Dans la mythologie grecque, Laomédon (en grec ancien , en latin ), fils d'Ilos et d'Eurydice, est le second roi mythique de Troie, au ou au Voir paragraphe Situation historique..
Il fait bâtir le mur qui protège sa ville par les dieux Apollon et Poséidon. Refusant de les rétribuer, il attire leur courroux sur lui et ses sujets..
Pour conjurer la colère de Poséidon, il décide de sacrifier sa fille Hésione qu'il fait enchaîner à un rocher, l'abandonnant au monstre marin Céto, envoyé par le dieu. Elle est sauvée grâce à l'intervention d'Héraclès.
Il est également le père de Priam, roi de Troie au cours de la guerre contre les Grecs.
Son histoire met souvent en avant sa mauvaise foi et ses parjures à l'encontre des dieux et d'Héraclès, I, 502., IV, 452.Énéide, V, 810.. Sa légende préfigure celle de la guerre de Troie.
Lectures étymologique et linguistique Le mot est un nom d'origine grecque pour un personnage troyen. Dans certains manuscrits de l’Odyssée, VIII, 117. d'Homère, le nom de Laodamas fils d'Alcinoos voit sa déclinaison grammaticale sous la forme , ce qui peut porter à confusion alors que plus usuellement la variante grammaticale de Laodamas est écrite comme .
Laomédon est composé d'une dérivation régressive du nom qui signifie le peuple, la nation en tant que réunion d'hommes comme une foule, une masse dont le sens reste cependant assez neutre : il n'a pas, en effet, de connotation d'entité politique, ni même la connotation péjorative de la multitude désordonnée et tumultueuse (comme et )Dictionnaire grec-français (Bailly), édition de 1935 , 1171, 457-458, 1372.. Laomédon se compose aussi de qui signifie le chef, le roi, à rapprocher du verbe dont le sens premier est celui de mesurer, de contenir dans la juste mesure et menant donc à l'acception de protéger, gouverner, régner, ou encore à la lecture de la forme moyenne du verbe, , c'est-à-dire de s'occuper, se préoccuper, de songerDictionnaire grec-français (Bailly), édition de 1935 , 1237.. Cette approche étymologique donne possiblement à l'anthroponyme le sens de « celui qui règne sur le peuple, qui le gouverne », ou du « chef du peuple », du « guide du peuple », ou encore « celui qui gère le peuple ».
Dans les lectures des textes grecs mycéniens antérieurs à la culture grecque classique, on trouve le mot da-mo, dont le sens initial semble lié au foncier et à l'administratif, et qui évolue vers , le peuple en grec : certains ont conduit l'idée que si celui-ci est souvent cité dans un contexte pour désigner la population rurale, alors le mot , qui désigne aussi un groupe de personnes, pourrait, lui, désigner une classe sociale différente, notamment la classe des guerriers ; d'autres avancent l'idée d'une dualité du pouvoir dans les sociétés mycéniennes, celle dirigée par un roi et secondé par un chef militaire, ce qui peut appuyer notamment le fait que dans lIliade d'Homère, le personnage Priam soit clairement qualifié de roi mais semble impuissant tandis que son fils Alexandre paraît prendre les décisions stratégiques, et tous, et en premier Priam lui-même, respectent naturellement cette situationPierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, 4 , Paris, Klincksieck, 1968-1980? , « λᾱός » 619-620... Suivant cela alors, Laomédon doit-il être compris autrement que comme « celui qui commande la classe des guerriers, des nobles » ?
Par ailleurs dans le texte homérique, tend à désigner le groupe d'hommes, les gens, les sujets, plus ou moins vassalisés sous son chef pas nécessairement militaire et qui sont dépendants de lui, tandis que fixe davantage une identité territoriale plus objective désignant la population de cette étendue géographique., Laomédon paraît alors se lire comme « celui qui gère les Sujets. »
L'évolution de « » donne dans le dialecte ionien avec le passage du son « » au « » puis sous sa forme phonétique courte (métathèse de quantité) « » : ainsi la forme Laomédon, que l'on retrouve dans l’Iliade est antérieure à sa rédaction en ionien. les composés de - et - ne sont pas rares dans la mythologie et l'anthroponymie grecques : le nom même de est attesté dans les sources épigraphiques, comme on trouve aussi des , voir par exemple à ce sujet , roi de Sicyone.
