Le pont Neuf ou Pont-Neuf est, malgré son nom, actuellement le pont le plus ancien existant à Paris. Il traverse la Seine à la pointe ouest de l'île de la Cité.
Construit à partir de la fin du et terminé au début du , il doit son nom à la nouveauté que constituait à l'époque un pont dénué d'habitations et pourvu de trottoirs protégeant les piétons de la boue et des chevaux. Il est aussi le tout premier pont de pierre de Paris à traverser entièrement la Seine« Pont Neuf », www.insecula.com.. La graphie aujourd'hui préconisée est « le pont NeufDans le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale , édition de 2007 , « le pont Neuf » est cité en exemple et sous cette forme dans la rubrique « Rues (noms de) ».. », mais on a longtemps écrit ce nom : « le Pont-NeufLe Petit Robert des noms propres 2008, 2007, + et le Dictionnaire Hachette 2008 consacrent une entrée intitulée « Pont-Neuf » au célèbre pont de Paris. ».
Ce monument fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1889.. En 1991, il a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, avec l'ensemble des quais de la Seine à Paris.
Ce site est desservi par la ligne 7 à la station de métro Pont-Neuf.
Historique Le pont vignette|gauche|redresse=0.7|L'île de la Cité avant la construction du pont (plan dit « de Bâle », 1552). vignette|gauche|redresse=0.7|Panneau Histoire de Paris « Pont-Neuf ». Le pont Neuf est actuellement le plus ancien pont de Paris. C'est, après les ponts aval et amont du périphérique, le troisième plus long pont de Paris ().
Il a gardé le nom qu'on lui a attribué spontanément à l'époque de sa construction. Celle-ci est décidée en 1577. Le de cette année-là, Henri III désigne une commission chargée d'assurer la bonne construction du pont et le suivi des travaux. Il charge Claude Marcel, contrôleur général des finances, d'assurer la liaison entre lui et la commission. Il prévoyait huit arches sur le grand bras de la Seine et quatre sur le petit. Il est le premier à proposer l’absence d’habitations, mais le pourvoit d’un gros pavillon sur le terre-plein, de portes en arc-de-triomphe aux extrémités, de paires de pyramides au milieu de chaque bras du pont et de tourelles en encorbellement sur certaines pilles, pages 82-83..
Le , la construction est autorisée par lettres patentes du roi, lequel pose la première pierre de l'ouvrage le Victor R. Belot, Le Pont-Neuf. Histoires et petites histoires, Nouvelles Éditions Latines, 1978, . suivant en présence de la reine mère Catherine de Médicis et de la reine Louise de Lorraine-Vaudémont. Ce jour-là, le roi, revenant des funérailles de deux de ses mignons, pleure durant la cérémonie. « Le pont des Pleurs » est le premier surnom donné par les Parisiens au nouvel édifice..
Sa construction se poursuivra jusqu'en 1607, sous le règne d'Henri IV. Du fait du soulèvement de la ville contre le roi, le chantier prend du retard et les travaux doivent être suspendus pendant dix ans, de 1588 à 1598. En 1599, Henri IV ordonne la reprise des travaux et confie leur conduite à Guillaume Marchant et François Petit.
Il est cité sous le nom de « Pont neuf » dans un manuscrit de 1636.
C'est aussi le premier pont de Paris à ne plus être couvert. Le premier architecte chargé des travaux, Baptiste Androuet du Cerceau, avait décidé que ce pont porterait des maisons à l'instar des autres ponts de Paris. Il ménagea donc des caves dans les piles et sous les arches. Comme la plupart des ponts construits à l'époque, le pont Neuf se compose d'une série de courtes arches. À la reprise des travaux interrompus dix ans, Henri IV opta pour un pont sans maisons, mais les caves déjà construites restèrent. Un souterrain les reliait. Elles furent bouchées par la suiteSite paris-pittoresque.com, page sur le pont-neuf, consulté le 25 mai 2021.. Dans les corbeilles sont érigés de petits bâtiments abritant des boutiques.
