée autrichienne à la bataille de Sadowa et de ses alliés bavarois à Uettingen.

Cette guerre marque la fin de la Confédération germanique : la Bavière, comme les autres États d'Allemagne du Sud, doit signer un traité de défense mutuelle avec la Prusse. Louis II reste très attaché à sa souveraineté mais le ministre-président Clovis de Hohenlohe-Schillingsfürst est favorable au programme de « petite Allemagne » regroupant l'ensemble des pays allemands sauf l'Autriche. La majorité parlementaire, menée par le Parti progressiste, tend aussi vers le rapprochement avec la Prusse. Un projet de « Confédération de l'Allemagne du Sud » associée à la confédération de l'Allemagne du Nord n'aboutit pas car le grand-duché de Bade et le royaume de Wurtemberg craignent un système où ils seraient subordonnés à la Bavière sans en tirer d'avantage effectifBernard Poloni,. « La Bavière et l’empire » in La naissance du Reich, édité par Gilbert Krebs et Gérard Schneilin, Presses Sorbonne Nouvelle, 1995 .

Lorsque éclate la guerre franco-allemande en , Louis, en application du traité d'alliance, signe l'ordre de mobilisation de l'armée bavaroise dès le lendemain de la déclaration de guerre par Napoléon III. Bien que membre de la coalition allemande, des raisons diplomatiques et psychologiques empêchent le roi de rejoindre le quartier général des princes qui, réunis au château de Versailles en , décident d'offrir la couronne de l'Empire allemand à . Louis II, protocolairement le premier des princes allemands après le roi de Prusse, est ainsi le premier à souscrire à la lettre impériale (Kaiserbrief) du , dictée par Bismarck, qui permet le couronnement du nouvel empereur le Bernard Poloni, « La Bavière et l’empire » in La naissance du Reich, édité par Gilbert Krebs et Gérard Schneilin, Presses Sorbonne Nouvelle, 1995 . Louis est le seul souverain allemand absent de la cérémonie du couronnement dans la galerie des Glaces de Versailles le : il y délègue son frère Othon, qui lui décrira la froideur et la vacuité de la cérémonie. Le consentement de Louis a peut-être été facilité par le versement d'une pension annuelle de marks-or ajoutés à sa liste civile, prélevés sur les fonds hanovriens sous séquestre prussien : le total des versements atteignait 4 millions de marks à la mort du roi. Certains auteurs évoquent aussi l'influence de son ami d'enfance et peut-être amant Maximilian von Holnstein, partisan de l'alliance prussienne. De toute façon, le rapport de forces stratégique et économique ne laissait guère de chances à une Bavière indépendante : son intégration au Reich, laissant au royaume un certain nombre de droits réservés, évitait le risque d'un nouveau conflit et d'une annexion brutale.

Fiançailles rompues vignette|Photo officielle des fiançailles de Louis et Sophie (Joseph Albert). thumb|left|Sophie-Charlotte, duchesse en Bavière En 1867, Louis se fiance avec la cousine germaine de son père, la duchesse Sophie-Charlotte en Bavière. Née en 1847, fille du duc Maximilien en Bavière et de la duchesse Ludovica de Bavière, la fille de l'arrière-grand-père de Louis , Sophie-Charlotte est également la sœur de Charles-Théodore en Bavière (un ami d'enfance de Louis), de l'ex-reine Marie des Deux-Siciles et de l'impératrice d'Autriche Élisabeth de Wittelsbach, dite « Sissi », dont il est un admirateur.

Le pape leur accorde la dispense papale nécessaire à cause de leurs liens étroits de parenté. Les fiançailles sont officialisées le , mais le mariage, d'abord fixé au , est reporté à plusieurs reprises : d'abord au , ensuite au et enfin au . Le roi appelle sa fiancée Elsa, du nom de l'héroïne de l'opéra Lohengrin de Richard Wagner, à qui il voue un véritable culte, ou bien Élisabeth, un personnage de Tannhaüser du même compositeur. Il se présente chez les parents de la jeune fille en pleine nuit pour lui faire une cour que Sophie Charlotte juge trop platoniqueJean des Cars, de Bavière, . : celle-ci lance un jour devant sa famille Jean des Cars, de Bavière, ..

En , le duc MaxJean des Cars, de Bavière, . exige que le mariage soit célébré avant la fin de l'année. Louis II, se déclarant offensé par l'attitude de son futur beau-père et sujet, en profite pour rompre ses fiançailles. Il écrit dans son journal : Un peu plus tard : Cette attitude de vis-à-vis du mariage peut s'expliquer par son homosexualité.

Écartée de la cour par le scandale, Sophie-Charlotte se marie dès l'année suivante avec Ferdinand-Philippe-Marie d'Orléans, fils de Louis d'Orléans et petit-fils du roi des Français . Elle meurt le dans l'incendie du Bazar de la Charité à Paris Gisant de la duchesse d'Alençon, née Sophie-Charlotte Auguste de Wittelsbach : Description historique, sur pop.culture.gouv.fr (consulté le 2 janvier 2023)..

Une royauté sous tutelle vignette|Promenade nocturne en traîneau de de Bavière. Toile de Richard Wenig, château de Nymphembourg vignette|gauche|« Luitpold , le vieux prince régent, tuteur de deux royautés folles » (Guillaume Apollinaire). Statue au palais de justice de Munich, photographiée en 2008.