La nicotine est un alcaloïde toxique issu principalement de la plante de tabac (Nicotiana tabacum) utilisé comme psychotrope (stimulant), particulièrement lors de l'inhalation de la fumée du tabac. La nicotine agit directement sur le système nerveux, cette molécule est en partie responsable de la dépendance tabagique.. Un procédé dit de « dénicotinisation » permet d'extraire une part de cette molécule du tabac (procédé qui était à la fin des , selon Novotny et Zhao, à l'origine d'une production d'environ trois cents millions de kilogrammes de nicotine par l'industrie du tabac Novotny T.E. et Zhao F. (1999), « », Tobacco Control, 8:75–80., déchet valorisé sous diverses formes).

De la nicotine (écotoxique pour les animaux à sang froid, notamment les poissons) est de plus en plus présente dans l'environnement à des doses significatives, aquatique notamment, provenant des milliards de mégots exposés à la pluie, jetés dans l'eau ou les caniveaux Amy L. Roder Green, Anke Putschew et Thomas Nehls (2014), « », , , , , (résumé)..

Les symptômes du sevrage de la nicotine comprennent : une humeur dépressive, du stress, de l'anxiété, de l'irritabilité, une difficulté à se concentrer et des troubles du sommeil..

Historique vignette|gauche|La nicotine a des propriétés écotoxiques (insecticide notamment, comme le rappelle cette ancienne publicité).

La nicotine doit son nom au genre végétal Nicotiana.., ayant d'abord été extraite de plantes appartenant à ce genre. Celui-ci a lui-même été nommé par Linné en l'honneur de Jean Nicot., considéré comme l'introducteur du tabac en France (même si, lorsque Jean Nicot naît en 1530, le tabac est déjà connu en Europe depuis une quarantaine d'années)..

Elle a été découverte et décrite en 1809 par le pharmacien et chimiste français Louis-Nicolas Vauquelin.., puis isolée en 1828 par deux Allemands, et à l'université de Heidelberg. Sa formule empirique a été établie par Melsens en 1843. Sa masse moléculaire a été déterminée par Schloesing en 1847. Sa structure moléculaire a été développée par en 1895.

Ses propriétés insecticides et acaricides sont connues depuis longtemps.

Suspecté depuis 1964, le caractère addictif de la nicotine et son rôle dans le tabagisme sont reconnus dans le monde scientifique depuis 1988 , « », 1988..

La revue Nature rapporte en juin 2026 qu'un petit État du Pacifique (Palaos) demande à l'ONU de classer la nicotine dans le liste des narcotiques règlementés, car plus d’un milliard de personnes en sont dépendantes et les règles actuelles ne couvrent pas les nouveaux produits (de vapotage, typiquement). Palaos a de son côté déjà interdit la cigarette électronique, mais estime que les lois internationales laissent trop de place à ces produits et expose les adolescents à une dépendance non contrôlée..

Biologie végétale vignette|gauche|Champ de plants de tabac.

La nicotine est un alcaloïde principalement présent dans les plantes de la famille des solanacées dont les feuilles ont des propriétés acaricides et insecticides, notamment celles du tabac. du fait de son caractère neurotoxique. : sa toxicité protège la plante des insectes. ; elle possède également des propriétés fongicides.

De nombreuses plantes produisent de la nicotine en quantité variable : le tabac (Nicotiana tabacum) ; l'aubergine (Solanum melongena) ; la tomate (Solanum lycopersicum) ; la pomme de terre (Solanum tuberosum) ; le chou-fleur (Brassica oleracea var. botrytis). ; certaines fougères comme Lycopodiella cernua. ;

Une famille d'insecticides de synthèse, les néonicotinoïdes, est dérivée de la nicotine naturelle.

L'usage de la nicotine comme insecticide est interdit en France..

Biologie animale Cinétique Cet alcaloïde agit par inhalation, par ingestion ainsi que par contact.

La nicotine se dégrade en trois à quatre jours.

