Jersey (en normand : ), en forme longue le bailliage de Jersey (en anglais : ; en normand : ) est une dépendance de la Couronne britannique et la plus grande des îles Anglo-Normandes qu'elle forme avec les îles du bailliage de Guernesey. Elle se situe dans la Manche à proximité de la France, et sa capitale est Saint-Hélier. Sa superficie est de et elle est peuplée de (les Jersiais ou plus plaisamment les « Crapauds »Dictionnaire Jersiais-Français, Le Maistre, Jersey 1966.) en 2021.

Jersey faisait partie du duché de Normandie, dont le duc a conquis l'Angleterre à partir de 1066. Depuis 1204, la Normandie est divisée entre la partie française et les îles Anglo-Normandes, qui sont restées à la Couronne anglaise, puis britannique. Le chef d'État de Jersey (qui a conservé le titre de duc de Normandie) est le monarque britannique, actuellement le roi , représenté sur l'île par un lieutenant-gouverneur.

Le bailliage de Jersey comprend l'île éponyme ainsi que les récifs inhabités des Écréhou et des MinquiersSite de la Cour internationale de Justice - décision iles des Écréhou et des Minquiers - consulté le 6 mai 2008. et quelques autres îlots inhabités. Le bailliage ne fait pas partie du Royaume-Uni, mais en dépend pour ses affaires extérieures (défense et représentation diplomatique). Il n'a jamais fait partie de l'Union européenne, même quand le Royaume-Uni en était membre.

Sa culture est majoritairement britannique. La livre sterling est la monnaie et la langue natale de ses habitants est, depuis la Seconde Guerre mondiale, généralement l'anglais. Mais elle a une influence normande notable. Ainsi, la langue traditionnelle de l'île est le jersiais, une forme de normand.

Elle est considérée comme paradis fiscal, avec une trentaine de banques sur l'île et avec un actif attractif de d'euros. Les revenus des sociétés étrangères sont taxés à 0 %.

Elle est la seconde île Anglo-Normande la plus proche des côtes françaises (Cotentin, département de la Manche), à seulement , derrière Aurigny ()En ne retenant que les îles les plus importantes, la Maitresse Île des Écréhou est à rendant plus aigu la question des zones de pêche..

Géographie

vignette|gauche|Carte des îles du bailliage de Jersey. vignette|droite|Évolution du littoral normand et formation des îles Anglo-Normandes. Le littoral normand a évolué au cours des millénaires. Au moment de la Pangée, l'Europe est accolée au continent nord-américain. Elle s'en écarte progressivement et l'océan Atlantique s'engouffre entre les deux masses de terre. Le littoral normand connaît dès lors plusieurs phases au gré des régressions et des transgressions marines.

Durant le Pléistocène, le niveau de la mer remonte très au-dessus du niveau actuel. Il y a , le niveau de la Manche était à + NGF (nivellement général de la France) si on se réfère au croquis stratigraphique par D. Michelet de la fouille archéologique de Port-Pignot dans le Nord CotentinMichelet D. (1982)- Le gisement préhistorique de Port-Pignot à Fermanville (Manche), Gallia Préhistoire, t.25, 1982, , 65 fig., 11 plans.. Le territoire de la commune était donc sous les eaux, excepté le petit hameau de La Houlgate. Le littoral se trouvait alors à plus de des côtes actuelles.

Il y a , le développement des calottes glaciaires autour des pôles et des principaux glaciers fait baisser le niveau de la mer d'un peu plus de Voir Niveau de la mer..

Ce va-et-vient maritime a progressivement isolé les îles Anglo-Normandes des côtes du Cotentin. Il était encore possible de se rendre à pied à Guernesey, il y a .. Il faut attendre avant notre ère pour que Jersey, Chausey et les Minquiers ne soient plus accessibles par voie de terre.

