La cathédrale Saint-Pierre de Poitiers est une cathédrale catholique romaine située à Poitiers, dans le département de la Vienne et la région Nouvelle-Aquitaine. Elle est le siège de l'archidiocèse de Poitiers. En plus de son titre d'église archiépiscopale, elle a rang de basilique mineure depuis le . Moins connue que l'église Notre-Dame-la-Grande, elle est pourtant le plus vaste édifice religieux de la ville et un repère visible de loin dans le paysage urbain.

Construite à l'initiative de l'évêque de Poitiers et du chapitre de Saint-Pierre après 1150, consacrée en 1379, elle est de style gothique angevin (emploi de voûtes bombées sur plan carré) et s'apparente aux églises-halles par sa division en trois vaisseaux de hauteur presque égale. La façade, cantonnée de deux tours inachevées, emprunte des éléments à la grammaire stylistique du nord de la France.

L'intérieur conserve des stalles du et une collection de vitraux historiés datant des , parmi lesquels une Crucifixion, comptant parmi les sommets de l'art du vitrail médiéval français.

Histoire Cathédrale primitive La cathédrale gothique est bâtie au nord de l'antique cathédrale d’Hilaire de Poitiers aujourd'hui disparue. Elle fut reconstruite à l'emplacement actuel à partir de 839, 34.

La cathédrale antique se trouvait à l'ouest du baptistère Saint-Jean, à l'intérieur de l'enceinte gallo-romaine qu'elle avoisinait. Ses fondations ont été retrouvées lors de fouilles réalisées en 1986, lors de la construction de l'espace Pierre Mendès-France et l'aménagement du souterrain reliant ce centre au musée Sainte-Croix. Reconstruite sur la cassette de l'Empereur en 839 à l'emplacement de la cathédrale actuelle, celle-ci fut peut-être rebâtie plusieurs fois jusqu'au nouveau millénaire. En 1018, un incendie la détruisit en même temps qu'une partie de la ville. En 1024, elle fut restaurée et agrandie par les soins du comte de Poitou, duc d'Aquitaine Guillaume le Grand. Le concile de Poitiers, évènement particulièrement important, s'y tint en 1078.

Cathédrale actuelle Les fondations de la cathédrale actuelle ont été posées peu après le milieu du Le chanoine Auber dans , indique une date de fondation de 1162., à l'initiative de l'évêque de Poitiers et du chapitre de Saint-Pierre. Elle fut financée par l'évêque et le chapitre cathédral mais aussi peut-être par la duchesse Aliénor d'Aquitaine (1124-1204), et son mari Henri II d'Angleterre (1133-1189), comme par l'ensemble des fidèles. La construction fut longue car l'église ne fut définitivement consacrée que le .

La construction s'effectua en sept campagnes successives. Elles ne suivirent pas un plan prédéfini, ce qui explique de nombreux repentirs et des reprises au cours du chantier. En effet, le parti initial, un gothique angevin aux voûtes bombées, apparut de plus en plus archaïque au fur et à mesure de l'allongement des travaux. Le désir de construire au goût du jour se heurtait aux choix constructifs mis en place lors des travaux précédents.

Ainsi ont eu lieu des modifications importantes des plans de l'élévation lors de la cinquième campagne, au début du . Par exemple, le haussement de la voûte de la nef centrale de 23 m à depuis la croisée du transept jusqu'au chevet occidental. Cette élévation a entraîné de revoir l'ensemble des toitures provisoires pour donner à la nef une couverture homogène des trois vaisseaux.

La construction a commencé par les deux travées orientales et le bras sud du transept. Les voûtes de cette première campagne se reconnaissent à leurs grosses nervures dépourvues de clef (comme le gothique primitif du déambulatoire de la basilique Saint-Denis). Mais comparées à Notre-Dame la Grande dans la même ville, elles marquent la naissance d'un nouveau style. Plus on avance vers l’ouest, plus les nervures sont fines, tandis que les baies passent à l'art gothique rayonnant. Vers la fin du , le mur nord de la nef et la base de la tour nord de la façade occidentale sont construites. Ensuite les voûtes de la première travée du chœur et du transept sont élevées. Une tour est construite à la croisée du transept. Puis le côté sud est bâti. La façade occidentale, quant à elle, date pour l’essentiel du deuxième tiers du .