Par inhalation La nicotine inhalée est absorbée (« résorbée ») par les capillaires sanguins des poumons. Après un passage dans le cœur gauche, la nicotine passe la barrière hémato-encéphalique et arrive en sept à dix secondes dans le cerveau, sans passer par le système porte hépatique. Les taux de nicotine sont de six à dix fois plus élevés dans le plasma artériel que dans le plasma veineux..

Une étude Bullen C. (2010) « » Tobacco Control ; 19(2):98-103. a comparé les propriétés pharmacocinétiques des cigarettes classiques, des cigarettes électroniques contenant de nicotine et d'un inhalateur pharmaceutique de nicotine dosé à de nicotine. L'augmentation maximale de la concentration en nicotine dans le plasma sanguin après utilisation de ces trois produits est de (6,5 à 20,3) en moyenne avec les cigarettes classiques, (0,0 à 2,6) avec les cigarettes électroniques et (1,0 à 3,1) avec l’inhalateur. Le pic plasmatique est atteint en (8,8 à 19,9) avec les cigarettes classiques, (4,9 à 34,2) avec les cigarettes électroniques et (18,7 à 45,3) avec l’inhalateur.

Par d'autres voies La consommation de tabac à chiquer a diminué dans la plupart des pays européens dont la France, sauf dans les pays scandinaves (Suède, Danemark, Norvège) où le snus connaît une utilisation assez commune, concernant environ 20 % des hommes.

La commercialisation du snus est interdite dans le reste de l'Union européenne.

Effets sur la santé humaine thumb|Vidéo explicative:Comment la nicotine agit dans notre corps?, 02:05 La nicotine provoque l'augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque, entraîne une libération d'adrénaline, de dopamine et réduit l'appétit, augmentant par conséquent le métabolisme. Elle a également pour effet d'améliorer la concentration et la mémoire Rusted J, Graupner L, O'Connell N, Nicholls C, « » 1994;115(4):547–9. ...

Généralités La nicotine est un agoniste de certains récepteurs à l'acétylcholine : les récepteurs nicotiniques, par opposition aux récepteurs muscariniques. Les récepteurs nicotiniques sont des récepteurs ionotropes : leur activation par la nicotine entraîne une entrée d'ions sodium et une sortie d'ions potassium, et par suite une dépolarisation du neurone post-synaptique. Ce potentiel postsynaptique excitateur a différentes conséquences selon le type de neurone. Les récepteurs nicotiniques sont présents dans les ganglions du système nerveux autonome, au niveau des jonctions neuromusculaires, ainsi que dans les systèmes cérébraux noradrénergiques et dopaminergiques, notamment celui du système de récompense. À plus forte dose, la nicotine devient un poison violent qui irrite le système digestif, entraîne des atteintes du système nerveux central (convulsions, coma) et des muscles (en particulier le cœur et la respiration). Il arrive que des paralysies et des spasmes vasculaires surviennent. La mort par arrêt respiratoire peut survenir après l'apparition des premiers symptômes d'empoisonnement (en ).

L'effet cancérigène de la nicotine seule n'a pas pu être prouvé sur des rats soumis à des concentrations élevées de nicotine pendant une période significative.. Par contre, son effet sur les récepteurs d'acétylcholine facilite la croissance des tumeurs en favorisant l'angiogenèse..

Dépendance Le tabagisme induit une dépendance physique notamment du fait de la présence de nicotine.

L'un des effets de la nicotine est la production anormale de dopamine, qui place provisoirement le fumeur dans un état d'euphorie. Lorsque le niveau de dopamine diminue, le fumeur se trouve en état de manque, ce qui le pousse à fumer de nouveau.. Si la dépendance immédiate disparait en quelques semaines, le fumeur garde toutefois le souvenir de cet état d'euphorie, si bien qu'il peut être tenté de recommencer à fumer pendant une période plus longue après le sevrage. On parle alors de . Il existe plusieurs théories concernant les causes du tabagique, dont des théories neurobiologiques et des théories psycho-cognitives..

