Aristides de Sousa Mendes, également connu sous le nom d'Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches, ( - ) est un diplomate portugais du . En poste à Bordeaux où il est Consul Général lors de la débâcle française de 1940, il se trouve confronté à un dilemme douloureux ; se conformer aux ordres du gouvernement portugais de Antonio de Oliveira Salazar qui interdit l'émission de visas sans permission explicite du ministère des Affaires étrangères, ou suivre ce que lui dicte sa conscience en délivrant, aux réfugiés persécutés, les visas qui feront la différence entre la vie et la mort pour la plupart d'entre eux, en particulier les Juifs. Le Consul choisit le chemin de sa conscience et en quelques semaines, il délivre sans distinction d'origine ethnique, de religion ou de nationalité, plusieurs milliers de visas à toutes les personnes menacées souhaitant fuir la France.
Il est déclaré « Juste parmi les nations » en 1966, réhabilité par la République portugaise le , puis il est intronisé au Panteão Nacional à Lisbonne le en présence du président de la République Marcelo Rebelo de Sousa..
Biographie Famille et origines
Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches est né à Cabanas de Viriato, petit village portugais du district de Viseu dans une famille de la noblesse terrienne, catholique et conservatrice et monarchiste. Sa mère, Maria Angelina , est une petite-fille maternelle du vicomte de Fralon, Jose-Alain (2000). A Good Man in Evil Times: Aristides De Sousa Mendes - the Unknown Hero Who Saved Countless Lives in WWII. England: Viking. p. 6. .. Son père José de Sousa Mendes est juge à la Cour d'appel de CoimbraFralon, Jose-Alain - "Aristides de Sousa Mendes Le juste de Bordeaux" - .
Le , Aristides se marie avec sa cousine Angelina. Ils auront 14 enfants.
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Carrière diplomatique En 1907, Aristides et son frère jumeau César de Sousa Mendes obtiennent un diplôme de droit à l'université de Coimbra. César poursuit une carrière diplomatique et deviendra ambassadeur notamment au Japon avant d'être nommé ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Salazar en 1932, puis ambassadeur à Varsovie en Pologne de 1933 jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Aristides poursuit une carrière diplomatique consulaire et occupera plusieurs délégations consulaires portugaises dans le monde : Zanzibar, Brésil, États-Unis, Espagne, Belgique, France.
vignette|Aristide et Angelina de Sousa Mendes, avec leurs six premiers enfants, en 1917.
Après presque dix ans de service en Belgique, Salazar, président du Conseil et ministre des affaires étrangères, le nomme Consul Général du Portugal à Bordeaux en 1938.
Les visas d'Aristides de Sousa Mendes dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale thumb|Plaque à la mémoire d'Aristides de Sousa Mendes à Bayonne.
La circulaire 14 Lorsque la guerre éclate, Aristides de Sousa Mendes a et est père de quatorze enfants, dont trois encore mineurs.
Le , son gouvernement émet la circulaire 14 qui exige l'autorisation préalable de Lisbonne pour la délivrance de visas : les sujets dont la citoyenneté est « indéfinie, contestée ou en litige » ne peuvent obtenir de visa. Parmi les personnes discriminées par la circulaire, on trouve : les apatrides, les « porteurs de passeports Nansen » délivrés par la Société des Nations, les Russes, les Juifs « expulsés de pays dont ils détenaient la citoyenneté » ou expulsés des pays où ils résidaient, ainsi que toute personne dans l’impossibilité de « retourner librement au pays d’où elle venait sans la pré-autorisation du ministère » et les opposants politiques.
