vignette|Carte des Empires romains d'Orient et d'Occident à la mort en 395 de Théodose I, dernier empereur de l'Empire unifié. vignette|Carte des Empires romains d'Orient et d'Occident en 476, à comparer à la précédente : la chute de l'Occident est perceptible, les Grandes invasions ont ravagé l'Ouest de l'Empire plus que Constantinople. La portion de Gaule romaine, séparée de l'ensemble, est devenu le domaine gallo-romain dirigé par une autorité sur laquelle Rome n'influe plus. La Maurétanie et la Numidie restent encore non conquises par le royaume vandale ; des soulèvements maures s'y dérouleront plus tard. Le déclin de l'Empire romain d'Occident, ou la chute de l'Empire romain, se rapporte aux causes profondes et aux événements qui aboutirent à l'effondrement de l'Empire romain d'Occident. Le , date de l'abdication de Romulus Augustule, dernier empereur de l'Empire romain d'Occident, est en général retenu comme marquant la fin de l'Antiquité.

Cette thématique a connu une large diffusion à la fin du avec la parution du fameux ouvrage d'Edward Gibbon : Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Cependant, Gibbon n'a été ni le premier ni le dernier à étudier les raisons qui ont conduit à la disparition de l'Empire romain, Montesquieu lui ayant consacré par exemple dès 1734 un ouvrage, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, où il liste des facteurs de sa décadence. Ce thème est resté présent depuis lors dans l'inconscient collectif et le discours politique et a donné lieu à une recherche historique qui est toujours active : en 1984, par exemple, le professeur allemand Alexander Demandt a recensé plus de 210 théories sur les causes de la chute de l'Empire romain.

Les raisons du déclin de l'Empire romain font donc l'objet d'un certain nombre de théories controversées, la plupart des historiens remettant même aujourd'hui en question la notion de « chute », de « déclin », ou la date de 476, qui a d'ailleurs bien moins marqué les contemporains que celle du sac de Rome par Alaric en 410Cf. A. Momigliano, La caduta senza rumore di un impero [La chute sans bruit d'un empire], in : Sesto contributo alla storia degli studi classici, Edizioni di Storia e Letteratura, Rome 1980, .. Le caractère succinct des témoignages sur cette époque troublée explique en partie le grand nombre de théories développées, qui découle aussi de la variété des points de vue adoptés par les auteurs qui en ont traité.

Théories Les principales théories sont regroupées ci-dessous en fonction du sens que leur auteur donne aux termes de déclin ou de fin de l'Empire romain. thumb|right|Romulus Augustule, le dernier des Empereurs romains d'Occident.

Théories de « l'empire décadent » Généralement, ces théories soutiennent que l'Empire romain aurait survécu indéfiniment si une combinaison de circonstances ne l'avait pas conduit à sa chute prématurée. Quelques historiens de ce groupe croient que Rome la « porta sur elle-même » et qu'elle assura son propre déclin par des politiques abusives et la dégradation de sa réputation.

Végèce Au début du , l'historien romain Végèce formule une théorie selon laquelle l'Empire romain décline à cause de son contact croissant avec les barbares, entraînant une « barbarisation » qu'il perçoit comme moteur de dégradation. La léthargie, la complaisance et la mauvaise discipline qui affectent les légions font apparaître la chute de l'Empire comme un phénomène d'origine essentiellement militaire. L'Empire chrétien dépend désormais essentiellement des « barbares » pour assurer la défense de son vaste territoire, ce qui entraîne sa chute prématurée.

Gibbon thumb|right| Carte géographique animée montrant la naissance, l'apogée et le déclin territorial de l'Empire romain entre -510 et 530.

Edward Gibbon, historien anglais, considère que l’introduction, ou au moins l’abus du christianisme, a eu une influence sur le déclin et sur la chute de l’empire des Romains. Les violences des factions religieuses rompirent tous les liens de la société civile. Les sectes chrétiennes persécutées devinrent ennemies de leur patrie. L’attention des empereurs abandonna les camps pour s’occuper des synodes. Une grande partie des richesses du public étaient absorbée par la vie monastique. Les vertus actives qui soutiennent la société étaient découragées, et les derniers débris de l’esprit militaire s’ensevelissaient dans les cloîtres. Ainsi, selon Gibbon, "la conversion de Constantin précipita la chute de l'empire".

La christianisation de l'Empire n'a été possible qu'à la suite d'évolutions démographiques et culturelles qui l'ont précédé. Gibbon dit à ce sujet :

Le travail de Gibbon est remarquable pour ses notes et ses recherches, erratiques mais exhaustivement documentées.

Renan Selon Ernest Renan, Jésus est le « destructeur » de l'empire romain. Jésus fut avec l’invasion des Germains, la cause de dissolution la plus active pour l’œuvre des Césars. Un germe fatal de théocratie a été introduit dans le monde. Du point de vue militaire et patriotique, le christianisme détruisit le monde ancien. Le grand affaiblissement qui se remarque dans l’armée romaine a sa cause dans le christianisme. Les chrétiens désiraient, au fond, que tout allât pour le plus mal. Loin de faire cause commune avec les bons citoyens et de chercher à conjurer les dangers de la patrie, les chrétiens en triomphaient. Selon Renan, le christianisme fut aussi une immense révolution économique qui tua la richesse. L’église et le monastère furent seuls riches.

Richta

Radovan Richta (1924-1983), philosophe tchèque, soutient que la technologie est le ressort de l'histoire. Il défend l'idée que c'est l'utilisation du fer à cheval par les tribus barbares à partir des années 200 qui a modifié l'équilibre militaire de la Pax Romana.

