Vladivostok (en , littéralement , en chinois traditionnel : 海参崴, Hǎishēnwǎi, en mandchou : ᡥᠠᡳ᠌ᡧᡝᠨᠸᡝᡳ) est une ville-arrondissement portuaire du Sud-Est de l'Extrême-Orient russe et la capitale administrative du kraï du Primorié et du district fédéral extrême-oriental. Située à proximité des frontières avec la Chine et la Corée du Nord, sa population s'élève à en 2024. Baignée par le golfe de Pierre-le-Grand de la mer du Japon, Vladivostok constitue le port le plus important de la côte pacifique et de l'Extrême-Orient russe. Elle abrite notamment la majeure partie des troupes de la Flotte du Pacifique. Ses habitants sont appelés les Vladivostokiens.

Vladivostok s'étend sur la péninsule de Mouraviov-Amourski, depuis la baie abritée du le Zolotoï Rog, et entre les baies de l'Amour et de l'Oussouri. Avant l'acquisition de la province par l'Empire russe en 1858, le site était occupé par des Mandchous. La ville est fondée en 1859 comme base militaire navale et est fortifiée entre les années 1870 et 1890. En 1888, elle devient la capitale de l’oblast de Primorié. Elle connaît un rapide essor économique à partir de 1903, lorsqu'elle est reliée à Moscou et à l'Europe par le chemin de fer Transsibérien, dont elle est l'un des terminus. En , Vladivostok est occupée par le Japon puis libérée en août. Principale base navale de la flotte du Pacifique, la ville reste fermée aux étrangers durant la période soviétique, de 1958 à 1992.

En , la ville accueille le sommet de la zone économique du Pacifique, où un important programme de modernisation et de développement des infrastructures de la ville est annoncé. Les réalisations les plus notables sont le pont de l'île Rousski et le pont du Zolotoï Rog, deux ponts à haubans mis en service au cours de l'été 2012. Son économie repose essentiellement sur le commerce maritime, la pêche en haute mer et l'industrie militaire, bien qu'une usine de production automobile de la société Sollers JSC ait été construite en 2009, à la demande de Vladimir Poutine, pour redynamiser l'agglomération.

Géographie Situation

La ville occupe l'extrémité sud-ouest de la péninsule Mouraviov-Amourski, qui mesure environ de long sur de large et qui s'avance dans le golfe de Pierre-le-Grand, en mer du Japon. Elle est bordée au nord-ouest par la baie de l'Amour, au sud-est par la baie de l'Oussouri et au sud-ouest par le Bosphore oriental qui la sépare de l'île Rousski. La ville se trouve à à l'est de Moscou.

Vladivostok est bâtie autour de la baie du Zolotoï Rog qui s'enfonce dans la péninsule de Mouraviov-Amourski sur . La baie est séparée de la baie de l'Amour par la péninsule Chkot. Le littoral de la ville est découpé par d'autres baies plus ou moins profondes : la baie Fedorova, la baie de Diomède, la baie d'Ulysse ou la baie de Patrocle. vignette|Vladivostok se situe sur une péninsule escarpée.Au quart de degré d'angle près, elle se situe à la même latitude que des villes comme Toulon (France), Pérouse (Italie), Soukhoumi (Abkhazie/Géorgie), Almaty (Kazakhstan), Sapporo (Japon), Milwaukee (États-Unis), Hamilton (Canada), ou encore La Corogne (Espagne).

Topographie Le point culminant est le mont Kholodilnik, son altitude s'élève à . Le mont du Nid d'aigle est souvent considéré comme le point culminant de la ville, mais avec une altitude de ( selon d'autres sources), c'est seulement le point le plus élevé du centre-ville, pas de l'agglomération tout entière.

Climat vignette|gauche|200px|Précipitations et températures moyennes.

Le climat du Primorié méridional est généralement reconnu comme le plus agréable de tout l'Extrême-Orient russe. Si les hivers sont doux et que le nombre de jours ensoleillés est supérieur à Sotchi, l'humidité reste très haute l'été, comparable à Calcutta. En raison de son relief parsemé de collines, des microclimats peuvent se développer. Lorsque le brouillard enveloppe la Corne d'Or, la baie de l'Amour peut se trouver ensoleillée.

