Marcel Dassault, né Marcel Ferdinand Bloch le dans le de Paris et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un ingénieur, homme politique et entrepreneur français. Il est surtout connu comme une personnalité de l'aéronautique et PDG du Groupe Dassault qu'il a créé.

Biographie Origines Marcel Ferdinand Bloch est le fils d'Adolphe Bloch, médecin d'une société mutualiste, et de Noémie Allatini..

Marcel est le dernier d'une famille de quatre enfants : l'aîné Jules fait une carrière commerciale dans l'assurance, le deuxième Darius Paul Bloch devient général, le troisième, René, chirurgien des hôpitaux de Paris, meurt en déportation à Auschwitz.

Côté maternel, il est un petit-neveu du livournais Moïse Allatini, première fortune de Salonique et troisième fortune de l'Empire ottoman. Côté paternel, il descend d'une famille juive alsacienne, originaire de Fénétrange en Moselle (Lorraine). Son père, Adolphe Bloch né à Strasbourg en 1844, s'est installé à Paris après y avoir fait ses études.

La famille Bloch est apparentée à celles de Darius Milhaud et de Nissim de Camondo ainsi que celles des écrivains .

Formation Marcel fait ses études secondaires au lycée Condorcet à Paris, avant d'entrer à l’École d'électricité Breguet (aujourd'hui l'ESIEE), puis d'intégrer l’École supérieure d'aéronautique et de construction mécanique (Supaéro) dont il sort diplômé en 1913. Marcel raconte dans son autobiographie qu'il est passionné par les exploits des aviateurs de son époque et décide d'embrasser la carrière aéronautique lorsque le , en récréation dans la cour de l'école Breguet, il voit le Wright du comte de Lambert boucler la tour Eiffel.

L'entre-deux-guerres vignette|gauche|Marcel Bloch en 1914. Marcel Bloch est incorporé le au groupe aéronautique à Reims où il fait ses classes en compagnie de l'aviateur Dieudonné Costes. Le , il est affecté au Laboratoire de recherches aéronautiques de Chalais-Meudon dirigé par le colonel Émile Dorand. En 1915, associé à un ancien élève de Supaéro, Henry Potez, il y dessine l'hélice Éclair pour répondre à un appel d'offres de l'aviation durant la Première Guerre mondiale. L'armée française retient cette hélice et deux autres encore, parmi les 253 prototypes qui lui sont présentés. En 1917, les deux hommes, toujours soldats, créent la SEA, Société d'études aéronautiques et reçoivent le renfort de Louis Coroller. L'objectif est de concevoir le prototype d'un avion complet, un biplace d'observation, le SEA IV. L'armée retient leur prototype et en commande . Au moment de l'armistice, le , seulement 100 SEA IV ont été livrés. L'armée résilie alors le reste de la commande.

La paix revenue, le marché de l'aéronautique s'écroule. Potez persévère et crée sa propre compagnie d'aviation tandis que Bloch quitte le domaine aéronautique dans lequel il ne revient pas avant douze ans. Il se lance alors dans le commerce de meubles, dans l'immobilier et dans la carrosserie automobile. thumb|Bloch MB.81 de transport sanitaire en 1934 En 1928, Raymond Poincaré, alors président du Conseil, institue un ministère de l'Air chargé de soutenir le développement aéronautique par des ingénieurs. C'est l'occasion pour Marcel Bloch de revenir à l'aéronautique en créant la Société des avions Marcel Bloch en 1931 et de recevoir la commande de sanitaires Bloch MB.81 à la fin de cette même année. thumb|Bombardier Bloch MB-200 En 1933, pour honorer une commande plus importante de bombardiers bimoteurs Bloch 200 pour l'armée de l'air, Marcel Bloch en sous-traite la fabrication aux usines de son ami Potez, avant de s'installer à Courbevoie dans une usine qui compte en 1935. En , Potez et Bloch rachètent la Société Aérienne Bordelaise (SAB) qui devient la Société Aéronautique du Sud-Ouest (SASO). Ils se regroupent aussi pour racheter la majorité des actions de la Société des moteurs et Automobiles Lorrains (SMAL).