De cette transgression marine, subsiste le souvenir de la forêt de Scissy qui devait alors s'étendre entre les îles Anglo-Normandes et les côtes du Cotentin. De nombreuses souches fossilisées ont été collectées sur la côte et sont actuellement au . Les pêcheurs rapportent que certaines zones de pêches sont inaccessibles, du fait que leurs filets s'arrachent sur des amoncellements de boisSource : tradition orale relevée par mes soins lors de mes études, à prendre avec circonspection, mais néanmoins pouvant être notifiée pour mettre en évidence une croyance populaire, bien réelle, d'une forêt engloutie sur les côtes..

Depuis la côte Est de Jersey on peut apercevoir le littoral français (département de la Manche).

Climat Jersey connaît un climat océanique (Köppen : Cfb), (Trewartha: Dolk).

Toponymie Le nom de l'île apparaît peut-être sous la forme Andium au (dans le guide de voyage romain appelé Itinéraire d'Antonin au ). Ensuite, on relève le nom dAngia (Vie de Saint-Magloire et Vie de Saint-Samson ) qui se réfère peut-être à Jersey.. Les formes anciennes dont dérive le nom actuel ne sont, elles, pas attestées avant le : insula Gersoi en 1022-1026Marie Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XXXVI, Caen, 1961, ., insula Gerseii, insula Gersey, insula Gersei, insula Gersoii au Ibid., ..

Le nom d’Andium représente vraisemblablement le mot gaulois *andion qui signifie « grand », par conséquent il désignerait la « grande (île) », Jersey est effectivement plus étendue que ses voisines.. Une évolution phonétique possible a pu aboutir à Angia, à moins que ce dernier ne représente le germanique commun *aujō « île »T.F. Hoad, English Etymology, OUP., latinisé en Augia dans les textes. Oye-Plage (Ogia ; Pas-de-Calais) et L'Île-d'Yeu (jadis Augia) sont formés avec le même appellatifFrançois de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche., édition Picard 1986, .. Les noms de ce type se seraient répandus sur les côtes de la mer du Nord et de la Manche antérieurement à la période viking. En l’occurrence, le nom est peut-être plus précisément saxon. Cependant, la plupart des spécialistes à la suite d'Auguste Longnon s'accordent sur l'origine scandinave de l'élément -ey (vieux norrois ey « île » cf. islandais ey « île ») dans le cas des Îles de la Manche. Le second élément -ey est alors le même que pour les autres îles Anglo-Normandes Guernesey, Aurigny (Alderney en anglais) et Chausey, mentionnées respectivement au début du sous les formes Greneroi, Alrenoi et Calsoi (Wace). À noter également qu*aujō donne īeġ en vieil anglais (īeġ-land > anglais island « île ») et ei en vieux frison cf. néerlandais eiland « île ». S'il n'est pas n'interdit de penser que le nom d'origine scandinave se soit superposé au toponyme saxon antérieur, cela semble toutefois peu pertinent dans la mesure où seule la forme antique a été employée par les chroniqueurs et hagiographes jusqu'au Élisabeth Ridel, « Sur la route des Vikings : les îles Anglo-Normandes entre Bretagne et Normandie » in Landévennec, les Vikings et la Bretagne, Université de Caen, 2015, pp. 128 et suivantes (lire en ligne PDF) ... En revanche, le premier élément Gers- > Jers- n'est pas identifié avec certitude. Jean Renaud avance l'hypothèse que le nom ancien pourrait être *Jarlsey..

Histoire

vignette|Vue satellite de Jersey. vignette|Beauport (Saint-Brélade). Au fond, la baie de Saint-Brélade (à gauche) et Ouaisné (à droite). vignette|Chateau Grosnez, (Grosnez castle)|gauche

Préhistoire et protohistoire Un premier peuplement humain daté vers de l'Homme de Néandertal a été identifié à la Cotte de Saint-Brelade.. On y a découvert notamment des dents de Néandertalien datées de .

Il y a , Jersey se présente comme un plateau rocheux dans la plaine qui s'étendait à la place du nord de l'actuelle Manche. Des chasseurs de mammouths et de rhinocéros laineux fréquentent certaines cavernes des falaises de Jersey.

Devenue une île il y a environ avec l'élévation du niveau de la mer, elle est colonisée par des fermiers néolithiques qui y érigent les dolmens et monuments funéraires et culturels que l'on peut encore admirer aujourd'hui.

