Charles Lindbergh, né le à Détroit (Michigan) et mort le à Kipahulu sur l'île de Maui (Hawaï), est un des pionniers américains de l'aviation.
Surnommé « L'aigle solitaire », il entre dans la légende en devenant le premier pilote à relier, sans escale et en solitaireAlbert Cushing Read commande l'équipage qui réalise la première traversée de l'Atlantique le , en hydravion, en six étapes (la troisième couvrant d'une traite le voyage du Canada aux Açores), tandis que John William Alcock et Arthur Whitten Brown font la première traversée d'une traite le depuis Terre-Neuve jusqu'en Irlande. Charles Lindbergh est donc le premier à l'avoir fait sans escale et en solitaire et en volant de continent à continent., New York à Paris entre le 20 et le en 33 heures et , à bord de son avion Spirit of Saint Louis.
Dans les années 1920 et au début des années 1930, Lindbergh utilise sa célébrité pour aider à promouvoir le développement rapide de l'aviation commerciale américaine. En , cependant, son jeune fils, Charles Jr., est enlevé et assassiné dans ce qui est bientôt surnommé le « crime du siècle ». Cet événement conduit finalement la famille Lindbergh à fuir les États-Unis en pour vivre en Europe. Pendant son séjour, il manifeste plusieurs fois sa sympathie à l'égard d'Adolf Hitler. Avant l'entrée en guerre des États-Unis le , Lindbergh est un ardent défenseur du maintien des États-Unis hors du conflit mondial — comme l'était au Congrès son propre père, Charles Lindbergh, pendant la Première Guerre mondiale — et devient un leader du comité America First, un mouvement anti-guerre. Néanmoins, après Pearl Harbor, il soutient l'effort de guerre et participe comme consultant civil à des missions de combat dans le théâtre du Pacifique. Il essaya de s'engager, mais sa requête fut refusée.
Biographie
Jeunesse et formation vignette|gauche|Lindbergh enfant et son père, dans les années 1910. Fils d'immigrants suédois, Lindbergh grandit dans le Minnesota. Son père, Charles August Lindbergh, est avocat et membre du Congrès des États-Unis, opposé à l'entrée en guerre des États-Unis en 1917 ; sa mère enseigne la chimie. Passionné d'aviation, il abandonne en 1922 ses études de construction mécanique, passe le brevet de pilote et achète son premier avion, un Curtiss JN-4 « Jenny », qu'il répare pour proposer des baptêmes de l'air. Franc-maçon, il est initié à Saint-Louis (Missouri) à la Loge Keystone (n° 243).
La traversée de l'Atlantique Le prix Orteig vignette|gauche|Spirit of Saint Louis, exposé au National Air and Space Museum de Washington DC. Après avoir suivi un entraînement avec des pilotes militaires américainsCarte de l'itinéraire suivi, L'Ouest-Eclair, Rennes, 22 mai 1927, quotidien , Lindbergh travaille comme pilote de l'US Air Mail dans les années 1920. Il gagne une renommée internationale en devenant le premier pilote à relier New York à Paris, au cours d'un vol les et , en trente-trois heures et trente minutes, à bord de son avion, le Spirit of Saint Louis, spécialement conçu pour l'occasion en à peine deux mois. Il se pose au Bourget à 22h30 le samedi devant une foule immense. L'enjeu de cette traversée de l'océan Atlantique nord reliant Paris à New York en avion est le prix Orteig et le prix aigle royal à tête blanche d'Amérique, d'un montant de dollars.
vignette|Charles Lindbergh reçoit le prix Orteig des mains de Raymond Orteig le 16 juin 1927. Cependant, contrairement à une idée répandue, Lindbergh n'est pas le premier à avoir traversé l'océan Atlantique en avion, mais simplement le premier à l'avoir fait en solitaire et de continent à continent. Dès 1919, deux autres tentatives, moins célèbres, avaient été couronnées de succès. Entre le et le , un équipage de la marine américaine avait fait la traversée entre Jamaica Bay, près de New York et Plymouth, sur l'hydravion NC-4 Navy-Curtiss, en plusieurs étapes (dont une étape centrale entre le Labrador et les Açores) et du au , un équipage britannique avait ensuite fait la première traversée en un seul vol. Le capitaine John Alcock et le lieutenant Arthur Brown étaient partis de Saint-Jean à Terre-Neuve (actuellement au Canada) pour se poser à Clifden en Irlande, au terme d'un vol de , effectué en et . Ils sont donc les premiers à avoir traversé l'Atlantique sans escale, aux commandes d'un bombardier Vickers Vimy de la Première Guerre mondiale.