Dans le cadre du Plan I de l'armée de l'air La production des MB 200 fut répartie entre Breguet (19 appareils), Hanriot (45 appareils), Loire (19 appareils), Potez (111 exemplaires), et la SASO absorbée avec la Société des Avions Marcel Bloch par la Société Nationale de Construction Aéronautique du Sud-Ouest durant le Front populaire (). La SNCASO est une société d'économie mixte dans laquelle l'État est actionnaire majoritaire. Sur proposition du ministre de l'Air, Pierre Cot, Marcel Bloch est nommé administrateur délégué, c'est-à-dire principal dirigeant de la SNCASO. Outre l'usine de Courbevoie, la SNCASO possède une usine à Bordeaux et une autre à Rochefort.

Grâce au montant de l'indemnisation reçue lors de la nationalisation en , il fonde un bureau d'études, la Société anonyme des avions Marcel Bloch (SAAMB). La SNCASO fait développer ses projets par ce bureau d'études, qui perçoit de substantiels droits de licence. Cette situation lucrative vaut à l'avionneur de devenir la cible d'attaques de l'extrême-droite, en particulier à travers l'hebdomadaire Gringoire.

La course aux armements qui précède la Seconde Guerre mondiale se traduit par une croissance spectaculaire du secteur aéronautique. La SNCASO passe de en 1937 à en 1940. Une nouvelle usine est construite à Châteauroux.. Marcel Bloch qui dispose d'une usine à Saint-Cloud, dans l'ouest de la région parisienne, en fait construire une autre à Thiers dans le Puy-de-Dôme, et fonde Bordeaux-Aéronautique, le .

Au début de l'année 1940, pour mettre un terme aux attaques dont il est l'objet, notamment du fait des liens ambigus entre la SNCASO et la SAAMB, Marcel Bloch démissionne de son poste d'administrateur délégué de la SNCASO dans le Puy-de-Dôme.

Les difficultés durant la Seconde Guerre mondiale Après la défaite de la France et l'armistice qui suit, Marcel Bloch se retire dans sa villa de Cannes située en zone libre, alors que son frère, le général Darius Paul Bloch se rallie secrètement à de Gaulle immédiatement après son appel du 18 Juin.

En juillet 1940, le constructeur allemand Focke-Wulf commande deux cents Bloch 175.. Cependant Gringoire continue de se déchaîner contre le . Le 6 octobre 1940, il est arrêté à Cannes et interné administrativement par le gouvernement de Vichy d'abord dans l'Indre, à Pellevoisin, puis en Ardèche, à Vals-les-Bains, avec un certain nombre de personnalités dont Marx Dormoy, Vincent Auriol, Georges Mandel, Jules Moch et quelques autres dont Eugène Montel, maire de Colomiers (siège d'usines Dassault après la guerre). Le ministre de l'Intérieur Marcel Peyrouton obtient de son collègue de l'Air, le général Bergeret, qu'il soit libéré en janvier 1941 et assigné à résidence à Thiers où une usine aéronautique est en construction. Sa libération déclenche une nouvelle campagne de presse, Au Pilori se joignant à Gringoire pour demander que Bloch soit jugé pour avoir . Bloch rédige un mémoire de onze pages pour répondre aux attaques, mais Bergeret obtient qu'il soit à nouveau incarcéré à Thiers le 9 avril 1941, puis transféré à la maison d'arrêt de Riom. Libéré sous caution le 13 octobre 1941 après que la chambre d'accusation eut débouté l'appel de Bergeret, il est arrêté quelques heures après sa sortie sur ordre du même Bergeret et à nouveau interné administratif à Vals-les-Bains. Ses compagnons de détention sont alors Paul Reynaud et le colonel Groussard et de nouveau Georges Mandel et le général Cochet. Ses problèmes de santé justifient son transfert, en mars 1943, à la prison-hôpital d'Écully, près de Lyon où il séjourne jusqu'en mars 1944. Pendant sa détention à Thiers, le Commissariat général aux questions juives envoie aux directions régionales du service d'épuration économique de Marseille et de Limoges l'ordre de procéder à des enquêtes sur les sociétés Bloch et sur les conditions dans lesquelles ont été construits un certain nombre d'avions, mais le comité d'organisation de l'aéronautique dirigé par Joseph Roos parvient à faire traîner les processus d'aryanisation si bien qu'aucune entreprise d'aéronautique n'est véritablement aryanisée selon les lois de Vichy. En 1942 cependant, les autorités allemandes du (MBF, le Commandant militaire allemand en France) nomment un administrateur provisoire de l'entreprise Bloch à Saint-Cloud, Jean de Broë tandis que Claude de Cambronne devient le représentant provisoire pour la zone libre. Henri Deplante, engagé par Bloch en 1930 et responsable du bureau d'études de la SNCASO en 1940, replié sur Châteauroux, puis sur Mandelieu est sollicité en pour rejoindre la région parisienne et travailler avec les Allemands, mais il refuse et passe en Espagne après l'invasion de la zone libre en .