Obéir aux ordres ou suivre les dictats de sa conscience Dès la fin 1939, Sousa Mendes désobéit et délivre quelques visas à des personnes visées par la circulaire sans demander l'autorisation préalable de Lisbonne. Ses irrégularités dans la délivrance de visas commencent pendant la « drôle de guerre » : il permet à une réfugiée autrichienne et au docteur Eduardo Neira Laporte, communiste, basque, commandeur médical de l’armée républicaine espagnole et chef de la communauté de réfugiés espagnols républicains à Rivière (Landes) d'obtenir un visa le Procès disciplinaire d’Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches, Archives du ministère des Affaires étrangères portugais (Lisbonne), feuilles 75-77.. On note des cas très singuliers parmi les personnes qu'il a aidées : par exemple Paul Miny et son épouse, deux réfugiés luxembourgeois. Miny voulait échapper à son service militaire et sollicite l'aide de l'ambassade pour obtenir un passeport portugais et en , en pleine bataille de France, Sousa Mendes lui délivre un faux passeport, ce qui constitue à l'époque un crime puni de deux ans d'emprisonnement et de l'exclusion définitive de la fonction publique. Le couple est arrêté à la frontière portugaise une semaine plus tardProcès disciplinaire d’Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches, Archives du ministère des Affaires étrangères portugais (Lisbonne), feuilles 41-55..
Avec la défaite française, à Bordeaux, où le gouvernement français s'est réfugié, affluent des dizaines de milliers de réfugiés qui veulent fuir l'avancée nazie et parvenir au Portugal ou aux États-Unis. Pour cela, il leur faut un visa du consulat portugais, que Sousa Mendes est chargé de dispenser avec parcimonie. Or, son consulat est envahi de réfugiés désirant atteindre Lisbonne.
Depuis plusieurs mois, Aristides de Sousa Mendes demande au ministère d'émettre des visas. Ses demandes seront presque toutes refusées. Convaincu que les autorités de son pays n'ont pas une juste appréciation de la situation, il essaie à plusieurs reprises d'attirer l'attention de ses supérieurs sur l'afflux croissant de réfugiés. À chaque fois, il se voit répondre de respecter la circulaire 14. Il accorde alors des visas sans permission, voire sans consulter sa hiérarchie. Entre le et le , il réussit ainsi à délivrer plusieurs centaines de visas. Mais la liste de dossiers en attente s'allonge, renforçant son sentiment d'impuissance.vignette|Sousa Mendes en compagnie du rabbin Kruger à Lisbonne. Le dimanche , Sousa Mendes accorde 40 visas réguliers, pour lesquels il facture des frais supplémentaires auxquels il a droit. Les visas sont accordés aux millionnaires, comme la famille RothschildProcès disciplinaire d’Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches, Archives du ministère des Affaires étrangères portugais (Lisbonne). Parmi ceux qu'il a aidés, se trouve le rabbin Jacob Kruger qu'il invite chez lui et qui lui fait comprendre que ce sont tous les réfugiés juifs qu'il faut sauver. Le lendemain, il décide de délivrer des visas à tous les réfugiés qui en font la demande : « À partir d’aujourd’hui je vais obéir à ma conscience. Je n’ai pas le droit en tant que chrétien de laisser mourir ces femmes et ces hommes (...) ».. . Aidé de ses enfants et neveux, ainsi que du rabbin Kruger, il tamponne les passeports à tour de bras, signe des visas sur des formulaires, puis sur des feuilles blanches et sur tout morceau de papier disponible. Aux premiers avertissements de Lisbonne, il aurait déclaré: « S'il me faut désobéir, je préfère que ce soit à un ordre des hommes qu'à un ordre de Dieu ». Le rabbin Kruger témoigne : « Je suis allé à Lisbonne avec ma famille, et là Mendes nous a rendu visite. Il nous a dit qu'il avait été renvoyé à cause de son aide, mais qu'il était content, et si des milliers de juifs souffraient à cause d'un catholique, un catholique pouvait souffrir pour tous les juifs. Il a dit qu'il l'acceptait avec amour ». vignette|Visa délivré à Bordeaux le 24 mai 1940 par Aristides de Sousa Mendes à la néerlandaise Annelise Kaufmann, âgée de seize ans. Le , il délivre des visas pour la Grande-Duchesse Charlotte de Luxembourg, sa famille et son gouvernement, en exil en France depuis l'invasion de leur pays le 10 mai 1940 par l'Allemagne nazie, leur permettant ainsi de franchir la frontière franco-espagnole pour rejoindre le Portugal, puis, en , les États-Unis. Dans une lettre du , la Grande-Duchesse Charlotte remercie le Consul Général Aristides de Sousa Mendes pour son initiative qui a permis de sauver sa famille et son gouvernement de la persécution nazie.
