Le Monde est un journal français fondé par Hubert Beuve-Méry en 1944. Se voulant journal « de référence ».. Éric Fottorino avait préféré dans un éditorial, à l'époque où il était directeur du Monde et président du directoire du groupe La Vie-Le Monde, ne pas affirmer que le journal était un « quotidien de référence », mais estimer que le quotidien n'était , mais . Source : ., il est régulièrement considéré comme tel., y compris à l'étranger. : . : ..

C'est le quotidien national le plus lu en France avec 2,44 millions de lecteurs en 2021Classement Audience Presse Quotidienne Nationale, Alliance pour les chiffres de la presse et des médias. et le plus diffusé avec ..

Dernier quotidien français dit « du soir », il paraît, daté du lendemain, à Paris en début d'après-midi, ainsi qu'un peu plus tard dans certaines grandes villes. Il est ensuite distribué ailleurs le matin suivant.

Il est classé politiquement au centre gauche.

Le Monde est détenu par le Groupe Le Monde. Il a pour actionnariat la holding Le Monde libre détenue notamment par Xavier Niel et Matthieu Pigasse et le pôle d'indépendance détenu par les salariés, les syndicats et des associations..

Histoire 1944-1968 : fondation et institution d'un journal de référence vignette|La rédaction du Monde s'est située 5, rue des Italiens à Paris, de sa création jusqu’en 1989 (photo prise en 2015). Le premier numéro du Monde paraît le ., daté du sur une seule page recto verso. Il succède au journal Le Temps qui, victime de l'ordonnance du sur les titres ayant paru sous l'occupation de la France par l'Allemagne, a vu ses locaux réquisitionnés et son matériel saisi. Le Monde, bénéficiaire de cette confiscation, en reprend le format et la présentation, l'équipe rédactionnelle, les ouvriers et employés ainsi que les anciens locaux situés rue des Italiens, locaux où il restera 44 ans et qui lui valent le surnom de « quotidien de la rue des Italiens ». Le général de Gaulle, qui souhaite doter la France d'un « journal de prestige » tourné vers l'étranger et qui serait « l'officieux » de la République, est un élément moteur de sa création.. Il charge son ministre de l'Information Pierre-Henri Teitgen d'en trouver le directeur, choix difficile car la plupart des hommes de presse de l'époque étaient d'anciens collaborateurs ou déjà à la tête de journaux de la presse clandestine.. Georges Bidault, le président du Conseil national de la Résistance lui suggère le nom d'Hubert Beuve-Méry. Ce dernier hésite longtemps car il veut diriger un journal indépendant vis-à-vis des pouvoirs politiques, économiques et religieux. Le , Hubert Beuve-Méry fonde la société à responsabilité limitée (SARL) Le Monde au capital de répartis en 200 parts sociales, son premier comité de rédaction comprend également René Courtin, professeur de droit, et Christian Funck-Brentano, ancien chargé des questions de presse au cabinet du général de Gaulle.. Le quotidien, destiné comme Le Temps aux élitesFrance-Soir tire à cette époque à un million d'exemplaires., tire à dès 1945. Né dans l'ombre du pouvoir, Le Monde s'en émancipe progressivement grâce à Hubert Beuve-Méry qui acquiert son indépendance rédactionnelle durant la guerre froide et la guerre d'Indochine..

Les salariés du journal tiennent une place centrale dans la gestion du quotidien. En 1951, la Société des rédacteurs du Monde est créée, qui a pour mission de veiller à l'indépendance journalistique du titre. Elle se voit initialement attribuer un peu plus de 28 % des parts de la SARL Le Monde.. (ont suivi la société des employés et des cadres en 1968, et celle des lecteurs en 1985). En 1956, Le Monde devient propriétaire de son immeuble au 5, rue des Italiens. À partir du début des années 1960 la diffusion du titre connaît une forte expansion, qui la fera tripler en 20 ans, passant de en 1960 à en 1971, puis près de à la fin des années 1970Laurent Martin, La presse écrite en France au , Le Livre de poche..

