Le est une œuvre de Ludwig Wittgenstein, d'abord publiée en allemand, sous le titre Logisch-Philosophische Abhandlung en 1921Francis WYBRANDS, « WITTGENSTEIN (L.), en bref », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mars 2013. URL : (texte en ligne) : « Wittgenstein n’a publié de son vivant qu’une mince plaquette, le Tractatus logico-philosophicus (1921) »., puis en anglais un an plus tard avec le titre latin actuel, sur les suggestions de George Edward MooreJean-Pierre COMETTI, « TRACTATUS LOGICO-PHILOSOPHICUS, livre de Ludwig Wittgenstein », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mars 2013. URL : (texte en ligne). Avec Investigations philosophiques, ce texte est l’une des pièces majeures de la philosophie de Wittgenstein ; il est inspiré par un logicisme anti-psychologistePastorini Chiara, « L’analyse philosophique du mental chez Wittgenstein », Le philosophoire, 2007/2 , . DOI : 10.3917/phoir.029.0281 : (texte en ligne), une position que Wittgenstein abandonne par la suiteLinsky L. Wittgenstein, le langage et quelques problèmes de philosophie. In: Langages, année, , 1966. . doi : 10.3406/lgge.1966.2336 (texte en ligne) : « Il est devenu banal de dire qu’il y a deux Wittgenstein, celui du Tractatus logico-philosophicus et celui des Investigations philosophiques »..

Ouvrage court (environ 70 pages), le Tractatus a donné lieu à de nombreuses interprétations , parfois difficilement conciliables.. Alors que la signification mystiqueTractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Gilles Gaston Granger), éd. Gallimard Tel, 1993 , de ce texte est pour Wittgenstein éthique et esthétiqueTractatus logico-philosophicus, Ludwig Wittgenstein (trad. Gilles Gaston Granger), éd. Gallimard Tel, 1993 , ., la plupart des lectures ont mis en avant son intérêt en logique et en philosophie du langage. Ce n'est que récemment que des études qui lui sont consacrées ont commencé à considérer l'aspect mystique de l'œuvre comme central note 3, indique que l'article de Pierre Hadot sur le Tractatus, paru en 1957, avait déjà pour objet le mysticisme. Cf. ..

Ludwig Wittgenstein tente d’étendre son travail des fondements de la logique à l’essence du monde. Ce texte est considéré comme l’un des livres de philosophie les plus importants du , et a eu une influence majeure sur le positivisme logique et sur la philosophie analytique. Avec Bertrand Russell, il fait du jeune Wittgenstein l'un des tenants de l'atomisme logique. La distinction entre « vide de sens » (Sinnlos) et « absurde » (Unsinnig) eut une influence majeure sur la théorie vérificationniste du Cercle de Vienne.

Rédaction La rédaction du Tractatus s'étend sur plusieurs années. Certains passages sont achevés ou presque dès 1914 (Carnets 1914-1916). La version définitive du texte est précédée par un Proto-Tractatus, très proche du texte final, mais qui sera encore modifié par la suite. La rédaction est terminée en 1918, alors que Wittgenstein est encore enrôlé dans l'armée autrichienne.

Statut et structure En dépit de son titre originel, Logisch-Philosophische Abhandlung (Traité logico-philosophique), le Tractatus ne se veut pas un ouvrage d’enseignement. Le livre ne contient donc pas de thèses proprement dites selon son auteur. Cet aspect non doctrinal explique en partie le caractère globalement non argumentatif de l'œuvre : Wittgenstein énonce nombre de ses aphorismes sans présenter ni arguments ni exemples. Les pensées qu’il exprime ne pouvant peut-être être comprises que par quelqu’un qui les a déjà pensées lui-même, argumenter n'est pas le plus essentiel.