En 1346, pendant la guerre de Cent Ans, la cathédrale est pillée par les troupes anglaises du comte de Derby.

Les tours n’ont été terminées qu’au début du .

Lors des guerres de Religion, en 1562, la cathédrale fut pillée et abîmée par les Huguenots. En 1569, Poitiers est assiégé par les troupes protestantes. On peut voir encore, de nos jours, les impacts de boulets que l'amiral de Coligny fit tirer des Dunes sur le chevet de la cathédrale.

En 1681, pendant les fêtes de Noël, un incendie détruisit l'orgue et dégrada la rosace. Elle est reconstruite et recomposée en 1687 dans un langage plus fleuri, selon des plans proches de ceux de la rosace du transept nord de la cathédrale de Paris.

Une flèche sur la croisée était nantie de cloches. Au Moyen Âge, une croyance voulait que le son des cloches éloigne la foudre mais celle-ci la frappa plusieurs fois. Devant les réparations répétées, l’évêché fera démonter la flèche du chœur en 1737.

De 1771 jusqu'à la Révolution, de nouveaux chantiers furent entrepris comme la reprise de la charpente de la nef ou la tribune des orgues en 1777.

De 1793 à 1795, pendant la période révolutionnaire, la cathédrale sert de temple de la Raison. Le siège épiscopal est rétabli en 1801.

En 1912, elle reçut de le titre de basilique mineure.

Représentations et photographies anciennes Fonction La cathédrale est l’église de l’évêque, c’est là qu’il a son siège (cathedra en latin). Jusqu’à la Révolution de 1789 un chapitre de chanoines y a assuré le service du culte, la prière des heures de chaque jour ; il a eu aussi un certain temps la charge d’élire le nouvel évêque lors des vacances de siège. Chanoines et personnel auxiliaire de chapelains et clercs représentaient plusieurs dizaines de personnes, d’où l’importance du chœur et le nombre de stalles. La nef était réservée aux grandes cérémonies et aux deux réunions synodales annuelles d’un très vaste diocèse qui, au moment de la construction de l’actuel édifice, comptait plus de .

Après la Révolution la cathédrale est devenue église paroissiale. En 1801 le siège épiscopal est rétabli. Depuis 2002 Poitiers a été élevé au rang d'archevêché, l'édifice devient donc la cathédrale de l'archevêque. L'archevêché de Poitiers regroupe Angoulême (Charente), Limoges (Haute-Vienne et Creuse), La Rochelle et Saintes (Charente Maritime) et Tulle (Corrèze).

Description vignette|gauche|Plan au sol de la cathédrale. Le plan de la cathédrale est celui d'une grande église rectangulaire à transept saillant, de trois travées pour le chœur, de quatre pour la nef.

Dimensions Ces mesures ont été établies à partir de celles qui sont répertoriées par l'abbé Charles-Auguste Auber dans son ouvrage consacré à l'histoire de la cathédrale de Poitiers, publié en 1849; ainsi que celles signalées par Claude Andrault-Schmitt dans un ouvrage consacré à la restauration du bras sud du transept