Cette indépendance financière, éditoriale, est aussi politique. Le journal est le point de jonction de plusieurs grands courants d'idées principalement liés au courant de la social-démocratie chrétienne sur le plan intérieur et un anticolonialisme modéré sur le plan extérieur.

Cela entraîne des débats. Outre la querelle avec de Gaulle, on note que Jean-Jacques Servan-Schreiber, responsable de la page de politique extérieure, quitte le journal au début des années 1950 en lui reprochant son neutralisme dans les relations Est-Ouest.. En 1954, est lancé le Monde diplomatique.. En 1955/56, le Conseil national du patronat français présidé par Georges Villiers pense alors que Le Monde est trop orienté à gauche et décide d'aider au lancement d'un quotidien concurrent, Le Temps de Paris. L'opération est coordonnée par l'ancienne éminence grise de Pierre Laval, Jean Jardin ; dès la publication du premier numéro, en , le directeur du Monde, Hubert Beuve-Méry, fut rassuré par la qualité jugée plutôt médiocre du journal concurrent, dont la publication s'arrêta au bout de quelques mois le .. Le Monde refuse en 1957 la publication d'un article de Jean-Paul Sartre consacré à l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie.. Sous la , le Monde soutient la politique étrangère du général de Gaulle., tout en critiquant sa politique intérieure.

1969-1981 : journal du soir du centre gauche Après le départ à la retraite de Hubert Beuve-Méry, le fondateur du titre, Jacques Fauvet prend sa suite à la direction en 1969..

Dans les années 1970, le journal s'engage en soutien de la stratégie d'Union de la gauche . ainsi que dans la dénonciation des scandales financiers qui éclatent sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, dont l'affaire des diamants de Bokassa.. Dans un article publié en 2014 dans le quotidien, Raphaëlle Bacqué revient sur l'affaire des diamants, telle qu'elle fut vécue à l'intérieur du Monde et évoque l'aspect très politique de son exploitation.. Son enquête mentionne notamment l'hostilité générale des journalistes de la rédaction à Giscard d'Estaing et leur proximité avec l'opposition de gauche. Elle indique aussi les débats internes entre ceux, tels que le chef du service politique Raymond Barillon, qui sont circonspects et réticents à reprendre les révélations du Canard enchaîné et ceux, tels l'éditorialiste Philippe Boucher, , qui veulent pousser l'affaire en l'amalgamant notamment avec des révélations mentionnées par Minute sur un permis de construire obtenu par Raymond Barre et des informations sur le patrimoine en Afrique de cousins de Giscard. La ligne éditoriale, sans se revendiquer explicitement de gauche, est généralement solidaire des mouvements révolutionnaires perçus comme socialistes, comme au Viêt Nam, au Portugal ou au Cambodge, titrant notamment « Phnom Penh libérée » lors de la prise de la ville par les Khmers rouges, en ...

Ayant atteint la limite d'âge, Jacques Fauvet est dans l'obligation de quitter ses fonctions au 31 décembre 1979. Il est alors décidé par le conseil d'administration du Monde d'entamer un processus inédit de désignation du nouveau directeur, qui devra être élu candidat par la société des rédacteurs du journal, avant d'être approuvé par l'assemblée générale de la SARL du Monde.. Le journal, bien que jouissant d'une très bonne réputation, rencontre alors des difficultés économiques préoccupantes. Dans le même temps, alors que les prochaines élections présidentielles doivent se tenir en 1981, Valéry Giscard d'Estaing menace que, .

