L'histoire de la Savoie de 1416 à 1792 débute avec l'érection du comté de Savoie en duché en 1416 et se termine avec l'annexion de ce territoire par les troupes révolutionnaires françaises en 1792. Ce découpage s'apparente à la période que l'on appelle couramment « époque moderne ».
Au cours de cette période, la principauté savoyarde affirme son pouvoir et sa maîtrise des cols alpins occidentaux. Elle rencontre toutefois des revers face à son puissant voisin, le royaume de France, notamment lorsqu'en 1601, elle perd le territoire de la Bresse. Cette période est aussi marquée par des occupations du duché par la France en 1536-1559, puis 1600-1601, 1689 et encore entre 1703 et 1713. Les menaces françaises font prendre conscience aux ducs de Savoie de la situation délicate de leur capitale, Chambéry, située à une relative proximité de la frontière franco-savoyarde. Le duc Emmanuel-Philibert, dit Tête de Fer prend la décision de la transférer sur le versant italien des Alpes, par delà les monts, dans la ville de Turin, en 1562.. La Savoie n'est plus désormais le cœur de la principauté. Les Espagnols s'installent eux aussi entre 1742 et 1749. Cette époque moderne prend fin avec une nouvelle occupation en 1792 par les troupes révolutionnaires
La Savoie au
Accroissement du duché vignette|gauche|Ducat d'or (1430, Musée monétaire, Lausanne), frappé pour célébrer l'érection du comté en Duché. Amédée, vêtu du manteau et du bonnet ducal, est agenouillé devant saint Maurice, le saint patron de la Savoie.|alt=Pièce en or représentant le comte de Savoie Amédée VIII agenouillé devant saint Maurice. La plupart des auteurs, comme Robert Avezou considèrent le règne d'Amédée VIII, de 1416 à 1451 comme l'apogée du comté savoyard. Le , marque l'érection du comté de Savoie en duché, par l'empereur Sigismond, qui de passage par Chambéry, récompense la noblesse d'esprit, la droiture de cœur, la prudhommie du vaillant chevalier Amédée VIIISaint-Genis, ibid, .. Ce titre héréditaire sera transmis à ses descendants mâles par ordre de primogéniture, jusqu'à l'accession ultérieure aux titres de roi de Sicile, puis de roi de Sardaigne, pour aboutir enfin à celui de roi d'Italie.
En 1418, le domaine ducal s'accroit avec le rattachement définitif du Piémont, à la suite du décès sans postérité de Louis d'Achaïe, qui a choisi comme héritier légitime son beau-frère Amédée VIII. En 1430, l'État de Savoie comprend, en plus de la Savoie propre (région de Chambéry), le Bugey, la Bresse, le Chablais, le Faucigny, le Genevois, Genève et le Pays de Vaud, la Maurienne et la Tarentaise, les vallées d'Aoste et de Suse, l'apanage de Piémont et le pays de Nice. La cour d'Amédée VIII est brillante, avec environ trois cents dignitaires, le château de Chambéry apparait dans toute sa splendeur, sauf peut-être sa chapelle non encore terminée.. La Maison de Savoie possède le contrôle des cols et passages du Valais à la Méditerranée. Entre monarchies françaises, germaniques, espagnoles ou autrichiennes, les souverains savoyards par leurs alliances deviennent incontournables en Europe.
Ayant convoqué le , à Ripaille, une assemblée, le duc Amédée VIII annonce qu'il renonce à la souveraineté de ses États au profit de son fils Louis, pour se retirer dans son ermitage de Ripaille avec six compagnons. Il reçoit le même jour, des mains du prieur, l'habit et le capuchon d'ermite.. Amédée VIII continue cependant à gouverner et à conseiller son fils dans le gouvernement du pays jusqu'en 1440. Il abdique officiellement en faveur du duc Louis de Savoie, le .
