Les Lois (en / ) est le titre du dernier des dialogues de Platon, après le Philèbe. C’est aussi le plus long des dialogues platoniciens et le seul où Socrate n’apparaît pas. Selon André Laks, il peut être lu comme .
Dans les Définitions du pseudo-Platon, le mot « Loi » est défini comme la (). Platon, dans ce dialogue, tout comme dans La République, traite de la meilleure constitution politique. Il imagine dans les Lois la constitution de la cité la meilleure possible, en proposant pour modèle à ses dirigeants le juste selon les dieux. Ce modèle est l'image qu’ils doivent suivre pour unifier la cité et la rendre entièrement vertueuse. Cette cité idéale n’est cependant pas totalement utopique. Dans les Lois, Platon est plus empirique que dans La République puisqu'il examine des constitutions réelles et propose une description très détaillée d'une constitution aussi juste que possible. Dans ce dialogue, trois vieillards discutent de la valeur de la constitution de plusieurs cités. Les punitions des lois infligées aux êtres vivants ne doivent pas être inférieures à celles des Enfers () et vont d'une amende de drachmes à une mine.
L'éducation à Sparte négligeait l'âme et ne s'occupait que du corps ; aussi la politique de domination, la passion guerrière et l'immoralité des femmes furent sévèrement jugées par PlatonLa République, VIII, ; Les Lois II, ; I, ; VI, ; VII, .. Tout au long de son œuvre, Platon a dénoncé les excès de l'oligarchie, où les riches dominent les pauvres, et ceux de la démocratie, entendue au sens de démagogie populaire, où les pauvres tentent de dominer les riches. Dans le Livre VIII de La République, il examine un régime original : la timocratie, régime où la population est divisée en classes sociales strictement délimitées ayant chacune des prérogatives propres et où dominent l’ambition et l’amour des honneursLa République, livre VIII, ; Lettre VII, ..
Lorsque Platon mourut à Athènes, en 348 / 347 av. J.-C., il rédigeait Les Lois, et ne put donc pas éditer lui-même l’ouvrage, ce qui explique les quelques défauts qui peuvent subsister dans le style ou la composition ; ainsi, on a pu penser que le livre XII était inachevé, mais ce jugement est sujet à discussion, d'autant que d'aucuns considèrent l’Épinomis comme le treizième livre des LoisCharles-Émile Ruelle, administrateur honoraire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, membre de la Société des antiquaires de France, Fragments relatifs à l'Harmonique, .. Il est vraisemblable que Philippe d'Oponte dut se charger de la première édition des Lois. Zénon de Kition avait écrit Contre les Lois de Platon.
Présentation générale Cadre et personnages
Un vieillard étranger, dit l'Athénien, est en route pour se rendre de Cnossos à l’antre et au sanctuaire de Zeus en Crète () ; dans cet Athénien anonyme, les commentateurs les plus anciens ont pensé reconnaître Platon parce qu’il est en mesure de critiquer aussi bien les institutions de Grèce et de Lacédémone que celles de la Callipolis platonicienne ; mais ce personnage anonyme, rompu aux discussions philosophiques, pourrait aussi représenter Socrate qui, n’ayant jamais quitté Athènes, sauf pour de courtes expéditions militaires, ne pouvait paraître ici. Ce vieillard d’Athènes est accompagné du Lacédémonien Mégillos et du Crétois Clinias, que l'on retrouve également dans l’Épinomis. Il n'a aucun rapport avec les autres Clinias des dialogues platoniciens, qui sont d'Athènes : ce Crétois n'est pas connu, tout au plus sait-on qu'il descendrait d'Épiménide et qu’il est citoyen de la colonie lacédémonienne de Cnossos, en Crète. La Crète fournit ainsi le cadre le plus approprié pour ce dialogue sur , puisque les lois de Minos et du spartiate Lycurgue sont les plus célèbres pour leur sagesse et leur antiquité. Le chemin que suivent ces trois personnages correspond au parcours que Minos passait pour avoir accompli tous les neuf ans pour recevoir, à travers des oracles, l’enseignement de Zeus ().
Plan des Lois L’exposé des douze livres des Lois progresse logiquement du plus général au plus particulier. Après une introduction générale qui occupe les trois premiers livres, Platon étudie dans les livres l’organisation de la Cité nouvelle qui sera édifiée. Les quatre derniers livres () contiennent un code législatif détaillé, portant sur les dispositions civiles, pénales et administratives de la Cité. Le dialogue s’achève sur une conclusion générale consacrée à l’organe suprême de gouvernement.
Introduction Les trois premiers livres constituent une introduction générale au thème du dialogue : il s’agit de découvrir quelle est la meilleure façon d’administrer une cité, et pour l’individu, la meilleure façon de conduire sa vie. À la question soulevée dans les livres : Quelle est la finalité des lois ?, la réponse réside dans la vertu totale et non dans le seul courage. La démonstration passe par une définition de l’éducation civique ou paideia fondée sur le célèbre mythe des marionnettes. Ainsi est traité, entre autres, le thème de l’éducation par le jeu réglé et mesuré, c’est-à-dire par la musique et la danse, et par les banquets. La musique et la danse font partie de l’éducation des enfants et des jeunes gens au-dessous de trente ans. Seuls les hommes de plus de quarante ans se réuniront en banquets, sous l’autorité de chefs du chœur âgés de plus de soixante ans. Dans l’opposition entre l’ionisme de l’Athénien et la vision dorienne du Lacédémonien, ces banquets sont le point de friction le plus vif. Les deux premiers livres traitent également de l’idéal de paix qui, pour ne pas tomber dans le danger du pacifisme aveugle et du désarmement, doit se maintenir par la force militaire et la vigilance.
