Libération est un quotidien national français paraissant le matin, disponible également dans une version en ligne. Fondé sous la protection de Jean-Paul Sartre et Maurice Clavel, le journal paraît pour la première fois le et reprend le nom d'un titre de presse créé en 1927 par le libertaire Jules Vignes, nom qui sera également celui d'un des journaux de la Résistance dirigé par Emmanuel d'Astier de La Vigerie.

De ses débuts, situé à l'extrême gauche, Libération évolue, à partir de 1978, vers une ligne éditoriale présentée comme étant et, en 1981, à la suite d'une nouvelle équipe et d'une nouvelle formule, vers la gauche socialiste de Mitterrand. Depuis , il intègre un fonds de dotation créé à partir d'Altice Média, groupe détenu par le milliardaire Patrick Drahi, principal actionnaire de BFM TV. En 2023, le quotidien se présente cependant comme .

De 2020 à 2026, Dov Alfon est à la fois directeur de la publication et de la rédaction. Il est remplacé par Sonia Delesalle-Stolper le .

Histoire Libération , première époque : Jean-Paul Sartre cofondateur Projet de journal En 1972, Jean-Claude Vernier, ancien élève de l'École centrale Paris et militant maoïste, rencontre au siège du quotidien Paris Jour, alors en grève et occupé par ses salariés, Jean-René Huleu, journaliste hippique, qui imprime, sur place, un bulletin quotidien appelé Pirate, afin de rendre compte des luttes ouvrières de la région (affaire de Bruay-en-Artois) ou des répressions policières (affaire Alain Jaubert).. Le projet est repris par Benny Lévy, dirigeant de la Gauche prolétarienne, afin de relancer son mouvement qui est en train de s'étioler.

Le , une réunion préparatoire au lancement d'un nouveau quotidien nommé Libération se tient à Paris. Cinq personnes s'y trouvent rassemblées autour de deux tables accolées : Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Vernier, Jean-René Huleu, Serge July et Philippe Gavi. Claude Mauriac, qui a été convié à cette réunion, raconte la séance dans son journalC. Mauriac (1914-1996), Le Temps immobile, t. III, chap. II : « La Goutte d’or », Paris, 6 décembre 1972 ; Éditions Grasset & Fasquelle, 1976, ..

Fondation du journal En , Jean-Paul Sartre, Serge July, Philippe Gavi, Bernard Lallement et Jean-Claude Vernier fondent le journal Libération. Un manifeste, rendu public le , en constitue la charte politique, dont la doctrine devait être . Le quotidien se veut sans publicité ni actionnaire financier.

Un premier numéro de quatre pages, le numéro zéro, paraît le , avec cette profession de foi, en encadré : .

Un autre numéro de quatre pages, le numéro 1, paraît le , lançant une souscription pour le financement d'un organe quotidien entièrement libre. Le , Libération sort pour la première fois régulièrement en kiosques, au prix de Soit l'équivalent d'environ en valeur de 2019..

Jean-Paul Sartre et Jean-Claude Vernier sont les premiers directeurs de publication du journal. Ils le restent jusqu’à leur démission le pour désaccord avec Serge July, qui leur succède. La direction artistique du journal est assurée par Antonio Bellavita..

Le , un texte signé par fustige la prise de pouvoir par les maoïstes au sein du projet et débouche sur une direction tricéphale, incluant aussi Philippe Gavi et Eric Nahoun. Yves Hardy et les autres contestataires sont priés de prendre la porte. Meneurs de la contestation, ils sont licenciés avec l'accusation de .

« Les comités Libération «, fondés pour soutenir le journal, regroupent , selon Serge July. L'idée de placer le journal sous le contrôle d'un « comité des sages », une sorte de « conseil constitutionnel », évoquée à se débuts, était un projet , selon Serge July, qui le présente comme une . Libération encourage, à cette époque, tous les combats des opprimés. Quand les travailleurs de Lip, menacés de licenciement, occupent leur usine, Libération titre en première page .

De 1973 à 1981, Libération est dirigé par ses salariés ; il y a un salaire unique pour toutes et tous ; et toutes les décisions importantes sont prises par l'assemblée générale des salariés, à la majorité des voix.

Arrivée des journalistes culturels d’Actuel En , le journal salue la victoire des Khmers rouges en plaçant en une : "Libé", 40 balais et quelques casseroles - Bruno Deniel-Laurent, Marianne, 27 octobre 2013..

La seconde partie de l'année est marquée par un événement important : la fermeture du magazine Actuel en () ; d'une façon inattendue puisque le journal se saborde, estimant ne pas se renouveler et ne rien avoir à dire dans l'immédiat, alors qu'il s'agit de la première année où il est bénéficiaire.. Référence dans le domaine culturel, le magazine Actuel voit nombre de ses journalistes rejoindre Libération où ils vont constituer l'ossature d'un service culturel qui donne de nouvelles perspectives à un journal jusque-là resté très axé sur le militantisme politique et social.