L'ouvrage est composé de sept aphorismes principaux, ordonnés du moins au plus important. Chaque aphorisme, le dernier mis à part, est suivi de remarques le concernant. La numérotation de ces remarques peut être déconcertante à première vue : ainsi l'aphorisme 2 est suivi de 2.01 puis de 2.1, de même l'aphorisme 3 est suivi de 3.001, 3.01… 3.03, 3.031, etc. Cette numérotation reprend en fait la logique mathématique de la proximité numérique pour indiquer le degré de la remarque effectuée relativement à l'aphorisme ou à la remarque qui la précède elle-même : ainsi 3.001 est plus proche de 3 que 3.01: une interprétation possible est que 3.001 indique une relation ténue de type définition conceptuelle des termes de l'aphorisme, alors que 3.01 indique les implications immédiates de l'aphorisme, 3.1 élargit le champ de compréhension de l'aphorisme…

On peut dégager la structure du livre ainsi : Les sections 1. et 2. traitent de questions d'« ontologie ». Elles présentent la métaphysique du Tractatus. 1. porte sur le monde. 2. porte sur la nature des faits. Les sections 3. à 6. concernent l'image du monde. 3. développe la notion d'image. 4. expose la philosophie du langage et la conception de la philosophie de Wittgenstein. 5. et 6. présentent une « théorie » de la logique et de sa nature. La dernière proposition, 7., évoque l'aspect indicible du contenu du Tractatus.

Contre la structure du livre réel, on peut aussi concevoir un autre plan de l'ouvrage en s'appuyant sur un propos de Wittgenstein :

On pourrait donc considérer le plan du livre comme s’articulant autour de la distinction partie écrite-partie non écrite.

Objectif du livre

Le Tractatus Logico-philosophicus est un ouvrage sur le sens. Il s'agit de tracer les limites du sens, de séparer ce qui peut être dit et ce qui ne peut pas l'être. Une sorte de Critique de la raison pure version langagière si l’on veut être caricatural. Tout ne peut en effet être dit de façon sensée, il y a pour Wittgenstein une limite à l'expression des pensées. L'auteur ne soutient pas qu'il y a des pensées en elles-mêmes dépourvues de sens, mais plutôt que toutes les pensées ne sont pas exprimables. L'ouvrage vise donc à établir les critères qui font qu'un discours a un sens, à déterminer ce qu'on peut dire et ce qu'il faut taire. Le verdict de Wittgenstein est net : le domaine de ce qui peut être dit et celui du sens se recoupent, essayer d'exprimer l'indicible dans la langue n'amène qu'à un discours insensé. Le Tractatus est donc un ouvrage de délimitation : Wittgenstein y expose les critères du sens et dans quels cas ces critères ne sont pas remplis.

Cette démarcation n'est cependant pas une dévalorisation de l'indicible. Wittgenstein reconnaît l'importance de l'ineffable, mais c'est en le reconnaissant comme tel qu'on le « met à sa place ». Pour donner son importance réelle à l’indicible, il faut le comprendre comme tel et ne pas tenter de le communiquer dans la langue. On peut reprendre ainsi la formule de l’avant-propos pour résumer parfaitement le livre :

Les aphorismes

Les 7 aphorismes centraux de l'ouvrage sont :

« Ontologie »

Le livre s'ouvre sur une série d'aphorismes traitant de questions d'ontologie. Ces propositions ne se voulant pas être des thèses, parler d’une « ontologie » wittgensteinienne n’est pas adéquat dans la perspective de l’auteur, et nous mettons donc ontologie entre guillemets. C'est pourtant bien une ontologie que présente le début de l'ouvrage.

Fait L'une des notions les plus importantes du Tractatus Logico-philosophicus est la notion de fait. Elle intervient dès la seconde proposition (1.1).

Le monde n'est pas un ensemble de choses : des arbres, des personnes, des villes, des avions, etc. ; le monde est composé de faits, comme « Wikipédia est une encyclopédie », « Jules aime Julie », « Wikipédia n'est pas un genre musical » par exemple. On voit ici l'aspect atomiste de la philosophie de Wittgenstein, le monde est un composé d'éléments simples (les objets), et par analyse on aboutit à ces éléments. Contrairement à Russell, Wittgenstein considère que c'est le fait, et non l'objet, qui est l'élément logique fondamental du monde.