L'atmosphère de l'époque et le fait que ces traversées ne relient pas les continents, ni deux villes emblématiques comme Paris et New York, ce qu'exige le prix Orteig, expliquent sans doute qu'elles n'aient pas suscité le même formidable écho médiatique que la tentative de Lindbergh, bien plus spectaculaire.
L'exploit de Lindbergh a lieu après la disparition des pilotes français Charles Nungesser et François Coli qui avaient tenté la traversée d'est en ouest en partant du Bourget à bord de l'Oiseau blanc et deux semaines avant la deuxième traversée sans escale de l'Atlantique entre grandes villes (ici New York et Berlin), effectuée par Clarence Chamberlin et Charles Levine. vignette|gauche|Lindbergh reçoit la médaille Hubbard de la Société Géographique par le président des États-Unis Calvin Coolidge en 1929.
L'« aigle solitaire » est immédiatement adulé par les foules et ce, dès son arrivée à l'aéroport du Bourget à Paris. Il fait forte impression lorsqu'il demande au président français de l'époque, Gaston Doumergue, de rencontrer la mère de Nungesser, le jeune pilote disparu, à qui il souhaite présenter ses condoléances. Ainsi, les foules européennes tombent sous le charme du jeune homme. À chacune de ses escales, durant son séjour en Europe, il est attendu par une foule d'admirateurs qui espèrent l'approcher. Il n'est d'ailleurs pas rare que son avion doive subir de menues réparations et révisions après ses bains de foule, tant ses admirateurs sont pleins de fougue.
vignette|Statue du musée de l'Air et de l'Espace en hommage à Nungesser, Coli et Lindbergh.
Son séjour est bref ; il se contente de se rendre à Bruxelles et à Londres avant de repartir aux États-Unis à bord de l', un croiseur américain sur lequel le Spirit of Saint-Louis est embarqué en pièces détachées.
Dans le journal L’Humanité, Paul Vaillant-Couturier écrit :
Le prestige de Lindbergh est tel, après sa traversée, qu'il devient un interlocuteur important pour toutes les questions aéronavales et il le reste jusqu'à sa mort. Il siège dans de nombreux comités nationaux et internationaux, dont le comité central du National Advisory Committee for Aeronautics aux États-Unis. Le , il est décoré de la Medal of Honor.
vignette|800px|centré|Springfield célèbre Lindbergh en .
Anecdotes sur son exploit vignette|gauche|Seul au-dessus de l'Atlantique pendant plus de trente heures. vignette|Réplique de la montre de pilote dessinée par Lindbergh. Lindbergh raconte dans ses mémoires qu'il dut lutter contre le sommeil. À plusieurs reprises, il se réveilla alors que le train d'atterrissage touchait les vagues. L'avion avait été délibérément conçu sur un profil aérodynamique instable, de façon que ses mouvements réveillent le pilote s'il s'endormaitVoir Le 21 mai 1927 dans le ciel : Charles Lindbergh remporte le prix Orteig Air-journal.fr 21 mai 2011.
Il avait embarqué, en tout et pour tout, litres d'essence, quatre sandwiches dont il mangea le premier en arrivant au-dessus de l'Irlande et deux barres de chocolat.
Son avion était équipé d'un énorme réservoir de litres, situé entre le moteur et le cockpit pour des raisons de sécurité. De ce fait, Lindbergh ne disposait pas de pare-brise, mais il était équipé d'un périscope pour voir vers l'avant si nécessaire.
À la foule qui l'accueillit lors de son atterrissage à l'aéroport du Bourget, il se contenta de répondre : (). Pendant ce temps, les collectionneurs de souvenirs déchiraient des morceaux de toile de l'avion.
