L'abbé Jean-Hippolyte Michon, né le L'acte de naissance porte seulement le nom de Jean : (archives départementales en ligne de la Corrèze). à Laroche-près-Feyt en Corrèze et mort le à Baignes en Charente, est un prêtre catholique français et membre de plusieurs sociétés savantes. Précurseur de la graphologie, il fonde en 1871 la Société de graphologie. Grand orateur, il a également écrit de nombreux ouvrages dans différentes disciplines (théologie, archéologie, graphologie, numismatique, histoire, romans...).

Biographie

Né le au bourg de Fressanges« Dans une petite maison située derrière le tumulus » (Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Corrèze, impr. Crauffon, Tulle, 1892, p. 237)., commune de Laroche-près-Feyt en Corrèze, Jean-Hippolyte est le fils de Jean Michon, tailleur d'habits, et de Françoise Rédon. Il aura deux frères puînés : l'un (Jean-Jacques) prêtre dans le diocèse d'Angoulême, l'autre (Barthélemy) médecin à Baignes.

Il commence ses études sous la direction de l'abbé Rozier, qui habitait alors le village de Trémoulines. Vers 1820, l'oncle de sa mère, un riche marchand-drapier, fait venir la famille Michon en CharenteIbid., .. Jean y fait ses classes au collège d'Angoulême, où il se fait remarquer pour sa curiosité et sa ferveur religieuseCf. le Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze de janvier 1895, article d'Adrien Varinard : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k453906w.image.r=MICHON.f169.hl..

Vocation et ministère De 11 à 14 ans, il est marqué par les cours de catéchisme qu'il reçoit d'une femme pieuse et estimée, Mlle Rose-Françoise Gilbert des Héris (1760-1840), dont il écrira la biographieJ.-H. Michon, Vie de Rose-Françoise Gilbert des Héris, morte en odeur de sainteté le 6 janvier 1840 (1841), libr. Poussielgue-Rusand, Paris, .. Sa vocation semble être due à l’exemple du frère prêtre de cette dernière, l'abbé Gilbert-BernierL'abbé Jean-Élie-Marcellin Gilbert-Bernier (1761-1838) fut curé de Saint-Pierre d’Angoulême., lequel avait survécu à la déportation sur les pontons de Rochefort : Jean-Hippolyte admirait en lui un confesseur de la foiP. Joseph Seiler, De Lavater à Michon – Essai sur l’histoire de la graphologie, Éditions universitaires de Fribourg, Suisse, vol. 3, 2002, ..

Il fait son séminaire à Angoulême de 1822 à 1826 et finit sa théologie au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, où il admirera la pédagogie des SulpiciensIbid.. L’évêque lui confie en 1828 la classe de rhétorique au petit-séminaire de La Rochefoucauld, jusqu’en . Après les « journées parisiennes », le clergé doit fuir l’établissement.

Il est ordonné prêtre le , et est aussitôt nommé professeur au petit-séminaire d'Angoulême et curé de Bécheresse (paroisse desservie en binage par un curé des environs), postes qu'il doit quitter dans la tourmente révolutionnaire. Michon s’établit alors dans la propriété de ses parents à Chadurie : le domaine du Chiron.

Devenu bachelier ès-lettres le Ibid., . (et plus tard ès-sciences), il est nommé dès directeur de l'école ecclésiastique des Thibaudières, où il institue un cours préparatoire aux Écoles polytechnique, de Marine et de Saint-Cyr particulièrement poussé en mathématiques et en sciencesIbid., .

i. En 1840, il fonde l'école de Villebois-Lavalette. En 1836, il fonde à Angoulême la Congrégation de Notre-Dame-des-Anges. Peu de temps après il est nommé chanoine honoraire d'Angoulême.