Le livre soulève une seconde question générale : quelles sont les conditions de l’autorité des lois ? La thèse de la division des pouvoirs et d’une constitution mixte est alors développée dans une histoire comparée des constitutions, de leurs origines depuis le déluge jusqu’à ce que Platon appelle athénienne (701 a). Cette histoire hypothétique, depuis qu’il y a des communautés humaines, s’accomplit par cycles répétitifs obéissant aux mêmes lois, à travers des vicissitudes morales et politiques : les destructions périodiques de l’humanité par le feu ou par l’eau sont suivies de lentes reconstitutions du savoir et des acquis sociaux et politiques. Platon évoque trois structures sociales successives : le patriarcat tel que le pratiquent les Cyclopes d’Homère, le pouvoir des chefs de famille dans l’aristocratie et la royauté, et les cités des plaines comme Troie. Après la chute de Troie, et l’invasion dorienne, il montre que l’ignorance de la grande loi de la mesure (en grec, ), ruina la constitution et les lois d’Argos et de Messène. À Lacédémone, trois réformes progressives assurèrent le salut de la royauté : une autorité royale d’abord partagée entre deux fils jumeaux, puis l’institution de vingt-huit gérontes par Lycurgue, enfin l’institution des éphores. Platon vise ainsi à montrer que les conditions d’excellence d’une constitution et des lois résident dans un mélange de liberté et d’autorité, loin de la perversion inhérente au pouvoir absolu. Il souligne à maintes reprises les trois conditions nécessaires à la perfection de toute cité et de toute constitution : amitié mutuelle, prudence et liberté, en grec (693 c- 694). À la fin du livre , Platon énonce l’intention suivante : (). Cette cité nouvelle nommée Magnésie, la cité des Magnètes, est envisagée au moment où, par chance, Clinias s’apprête à promulguer les lois de la colonie que la plus grande partie de la Crète se prépare à fonder. Ici prend fin la préface aux Lois.
Organisation de la cité et hiérarchie des biens À partir du livre , sont étudiées toutes les questions générales d’organisation de la cité nouvelle : son emplacement à environ stades de la côte, sa (), son tyran plein de modération et de sagesse, son dont le substitut est la loi conçue par l’intelligence la plus affranchie de toute passion. Cette loi exclura le droit du plus fort pour ne viser que le bien commun, en servant (). Comme l’orateur et le musicien, le législateur usera de persuasion et de contrainte dans le préambule des lois.
Les généralités sur la hiérarchie des biens des citoyens tiennent encore la plus grande place dans le livre : la primauté de l’âme est fortement affirmée, et son excellence réside dans sa parenté avec le bien et la poursuite de la vertu (). La juste mesure, / , le sentiment de la crainte respectueuse, / , l’honneur rendu aux parents, aux amis et aux suppliants sont les biens les plus précieux à cultiver et à transmettre en héritage en en faisant la règle de notre propre vie. Dans l’idéal personnel, les plus hautes valeurs pour mener la vie la plus belle sont la vérité, le zèle pour la justice, le courage, la modération dans les succès comme dans les revers. Cette morale très haute tend à une perfection divine, mais elle se recommande parce que (), en procurant non seulement une bonne réputation, mais aussi l’avantage que les hommes recherchent universellement, à savoir plus de plaisir et moins de douleur. La population de la Cité nouvelle sera fixée à citoyens, chiffre idéal qui admet diviseurs et se prête donc très bien au partage des terres en lots ; ceux-ci seront égaux et inaliénables (737 e). Des emplacements seront réservés pour le culte et les sanctuaires à fonder. La monnaie d’or et d’argent, les dots et le prêt à usure seront interdits aux particuliers ; seul le gouvernement disposera d’une monnaie commune à toute la Grèce pour les dépenses publiques et les besoins diplomatiques. C’est que le but du législateur est de rendre la cité aussi heureuse que possible et non pas riche et puissante ; car une grande vertu est incompatible avec une grande richesse (743 c) : Platon proclame ainsi à sa façon qu'on ne peut servir à la fois Dieu et Mammon. L’économie, excluant tout mercantilisme, sera donc uniquement agricole. Le plan d’urbanisme de la Cité comportera, au centre, une acropole consacrée à Hestia, Zeus et Athéna, et tout autour les secteurs de la ville divisés en lots (745 b-e).
Magistratures Le livre étudie les parties essentielles du gouvernement, dont la constitution tient le milieu entre monarchie et démocratie, et applique le principe des deux égalités, égalité arithmétique et égalité géométrique ().
On élit d’abord gardiens des lois (ou nomophylax) chargés de garder les rôles administratifs où sera indiqué le montant de la fortune de chaque citoyen selon sa classe censitaire (). Le Conseil sera composé de bouleutes, dont un douzième sera de garde chaque mois sous le nom de prytanes. Les sanctuaires seront dotés de sacristains, prêtres, prêtresses et exégètes ; dans la ville, trois astynomes et cinq agoranomes veilleront à l’ordre public ; dans la campagne, les agronomes assureront la sûreté de circulation dans les chemins et le bon état des digues et canaux. Des intendants des gymnases et des écoles seront chargés de l’ordre et de l’instruction, pour les compétitions de musique, de lutte et les concours hippiques. Le premier magistrat de la Cité sera le directeur de toute l’éducation féminine et masculine ; il sera choisi parmi les meilleurs citoyens âgés d’au moins cinquante ans et restera en charge cinq ans (). En matière de droit civil, sont institués, par ordre croissant d’importance, l’arbitrage entre voisins, un tribunal et en dernier ressort une cour d’appel. En matière de droit public, le peuple tout entier sera juge mais l’instruction appartiendra à trois des plus hautes magistratures (). Une législation réglementera les affaires religieuses, le mariage et la procréation, ainsi que les repas en commun, les syssities (). Législation