Ahmed Salman Rushdie (prononcé : ; en ourdou : ), né le à Bombay, est un écrivain américano-britannique d'origine indienne. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique.
Objet en 1989 d'une fatwa — condamnation à mort assortie, ici, d’une récompense financière d’un million de dollars — édictée par le « Guide Suprême » chiite, l'ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication d'une narration fictionnelle, son roman intitulé Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d'expression et contre l'obscurantisme religieux, principalement dans les médias occidentaux.
Depuis la publication de ce « contrat », fatwa à un million de dollars (exigeant sa mise à mort, celle de ses éditeurs, traducteurs, … par tout musulman), il fait l'objet d'une protection policière renforcée et utilise des pseudonymes. Cette protection est réduite au fil des ans, jusqu'au retrait de ses gardes du corps.
Le , il est poignardé à dix reprises et grièvement blessé aux États-Unis. L'agression lui laisse des séquelles (perte d’un œil, notamment), mais il continue à écrire. Il relate son expérience dans un ouvrage Le Couteau, paru en 2024.
Biographie Jeunesse Salman Rushdie naît en 1947 à Bombay dans une famille musulmane laïque de la bourgeoisie., d'origine cachemirie, mais installée de longue date dans la vallée du Gange. Ses parents, Anis Ahmed Rushdie et Negin Bhatt, sont respectivement natifs de Delhi et d'Aligarh.
Issu d'un milieu aiséSalman Rushdie est l'un des quatre enfants d'Anis Rushdie, un juriste devenu homme d'affaires, et de son épouse Negin Bhatt, une enseignante, originaires du Cachemire., il quitte son pays à l'âge de pour vivre au Royaume-Uni. Il y étudie à la puis à . Il travaille un temps comme publicitaire chez Ogilvy & Mather. Sa langue maternelle est l'ourdou, mais la majeure partie de son œuvre est écrite en anglais.
Carrière d'écrivain Sa carrière d'écrivain débute avec Grimus, un conte fantastique, en partie de science-fiction, qui passe inaperçu de la critique littéraire.
En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit () pour lequel il est récompensé du et le .. Les Enfants de minuit a plus tard été désigné comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des vingt-cinq puis des quarante dernières années.
En 1983, il est choisi par la revue littéraire Granta pour figurer dans son premier numéro consacré aux , avec Ian McEwan, Martin Amis, Kazuo Ishiguro et Graham SwiftPaul Élie, « "Nous sommes tous Salman Rushdie" », Vanity Fair n°18, décembre 2014, pages 140-151 et 190-191..
Après ce succès, Rushdie écrit un roman, La Honte (Shame), dans lequel il décrit l'agitation politique au Pakistan et dont les personnages sont inspirés de Zulfikar Ali Bhutto et du général Muhammad Zia-ul-Haq.
En 1988, la publication des Versets sataniques soulève une vague d'indignation dans le monde musulman.. Le , l’ayatollah Rouhollah Khomeini émet une fatwa réclamant la mise à mort de Rushdie et de ses différents éditeurs, contre rétribution.
En , à la suite d'une vague d'assassinats d'écrivains en Algérie, il fait partie des fondateurs du Parlement international des écrivains (), une organisation consacrée à la protection de la liberté d'expression des écrivains dans le monde. L'organisation est dissoute en 2003 et remplacée par l'International Cities of Refuge (ICORN).
Depuis 2000, il vit principalement à New York, non loin d'Union Square. Il a acquis la nationalité américaine..
Tentative de meurtre en 2022 Il ne se sent plus menacé et vit sans garde du corps« Salman Rushdie sans garde du corps. rencontre a New York quand l’écrivain, enfin, ne se sentait plus menacé… », Le Monde Magazine, juin 2004.. Le , il est poignardé alors qu'il s'apprête à donner une conférence à Chautauqua et est évacué vers un hôpital.. Hospitalisé pendant six semaines, il se rétablit ensuite progressivement. mais il perd l'usage d'une main et d'un œil. Il poursuit cependant son activité et apparaît en public au congrès littéraire de l'ONG en faveur de la liberté d'expression le .