Le fait est défini comme « ce qui est le cas », qu'on peut aussi traduire « ce qui arrive » ou « ce qui a lieu ». Il répond à un critère d'indépendance : « une chose peut être ou non le cas sans que cela influe sur le reste de ce qui existe » (1.21).

Fait et objet Bien qu'il soit l'unité de base pour Wittgenstein, le fait est lui-même composé d'objets. Mais cette composition est théorique : l'objet n'existe que dans un fait, il n'est pas possible d'y accéder autrement. C'est parce que l'objet ne peut pas être considéré en dehors d'un fait que c'est le fait — et non l'objet — qui est l'élément de base que choisit Wittgenstein. On ne peut connaître directement « Jules » ou « Julie » dans l'exemple ci-dessus. Ces deux objets sont abstraits à partir des faits. L'objet « Jules » ne se profile que via des faits tels que « Jules est brun », « Jules aime Julie », etc.

Wittgenstein distingue deux types d'objets : Les particuliers Les propriétés et relations

Par exemple « Wikipédia » est un particulierÀ proprement parler cet exemple ne désigne pas un particulier mais plutôt un objet complexe. La section Nature des particuliers de l'article montre en quoi l'exemple inadéquat. Il n'est ici introduit qu'à un but pédagogique., et «... est une encyclopédie » est une propriété. Le fait « Wikipédia est une encyclopédie » se compose donc de deux objets : un particulier et une propriété. Pour « Jules aime Julie » on a deux particuliers, et la relation d'aimer, soit trois objets. L'ontologie de Wittgenstein est donc fortement liée à une conception logique, les deux types d'objets qu’elle propose correspondent à deux types de composants logiques : les fonctions et leurs arguments.

Cette théorie atomiste pose toutefois un problème : si le fait se décompose en objets, alors certains faits auront la même composition. « Jules aime Julie » a les mêmes composants que « Julie aime Jules ». Contrairement à Russell, qui admet qu'il y a un composant supplémentaire dans le fait qui permet de différencier ces deux propositions, Wittgenstein soutient qu'il n'y a pas de différence de contenu. Il défend l'idée que les faits ont une structure, et que c'est cette structure qui permet de les distinguer. Cette structure n'est cependant pas elle-même un composant du fait.

Soit « R », « a », et « b » les composants de deux faits différents « aRb » et « bRa ». Russell analyse ainsi : C1(R, a, b) C2(R, a, b) C'est l'élément C qui différencie « aRb » de « bRa ». Dans un cas la composition est C1 dans l'autre C2, la différence est bien contenue dans le fait comme un élément supplémentaire. C'est précisément à cette solution que Wittgenstein s'oppose en affirmant que les faits sont structurés.

Fait et état de choses Selon Wittgenstein les objets sont connectés entre eux de façon déterminée. Wittgenstein nomme une connexion d'objet « fait » (Tatsache) ou « état de choses » (Sachverhalt). La distinction entre Tatsache et Sachverhalt n'est cependant pas aisée à établir, et a posé de nombreux problèmes aux commentateurs du Tractatus.

Deux interprétations ont été proposées : Le fait est ce qui est complexe ; l'état de choses est ce qui est simple. Le fait est ce qui est réel ; l'état de choses est ce qui est possible.

(1) Complexe et simple La première interprétation est celle de Russell dans la préface du Tractatus, elle a aussi été endossée par d'autres critiques. Elle s'appuie sur certaines propositions comme :

Ou encore sur une lettre à Russell dans les Carnets 1914-1916 :

Il faudrait donc comprendre la différence entre Tatsache et Sachverhalt comme une différence du complexe au simple. Cette interprétation justifie qu'on traduise Sachverhalt par « fait atomique ». Le Sachverhalt n'est qu'un fait plus simple. On a alors trois niveaux : le fait, qui se décompose en faits atomiques, qui se décomposent eux-mêmes en objets.

(2) Réel et possible La seconde interprétation propose quant à elle de considérer que la Tatsache est un Sachverhalt qui existe, qui "est le cas". Elle se fonde sur d'autres propositions :