Cependant, des marchands ambulants y font commerce, tels des tondeurs de chiens ou des loueurs de parasols. Il est le lieu de rendez-vous des charlatans. Des bouquinistes, aussi, y entrent en concurrence avec les librairies installées dans le quartier, si bien qu'en 1619 ces dernières obtiennent l'interdiction de la présence de cette concurrence commerciale sur le pont Neuf, chose réaffirmée par une ordonnance royale en 1742Panneau Histoire de Paris devant le pont, côté rive gauche..
En 1702, le pont, qui fait partie du quartier de la Cité, possède et 20 lanternesJean de la Caille, Description de la ville de Paris.. Il commence quai des Augustins vis-à-vis de la place Dauphine et se termine aux coins des quais de la Vieille-Vallée-de-Misère et de l'École vis-à-vis du carrefour des Trois-Maries.
Au , les corbeilles sont dégagées de leurs bâtiments et les anciennes caves sont bouchées. La dernière boutique n'en disparaît que vers 1854.
Le , le premier essai d’éclairage public électrique est tenté sur le pont, page 92..
On trouve de part et d'autre du pont des repères témoins de la crue de la Seine de 1910. Son niveau moyen est au-dessus du niveau moyen du quartier du Marais.
À la fin du , pour la restauration du pont, la carrière de Saint-Pierre-Aigle fournit le calcaire dur à cérithes qui remplace le calcaire lutétien des carrières de Paris, qui ne sont plus exploitables ou sont épuisées aujourd'hui. Au premier trimestre 2007, la Ville de Paris en a achevé la restauration intégrale, avec la dernière arche et ses mascarons, côté rive droite et voie sur berge. Un panneau Histoire de Paris, situé quai des Grands-Augustins à l'angle du pont, rappelle l'histoire du plus vieux pont de Paris.
Autres vues historiques du pont
Les aménagements associés vignette|alt=Gravure d'une boutique sur le pont neuf d'après MArtial.|Une des boutiques sur le pont Neuf en 1848, d'après une gravure de Martial.
En , alors que la construction du pont s'achève, Henri IV décide de l'aménagement d'une place presque fermée avec des maisons ayant des façades identiques entre le palais de la Cité et le terre-plein, situé entre les deux culées du pont.
Le , quatre ans après l'assassinat du roi par François Ravaillac, la statue équestre d'Henri IV commandée à Jean de Bologne par Marie de Médicis pour être placée sur le terre-plein de l'île de la Cité, entre les deux culées du pont, est inaugurée. Elle sera fondue ainsi que les deux bas-reliefs des faces latérales (œuvres de Pierre Francheville, de Cambrai) pour faire des canons en 1792 lors de la Révolution française et dont des fragments du cheval ainsi que les quatre statues ornant les angles, d'esclaves ou de nations vaincues (œuvres de Pierre Francheville), sont conservés au musée du Louvre. Sous la Restauration, à la suite d'une souscription lancée par Louis XVIII, elle est remplacée par une nouvelle statue équestre d'Henri IV, réalisée d'après le modèle du sculpteur Lemot, s'inspirant de l'original du fondeur Pietro Tacca, premier assistant de Jean de Bologne. Cette statue est inaugurée en 1818. Elle a été réalisée avec le bronze de l'effigie de DesaixPetite anecdote : De Bure, dans son édition de 1836 nous apprend, à propos de La Henriade, publiée en 1785 en 2 vol. in-8° par l'imprimerie de la Société littéraire typographique, sous le titre de La Henriade, poème, suivie de notes et de variantes, que trente exemplaires de cette édition ont été tirés sur vélin et que l'un d'eux a été placé, en 1818, dans le ventre du cheval de la statue équestre d'Henri IV, rétablie cette même année (le ) sur le terre-plein du Pont-Neuf à Paris..
vignette|upright=1.25|alt=Vue du pont Neuf en 1852, avec les boutiques bien visibles sur chaque pile|Le pont Neuf en 1852, avec les boutiques au-dessus de chaque pile.