Vie privée Mariages Salman Rushdie s'est marié cinq fois. La première fois avec Clarissa Luard, enseignante en littérature, de 1976 à 1987 ; ils ont un fils, Zafar, né en 1979.. Il se remarie en 1988 avec la romancière américaine Marianne Wiggins et divorce en 1993, sur washingtonpost.com, 7 mars 1989, consulté le 15 août 2022... En 1997, il épouse Elizabeth West, une éditrice et autrice britannique. Ils ont un fils, Milan, né en 1997, sur irishtimes.com, 21 mai 2021, consulté le 15 août 2022... En 2004, il se remarie avec l'actrice et mannequin indienne Padma Lakshmi, dont il divorce en 2007, sur nydailynews.com, 5 mars 2016, consulté le 15 août 2022..
Il épouse en 2021 Rachel Eliza Griffiths, autrice et poétesse.
Il a décrit en 2012 ses relations avec trois de ses épouses dans son récit autobiographique Joseph Anton : une autobiographie.
Santé En 1999, il subit une intervention chirurgicale pour traiter un ptosis invalidant, entraînant des difficultés croissantes à garder les yeux ouverts. Il déclare à ce sujet sur la chaîne CNN :
Prises de position Salman Rushdie a soutenu les sandinistes du Nicaragua et a rejoint le groupe d'écrivains de Harold Pinter opposé à Margaret Thatcher, s'engageant également contre le racisme.
Salman Rushdie s'oppose au projet du gouvernement britannique d'introduire en droit le crime de haine raciale et religieuse, ce qu'il a exposé dans sa contribution La libre expression n'est pas une offense, un recueil d'essais publié par Penguin en .
En , il figure parmi les signatairesAvec Isabelle Adjani, Paul Auster, Isabelle Huppert, Milan Kundera, Mathilde Seigner, Jean-Pierre Thiollet, Danièle Thompson et Henri Tisot. de la pétition en soutien à Roman Polanski lancée au lendemain de l'arrestation du cinéaste en SuissePolanski : la pétition - La Règle du jeu..
Dans une interview publiée le par Le Nouvel Observateur, il déclare :
L'affaire des Versets sataniques vignette|redresse|Salman Rushdie, le . La publication des Versets sataniques en déclenche immédiatement une vive réaction dans la communauté musulmane en raison de sa description jugée irrévérencieuse du prophète de l'islam Mahomet. Le livre décrit un prophète de Dieu nommé « Mahound » qui mélange des « vers sataniques avec le divin ». L’Inde bannit le livre dès le , imitée par l’Afrique du Sud le , puis par le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Somalie, le Bangladesh, le Soudan, la Tunisie, la Malaisie, l’Indonésie et le Qatar les semaines suivantes. Le , le roman est l'objet d’un autodafé à Bradford au Royaume-Uni. Le , cinq personnes sont tuées par la police pendant une manifestation contre l'ouvrage à Islamabad (la capitale du Pakistan).
Le , une fatwa réclamant l’exécution de Rushdie est émise sur Radio Téhéran par l’ayatollah Rouhollah Khomeini, guide de la révolution de l’Iran, dénonçant le livre comme « blasphématoire » envers l’islam. Comme le roman suggère que Rushdie ne croit plus en l’islam, Khomeini le condamne aussi pour apostasie, ce qui, selon l'interprétation actuelle majoritaire d'un hadithCette fatwa repose sur un hadith faible dont l'authenticité est remise en cause car il est de la catégorie أحد, ahad (hadith isolé) et son unique rapporteur, Abdullah ibn Abbas, n'a que treize ans à la mort de Mahomet. Cf ., est passible de mort. Khomeini précise que c’est désormais la responsabilité de tout musulman d’exécuter Rushdie et ses éditeurs. :
À la suite de cette déclaration, une récompense est offerte pour la mort de Rushdie, qui est contraint de vivre dès lors sous une protection financée par les autorités britanniques.