Les candidats sont Jacques Amalric, alors directeur du service Étranger, Jacques Decornoy, qui fait partie de l'équipe de direction, André Fontaine, rédacteur en chef éditorial du journal, et Claude Julien, directeur du Monde diplomatiqueÉlection : direction du monde, reportage de Jacques Merlino dans le journal télévisé de d'Antenne_2 le (17:04 - 18:29) ; sur le site de l'INA.. Rapidement, les figures de Julien et d'Amalric se détachent. Le premier est perçu par la presse de l'époque comme un homme de gauche , tandis que le second semble plus à droite et . Lors du vote de la société des rédacteurs du , Claude Julien récolte des suffrages face à Jacques Amalric, après un premier tour qui écarte Jacques Decornoy et André Fontaine. Un score de étant requis, de nouvelles élections sont organisées le de la même année. Alors que Jacques Amalric s'est retiré, Claude Julien est élu avec des suffrages face à Paul Fabra, Alain Jacob et Michel Tatu. L'assemblée générale de la SARL du Monde ratifie ensuite son élection en , près d'un an plus tard.

Le nombre de lecteurs est alors à son plus haut, une réussite favorisée par la campagne de l'élection présidentielle française de 1981, au cours de laquelle le journal soutient la candidature de François Mitterrand, dans un contexte de fortes tensions avec Valéry Giscard d'Estaing« Et Mitterrand suspendit son abonnement », Le Monde, .. Après la victoire du candidat socialiste, Jacques Fauvet écrit dans le numéro du : Après l'élection, le soutien affiché du journal à François Mitterrand lui coûte cependant de nombreux lecteurs« La fin du Monde ? Tradition and change in the French press », French Politics, Culture & Society, , , printemps 2004..

Entre-temps, les tensions s'accumulent entre Claude Julien et une partie de la rédaction, autour de désaccords politiques et rédactionnels, et une atmosphère malsaine s'installe au sein du journal. Les anciens candidats à la direction Amalric et Fontaine signent notamment, avec vingt autres rédacteurs du Monde, deux courriers critiques de Claude Julien. Ceux-ci sont adressés à François Simon, alors président de la société des rédacteurs., puis communiqués au Quotidien de Paris. Devant les difficultés économiques que traverse alors le journal, Claude Julien appelle à pour relever la qualité du journal, tout en prévoyant une restructuration de la rédaction du quotidien, dans le but de favoriser le décloisonnement et le travail collectif. L'historien Patrick Eveno estime que Claude Julien (1925-2005), La réussite de la rigueur par Patrick_Eveno.. C'est dans ce contexte que plusieurs documents internes fuitent dans la presse, notamment dans La Lettre des Échos. Claude Julien est vivement critiqué par une partie de la rédaction, après avoir accusé sans fondements tangibles le journaliste Pierre Georges d'être responsable de ces fuites, son beau-frère travaillant à La Lettre des Échos. Devant le climat de tensions, le conseil d'administration de la société des rédacteurs du Monde demande finalement à Claude Julien de se soumettre à un vote de confiance. À l'issue de ce vote, qui a lieu le , la société des rédacteurs lui retire sa confiance à . Claude Julien démissionne aussitôt de son poste de directeur administratif, puis de la gérance en , après la nomination d'André Laurens. Certains voient dans cet épisode la fin, au Monde, d'une ligne éditoriale alors non-alignée et en soutien de la gauche française, laissant place à une vision plus atlantiste et économiquement libérale.

1982-1994 : difficultés financières et éditoriales vignette|De 2004 à 2020, la rédaction du Monde est alors installée dans un bâtiment situé au 80 boulevard Auguste-Blanqui à Paris, dessiné par Christian de Portzampac et habillé par une immense fresque de Plantu. En 1985, André Laurens, qui a succédé en 1982 à Claude Julien, est écarté de la direction à la suite de la baisse des ventes ; alors qu'il tire en moyenne entre 1974 et 1981, le journal voit sa diffusion chuter à en 1985, le faisant descendre en dessous de son seuil de rentabilité.). On reproche à Laurens son rapport au socialisme mitterrandien.