Mais il est peu habile en affaires et se retrouve vite ruinéBulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Corrèze, op. cit., .. Il s’intéresse à la botanique, à l’histoire et à l’archéologie. En 1843, il devient membre de la Société française d'archéologie et, l'année suivante, il est l'un des membres fondateurs de la Société archéologique et historique de la Charente. Il s'intéresse particulièrement au site antique romain de Cassinomagus à Chassenon en Charente. Il écrit en 1844 la Statistique monumentale de la Charente publié en 1849, inventaire détaillé des monuments anciens de Charente qui fait encore référence aujourd'hui. Il était également membre de la Société archéologique et historique du Limousin et de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze.

Engagements politiques et religieux Il manifeste un goût pour l’enseignement mais doit faire face aux critiques de ses pairs qui perçoivent chez lui une certaine tendance à la subversion. Lorsqu'éclate la révolution de 1848, il accueille avec chaleur la République et se montre, dans ses écrits et ses sermons, un grand remueur d'idées. Il délaisse ses recherches historiques et archéologiques pour s’engager en politique, se félicitant d’être « le premier prêtre de France qui, avec Mgr Affre, a eu l’honneur de saluer dans un écrit public la République naissante »L’Unité, 16 novembre 1848. En dépit de l’ordre de Mgr Régnier au clergé de son diocèse de s’abstenir de toute activité étrangère au ministère du prêtre, lequel est avant tout spirituel, Michon se porte lui-même candidat à l'Assemblée nationale. « C’est le théâtre qu’il me faut », écrit-il à son frère Barthélemy. Pour se justifier, il ajoute : « Il est bon qu’il y ait des prêtres à l’Assemblée »P. Joseph Seiler, op. cit., vol. 3, .. Dès 1857, il se rallie à l’Empire : « Nous, les hommes de la seconde République, nous sommes amenés à prendre la défense de l’Empire »J.-H. Michon, De la crise de l’Empire, mars 1860.. À Paris, il dirige la Presse religieuse et L'Européen, qui furent supprimés sous le second EmpireBulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Corrèze, op. cit., ..

Son évêque lui reprochait d'être trop indépendant et trop libéral dans ses écrits et sa situation ecclésiastique était alors menacée. Alors le cardinal Donnet, fervent disciple de la graphologie, lui décerna le titre de chanoine honoraire de l'archidiocèse de Bordeaux et l'abbé ne fut plus inquiété par sa hiérarchieLa graphologie, 1er janvier 1883..

Ayant abandonné le ministère paroissial sans toutefois avoir quitté le sacerdoce, il est devenu prêtre libre. Il consacre alors son temps à écrire des articles sur la théologie, l'archéologie et la numismatique. Se faisant connaître par ses prédications, le prince-président Louis-Napoléon lui promet un évêché vacantLettre de Michon au ministre des Cultes du 3 juin 1852, cité in Claude Savart, L'abbé J.-H. Michon : contribution à l'étude du catholicisme libéral au s., Les Belles Lettres, Paris, 1971, .. À deux reprises, en 1850 puis en 1863, il accompagne son ami Félicien de Saulcy, fondateur de l'archéologie biblique, pour un voyage d'exploration en Orient dont il nous a laissé le récitCf. les 2 volumes de son Voyage religieux en Orient (1854). et dont il rapporta un riche herbier, des monnaies antiques et des papyrus égyptiensBulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Corrèze, op. cit., .. À l'occasion de deux séjours en Italie (1857 et 1866), il rencontre à Rome le cardinal Antonelli puis le pape Pie IX, à qui il fit une « leçon de géographie palestinienne »P. Joseph Seiler, op. cit., vol. 3, ., ainsi que le comte de Chambord à Venise.

vignette|Buste de Michon|upright Lorsqu'il occupait le poste de directeur du collège des Thibaudières en 1840, il avait fait la connaissance de l’abbé Julien Flandrin (1803-1867), alors professeur de philosophie. Ce dernier l'initia à la graphologie, moyen de déceler les traits de personnalité des élèves à partir de leur écriture. Il décide maintenant de creuser cette découverte, et mène en parallèle un combat militant pour l’Église gallicane.