À l'issue de sa traversée, Lindbergh écrivit une lettre au patron de Longines, lui décrivant en détail un modèle de montre-bracelet pour pilote, qui aiderait à la navigation. La montre fut effectivement réalisée et des répliques sont encore produites à ce jour.
Lors de son séjour à Londres, quelques jours après sa traversée de l'Atlantique, Lindbergh rencontre le roi George V, qui lui demande comment il a pu satisfaire ses besoins naturels pendant les de vol. L'aviateur répond qu'il a utilisé un thermos qu'il a ensuite jeté à la mer. Cela ne serait toutefois pas conforme à la vérité. Sa combinaison de vol, irrécupérable, a en effet dû être jetéeExplication avancée dans Lindbergh, l'aigle solitaire, film de Daniel Costelle et Isabelle Clarke..
L'homme célèbre
L'hypothèse communément admise veut que le nom d'une danse, le lindy hop, vient du nom de Lindbergh, surnommé Lucky Lindy en 1926. Après que Lindbergh a « sauté » (hopped) l'Atlantique, le danseur Georges « Shorty » Snowden est interrogé par un journaliste à Harlem, qui lui demande le nom de ce qu'il danse. Les Unes des journaux titraient alors Lindy hopped the Atlantic, aussi Shorty répondit-il au journaliste : .
Le , il fait un bref passage à Québec. Il rencontre le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, il passe une nuit au château Frontenac et repart le lendemain. Cette escale avait pour but de sauver l'un de ses amis, Floyd Bennet, tombé malade en tentant d'aider des Allemands en détresse dans le nord. Lindbergh va chercher le médicament à New York, puis se pose sur les plaines d'Abraham afin de rejoindre son camarade hospitalisé au Jeffrey Hale. Malheureusement, Bennett meurt des suites de sa pneumonieLe Petit Parisien, Paris, 26 avril 1928, quotidien . Ce vol de Lindbergh de New York à Québec sera très critiqué par les autorités canadiennes, qui le considèrent comme un vol publicitaire, le Canada disposant de tous les médicaments utilesLe Petit Parisien, Paris, 27 avril 1928, quotidien .
L'enlèvement du bébé Lindbergh
vignette|redresse|L'avis de recherche du bébé Lindbergh. Il se marie en 1929 avec Anne Spencer Morrow, une riche héritière née en 1906, qui devient également une pionnière américaine de l'aviation. Ils ont six enfants. L'aîné, Charles Junior, né le , est enlevé le et retrouvé mort le suivant malgré le paiement d'une rançon. Le soir de l’enlèvement Lindbergh, armé de son fusil, cherche son fils dans son domaine. L'enfant est mort le soir même, bien que l'information ne soit connue que plus tard Karine Prémont : « L’enlèvement tragique du bébé Lindbergh », documentaire radiophonique sur Radio Canada, diffusé le 6 septembre 2017, consulté le 26 mars 2025..
Bruno Hauptmann est arrêté en 1934 et condamné pour l'enlèvement et le meurtre du fils Lindbergh, à la suite d'un procès très médiatisé qualifié de « procès du siècle ». Il est exécuté sur la chaise électrique le . Il a toujours clamé son innocence et sa culpabilité fait encore l'objet de controverses. Plus de deux cents personnes ont revendiqué l'enlèvement du bébé Lindbergh, sans doute poussées par la renommée de l'aviateur. De l'avis de son entourage, Lindbergh, désespérant de l'humanité, ne fut plus le même homme à dater du meurtre Frédéric Soumois : « Comment la mort du fils Lindbergh est devenue le premier fait divers mondial », Le Soir (Belgique), Publié le 24 août 2017, consulté le 26 mars 2025.
L'enlèvement du fils Lindbergh a provoqué une émotion internationale et a été surnommé aux États-Unis « le crime du siècle ». À la suite de ce fait divers, le rapt d'enfant est devenu aux États-Unis un crime fédéral passible de la peine de mortJacques Pradel, « Enlèvement du bébé Lindbergh », émission L'Heure du crime sur RTL, 21 septembre 2012..
Lindbergh, les nazis et l'antisémitisme vignette|gauche|Hermann Göring décore Lindbergh d'une médaille au nom d'Adolf Hitler le , Anne Lindbergh est à l'extrême gauche.