Le climat de Vladivostok appartient, si on se réfère à la classification de Köppen, au type : Dwb (climat continental humide, influence de la mousson, étés chauds). Les hivers sont froids et ensoleillés tandis que les étés sont chauds et pluvieux. Les brouillards sont très fréquents durant les jours d'été. La neige recouvre le sol en moyenne 77 jours par an. La hauteur de la couche de neige est en moyenne de 2 à au milieu de l'hiver mais elle peut atteindre . L'humidité relative de l'air est de 71 % sur l'ensemble de l'année mais elle atteint 91 % en juillet contre 58 % en février. Le record de hauteur de pluie sur une journée est de . Il correspond au passage du typhon Robin le . Le record de hauteur de pluie sur un mois est de en . Nombre moyen de jours avec de la neige dans l'année : 35 Nombre moyen de jours de pluie dans l'année : 98 Nombre moyen de jours avec de l'orage dans l'année : 8 Nombre moyen de jours avec tempête de neige dans l'année : 12 Nombre moyen de jours avec du brouillard dans l'année : 103 Nombre moyen de jours avec du givre dans l'année : 49

Environnement Si avec le développement urbain le tigre de l'Oussouri a disparu de la péninsule de la ville, l'espèce était aux débuts de la ville présente aux abords de celle-ci, d'où le nom de certains toponymes (rue du Tigre, colline du Tigre, etc.).

Urbanisme

Occupation des sols L'occupation des sols de la ville, telle qu'elle ressort du plan directeur de la municipalité, montre une prédominance des forêts sur le territoire. La répartition détaillée en 2022 d'après la mairie est la suivante:

Forêts : 53,98 % Infrastructures de transport et industries : 12,79 % ; Zones résidentielles : 12 % ; Autres : 21,19 %.

+Détail de l'occupation des sols de Vladivostok en 2022Année2022 (ha)%Zones résidentielles3923,5 12,04Zone de développement à usage mixte et publiccommercial66,40,2 Zones publiques et commerciales1039,7 3,19Zones de production, zones d'ingénierie et d'infrastructures de transport4170,5 12,79Zones agricoles644,51,98Espaces verts559,41,72Forêts17597,7 53,98 Zones de loisirs633,4 1,94Autres zones récréatives408,4 1,25 Zones à usage spécial1160,33,55Plans d'eau1218,83,74 Autres1175,23,61Total32599  100 %

Noms et étymologie Vladivostok a été nommé pour la première fois en 1859 par Nikolaï Mouraviov-Amourski dans la région du golfe de Pierre le Grand. Le nom s’applique d’abord à la baie mais, à la suite d’une expédition d’Alexeï Chefner en 1860, a été appliqué à la nouvelle colonie.

En chinois, le site de la ville est connu depuis la dynastie Qing sous le nom de Haishenwai (海参崴, Hǎishēnwǎi).., du Mandchou Haišenwai ou « petit village balnéaire ». Son nom mandchou est : , qui a la même signification qu'en chinois.

En Chine moderne, Vladivostok est officiellement connu par la translittération 符拉迪沃斯托克 (Fúlādíwòsītuōkè), bien que le nom chinois historique soit encore souvent utilisé dans le langage courant et en dehors de la Chine continentale pour désigner la ville. Selon les dispositions du gouvernement chinois, toutes les cartes publiées en Chine doivent indiquer entre parenthèses le nom chinois. Lorsque les noms chinois de la région furent changés en 1972, Pékin riposta en référant à la ville sous son nom historique.

Le nom japonais moderne de la ville est translittéré en Urajiosutoku (ウラジオストク). Historiquement, la ville a été écrite en kanji (, « baie salée ») et raccourci à Urajio うらじお.

Histoire

Empire russe

Des volontés colonisatrices russes en Extrême-Orient

Historiquement, la côte pacifique près de Vladivostok est habitée par des Jürchens (par la suite Mandchous). Certains historiens chinois modernes affirment que la ville était le site d'une colonie chinoise vers , où elle était connue sous le nom de Yongmingcheng (永明城 [Yǒngmíngchéng], « ville de la lumière éternelle ») pendant la dynastie Yuan. Cependant, Viktor Larine, le directeur de l'Institut d'histoire, d'archéologie et d'ethnographie des peuples d'Extrême-Orient à Vladivostok, a contesté cette affirmation en 2016 et a déclaré que le fait que la Russie ait construit Vladivostok , et que l'idée que Vladivostok ait jamais été une ville chinoise est un basé sur une mauvaise interprétation des preuves selon lesquelles quelques Chinois venaient parfois dans la région pour pêcher et ramasser des concombres de mer.