Croissance des ventes en 1976-1977 Le , le journal abandonne la bienveillance envers l'action violente et le terrorisme d'extrême gauche lorsqu'il publie, à la suite de la mort suspecte en prison des membres de la Fraction armée rouge (RAF) Gudrun Ensslin et Jan-Carl Raspe, , ce qui provoque la rupture avec ses lecteurs autonomes., qui envahissent les locaux, se heurtant à la direction du journal.

Malgré cela, en 1977, le journal vend en moyenne , soit une hausse de 31 % sur 1976, année qui a déjà vu une progression de 51 % par rapport à 1975, soit un doublement en deux ans par rapport aux de 1975. Cela lui permet de continuer à embaucher, tout en affichant un modeste bénéfice de pour 1977.

Concurrence accrue et pertes de 1978 En 1978, le quotidien se retrouve, pour la première fois, en perte, pour 11 % de son chiffre d'affaires 1978. Il est alors déclaré , car il ne tire qu'à , loin des nécessaires pour équilibrer son budget.

Libération subit en effet une pression sur son prix de vente, due à la concurrence de trois rivaux : Le Matin de Paris, fondé le ., The Paris Metro. créé à l'été 1977 et Rouge, devenu quotidien du au . Ce dernier attaque violemment Libération, en dénonçant l'éditorial de Serge July, écrit pour le cinquième anniversaire de Mai 68 et l'accuse d'être un fossoyeur de Mai 68, car ce dernier annonce un désir de tourner la page. Peu avant, une polémique virulente oppose également le journal au mouvement féministe de Gisèle Halimi : Choisir la cause des femmes, célèbre depuis le procès de Bobigny de 1972, qui s'est plaint de la couverture par Libération du procès à Aix-en-Provence du viol de deux touristes belges quatre ans plus tôt à Marseille. Le journal s'est aussi vu reprocher les dessins du groupe Bazooka, sur la mort par la déflagration d'une grenade offensive du militant antinucléaire Vital Michalon lors de la manifestation à Creys-Malville en 1977, qui s'opposait à l'établissement du site nucléaire de Creys-Malville..

Malgré la concurrence, le tirage monte à par jour, soit une troisième année de croissance supérieure aux du début d'année, avec une pagination plus importante, passée à 20 pages, mais ce tirage s'avère trop faible pour rester viable et rentabiliser les coûts., car le prix de vente progresse moins vite que l'inflation.

Le journal décide cependant de continuer à refuser les publicités payantes, car la direction est convaincue que, sans indépendance financière une indépendance politique est impossible. Le quotidien préfère les annonces des particuliers et hésite à remonter son prix de vente.

Face à ces difficultés, au début de l'année 1979, Libération commence alors à publier des annonces destinées à des mineurs de 12 à ., pour tenter de devancer le magazine Le Gai Pied, qui sort un « numéro zéro » en sur fond d'affaire Jacques Dugué, celle d'un suspect de pédocriminalité, en détention préventive depuis , révélée par le journal d'extrême droite Minute. Finalement lancé le , Le Gai Pied prend alors la clientèle homosexuelle de Libération.

Les 13 et , Libération est condamné au tribunal correctionnel pour « outrage aux bonnes mœurs », en raison des dessins de l'été 1977 et un procès pour la publication de la lettre de Frédéric Oriach du est reporté au . Frédéric Oriach est l'un des trois jeunes maoïstes arrêtés dans la nuit du 12 au à Paris, porteurs d'armes ayant été utilisées pour plusieurs attentats mortels et ayant reconnu appartenir aux Noyaux armés pour l'autonomie populaire (NAPAP), qui ont assassiné, le à Limeil-Brévannes, Jean-Antoine Tramoni"Les trois maoïstes arrêtés refusent de s'expliquer sur les armes qu'ils détenaient" dans Le Monde du 30 mai 1977., vigile de la Régie Renault, pour avoir abattu de cinq balles de 11,43, le ., Pierre Overney, militant ouvrier maoïste, de la tendance mao-spontex. membre de la gauche prolétarienne,

Le , il consacre trois pages à neuf exemples de ses publications poursuivies. En , il rend public le montant de de francs perdus en 1978 malgré les licenciements de et décide un blocage des salaires à par mois. Le , juste après la tentative de meurtre contre Jacques Tillier, L'Humanité dénonce les « accointances » de son journaliste Gilles Millet avec le truand Jacques Mesrine"Le Roman vrai de «Libération»", par Jean-Claude Perrier, aux Editions Julliard en 1993 . En , l'interview de Samuelson avec Jean-Paul Sartre réalisée un an plus tôt est publiée en même temps que son livre.

Polémiques sur Holocauste