Benjamin Vautier, dit Ben, né le à Naples (Italie) et mort le à Nice (France), est un artiste franco-suisse.
Il acquiert la notoriété à partir de la fin des années 1960 grâce à ses œuvres fondées sur ses « écritures », qu’il décline sous diverses formes. Il s'inscrit dans l’Avant-garde artistique post-moderne ; il est membre du mouvement Fluxus et entretient des liens avec le lettrisme. Son travail se caractérise par des performances, des installations et des inscriptions manuscrites montrant des messages provocateurs ou philosophiques.
Biographie
Jeunesse Benjamin Vautier naît le à Naples, de mère irlandaise et occitane, et de père suisse romand. Il est l'arrière-petit-fils du peintre Marc Louis Benjamin Vautier. Il vit à Naples ses cinq premières années.
En 1939, Ben et sa mère multiplient les voyages : Suisse, Turquie, Égypte, Italie, pour s’installer enfin à Nice en 1949. Il étudie à l’école du Parc Impérial et à la pension du collège Stanislas. Sa mère lui trouve un travail de garçon de courses à la librairie Le Nain bleu, puis lui achète une librairie-papeterie. À la fin des années 1950, il la vend et ouvre une échoppe, rue Tonduti de l'Escarène. Il transforme la façade en accumulant quantité d’objets et dans laquelle il vend des disques d’occasion.
Sa boutique devient un lieu de rencontres et d’expositions ; les principaux membres de ce qui deviendra l’École de Nice s'y retrouvent : César, Arman, Martial Raysse etc. Ils discutent de philosophie, théologie et d'économie. Proche d’Yves Klein et séduit par le Nouveau réalisme, Ben est convaincu que .
Carrière En 1955, il réalise une série de dessins de bananes qui ouvrent ses recherches graphiques. En 1959, il commence ses « sculptures vivantes » : des gens dans la rue, ses amis, des membres de sa famille deviennent des œuvres d'art dès lors qu'il signe ses sculptures.
Au début des années 1960, plusieurs artistes tentent de s'approprier le monde en tant qu'œuvre d'art. Ben va signer tout ce qu'il trouve : , reliant l'art et la vie. Il rejoint le mouvement Fluxus en , après avoir rencontré George Maciunas à Londres. Entre 1960 et 1963, il développe la notion d'appropriation. Débute alors sa série des Tas, entassant de la terre et des déchets sur des terrains, et les signant.
En 1965, dans son magasin, il crée une galerie de trois mètres sur trois dans la mezzanine : « Ben doute de tout. » Il y expose Martial Raysse, Albert Chubac, Daniel Biga, Marcel Alocco, Bernar Venet, Serge Maccaferri, Serge III, Sarkis, Robert Filliou, Christian Boltanski
En 1972, à la demande d'Harald Szeemann, il participe à la Documenta 5 ; il retrouve Robert Filliou, Marcel Broodthaers, Giuseppe Chiari, Joseph Beuys. En 1977, l'exposition collective À propos de Nice inaugurant le Centre Georges-Pompidou est une sorte de reconnaissance parisienne des recherches effectuées par l'École de Nice. Dans la préface du catalogue, Pontus Hultén, qui confie la préparation de l'évènement à Ben, écrit :
vignette|gauche|Ben Vautier (à droite) à Nice en 1982. Au début des années 1980, il passe une année à Berlin à la Deutscher Akademischer Austauschdienst grâce à une bourse ; il rencontre de jeunes artistes : Salomé, Luciano Castelli, Helmut Middendorf et les membres de la Violent Painting allemande. À son retour à Nice, il organise avec Marc Sanchez une exposition-échange entre ce qu’il nomme la figuration libre française (Patrick Lanneau, entre autres) et les jeunes peintres allemands. Il expose dans sa maison à Saint-Pancrace Robert Combas et Hervé Di Rosa, et à la galerie de la Marine à Nice, François Boisrond et Rémi Blanchard.