Amédée VIII est élu pape, le , sous le nom de Félix V... Cependant, le pape Eugène IV continue d'exercer son pontificat jusqu'à son décès survenu le . Il sera remplacé par le pape Nicolas V, élu à Florence par la Curie romaine. Les principaux souverains catholiques récusent la légitimité de Félix V qu'ils considèrent comme un antipape. Il prend alors la décision d'abdiquer par une bulle du et va se retirer dans son ermitage de Ripaille. Le nouveau pape Nicolas V approuve l'attitude de son ancien rival et le nomme administrateur des diocèses de Genève et de Lausanne. Le duc Amédée VIII meurt à Genève le .
Les réformes : Statuta Sabaudiae Une fois élevé au titre ducal, Amédée VIII demanda à des juristes de refondre et d'unifier les multiples lois en vigueur dans les divers territoires du nouveau duché. Cette nouvelle constitution sera connue sous le nom de (« Statuts de Savoie ») ou Réformes universelles de Savoie..
Le Chancelier de Savoie est le deuxième personnage de l'État, après le souverain. Il préside de droit le Conseil itinérant, une sorte de Sénat de qui relèvent les affaires diplomatiques, financières et judiciaires. Ses membres sont nommés à vie par le duc parmi la noblesse et les hauts fonctionnaires. Les Assemblées des trois États ont vocation à établir un lien entre le duc et le peuple. Ce sont en quelque sorte des États-Généraux qui se réunissent dans des lieux variables et qui votent le montant de l'impôt qui a encore un caractère extraordinaire. Un Conseil Résident qui siège à Chambéry représente le sommet de l’édifice judiciaire. Dans les provinces, la justice est exercée par les Juges Mages, alors qu'à l'échelon local, c'est l'affaire des juges ordinaires et des châtelains. Cette justice d'État coexistera, jusqu'au milieu du avec une justice seigneuriale.
Si les Statuts codifient les diverses institutions, en même temps d'ailleurs qu'ils affirment que toute justice vient de Dieu., ils laissent de côté ce que nous appelons maintenant le droit civil. Les différentes obligations sont laissées à la discrétion des parties intéressées, et leur mise en forme est l'affaire des notaires, omniprésents. Dans la seule localité de Rumilly, on a pu en dénombrer quarante.
Amédée VIII fait plus encore pour la cause de la civilisation: Il supprime le Jugement de Dieu, en souvenir d'Othon III de Grandson , injustement accusé, qui, le , en présence d'Amédée VIII encore enfant, avait payé de sa vie un crime qu'il n'avait pas commis(Charles Buet, Les ducs de Savoie, Tours, Alfred Mame et fils, 1878 ; ) : Pour mettre un terme à l'agitation populaire, le conseil de régence qui gouvernait au nom du comte Amédée VIII, mineur, ordonna le jugement de Dieu. Ce duel judiciaire, qui fut le dernier en Savoie, eut lieu à Bourg-en-Bresse, le 7 août 1397, en présence du petit comte et de toute la noblesse. Grandson, vaincu, eut les mains coupées par son adversaire et il périt. Il fut réhabilité ultérieurement.
Les services publics au Ce que nous appelons aujourd'hui services publics au premier rang desquels se trouvent l'instruction et l'assistance publique ne ressort pas au des attributions des princes et des seigneurs et, lorsqu'ils y contribuent, "on serait tenté de donner les caractères d'une générosité privée aux dépenses des princes dans ces domaines, si l'on ne savait pas combien étaient indécises les limites entre leurs richesses propres et les profits de leur gouvernement". L'Église considère par contre que l'enseignement fait partie de sa mission. En Savoie, notamment, avant le , les ecclésiastiques et les laïques instruits sont issus des écoles d'évêchés et des monastères. An niveau des villages, certains prêtres zélés donnent également des leçons. À côté des institutions ecclésiales, des villes comme Chambéry ou Montmélian rémunèrent également des "maîtres d'écoles". De plus, à partir du se développe un mécénat privé: Un usage qui durera jusqu'au pousse les plus fortunés à léguer un peu de leurs biens afin qu'un maître puisse instruire la jeunesse. C'est ainsi qu'apparaissent de petits collèges, financés par les villes et les particuliers, qui peuvent produire les gros bataillons de notaires que consomme la Savoie, mais aussi des personnalités plus en vue comme Guillaume Fichet qui deviendra recteur de l'Université de Paris et qui est issu du collège de La Roche. Mais d'une façon générale, l'élite intellectuelle, c'est-à-dire les juges mages et les membres des Conseils et de la Chambre des comptes doivent parfaire leur formation dans une grande université européenne comme Paris, Pavie ou Avignon. Le peuple reste en majorité analphabète, comme c'est le cas en Europe, mais quelle que soit l'admiration que l'on peut porter aux vestiges archéologiques de l'époque et à la relative prospérité des États de Savoie, dans le domaine culturel, la Savoie reste en ce début de la Renaissance, provinciale, c'est-à-dire tributaire et imitatrice de ce qui se faisait en France ou en Italie. Un très grand nombre d'hôpitaux parsèment la Savoie ancienne.
