Jacques Arcadelt [Jacobus, Jacob, Archadelt, Arcadet] (né le à Namur, mort le à Paris) est un chanteur et un compositeur de l’école franco-flamande, actif à Florence, Rome et Paris. Sa riche production touche toutes les formes de musique en usage à son époque, en particulier le madrigal et la chanson.

Bien qu'il ait également écrit de la musique vocale sacrée, il fut l'un des premiers compositeurs de madrigaux ; son premier livre de madrigaux, publié moins d'une décennie après l'apparition des premiers exemples de la forme, était la collection de madrigaux la plus largement imprimée de toute l'époque.

En plus de son travail en tant que madrigaliste, et le distinguant des autres premiers compositeurs éminents de madrigaux — Philippe Verdelot et Costanzo Festa —, il était tout aussi prolifique et adepte de la composition de chansons, particulièrement à la fin de sa carrière lorsqu'il vivait à Paris.

Arcadelt était le membre le plus influent de la première phase de la composition madrigale, la phase « classique » ; c'est grâce aux publications d'Arcadelt, plus que celles de tout autre compositeur, que le madrigal s'est fait connaître hors d'Italie. Les compositeurs ultérieurs considéraient le style d'Arcadelt comme représentant un idéal ; des réimpressions ultérieures de son premier livre de madrigaux ont souvent été utilisées pour l'enseignement, les réimpressions apparaissant plus d'un siècle après sa publication originale.

Biographie Jacques Arcadelt est baptisé le à NamurNamur, Archives épiscopales, fonds du Grand séminaire, reg. paroissiaux, vol. IV (1504-1545), cité d’après Moret 1993 p. 15-16. Sur toute sa jeunesse avant son passage en Italie, la seule référence est Moret 1993.. Il est fils de Gérard Fayl dele Arche d’Elte, un maître de forge et fabricant d’armes à Haltinne, un peu à l’est de Namur.

En 1515, il apparaît parmi les enfants de chœur instruits par Alexandre de Clèves, maître de musique de la collégiale Saint-Pierre-au-ChâteauNamur, fonds du musée diocésain, Archives capitulaires de Saint-Aubain, vol. VI add. parmi lesquels se trouve également Pierre Certon. Cette même année, il est récompensé avec d’autres chanteurs pour deux manifestations organisées par la ville.

On trouve encore sa trace — toujours sous le nom de Jacobus de Arca d’Elta — de 1516 à 1519, en tant qu'enfant de chœur, au sein de la maîtrise de la collégiale Saint-Aubain, sous la direction du maître de musique Lambert MassonArchives d’État de Namur, Archives capitulaires de Saint-Aubain, vol. VI (1507-1533) f. 43v, 57r, 65r, 72r., puis de 1519 à 1524 chez le maître Charles de Nicquet, maître de la grande écoleIdem, f. 72v, 92r, 105r, 120r, 137r, 142r, 150v., et repéré encore en , lors de festivités offertes pour célébrer une victoire militaire. Peut-être a-t-il profité des relations internationales de son père, qui traitait avec des acheteurs d’armes ; peut-être a-t-il été repéré et emmené par un noble ou un notable qui souhaitait s’attacher ses services ; toujours est-il qu’il part en Italie, peu après ses 19 ans.

Les années italiennes : Florence... Les premières compositions qu’on possède de sa mainSix motets dans le manuscrit SI 35-40 de la Biblioteca Vallicelliana à Rome, et dix madrigaux extraits d’une anthologie florentine datant de 1530-1532 (Florence BN : Magl. XIX. 122-5). montrent qu’il a dû être en Italie dès la fin des années 1520Sur la période italienne, voir notamment Haar-Glozer 2010. ; sa présence à Florence est d’ailleurs attestée dès 1534 comme compositeur de madrigaux et en 1535 quand il se trouve au service du duc Alexandre de Médicis. Il semble avoir été aussi attaché à Roberto Pucci, un proche des Médicis qui alternait des séjours à Rome et à Florence et qui s’établit à Rome après avoir été fait cardinal en 1537.

C’est dans les années 1530 qu’Arcadelt écrivit une quantité considérable de madrigaux ; il est considéré en cela comme un continuateur de Philippe Verdelot, un des premiers créateurs de cette forme. Son style s’imprègne clairement de la manière de Verdelot, et mûrit rapidement jusqu’à lui procurer une célébrité considérable.