Longueur de la nef hors d’œuvre : 96,40m Largueur intérieure de la nef côté façade occidentale : 34,40m Largueur intérieure de la nef côté façade orientale : 30,40m Largeur de la nef centrale entre les piliers : 10,50m Largeur de chaque nef collatérale entre les piliers : 09,50m Longueur du transept : 58m Largeur des chapelles du transept d'est en ouest : 14m Profondeur des chapelles du transept du nord au sud : 12,70m Largeur extérieure du chevet oriental : 36m Largeur extérieure de la façade occidentale tours comprises : 46m Hauteur extérieure du chevet plat oriental depuis le pavé de la rue Ste-Croix : 39m Hauteur du soubassement au pied du chevet oriental rue Ste-Croix : 02m Dénivelé entre le pavé de l'église et le pavé du parvis occidental : 80cm Dénivelé entre le parvis occidental et le niveau de la place de la Cathédrale : 01,70m Dénivelé total du terrain depuis le pied du chevet oriental rue Ste-Croix et le niveau de la place de la Cathédrale côté occidental : 04,50m Hauteur de l'ensemble des voûtes situées à l'est du transept : 23m Hauteur de la voûte de la nef centrale depuis la croisée du transept jusqu'à la façade ouest : 27,90m Hauteur de la voûte des collatéraux depuis la croisée du transept jusqu'à la façade ouest : 23,50m Hauteur de la tour nord au-dessus du pavé de la place de la cathédrale : 32m Hauteur de la tour sud au-dessus du pavé de la place de la cathédrale, sans les clochetons et le toit : 34m Hauteur de la tour sud au-dessus de la place de la cathédrale avec les clochetons et le toit : 40m Diamètre de la rosace de la nef : 9m (comprise dans un quadrilatère de 81m2) Hauteur de la tribune de l'orgue depuis le pavé de la cathédrale : 10m Hauteur du buffet de l'orgue : 14m Largueur du buffet de l'orgue : 09,70m

L'extérieur La cathédrale est de style gothique angevin. La façade, avec sa rosace et ses trois portails à gable, a subi l’influence de l'architecture gothique du nord de la France. Les sculptures en haut-relief illustrent sur trois étages le Jugement dernier.

Commencée en une période de grande innovation architecturale, contemporaine des grands chantiers qui vont définir le point de départ de l'architecture gothique, la longueur et les repentirs de sa construction vont en faire un édifice isolé dans l'évolution de l'architecture gothique.

Le chevet

Le chevet est composé d'un simple mur droit de 39m de haut, sans arcs-boutants. C'est une des rares cathédrales de France à présenter cette particularité, avec celles de Laon et de Luçon.

Les impacts de boulets visibles sur le chevet de la cathédrale traduisent la violence de la canonnade essuyée par cette partie de la ville en 1569 lors du siège de Poitiers par les troupes protestantes de l'amiral de Coligny.

Le vaisseau L'édifice est couvert par une immense toiture à deux pans, d'une surface totale de plus de d'ardoise.

Des contreforts massifs en lieu et place des arcs-boutants soutiennent l'édifice.

La porte Saint-Michel, percée sur le flanc nord de la nef vers 1180, est décorée de chapiteaux historiés qui forment une frise. Sur les hauts tailloirs, sculptés uniquement du côté gauche, sont représentés les mages qui rendent visite à Hérode et qui chevauchent vers Bethléem. Sur les corbeilles correspondantes, le sculpteur a imagé le Massacre des Innocents et la Fuite en Égypte. À droite, sont figurés, sans souci de la chronologie narrative, l'Annonciation, le Songe de Joseph, l'Adoration des Mages et la Visitation. L’intérêt de ces sculptures réside dans l'art du relief et la force suggestive qui transcendent la barrière conventionnelle établie entre l'art roman et l'art gothique.

La façade occidentale

La façade, disposée en retrait des deux tours, date du milieu du . Elle est structurée par une rosace de de diamètre et par trois portails à gable. Elle a subi l’influence de l’architecture gothique du nord de la France. En effet, la rosace ressemble dans son dessein à celle du bras sud du transept de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Le tympan du portail central est illustré par la scène du Jugement dernier, sculpté sur trois registres. Les morts s'extraient de leurs tombeaux dans un prodigieux mouvement d'ensemble. Saint Michel, glaive en main, sépare les élus des damnés qui sont précipités vers la gueule monstrueuse du Léviathan. Le Christ Juge montre ses plaies. À ses côtés, se tiennent la Vierge et saint Jean agenouillés, ainsi que les anges qui exhibent les instruments de la Passion. Les personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament peuplent les voussures.