Impliqué dans l'art contemporain, il soutient de jeunes artistes et donne son point de vue sur l'actualité dans ses lettres d'information.
vignette|Benjamin Vautier en 2019 par Olivier Meyer. Ses œuvres sont présentes dans de grandes collections privées et publiques du monde, notamment le MoMA de New York, le Walker Art Center de Minneapolis, la galerie d'art de Nouvelle-Galles du Sud de Sydney, le Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig Wien de Vienne, le musée d'Art contemporain d'Anvers d’Anvers, le Stedelijk Museum d'Amsterdam, le musée d'Art de Soleure, le musée national d'Art moderne du Centre Pompidou à Paris, le musée d'Art moderne et d'Art contemporain de Nice, le musée d'Art contemporain de Marseille, le musée d'Art contemporain de Lyon.
En 2022, le MUAC de Mexico présente une exposition de son travail, organisée par Ferran Barenblit en tant que commissaire..
Il est représenté par la galerie Daniel Templon, à Paris et Bruxelles, et par la galerie Lara Vincy, à Paris..
Vie privée Marié avec Annie Baricalla en 1964, il eut deux enfants, Éva Cunégonde et François Malabar. Suivant son credo , en 1965, il « signe » sa propre fille, Éva Cunégonde, alors âgée de trois mois.
Depuis 1975, il vivait et travaillait sur les hauteurs de Saint-Pancrace, colline niçoise.
Mort Le , à 88 ans, Ben se suicide par balle à son domicile à Nice.., le lendemain du décès de son épouse emportée par un AVC....
Le , le collectionneur d'art et galeriste Jean Ferrero, proche de Ben, met aux enchères à l'hôtel DrouotJudith Benhamou, « Ben, le créateur atypique, à Drouot avec sa famille niçoise », Les Échos, 20 juin 2024. un choix de ses œuvresVanessa Schmitz-Grucker, « Jean Ferrero, le photographe et galeriste de l’École de Nice : Ben, Arman, César et les autres...», La Gazette Drouot, 13 juin 2024..
Réactions et hommages La ministre de la Culture Rachida Dati déplore la perte d' ; le président Emmanuel Macron salue sa mémoire ; le maire de Nice, Christian Estrosi, annonce que . Dans la nuit du 5 au , une dizaine d'artistes niçois peignent une fresque en son honneur..
Durant les deux semaines suivant la mort de Ben, Nice met à disposition un espace dans la cour de l'hôtel de ville pour laisser des messages d'hommages.. Le , un hommage public lui est rendu sur la promenade du Paillon..
Décoration
Méthode Ben s'inscrit dans le contexte post-Marcel Duchamp: John Cage, George Maciunas, Dada et Isidore Isou se posait la question « Que faire après Duchamp ? ». Il choisit pour atelier le monde entier. De 1963 à 1967, il écrit dix films conceptuels. Le premier était une déclaration-affiche collée sur les murs de Nice et de Cannes au moment du Festival de Cannes.
Les « écritures » En 1953, sa première peinture de mots semble être . Ben produit un art de l'idée, bien avant le début de l'art conceptuel. Il cherchait de nouvelles formes artistiques.
Il a développé à travers ses « écritures » des thèmes nombreux et variés (l’ego, le doute, la mort, le sexe, la nouveauté, l’argent…). Ses phrases peuvent être des vérités, des commentaires (sur le monde, l’actualité), des scénarios, des invectives (au public, au monde de l’art), des constatations… Elles font sourire ou donnent matière à penser. Ben se fait connaître du grand public par leurs reproductions, sur divers supports destinés aux étudiants : agendas, stylos, trousses..
La signature ll commence à en 1958 : des tableaux, des gens, des photos. Pour lui, si l'art n’est qu’une question de signature, alors pourquoi ne pas faire un tableau avec sa seule signature. Il . En 1960, son manifeste : , explique sa démarche.