Homère qualifie par exemple Laomédon d', de , de , (), VI, 23.Dictionnaire grec-français (Bailly), édition de 1935 , 7., ou de – traduitIliade, XX, 236.Dictionnaire grec-français (Bailly), édition de 1935 , 104. par « irréprochable », « excellent », « bon », « parfait », – ce qui s'oppose à la mauvaise foi dont il fait preuve et qui est souvent évoquée par le mythe grec. Les questions demeurent quant à savoir si l'adjectif doit être lu comme « beau » au sens de critères de beauté physique propres à l'individu, ou à la manière de se présenter, de se parer, ou encore s'il s’agit de souligner ses valeurs morales ou la noblesse de la naissance..
Avec Érichthonios, Laomédon est le seul ancêtre de Priam à porter un nom grec, et sa signification est clairement celle d'un souverain. Laomédon est le seul des prédécesseurs royaux troyens à avoir une légende propre et qui ne soit pas celle d'un héros fondateur de ville ou d'institution.
Laomédon n'est pas un personnage ayant une double appellation comme on peut le retrouver souvent dans les générations suivantes des Troyens, comme avec Podarcès/Priam, Alexandre/Pâris ou d'une autre manière aussi avec Alexandra/Cassandre : le premier est certainement d'origine grecque alors que le second ne semble pas l'êtreVoir les variantes des étymologies respectives des personnages : par exemple, , « Λαομέδων (206) », « Πριάμος (287) », « Πάρις / Ἀλέξανδρος (263) », « Κασσάνδρη (187) »..
Aperçu généalogique
Sa généalogie est hésitante et confuse : les auteurs ne s'accordent pas et semblent interchanger les membres d'une génération à celle postérieure ou antérieure ou bien alors il est coutume de nommer les descendants selon les ascendants… Par son ascendance paternelle depuis Ilos, son père et premier roi de Troie, puis Tros son grand-père à qui l'on doit le nom de la région de Troade, Laomédon s'inscrit dans la lignée de la race troyenne établie depuis Dardanos puis par son fils ÉrichthoniosScholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 1232, .Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 1306, .. Par Dardanos, Laomédon est un descendant indirect du grand dieu Zeus. Le plus souvent Eurydice la fille du roi Adraste, la femme de son père Ilos, est présentée comme la mère de Laomédon mais on trouve parfois , CCL (250) « Attelages qui tuèrent leur meneur ». à sa place une certaine Leucippe.Laomédon semble avoir deux sœurs, ou peut-être des demi-sœurs : Thémisté épouse le neveu de Laomédon Capys, elle est parente d'Anchise et Énée, III, 12.2. ; on cite aussi qui est mariée au roi thrace Cissée ()Scholie de Hécube d'Euripide, 3. Voir .Scholie sur l’Iliade d'Homère, Chant XVI, 718. Voir ., d’ailleurs leur fille Théano, sera d’ailleurs plus tard prêtresse d'Athéna à Troie, chant VI, 302-311.Émile Burnouf, Histoire de la littérature grecque, volume 1, 1869, p. 110.. Est aussi évoqué avec prudence Tithonos comme son frère et non comme son fils, IV, 22.Maurus Servius Honoratus, Commentaires sur les Géorgiques de Virgile , III, 48..
