La guerre civile finlandaise ( – ) se déroule lors de la période de transition pendant laquelle le grand-duché de Finlande, composante de l'Empire russe, devient un État indépendant. Le conflit s'intègre dans un moment de déstabilisation nationale, politique et sociale causé par la Première Guerre mondiale. La guerre oppose les Rouges communistes et les Blancs commandés par le Sénat conservateur. Les Rouges, comprenant des ouvriers et des travailleurs agricoles, contrôlent les villes et les centres industriels du sud de la Finlande alors que les Blancs, composés de paysans et de membres de la classe moyenne et de la bourgeoisie, contrôlent le centre et le nord rural du pays.

Peu avant cette guerre, la société finlandaise connaît une forte croissance de sa population dans un contexte d'industrialisation, de pré-urbanisation et de montée de mouvements travaillistes. Le système politique du pays est alors dans une phase instable de démocratisation et de modernisation alors que la condition socio-économique des habitants s'améliore. Le premier conflit mondial entraîne l'effondrement de l'Empire russe. Cela a des répercussions sur la Finlande avec une opposition croissante entre les forces de gauche et les conservateurs qui se militarisent de plus en plus.

Les Rouges mènent une offensive générale infructueuse en . Ils bénéficient de livraisons d'armes par les Bolcheviks. Une contre-offensive conduite par les Blancs a lieu en mars, renforcée par des éléments de l'Armée impériale allemande en avril. Les actions militaires décisives de la guerre sont les batailles de Tampere et de Viipuri, remportées par les Blancs, ainsi que les batailles d'Helsinki et de Lahti remportées par les troupes allemandes. Elles débouchent sur un succès des forces blanches. Au cours du conflit, les deux camps se livrent à des pratiques de terreur politique. Un grand nombre de Rouges périssent de malnutrition et de maladies dans les camps de prisonniers. En tout, sont tuées dont Finlandais, sur une population totale de 3 millions d'habitants.

Après cette guerre, la Finlande passe de l'influence russe à l'influence allemande. Les conservateurs tentent d'établir une monarchie mais ce projet est mis à mal par la défaite allemande. Finalement, la Finlande devient une république démocratique indépendante mais la guerre a fortement divisé le pays pour de nombreuses années et reste un événement marquant de l'histoire finlandaise. La société finit par se souder au travers de compromis sociaux basés sur une culture de modération politique, la religion et la reprise économique qui suit la guerre.

300px|vignette|Lignes de front initiales de la guerre civile au début février (zones contrôlées par les Rouges en rouge, et zones contrôlées par les Blancs en bleu).

Sa dénomination La guerre civile demeure l'événement le plus controversé et le plus chargé d'émotion de l'histoire moderne de la Finlande et de nombreuses divergences sont survenues sur le nom qu'il fallait lui donner. Les Finlandais donnent donc plusieurs noms à ce conflit : vapaussota (guerre de la liberté), kansalaissota ou sisällissota (guerre civile), luokkasota (guerre des classes), punakapina (rébellion rouge), torpparikapina (la rébellion des métayers), vallankumous (révolution), veljessota (la guerre entre les frères).

Les historiens modernes précisent que toutes ces dénominations ont leurs mérites, bien que leurs significations politiques diffèrent. Les noms les plus neutres pour cette guerre sont : « la guerre civile » et « la guerre de l'année 1918 ».

Contexte Le principal facteur déclenchant de la guerre civile est le premier conflit mondial. L'Empire russe s'effondre en 1917 avec la révolution de Février puis la révolution d'Octobre, laissant place à un véritable vide du pouvoir et à une lutte de pouvoir en Europe orientale. Le grand-duché de Finlande est une composante de l'Empire russe depuis 1809 et est entraîné dans ce désordre. Au début, la Finlande reste relativement calme car elle n'est pas une région stratégiquement importante. En effet, elle est à l'écart de la ligne entre Varsovie et Moscou. Toutefois, la guerre entre la Russie et l'Allemagne a aussi des effets sur la Finlande. Depuis la fin du , le grand-duché est une source primordiale de matières premières, de produits industriels, de nourriture et de force de travail pour la capitale Petrograd (Saint-Petersbourg), en pleine croissance. La Première Guerre mondiale amplifie cette situation. En outre, le territoire finlandais est la région septentrionale du glacis finno-estonien, p. 7–47..

L'Empire allemand perçoit l'Europe de l'Est, notamment la Russie, comme une source cardinale de produits vitaux et de matières premières, tant pour le premier conflit mondial que pour l'avenir. Or, les ressources allemandes sont soumises aux nécessités rudes d'une guerre sur deux fronts. De ce fait, les Allemands décident de briser la Russie de l'intérieur en fournissant un soutien financier à des groupes révolutionnaires comme les Bolcheviks, le parti socialiste révolutionnaire et des factions séparatistes, notamment en Finlande où des activistes sont germanophiles. Entre 30 et de marks sont engagés dans cet effort. Le contrôle de la région finlandaise doit permettre aux Allemands de pénétrer vers Petrograd et la péninsule de Kola, un territoire riche en matières premières pour l'industrie minière. La Finlande possède d'importantes réserves en minerais et une industrie forestière développée..