La pointe de l'île a toujours été convoitée par les architectes et les urbanistes. Plusieurs projets sont connus dont le plan de Pierre Patte de 1775Pierre Pinon et Bertrand Le Boudec, Les Plans de Paris. Histoire d'une capitale, BNF/ Le Passage, 2014, ., qui recense les emplacements pour installer une statue de Louis XV à Paris. Un premier projet propose d'élever cette statue de Louis XV face à celle d'Henri IV, un autre dû à Patte lui-même suggère le remplacement de la statue d'Henri IV par celle de Louis XV, le socle devenant une grande fontaine. En 1809, Benjamin Zix, inspiré par le retour d'Égypte de , élabore un projet d'obélisque. En 2010, dans le cadre de la consultation du Grand Paris, l'architecte Roland Castro n'hésite pas à proposer une tour très contemporaine à la pointe du Vert-Galant.
La pompe de la Samaritaine thumb|Vue du Pont Neuf et de la pompe de la Samaritaine à Paris en 1743 par Hyacinthe de La Pegna. vignette|La pompe de la Samaritaine en 1742. Le , sur une idée de l'hydraulicien flamand Jean Lintlaër, le roi autorise la construction d'une grande pompe à eau au droit de la deuxième arche depuis la rive droite côté aval : la pompe de la Samaritaine, qui donne plus tard son nom au grand magasin de La Samaritaine qui fut construit non loin de là.. Cette pompe, conçue par Lintlaër de 1602 à 1608, est la première machine élévatrice d'eau construite dans Paris.
Il s'agit d'un petit immeuble d'habitation sur pilotis (dans lequel vécut, par exemple, Lintlaër lui-même) entre lesquels tourne une grande roue de moulin. Elle est surmontée d'un campanile contenant un carillon muni d'un jacquemart qui rythmait la vie des habitantsAubin Louis Millin, Dictionnaire des beaux-arts, 477.. Fournissant jusqu'à d'eau par jour, elle alimentait en eau courante le quartier du Louvre et plus particulièrement les palais du Louvre et des Tuileries, ainsi que le jardin de celles-ci.
Elle doit son nom à un haut-relief en bronze sur la façade, représentant la rencontre entre Jésus et la Samaritaine au puits de Jacob (relatée dans l'Évangile selon Jean), œuvre de Bernard et René Frémin (1672-1744). vignette|La pompe de la Samaritaine (à gauche) sur le pont Neuf au (tableau de Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet).
La pompe est reconstruite par Robert de Cotte entre 1712 et 1719, puis rénovée par Soufflot et Gabriel vers 1771.
Le , le roi Louis XVI abandonne la fontaine à la municipalité. L'édifice est dépouillé de sa façade. Les sculptures du Christ et de la Samaritaine sont envoyées à la fonte. L'édifice, devenu un poste de la Garde nationale, se délabre et est finalement détruit en 1813. Il n'en reste rien, sauf une des cloches, transférée à l'église Saint-Eustache.
Ernest Cognacq aurait installé sa première échoppe dans la corbeille du pont Neuf à l'emplacement même de cette ancienne pompe. Les affaires aidant, l'échoppe laissera vite la place au célèbre grand magasin homonyme construit non loin de là sur la rive droite du fleuve.
Statue équestre d'Henri IV
L'idée de dresser une statue équestre à Paris à l'imitation de celle de Marc Aurèle dressée par Michel-Ange sur la place du Capitole a déjà été imaginée par les Valois.
La reine Marie de Médicis avait écrit le à son oncle, le grand-duc de Toscane Ferdinand de Médicis, pour lui demander de l’aider dans son projet de . Après la statue équestre de Côme de Médicis, Ferdinand de Médicis faisait alors réaliser sa statue équestre par Jean de Bologne (1529-1608). Marie de Médicis a proposé à son oncle de lui envoyer le cheval qu'il avait fait fondre pour lui par le sculpteur en 1602. En fait, on a utilisé les moules du cheval de la statue de Ferdinand de Médicis pour réaliser ceux des statues équestres d'Henri IV et de Philippe III. La fonte des trois chevaux a été faite à la suite dans la fonderie de Jean de Bologne à Borgo Pinti. Une demande de métal pour fondre les chevaux a été faite le par Giovan Battista Cresci, Provveditore de la Fortezza di basso.