Les raisons précises pour lesquelles Marcel Bloch est arrêté par la Gestapo en mars 1944 ne sont pas très claires. Toujours est-il qu'il est interné à la prison Montluc, à Lyon, où son compagnon de cellule est André Frossard. Madeleine, épouse de Marcel, et Claude, leur fils aîné, ont été également arrêtés le , mais relâchés le lendemain. Marcel les retrouve avec son autre fils Serge au camp de Drancy, où il est transféré au mois de juillet. Il est cependant déporté sans sa famille à Buchenwald, par le convoi du 17 août 1944. À Buchenwald, il porte le triangle rouge des prisonniers politiques. De santé fragile et âgé de , Marcel Bloch peut redouter de ne pas survivre longtemps dans un camp de concentration particulièrement dur, mais il est repéré par FragerJorge Semprún, Le Fer rouge de la mémoire, Quel beau dimanche Gallimard Quarto, p. 624-625 et signalé auprès du « Comité des intérêts français » dirigé par Marcel Paul, membre du Parti communiste français et chef de l'organisation clandestine du camp, et également par Albert Baudet. C'est à cette organisation qu'il doit d'être encore vivant à la libération du camp en avril 1945. Il manifeste par la suite sa gratitude en nommant Albert Baudet directeur de la publicité du magazine Jours de France et en versant chaque année une somme d'argent au journal L’Humanité et à la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP). Il témoigne publiquement en faveur de l'action de Marcel Paul à Buchenwald.

Le succès après-guerre

En , l'Armée de l’air française lance un appel d'offres pour un avion de liaison équipé de deux moteurs Lorraine Béarn. Marcel Dassault reprend des travaux réalisés par Bordeaux-Aéronautique (projet ) pendant l'Occupation allemande, qu'il modifie. En , deux prototypes sont commandés par l'Armée. En compétition avec le SO.94 Corse et le NC 701 Martinet, le MD-315 Flamant est finalement retenu : un premier marché de 65 appareils est signé le .

En 1946, il fait changer son patronyme en Bloch-Dassault (décret paru au Journal officiel du ), puis en Dassault (décret paru au Journal officiel du ).. Dassault est tiré du nom de code Chardasso, « char d'assaut », un des pseudonymes utilisés par son frère, le général Darius Paul Bloch, dans la Résistance (assault étant la traduction anglaise d'assaut).

Tout juste après la guerre, la France bénéficie du plan Marshall, et fait partie de l'OTAN. L'entreprise de Marcel Dassault obtient une commande de construction d'une nouvelle flotte d'avions qui serait la première pour l'armée de l'air française avec des moteurs à réaction. C'est un des plus grands contrats d’armement qui représente un pourcentage non négligeable du plan Marshall. C'est ce contrat qui a permis à Marcel Dassault de se différencier et se distinguer des autres industriels d'aviation.

Marcel Dassault se convertit au catholicisme en 1950. En 1956, il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur, plus haute distinction française.