La tradition homérique fait de Strymo, fille de Scamandre, le dieu-fleuve près de Troie, l'épouse de Laomédon. Parfois, ce sont Placia ou Placie, fille d'Otréos () ou Leucippe, Leucippé (), III, 12,3. qui sont présentées comme ses épouses. Le nom de cette dernière se confond avec le nom d'une des mères qu'on lui attribue parfois : Leucippe est un nom grec phonétiquement (peut-être aussi même sémantiquementLeucippe peut être lu comme la crase de λευκός (), « blanc, brillant », et de ἵππος (), « cheval » ; dans Zeuxippe, on retrouve la référence au cheval mais aussi à Zeus (), le père des dieux. Parfois le sens de Zeus peut être synonyme de « brillant », « briller » faisant donc écho au sens de Leucippe, laissant ouvertes les interprétations à ce sujet, à savoir si cela traduit une blancheur de peau (contrairement à la couleur de peau méditerranéenne plus communément teinte), à une blancheur morale, divine, un statut social élevé, ou bien au reflet de l'or dont l'aristocratie troyenne semble être férue, ou d'autres encore… Voir par exemple , la fille du roi voisin de Troie, Cycnos fils de Poséidon : elle est en effet parfois nommée Leucothée (), « divine blancheur ». D'ailleurs le nom du roi Cycnos est justifié par la mythologie (peut-être après coup néanmoins) par la couleur blanche de sa peau ou bien de ses cheveux laissant penser au cygne. Dictionnaire grec-français (Bailly), édition de 1935 , 1184, 976, 881 Scholie sur l'Iliade d'Homère, Chant I, 38 (auteur anonyme). Voir , Scholie sur l'Idylle-Hiéron ou les Grâces (XIV) de Théocrite, 49 (auteur anonyme) faisant aussi témoignage des fragments d'Hellanicos et d'Hésiode. Voir , Phérécyde d'Athènes, Histoire mythologique, livre X, fragment FHG 99 / FGrHist 3F136c ? / Commentaire sur l'Iliade de Tzétzès, 38 : Voir Voir .) proche de ZeuxippeSelon le poète Alcman. Scholie sur l'Iliade d'Homère, Chant III, 250 (auteur anonyme) :
; .. Suivant d'autres auteurs, Laomédon aurait également eu des enfants de Rhœo ()Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 18 ; extrait : Voir . ou bien d'une certaine Thoosa ou Thoassa, fille d'un certain Teucros ( )<ref>Scholie sur lIliade, Chant III, 250 citant un extrait de (« À propos des Lesbiens ») de Scamon de Mytilène (FHG 6 ou FGrHist 476F1?). Voir .</ref>. Il a un autre fils cité comme étant celui de la nymphe Calybé.
Enfants Pour Apollodore, Laomédon a cinq garçons et trois filles. Homère cite quelques enfants mâlesIliade, XX, 237-238., quelques noms de filles nous sont connus par d'autres, notamment selon les commentaires du scholiaste TzétzèsBeaucoup de ses commentaires et résumés ont permis de compléter les portions perdues de l'ouvrage d'Apollodore, Bibliothèque, une compilation de la mythologie grecque (qui se terminait le sait-on, aux retours des Grecs après la chute de Troie) auquel on fait souvent référence. Pour rappeler l'origine un peu bricolée, sauvée, de ces portions de texte concises qui figurent sans doute dans les derniers tomes perdus de la Bibliothèque, on les classes dans Épitomes du mot grec qui signifie « résumés », et que l'on dispose à la suite de la Bibliothèque. Ce ne sont que des versions réduites du texte originel perdu. Les épitomes ont été découverts dans divers manuscrits et n'ont été compilés qu'assez tardivement (vers la fin du , début ), cela explique que certaines éditions de la Bibliothèque n'en fassent pas mention.. Sa descendance varie selon les différents auteurs. La branche agnatique reste la plus consistante. Ses enfants sont nommés quelquefois Laomédontides () quand ce substantif, aussi adjectif qualificatif, finit par désigner toute la généalogie avale du personnage, III, 248.Iliade, III, 250 ; XV, 527.. Sa fille la plus connue est Hésione, personnage au cœur de l'intrigue de la guerre menée par Héraclès contre Laomédon. Tandis que Priam est son fils le plus célèbre notamment parce qu'il assure la royauté de la ville de Troie durant la guerre suivante, celle racontée par l’Iliade.