« Michon a voulu rénover l’Église et du reste, à une certaine époque, à peine moins l’État »P. Joseph Seiler, op. cit., vol. 2, 2000, . : il rêve d'une Église idéale débarrassée selon lui d'abus et d'erreurs qui la défigurent tels que la théocratie, les ordres religieux, le mysticisme, le dévotisme, le célibat ecclésiastique et les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'infaillibilité pontificale. Il publie alors de nombreux ouvrages engagés contre l’ultramontanisme qui – bien qu’anonymes sous le nom de Abbé *** – provoquent la désapprobation de ses confrères. Sa brochure De la rénovation de l'Église (1860) sera mise à l'IndexCf. Claude Savart, L'abbé J.-H. Michon : contribution à l'étude du catholicisme libéral au s., Les Belles Lettres, Paris, 1971.. Ses postes sont successivement supprimés et Michon vit alors de la solidarité des pauvres qu’il avait aidés antérieurement.

Le précurseur de la graphologie Quatre ecclésiastiques furent les précurseurs de la graphologieÉmilie de Vars, Histoire de la graphologie, Impr. Baschet, Paris, 1877 ( éd.), . : Mgr Boudinet, évêque d'Amiens, le cardinal Régnier, archevêque de Cambrai, le jésuite Arthur Martin et l'abbé Flandrin. Michon sera le premier à mettre en place un système, œuvre que poursuivra et perfectionnera le Dr Jules Crépieux-Jamin.

Désargenté et démuni, il consacre désormais son temps à cette méthode que l’abbé Flandrin lui avait enseignée. Il rassemble de nombreuses écritures et tente d’y déceler les indices de franchise, de générosité, d’avarice, etc. qu'il peut observer chez les élèves des écoles qu'il dirige. En 1860, il publie alors un premier Journal des autographes qui suscite un intérêt croissant avec les autres numéros. Certains journaux importants publient ses analyses d’écritures. Michon répertorie une série de caractéristiques graphiques qu’il intègre dans un système.

Il fait alors la connaissance d’Adolphe Desbarolles (1801-1886), adepte de la chirogrammatomancie inventée par Adolf Henze en 1862. Les deux hommes constatent leur intérêt commun pour l’écriture et décident de publier un ouvrage consacré à ce thème. La rédaction sera difficile, les deux auteurs rencontrant des divergences importantes. Desbarolles postule notamment l’existence d’une force transcendantale qu’il nomme électricité s’exprimant dans l’écriture. Michon limite l’intervention de son coauteur à l’écriture de la préface. Les mystères de l’écriture paraît en 1872. Les deux auteurs se disputeront longtemps la paternité de leur découverteCamille Dreyfus, art. « Graphologie » in La grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts par une Société de savants et de gens de lettres, t. XIX, S.A. de la Grande Encyclopédie, Paris, 1902, .. Desbarolles n’abandonna pas l’idée de hisser la graphologie au rang de vraie science divinatoire au même titre que le magnétisme, l’hypnotisme ou l’envoûtement. Michon, quant à lui, n’aura de cesse d’exorciser les reliquats occultes de son objet d’étude. Il défend toutefois l’idée selon laquelle l’écriture implique la rencontre privilégiée de la pensée et de la réalité matérielle, c'est-à-dire de l’âme et du corps.

La Société de graphologie Le , Michon fonde avec son amie Émilie de VarsQu'il avait rencontrée en 1832 et qu'il avait initiée lui-même à la graphologie. (1810-1877) la Société de graphologie, dont le siège était situé à son adresse parisienne, au 5, rue des Chanaleilles (au vécut l'écrivain Jean Loisy). Cette société savante existe encore aujourd’hui sous le nom de Société française de graphologie (S.F.D.G.)Société française de graphologie. Il lance dès le un Journal des autographes : L'art de juger les hommes par leur écriture, paru sous la forme modeste d'un feuillet hebdomadaire « consacré aux curieuses révélations de la graphologie. », et qui allait devenir plus tard la revue La Graphologie. Le de la même année, Michon donne sa première conférence graphologique à la salle du boulevard des Capucines à Paris, avant d’organiser d’autres conférences en France et en Suisse.