En 1994, le journal a présenté des preuves que les fabricants de tabac manipulaient le taux de nicotine des cigarettes afin d'assurer un niveau de dépendance optimal. Selon Jack E. Henningfield et Neal L. Benowitz, les études menées par l’industrie du tabac et par des chercheurs non spécialisés dans l’industrie du tabac confirment que les effets pharmacologiques de la nicotine sont des facteurs déterminants de la motivation des fumeurs Jack E. Henningfield et Neal L. Benowitz, , , , 123-125, ..

Les signalements de dépendance aux spécialités pharmaceutiques contenant de la nicotine chez les personnes n'ayant jamais fumé concernent exclusivement les formes oralesCommission nationale des stupéfiants et des psychotropes sur la cigarette électronique , Compte rendu de la réunion du (AFSSAPS).. En effet, la dynamique de diffusion de la nicotine par ces spécialités est différente de celle des cigarettes et cigarettes électroniques (les patchs, par exemple, diffusent la nicotine pendant . Or, l'intervalle de temps entre l'acte de fumer et l'arrivée de la nicotine au cerveau joue un rôle dans l'apparition de la dépendance. Ainsi, selon Jacques Le Houezec, .

Il a été clairement démontré ou confirmé par Jarvis (JNCI 2001) que fumer moins Bjarrtveit K., Tverdal A. « ». Tobacco Control 2005 ;14:315-320. ou utiliser des cigarettes avec filtre ne diminuait pas l'apport en nicotine Jarvis MJ, Boreham R, Primatesta P, Feyerabend C, Bryant A. « ». , 2001; 93:134–138.. S'il fume moins ou s'il fume des cigarettes avec filtre, le fumeur, à cause de sa dépendance, adapte inconsciemment son comportement en aspirant des bouffées plus longues et plus profondes ou en tirant plus fortement sur sa cigarette, y compris après de relativement courtes privations de cigarette, par exemple dans les transports, au cinéma au restaurant ou dans les lieux publics. Quel que soit le rendement en nicotine indiqué sur le paquet de cigarettes (mesuré avec une machine à fumer), le fumeur extrait quasiment toujours la même quantité de nicotine (de par cigarette).

Pour Robert Molimard, un des pionniers de la recherche en tabacologie en France, la nicotine « stimule à faible dose mais paralyse à dose forte des récepteurs ganglionnaires à l’acétylcholine, dits nicotiniques. Ils ont été mis en évidence dans le système nerveux central. Elle stimule des neurones de l’aire tegmentale ventrale qui libèrent de la dopamine dans le noyau accumbens. » Néanmoins, « il apparaît clairement que la nicotine ne résume pas la dépendance au tabac ». Aussi, « si la dépendance à la nicotine est difficile à démontrer, le tabac est au contraire prodigieusement addictif. Résumer la dépendance au tabac à une seule dépendance à la nicotine est un saut sémantique, d’autant qu’il clôt à l’avance un champ de recherches fructueux. »Robert Molimard, Dépendance au tabac et recherche, Institut national de la santé et de la recherche médicale, Tabac : Comprendre la dépendance pour agir, , 2004..Hanan Frenk et Reuven Dar, Dépendance à la nicotine : critique d'une théorie, préface du , Paris, Belles Lettres, 2005 ; traduction de , Kluwer, 2000..

Selon l'équipe du neurobiologiste français Jean-Pol Tassin (INSERM, Collège de France), la nicotine seule ne suffirait pas à induire une dépendance chez l'animal ; il faudrait lui associer par exemple des inhibiteurs de la monoamine-oxydase, présents dans la fumée de tabac« Entretien avec Jean-Pol Tassin » La lettre du Collège de France Hors-série 2010, mis en ligne le .. Se pose alors la question de l'usage de la cigarette électronique utilisée par certains fumeurs dans le cadre d'un sevrage tabagique ; en effet cette dernière ne contient pas d'inhibiteurs de la monoamine-oxydase mais seulement de la nicotine (qui provoque une sensation de picotement dans la bouche et la gorge). Ceci pourrait constituer un stimulus précurseur à l’administration de la substance dépendante pour le cerveau du fumeur.