Cette thèse a pour faiblesse d'ignorer certains atouts militaires des Romains, notamment une réelle capacité d'adaptation à la technologie de l'adversaire. Par exemple, Rome n'avait pas de flotte au début de sa confrontation avec Carthage, alors grande puissance maritime. En quelques générations, Rome se dota d'une flotte et battit Carthage. Les prouesses tactiques de l'infanterie romaine pour contrer les initiatives adverses sont également célèbres, notamment celles qui permirent de confondre les charges d'éléphants d'Hannibal. Cette théorie méconnaît également des épisodes comme le service massif, dans l'armée romaine, de cavaliers teutons issus de peuples fédérés, les foederati (la plus grande partie des barbares combattus du étaient par ailleurs des fantassins). Aussi, la thèse de Richta, faisant de l'innovation technique le moteur interne de l'histoire, s'efforçant d'en discerner les effets d'une société à l'autre, écarte volontairement certains paramètres contingents comme l'apparition du christianisme et la profonde transformation des mœurs dans la Rome des derniers siècles.

Bryan Ward-Perkins Le livre de Bryan Ward-Perkins La Chute de Rome et la Fin de la Civilisation (2005, traduction française en 2014) regroupe et nuance des arguments classiques : la « mort » de l'Empire serait due à un cercle vicieux d'instabilité politique, d'invasion étrangère et de baisse du revenu des taxes. Les invasions causèrent essentiellement des dommages à long terme aux bases fiscales des provinces, amoindrissant la capacité de l'Empire à payer et équiper ses soldats, avec des résultats prévisibles. De même, des invasions répétées encourageaient les provinces à utiliser la rébellion comme moyen d'autodéfense, en complément des ressources impériales qui s'étaient réduites. S'opposant aux historiens qui refusent de parler de « chute » et ne voient pas nécessairement le déclin de Rome comme une « mauvaise chose » pour les contemporains, Ward-Perkins se fonde sur les rapports archéologiques pour soutenir, à différentes reprises, que la chute fut un véritable désastre pour l'ancien Empire.

Plus que celles de Bury et d'Heather, la théorie de Ward-Perkins identifie une série d'événements cycliques qui viennent concourir au déclin définitif. La principale différence entre son travail et celui de Bury est que, comme Heather, il a eu accès aux rapports archéologiques renforçant l'idée que la chute fut un désastre pour des millions de gens.

L'apport de Ward-Perkins réside notamment dans le fait qu'il regroupe toute une série de marqueurs convergeant de la chute de l'activité économique tels :

la teneur en métaux (plomb, cuivre, etc..), renseignant le niveau de production sidérurgique, qui est visible dans les carottes de glace du Groenland durant la période romaine : après la chute de l'empire, ce niveau de pollution ne sera retrouvé qu'aux , la production de poteries standardisées de qualité (analyse des strates du Monte Testacio), en chute. la disparition des arts de la construction d'abord sur la périphérie de l'Empire, puis en son centre, l'arrêt de la construction de villas romaines, l'incapacité à bâtir des édifices importants même pour les principaux acteurs politiques ou religieux. L'auteur note qu'il fallut attendre le pour que les tuiles puissent être produites (ateliers) et fournies (transport) de manière comparable. la circulation monétaire, les fouilles documentent la diminution de cette circulation : nombre et qualité des pièces retrouvées, fin de la petite monnaie de cuivre. Ceci incite à souscrire à la diminution des échanges lointains et proches, au retour au troc et au repli sur le local. la diminution de la taille des animaux d'élevage retrouvés lors des fouilles : bovins, équidés La taille est corrélée à la variété et la qualité de l'alimentation ainsi qu'à la sélection (identification des meilleurs spécimens, croisement des animaux, apport de variétés lointaines).

J. B. Bury L'Histoire de l'Empire romain tardif (1923) fournit un ensemble d'arguments expliquant la chute de l'Empire occidental. L'ouvrage démystifie la théorie classique du « Christianisme contre les païens » en insistant sur le succès relatif de l'Empire de l'Est, qui était de loin plus chrétien. Sans insulter Gibbon, il trouve trop simpliste sa « théorie du déclin moral », qui apporte difficilement une réponse partielle. Il présente essentiellement ce qu'il appelle la « théorie moderne », qu'il approuve implicitement, une combinaison de facteurs : « La suprématie de Stilicon était due au fait que la défense de l'Empire en était venue à dépendre de l'enrôlement des barbares, en grand nombre, dans l'armée, et qu'il était nécessaire de leur rendre le service attractif par la perspective du pouvoir et de l'opulence vers la fin du . C'était, bien sûr, une conséquence du déclin de l'esprit militaire et de la dépopulation, dans les anciennes contrées méditerranéennes civilisées. Les Germains étaient utiles aux postes de commandement, mais les dangers de cette politique sont clairement apparus dans les cas des Mérobaudes et des Arbogastes. Or cette politique ne devait pas nécessairement conduire au démembrement de l'Empire : sans toute une série de hasards, les provinces occidentales auraient été converties, en leur temps et à leur manière, en royaumes germaniques. On peut dire qu'une pénétration germanique de l'Europe occidentale était inéluctable. Mais cela aurait pu se passer autrement, plus tard, plus graduellement, et avec moins de violence. En résumé, selon cette argumentation, la perte de ces provinces romaines au n'était pas un « inévitable effet de l'une de ces caractéristiques qui ont été à tort ou à raison décrites comme des causes ou des conséquences de son « déclin » général ».

En particulier, le fait que Rome ne pouvait compter que sur l'aide des barbares pour ses guerres (gentium barbararum auxilio indigemus) peut certes être tenu comme l'une des causes de son déclin, mais cette faiblesse n'aurait pas été aussi fatale sans la séquence des éléments énumérés ci-dessus (voir J. B. Bury, History of the Later Roman Empire).