Un seul visa peut comporter tous les membres d’une même famille, ce qui augmente considérablement le nombre de récipiendaires.
Le , l'ambassade britannique à Lisbonne informe le ministère des affaires étrangères portugais que Sousa Mendes retarde délibérément la délivrance de visas aux citoyens britanniques dans le but de percevoir des frais supplémentaires et de plus a exigé une contribution inappropriée à une œuvre de bienfaisance. C'était la deuxième fois qu'il était accusé de demander des contributions inappropriées à une œuvre de bienfaisance, la première fois avait été quand il avait été expulsé des États-Unis en 1923.
Le témoignage de l’écrivain américain Eugene Bagger est conforme à la lettre de l’ambassade britannique qui dit que le , il a fait la queue pendant quelques heures au consulat du Portugal dans l’espoir d’obtenir un visa. Bagger dit que les poussées et les coudes l'ont poussé au désespoir et il a abandonné après quelques heuresBagger, Eugene (1941). For the Heathen are Wrong: An impersonal autobiography. Little, Brown and Co; 1st edition. . Puis le , il fait la rencontre d'Aristides, épuisé, à un café près du consulat, et ce dernier lui émet son visa.
La distribution des visas se poursuit à Bayonne et à Hendaye Comme le rapporte dans un petit texte personnel Lodoïs Tavernier, le futur père de la CECA, qui passa par Bayonne : .
Alors que Salazar a déjà ordonné des mesures contre lui, Sousa Mendes poursuit, du 20 au , son activité à Bayonne dans le bureau du vice-consul médusé, alors même qu'il est entouré par deux fonctionnaires de Salazar chargés de le « rapatrier » d'autorité. Plus tard lors de son procès disciplinaire, Sousa Mendes parlera lui-même de "près de 5000 réfugiés dans la rue, de jour comme de nuit attendant leur tour et de près de 20 000 dans toute la ville cherchant par tous les moyens à s'approcher du consulat". Sur la route d'Hendaye, il continue à écrire et signer des visas pour les réfugiés d'infortune qu'il croise à l'approche de la frontière, alors que le 23, Salazar l'a démis de ses fonctions.
Après la fermeture du poste-frontière d'Hendaye et en dépit des fonctionnaires envoyés pour le ramener, il prend avec sa voiture la tête d'une colonne de réfugiés qu'il guide jusqu'à un petit poste de douane où, côté espagnol, il n'y a pas de téléphone. Le douanier donc n'a pas encore été informé de la décision de Madrid de fermer la frontière avec la France. Sousa Mendes use du prestige de sa fonction de consul (théorique puisque démis de ses fonctions) et impressionne le douanier qui laisse passer tous les réfugiés qui peuvent ainsi, munis de leur visa, gagner le Portugal.
Le cas d'Aristides de Sousa Mendes pour désobéissance est loin d'être unique parmi les diplomates et agents consulaires portugais. La désobéissance à la circulaire 14 fut généralisée et a été pratiquée par des diplomates et des consuls de tous bords politiques portugais. Tels étaient, par exemple, les cas de Veiga Simões, ambassadeur à Berlin, le consul honoraire à Milan, Giuseppe Agenore Magnohttps://www.yadvashem.org/odot_pdf/microsoft%20word%20-%203230.pdf et le consul à Gênes, Alfredo Casanova. Mais dans le cas d'Aristides de Sousa Mendes, il s'agit du plus grand sauvetage documenté par un seul homme.
Le , Salazar a permis à la Société d'aide aux immigrants juifs (HIAS, ) de s'installer et d'opérer au Portugal.
Il est impossible de calculer le nombre exact de réfugiés qui ont pu bénéficier de la neutralité et de l'hospitalité du Portugal. Mais les chiffres sont impressionnants. Les estimations vont de à 1 million, remarquable pour un pays dont la population était d'environ 6 millions d’habitants.
La déchéance