... puis Rome Après l’assassinat du duc Alexandre en 1537, Arcadelt se déplace à Rome. Sa présence y est attestée en 1538 par une composition faite pour les noces de Marguerite d’Autriche (veuve du duc Alexandre) et d’Octave Farnèse. On suppose qu’il est le Jacobus flandrus qui est admis à la Cappella Giulia en 1539. Il est en tout cas admis fin 1540 à la chapelle Sixtine comme maître des enfants (probablement protégé par le pape Paul III, un Farnèse). Il reste à ce poste jusqu’à l’été 1551, date à laquelle il repart en France (avec toutefois un voyage en France en 1547).

Entre 1538 et 1544, l’imprimeur vénitien Antonio Gardano édite cinq livres de ses madrigaux, qui connaissent un succès considérable, et sont souvent réédités.

Paris La mort de Paul III en 1549 fut peut-être l’occasion pour Arcadelt de rechercher un nouvel emploi. Revenu en France, il entre vers 1552 comme maître de chapelle auprès du cardinal Charles de Lorraine, un membre influent de la cour de FranceLes premières traces de son activité sont données par Bridges 1982, autour de 1554. La page de titre de son recueil de messes de 1557 mentionne clairement cette charge auprès du cardinal : Missæ tres Iacobo Arcadet / Regio musico, & illustriss[imi] Cardinalis à Lothoringia sacello præfecto / auctore... (Trois messes, dont l'auteur est Jacques Arcadelt, musicien du roi, & maître de chapelle [« préfet de la chapelle »] du très illustre cardinal de Lorraine).. Le titre fait d'abord référence à sa qualité de musicien du roi : il est chantre de la Chambre du roi entre 1556Paris BNF : ms. Clairambault 1216 f. 48v, cité d’après Handy 2008 p. 371. et 1560, aux gages annuels de 200 lt (livres tournois)Pour 1559-1560 : État de la maison de François II, Paris ANF : KK 129, f. 47v et 291v, et Paris BNF (Mss.) : ms. Dupuy 852 f. 23v, cités d’après Brooks 2000 p. 417 et Handy 2008 p. 371.. À ce titre, il a été récompensé par des canonicats (des prébendes canoniales y étaient également attachées).

Durant cette période, nombre de ses œuvres paraissent chez les imprimeurs Adrian Le Roy et Robert Ballard : des airs et des chansons essentiellement mais aussi des messes, des Lamentations et un Magnificat.

Arcadelt meurt le , probablement à Paris. Il est alors remplacé par Jean Durantel à son poste de chantre ordinaire de la ChambreVoir Lesure 1961, qui cite un manuscrit récemment entré à la BNF mais non coté..

Œuvres Jacques Arcadelt laisse . Ses œuvres complètes ont été éditées par Albert Seay : Jacobus Arcadelt : Opera omnia ; Corpus Mensurabili Musisae, xxxi, vol. 1–10 (1965–71). Voir le détail des volumes ici.

Musique sacrée : messes, lamentations et magnificat Missæ tres… nunc primum in lucem aeditae, cum quatuor & quinque vocibus ad imitationem modulorum… Paris : Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1557. 1 vol. 2°, 44 f. RISM A 1384, Lesure 1955 n° 23. Contient les messes Noe, noe à 4 v. sur un motet de Jean Mouton, Ave regina cœlorum à 5 v. sur un motet d’Andreas de Silva, et Vulgaris Beate Virginis, à 4 v. Lamentationes Jeremiæ en 3 sections, à 4 et 5 v., dans le recueil Piissimæ ac sacratissimæ lamentationes Jeremiæ Prophetae, nuper a varijs auctoribus compositæ pluribus vocibus distinctæ, & nunc primum in lucem editæ. Paris : Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1557. 1 vol. 2°, 22 f. RISM 1557, Lesure 1955 n° 31. Contient les Lamentations de Jérémie divisées en trois sections (Zain, Nun, Jerusalem, puis Caph, Lamed, Jerusalem, puis Res, Zain, Jerusalem). Magnificat primi toni, 4-6 v., dans le recueil Canticum beatæ Mariæ Virginis (quod Magnificat inscribitur) octo modis a diversis auctoribus compositum ; nunc primum in lucem æditum… Paris : Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1557. 1 vol. 2°, 26 f. RISM 1557, Lesure 1955 n° 32.

Cette partie de la musique religieuse d’Arcadelt, publiée en 1557, semble l’avoir été bien après sa composition, qui a dû intervenir lors de ses années italiennes. Son style apparaît être influencé par Jean Mouton (dont il reprend d’ailleurs un motet pour sa messe Noe noe).