La décadence de l'État de Savoie (1440-1553) Le règne du duc Louis de Savoie (1440-1465) Le duc Louis de Savoie, prince de Piémont, succède à son père, le duc Amédée VIII (1383-1451), ce dernier ayant abdiqué le ..
Sous le règne de Louis , le gouvernement du duché de Savoie va être soumis aux « caprices » d'Anne de Lusignan (1418-1462), son épouse... En effet, cette dernière, fille du roi Janus de Chypre, est entourée à la cour de Chambéry, puis du château de Ripaille (Thonon), par des courtisans chypriotes dont l'influence sur les décisions du pouvoir est considérée, par l'historiographie, comme à l'origine d'une certaine décadence de l'État. Les intrigues et la corruption qui règnent à la cour de Savoie entraînent la désaffection du peuple savoyard, des seigneurs et jusqu'au troisième fils du duc Louis , en la personne de Philippe Sans Terre, le futur duc Philippe II de Savoie. Ce dernier se compromet notamment dans l'assassinat du chancelier, Jacques de Valpergue (de Valperga), noyé en un sac, dans le Léman.Maud Stricane, L'oubliée de Hautecombe, publié en 2005 . (Roman historique)..
La participation du duc Louis à la guerre de succession du Milanais en 1447, tombé aux mains de son allié, Francesco Sforza, et à l'expédition de Chypre, épuise les finances de l'État..
En 1452, Le duc Louis et son épouse font l'acquisition du Saint Suaire qui est précieusement déposé dans l'église des Cordeliers de Chambéry. Il est transféré ultérieurement dans la Sainte chapelle de Chambéry en 1502. En 1578, le Saint-Suaire est définitivement installé à Turin par le duc Emmanuel-Philibert de Savoie.
Pendant les vingt-six années de son règne, le duc Louis a abandonné les droits de sa maison sur le Diois et le Valentinois. Il a vendu la principauté des Dombes au duc de Bourbon, la baronnie de Gex au comte de Dunois et restitué Domodossola au duc de Milan.
Nonobstant ces considérations, il reste à relever un élément caractéristique du règne du duc Louis de Savoie. Par sa politique d'alliance matrimoniale, il obtient la protection du royaume de France. Toutefois, son puissant voisin se montrera parfois encombrant, et même envahissant, pour les futures générations : sa fille, Charlotte de Savoie, épouse en 1451 le dauphin de France, futur roi Louis XI. Elle sera la mère du roi de France, Charles VIII, et son fils et successeur, Amédée, épouse en 1452, Yolande de France, la fille du roi de France, Charles VII, et la sœur de Louis XI. Le duc Louis est ainsi l'arrière-grand-père maternel du roi de France, François , fils de Louise de Savoie.
Le règne du duc Amédée IX de Savoie (1465-1472) Amédée IX de Savoie succède à son père Louis Ier de Savoie, mort le à Lyon.
Le duc Amédée IX est atteint d'épilepsie. Il confie le gouvernement à sa femme, Yolande de France. Cette dernière est confrontée à son beau-frère, Philippe sans terre, qui tente de se substituer à son frère Amédée IX défaillant. Mais, Yolande, femme de caractère, conserve la direction politique des États de Savoie. Elle se contente de céder à son beau-frère l'apanage du comté de la Bresse. Il sera désormais désigné sous le nom de Philippe de Bresse.