L'âge du bronze et l'âge du fer se caractérisent sur Jersey par un nombre très important d'enfouissements de trésors.

Antiquité Pour la période gallo-romaine, il existe peu de données archéologiques. Jersey semble néanmoins pleinement intégrée au monde romain. Il existe les restes d'un fanum, petit temple gallo-romain, au Pinacle, lieu sacré préhistorique des landes du Nord-Ouest.

Moyen Âge L’île de Jersey est peut-être occupée par les Bretons lors de leur migration vers la Bretagne, aux . Vers 550, d'après la vie de saint Marcouf, une troupe de saxons aurait attaqué Jersey. Plusieurs saints gallois, comme Samson de Dol, Magloire, Tugdual et Bréladre sont actifs dans l'archipel à l'époque. Cependant, la tradition a retenu le nom de saint Hélier (originaire de Tongres, dans l'actuelle Belgique) comme le premier à avoir introduit le christianisme sur l'île, au , et où il aurait été décapité, vers 555. vignette|La Gazette de Césarée en 1812 évoque le nom latin traditionnel de Jersey.

En 803, Charlemagne y envoie un émissaire auprès des Bretons peuplant l'île..

Par la suite, des Vikings s'implantent durablement dans l'île, comme en témoignent des éléments de la toponymie, très romanisés, et qui ne diffèrent pas de ceux que l’on rencontre dans le Cotentin et plus généralement dans toute la Normandie : La Hougue Bie, le clos du Hottot, (L)ametot, Prétot, Les Écrehou, Grouville, Ingouville, Quetteville, Quétivel, La Houle, Daubeuf, Ronez, etc., ainsi que le nom même de l'île qui remplace un ancien toponyme d’origine gauloise bien attesté dans les textesRené Lepelley, Noms de lieux de Normandie et des îles anglo-normandes, Éditions Christine Bonneton, 1999, Jean Renaud, Vikings et noms de lieux de Normandie. Dictionnaire des toponymes d'origine scandinave en Normandie, éditions OREP, 2009 , p. 134 à 137.. En outre, le dialecte normand local conserve de nombreux vocables d'origine scandinave, la plupart également communs au cotentinois : fliées (variante de flies « patelles »), vraitchi (variante de vraiqui « ramasser, couper du varech »), tangon « algues brunes », mielles « dunes de sable », hougue « monticule, éminence » (mot sorti de l'usage dans le Cotentin), gradile « groseille », fal(l)e « gorge, jabot des oiseaux », etc.Jean Renaud, Les Vikings et les patois de Normandie et des îles anglo-normandes, éditions OREP, 2008 . En revanche, à part peut-être quelques microtoponymes à l'étymologie mal assurée, il ne subsiste apparemment aucune trace onomastique ou lexicale d'un emploi de la langue bretonne dans l'île. Richard Coates qui donne une origine bretonne à certains toponymes comme Le Lecq (pour lui du breton lech « éclat, ardoise »), n'est guère suiviFrançois de Beaurepaire, « Nouveaux regards sur la toponymie des îles normandes de la Manche » in Nouvelle revue d'onomastique, 1994, n° 23-24, pp. 31-44 (lire en ligne sur Persée) , en effet, la forme la plus ancienne [prioratus de] la Wik (1215 - 1254) et les formes régulières suivantes s'opposent à cette interprétation et montrent qu'il s'agit d'une agglutination de l'article défini, suivi d'une contraction du vocable scandinave vík « baie » très répandu dans le Cotentin et les Îles, dont les formes évoluées sont très diverses.

La conquête normande de l'Angleterre en 1066 a lié l'île, qui était rattachée au diocèse de Coutances, comme Aurigny, Guernesey et Sercq., pour la première fois au royaume d'Angleterre. L'humour jersiais relève que les Jersiais ont battu les Anglais en 1066 et donc que .

En 1155, l'abbaye de Saint-Hélier a été fondée sur l'îlot à côté de l'ermitage de Saint-Hélier.