Musique sacrée : motets Seulement 24 motets sont recensés (liste dans Haar-Glotzer), qui à la différence des œuvres précédentes sont surtout publiés durant les années italiennes. Ils paraissent à Lyon chez Jacques Moderne en 1532, 1538 et 1539, à Ferrare chez J. de Buglhat en 1538 et 1539, à Venise chez Antonio Gardano en 1539 et chez deux imprimeurs allemands à Augsbourg (1540, 1545) et à Nuremberg (1564).

La présence de motets dans des manuscrits romains (Bibl. Vaticane : CS 13, CS 24 et CS 2412) de même qu’à la Bibl. Vallicelliana (SI 35-40) atteste qu’ils ont été non seulement composés à Rome mais aussi chantés sur place à la chapelle Sixtine.

Musique spirituelle La production de musique spirituelle date de sa période parisienne, avec une chanson spirituelle et six psaumes composés en forme de motet : Dont vient l’esjouissance, à 4 v., dans le Tiers livre de chansons spirituelles, Paris : Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1553 (Lesure 1955 n° 7 bis, RISM 1553). Six psalmes de David, composés en musique au long (en forme de motetz) à quatre & cinq parties… Paris : Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1559. 4 vol. 4° obl. LRB n° 53, inconnu du RISM. Berkeley (CA) : Jean Gray Hargrove Music Library : M2092.G68.P8 1558 (Bassus seul). Contient : Il faut que de tous mes esprits (Ps. 138), La terre au Seigneur appartient (Ps. 24), Estant assis aux rives aquatiques (Ps. 137), Bien heureux est quiconques (Ps. 128), Du fons de ma pensée (Ps. 130), Qui est-ce qui conversera (Ps. 15). Cinq d’entre eux (sauf Bien heureux est quiconques) sont copiés dans le manuscrit Genève BGE : Mus. Ms. 572Voir Guillo-Noailly 2012 sur cette source.. Le Ps. 138 était déjà publié dans Le second livre des pseaulmes et sentences, tirées tant du Psalmiste royal que des autres sainct prophetes, mis en musique en forme de motetz, par divers excellens musiciens… [Genève] : Simon Du Bosc et Guillaume Guéroult, 1555. 4 vol. 8° obl. RISM 1555. Le Ps. 128 l’était également dans Le Premier livre des pseaulmes et sentences… Mis en musique en forme de motetz, par divers excellens musiciens. [Genève] : Simon Du Bosc et Guillaume Guéroult, 1554. 4 vol. 8° obl. Sur cette source récemment redécouverte, voir Duchamp 2011. Voir plus bas à propos des contrafacta protestants qui ont été publiés en 1572 sur 44 de ses chansons profanes.

Musique profane : les madrigaux

Il primo libro di madrigali … a 4 voci… Venise : Antonio Gardano, 1539. RISM A 1314. La toute première édition de ce premier livre daterait de 1538 et est perdue. Très nombreuses rééditions jusque vers 1640, essentiellement à Venise mais aussi à Rome, Naples, Perugia, Bracciano (RISM A 1315 à 1366). Ce volume est le recueil de madrigaux qui a été le plus réédité de toute l’histoire du madrigal. Il vero secondo libro de madrigali… a 4 voci… Venise : Antonio Gardano, 1539. RISM A 1369. Cinq rééditions jusqu’en 1560, toutes à Venise. Terzo libro de i madrigali novissimi… a quattro voci. Venise : Girolamo Scotto, 1539. RISM A 1374. Trois rééditions jusqu’en 1556, toutes à Venise. Il quarto libro di madrigali… a quatro voci. Venise : 1539. RISM A 1379. Dont on ne connaît que deux rééditions seulement jusqu’en 1545, toutes vénitiennes. Il quinto libro di madrigali… a quatro voci… Venise : Antonio Gardano, 1544. RISM A 1383. Ce livre est le seul qui contient des pièces qui auraient pu être composées durant sa période romaine. Primo libro di madrigali … a 3 voci. Venise : Antonio Gardano, 1542. RISM A 1309 et 1542. Plusieurs rééditions à Venise jusqu’en 1587, et une à Paris en 1601.

Par ailleurs d’autres pièces paraissent dans de nombreux recueils entre 1537 et 1559 (liste dans Haar-Glotzer ou dans les Opera omnia), tous vénitiens hormis un de 1555 (imprimé à Pesaro).