Entre 1809 à 1898, durant la période appelée Pax Russica, l'autonomie de la Finlande s'accroît et les relations entre ce territoire et le pouvoir russe sont particulièrement pacifiques comparativement à d'autres régions périphériques de l'Empire. La défaite russe lors de la guerre de Crimée conduit à des tentatives d'accélération de la modernisation du pays. Cela débouche sur cinquante années de progrès économiques, industriels et culturels, ainsi que sur le plan de l'éducation. Dans le même temps, le finnois voit son statut s'améliorer. Tout cela favorise le développement du nationalisme finlandais et l'unité culturelle au travers de l'émergence du mouvement fennomane. Celui-ci lie les Finlandais au système de gouvernement interne du territoire, conduisant à l'idée que la Finlande est un État de plus en plus autonome au sein de l'Empire russe, p. 108–165..

En 1899, l'Empire russe entame une politique d'intégration au travers de la russification de la Finlande. Le pouvoir central, partisan du panslavisme, se renforce alors que la situation stratégique de la Russie devient délicate en raison de la montée en puissance de l'Allemagne et du Japon. Les Finlandais parlent de la pour désigner le renforcement du contrôle militaire et administratif sur leur pays entre 1899 et 1905. C'est à ce moment que sont projetés les premiers plans en faveur d'une Finlande souveraine. Dans la lutte de pouvoir interne, le mouvement activiste est le plus opposé aux Russes. Il comprend des factions terroristes issues de la classe ouvrière et de l'intelligentsia suédophone. Au cours de la Première Guerre mondiale, avec la montée de la germanophilie, le mouvement svecomane commence à collaborer avec l'armée allemande et, de 1915 à 1917, un bataillon de chasseurs (Jääkärit) finlandais comptant est entraîné en Allemagne...

Situation politique Les principales raisons expliquant la montée des tensions politiques parmi les Finlandais sont l'autoritarisme du tsar et le système social peu démocratique proche d'une société d'ordres. Ce dernier tire ses origines du régime instauré par l'Empire suédois qui dominait la Finlande avant l'Empire russe. Il divise les Finlandais en deux groupes, séparés économiquement, socialement et politiquement. La population finlandaise grandit rapidement au , passant de en 1810 à en 1917. Une classe d'ouvriers, de travailleurs agricoles et de paysans non propriétaires émerge. La révolution industrielle est particulièrement rapide en Finlande même si elle commence plus tardivement que dans le reste de l'Europe. L'industrialisation est financée par l'État et certains des problèmes sociaux liés à ce processus sont réduits par le contrôle de l'administration. Parmi les travailleurs urbains, les problèmes socio-économiques s'accroissent lors des périodes de dépression économique. En outre, la situation des travailleurs ruraux a empiré à la fin du , alors que l'agriculture devient de plus en plus efficace, tandis que l'industrie en développement n'utilise pas pleinement la population, en croissance rapide dans les campagnes....

Les situations sociales, les conditions de vie et la confiance des travailleurs s'améliorent en raison de l'industrialisation entre 1870 et 1916. Toutefois, si les conditions de vie du peuple progressent, le fossé entre les riches et les pauvres s'accroît nettement. La montée en puissance de la conscience du peuple à propos des enjeux politiques et socioéconomiques est à mettre en perspective avec l'émergence du socialisme, du social-libéralisme et du nationalisme (mouvement fennomane). L'action des mouvements prolétaires et les réponses des factions sociales dominantes accroissent les tensions sociales en Finlande.

Le mouvement travailliste finlandais émerge à la fin du . Il est influencé par les ligues de tempérance, les mouvements religieux et fennomane et présente un aspect nationaliste autant que socialiste. De 1899 à 1906, le mouvement travailliste devient définitivement indépendant, représenté par le parti social-démocrate finlandais créé en 1899. L'activisme des travailleurs s'oppose à la russification autant qu'il promeut le développement d'une politique interne qui résolve les problèmes sociaux et réponde au désir de démocratie. Il s'agit d'une réaction à un conflit interne, en cours depuis les années 1880, entre les bourgeois finlandais et le mouvement travailliste à propos de l'établissement du suffrage universel.

Quelques décennies auparavant, le prolétariat a accepté l'idée d'un système d'ordres sociaux comme le cours normal des choses. De ce fait, ses membres ont longtemps constitué des habitants pacifiques, obéissants et non politisés au sein du grand-duché. Désormais, ils demandent l'obtention de droits civiques et une véritable citoyenneté. La lutte de pouvoir entre les propriétaires finlandais et l'administration russe confère de l'espace politique au mouvement travailliste. En revanche, en raison d'une tradition longue d'au moins un siècle de contrôle de l'administration, l'élite finlandaise se considère comme le pouvoir naturel sur le territoire..

La lutte politique pour la démocratie se dénoue à l'extérieur de la Finlande. La défaite russe contre le Japon en 1904-1905 conduit à la révolution russe de 1905 et à une grève générale en Finlande. Dans une tentative de mater ce soulèvement général, le système des États est aboli par la réforme parlementaire de 1906 qui introduit le suffrage universel. La grève générale accroît le soutien en faveur des sociaux-démocrates de manière sensible. Désormais, en proportion de la population, c'est le plus important mouvement socialiste au monde..