Les « gestes » / « actions » Les « gestes » de Ben se rapprochent des events de George Brecht. Ils sont appelés également « actions ». Ses premiers « gestes » datent de 1960, dans le cadre de ce qu’il appelle des « appropriations ». Ils sont photographiés et titrés, sur un support souvent noir, avec une description succincte. Ces « gestes » donnent à voir de petites actions, a priori banales, que Ben met en avant, dans l'esprit de Fluxus.
Les performances Rejouant les codes des happenings et performances développés aux États-Unis dans les années 1950 (Black Mountain College, Allan Kaprow), Ben produit à partir des années 1960 des performances appelées : Vomir, Hurler, ou Dire la vérité. Il les réalise près de son magasin, rue Tonduti, de l’Escarène ou dans les rues de Nice, prévenant parfois le public en avance.
Communication 250x250px|vignette|droite|1959 Signer le corps humain. Les tracts Pour informer sur ses performances, happenings et autres évènements, Ben distribue des tracts à partir de 1955 sur la voie publique. Ses tracts sont également le lieu d’un discours, d’une attitude, d'une position sur l’art.
Les revues Les revues qu’il a publiées tout au long de sa carrière visent le même but. La Revue Tout, dont le bureau est installé en 1965 sur le trottoir du Magasin, est constituée de remarques, placées dans diverses rubriques, dont celles intitulées J’aime et J’attaque.
Les lettres d'information Ben tient un billet d’information depuis 1958. D'abord diffusé sous forme de ronéotypie, il est ensuite envoyé par la poste, puis par fax, et enfin au moyen d'une newsletter par courriel. L’artiste y parle de l'actualité artistique mondiale ou personnelle.
L'art postal Ben décide dans les années 1960 d'écrire aux institutions, à d'autres artistes, à ses amis, des cartes postales. À travers ses courriers, où se mêlent théorie, poésie, appropriations et mégalomanie, Ben participe à la mouvance appelée art postal. L'action artistique consiste à tenir une correspondance dans laquelle la liberté totale de création est proclamée. L'art postal est, dans les années 1960-1970, un acte gratuit, qui échappe au marché de l'art. Le côté ludique du Mail-Art est affirmé : clin d’œil coloré aux artistes correspondants, utilisation de tampons et de timbres personnels hors normes, surprise pour le destinataire de découvrir une « lettre » extraordinaire. Ben déclare dans sa newsletter du intitulée La vie continueRegarder Archive 1972 - Projet pour cartes postales Documenta. : .
Les débats de Ben Les débats, organisés depuis ses débuts, font partie intégrante de l’œuvre de Ben. Des débats intitulés les « pour ou contre » débutent en 1974 dans la propre maison de Ben à Saint-Pancrace, rebaptisée « Chez Malabar et Cunégonde ». Ils ont été organisés dans différents lieux, dans Nice jusqu’en 2011, au cours de vernissages, et de manifestations artistiques. Au tout début, c'est dans son magasin, renommé Le laboratoire 32 (ensuite devenu Galerie Ben Doute De Tout en 1965) que les débats ont lieu. Au fil des années, il s’installe successivement dans des endroits qu’il renomme également, comme La Fenêtre en 1973, La Différence en 1981, Le Centre du monde en 1999, L’Espace à débattre en 2011.
La photographie Ben utilise le médium photo d’abord comme trace, comme documents pour ses gestes, ses performances, ses actions, puis comme élément dans des installations, souvent en association avec des écritures.
Engagement vignette|Tibet Libre, 2001, par Ben. Ben s'est engagé pour un Tibet libre, il réalisa une œuvre pour illustrer un double CD intitulé « Tibet libre » produit au profit de l'association Solidarité TibetLes Indiscrets - Culture. La musique du «Tibet libre», L'Express, 22/02/2001.
Ben et Fluxus thumb|Ben Vautier dans son atelier de Nice (2016).