L'Empire russe cherchait depuis longtemps un bastion en Extrême-Orient, Moscou ayant été repoussé du bassin de l'Amour par Pékin lors du traité de Nertchinsk de 1689. Les Qing qui dominaient le territoire négligèrent le Primorié et Priamourié, en établissant des politiques visant à isoler le territoire mandchou de la Chine han. Néanmoins malgré les restrictions imposées par Pékin, appliquées aux postes de contrôles mandchous le long de la Sungari, les Chinois arrivaient à se rendre de la région pour le gingembre et les animaux à fourrures dans le Sikhote-Aline ainsi que pour le concombre de mer à Haishenwai (« la baie des concombres de mer » en chinois), à l'emplacement actuel de Vladivostok. Les paysans chinois vivaient dans des huttes saisonnières, et se regroupaient en communauté dans la région. Ainsi un marin français qui visite le site de Vladivostok en 1852 découvre quelques huttes de pêcheurs chinois ou de Mandchous dans la baie. vignette|Le comte Nikolaï Mouraviov-Amourski, qui a permis l'annexion russe du Priamourié et Primorié. À partir de la moitié du , l'intérêt russe augmenta fortement, dans le contexte de la première guerre de l'opium qui mit en lumière les vulnérabilités de l'Asie du Nord-Est vis-à-vis du Royaume-Uni. L'intérêt russe revécut sous l'impulsion particulière de Nikolaï Mouraviov-Amourski, et la navigation russe sur l'Amour fut ouverte par l'un de ses officiers, Guennadi Nevelskoï, à l'été 1849, qui fonda deux avant-postes à l'embouchure de l'Amour l'année suivante. La guerre de Crimée et le siège de Petropavlovsk, bastion russe de l'Extrême-Orient, entraîna les Russes à prendre pied en territoire chinois. L'arrivée au pouvoir d'Alexandre II, voulant une politique russe plus active en Asie, et les relevés navals britanniques entre la Corée et Sakhaline en 1855-1856 propulsèrent la création de l'oblast de Primorié en 1856, et encouragèrent la colonisation de la région.

Mouraviov tira parti de la seconde guerre de l'opium à partir de 1856 pour demander aux Mandchous une révision de la frontière, actée par le traité inégal d'Aïgoun en 1858, transférant la rive gauche de l'Amour à la Russie. Mouraviov fit ensuite pression sur les Qing pour acquérir toute la région entre l'Amour, l'Oussouri et la mer du Japon : le Primorié. Pour appuyer sa revendication, il utilisa la corvette Amerika en 1859, renommant au passage les noms britanniques sur les cartes de la région. Il rebaptisa la baie à l'extrémité de la péninsule d'Haishenwai, qui avait été nommée Port May par les Britanniques, en Corne d'Or, et le détroit au sud de celle-ci le Bosphore oriental, en hommage à Constantinople. La localisation fut choisie en raison des nombreuses baies protégées, afin d'héberger les flottes militaires et commerciales. Un officier accompagnant Mouraviov nomma le mouillage de la Corne d'Or Port Vladivostok, nommé d'après le modèle de Vladikavkaz, une forteresse russe du Caucase fondé pour asseoir le pouvoir russe dans le Caucase. Mouraviov ordonna alors l'établissement d'un poste militaire sur les rives de la Corne d'Or alors. Le Primorié, infiltré par Mouraviov sans en avoir informé Pékin, fut annexé par la Russie par la convention de Pékin en , grâce à Nikolaï Ignatiev qui fit pression sur les Qing pour obtenir la région.

Fondation du poste militaire vignette|Sur ce site, le 2 juillet 1860, des soldats sous le commandement de Komarov ont débarqué du Mandjour (Complexe commémoratif sur le quai Korabelnaïa).