En France, Salman Rushdie est notamment pris à partie par Jacques Chirac, à l'époque maire de Paris, qui déclare le concernant qu'il n'a
Le 1989, cinq personnes sont tuées par la police lors d'une manifestation devant le consulat britannique à Bombay. Plusieurs autres personnes sont mortes en Égypte et ailleurs. Des communautés musulmanes organisent des autodafés publics. Des violences sont commises à travers le monde : Le ., attentats contre des librairies à l’université de Californie à Berkeley qui proposait le roman et contre les bureaux de Riverdale Press, un hebdomadaire du Bronx, en réponse à un éditorial qui défendait le droit de lire le livre. Le , le traducteur japonais de Rushdie Hitoshi Igarashi est poignardé à mort à l'université de Tsukuba, province d'Ibaraki, où il enseignait ; son traducteur italien, , a été poignardé à Milan quelques jours plus tôt. En , il fait sa première apparition publique depuis la fatwa lancée contre lui, à Helsinki, dans le cadre de l’assemblée annuelle du Conseil nordique, au côté de Bernard-Henri Lévy, qui lui cédera son temps de parole.. En 1993, à Oslo, l'éditeur norvégien de Rushdie, William Nygaard, survit de justesse à plusieurs coups de feu. Le , trente-sept personnes sont tuées lorsque leur hôtel à Sivas en Turquie est incendié par des manifestants contre Aziz Nesin, le traducteur turc de Rushdie.. Deux ecclésiastiques, saoudien et tunisien, qui avaient dénoncé la fatwa sont abattus dans la Grande Mosquée de Bruxelles en 1989..
Le musicien pop Cat Stevens déclara être lui-même opposé aux écrits de l'écrivain et ne montrer aucune opposition à la fatwa. La controverse soulevée par cette déclaration le poussa à préciser dans un communiqué qu'il n'encourageait pas personnellement l'application de la fatwa appelant à l'assassinat de Rushdie.
Après la mort de Khomeini en 1989, Rushdie a publié un essai en 1990, De bonne foi, en signe d’apaisement et a publié des excuses dans lesquelles il a réaffirmé son respect pour l’islam.
Le , le gouvernement iranien annonce officiellement son renoncement à accomplir la fatwa, mais déclare qu'elle ne pouvait être annulée selon la loi islamique James Hamilton, « Revived fatwa puts $3m bounty on Rushdie », Sunday Herald, 16/02/2003.. Même si la menace de mort qui pèse sur lui n'est pas pour autant relevée, Rushdie abandonne alors son nom d'emprunt Joseph Anton..
L'ayatollah Hassan Saneii, à la tête de la fondation du 15 de Khordad (bonyad-e punzdah-e khordad, soumise à l'autorité du guide de la révolution de l'Iran), lance régulièrement des annonces de primes pour la mort de Rushdie. Ainsi, déclare-t-il en 2003 qu'il augmentait la récompense de 2,8 millions de dollars US à 3 millions de dollars US. Le même groupe déclare le par communiqué de presse : .
En , il porte la récompense pour le meurtre de Salman Rushdie à 3,3 millions de dollars US..
En , Salman Rushdie est titré chevalier par la reine du Royaume-Uni, Élisabeth II. Cette distinction provoque la colère du Pakistan. Une résolution est votée par le parlement pakistanais exigeant le retrait de ce titre. Le ministre des Affaires étrangères, Ijaz Ul-Haq, estime que cette décoration pourrait justifier des attentats-suicide. Ces protestations officielles sont accompagnées de manifestations au Pakistan où des effigies de la reine Élisabeth II et de Salman Rushdie sont brûlées. L'Iran condamne également cette distinction et des voix politiques et religieuses rappellent que la fatwa contre l'écrivain est toujours en vigueur. D'autres réactions ont eu lieu en Égypte, en Malaisie, en Afghanistan et en Inde.
Réactions L'attaque contre la liberté de l'artiste d'une part, et contre la liberté d'expression d'autre part, suscite une émotion considérable dans le monde, dans les pays laïcs en particulier, mais pas seulementCf. Eglal Errera et Nadia Tazi (dir.), Pour Rushdie. Cent intellectuels arabes et musulmans pour la liberté d'expression, La Découverte/Carrefour des littératures européennes/Colibri, 1993., et nombre de personnalités et d'auteurs, tels que Milan Kundera« Le jour où Panurge ne fera plus rire », revue L’Infini, Gallimard., prennent la défense de l'écrivain et du libre-penseur.
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