La place des Martyrs (en néerlandais : ) est une place de Bruxelles, capitale de la Belgique.

Situation et accès Cette voie de la région de Bruxelles-Capitale située sur le territoire du Pentagone de la ville de Bruxelles est située près de la rue Neuve.

Elle est accessible par les rues d'Argent, des Roses, des Œillets, Saint-Michel et du Persil Bruxelles Pentagone - Place des Martyrs.

Description La place présente un aspect sobre et sévère, caractéristique de l'architecture néo-classique. Elle s'inspire du modèle des places royales françaises, tel qu'il fut mis au point à la fin du . Elle présente une double symétrie, que l'on perçoit le mieux en l'abordant par la rue Saint-Michel. Elle est divisée par deux axes, dont l'un passe par le centre des longs côtés, de la rue Saint-Michel à la rue du Persil, tandis que l'autre passe par le centre des frontons des petits côtés.

Comme c'est le cas pour la place Royale et les maisons longeant le parc de Bruxelles, les parcelles de la place des Martyrs avaient été grevées de servitudes architecturales témoignant du souci des autorités de construire et de conserver un ensemble homogène. Cette homogénéité est notamment atteinte en imposant aux propriétaires d'enduire et de peindre les façades en gris cendre et les portes et fenêtres en gris perle.

L'agencement des façades est également uniforme : le rez-de-chaussée présente des refends, dont la profondeur est égale à la moitié de celle des incisions, qui soulignent l'horizontalité de l'ensemble. Les fenêtres sont pourvues de baies cintrées. Entre le rez-de-chaussée et le premier étage court un stylobate continu. Le rez-de-chaussée supporte des pilastres sur un étage et demi. Le tout est surmonté d'une frise à triglyphes et métopes et couronné d'un attique. Les façades sont munies d'un toit en batière continue.

Deux types de parcelles, que leur emplacement destine à être mises en valeur, dérogent par certains aspects à cette uniformité. Les parcelles d'angle des rues Saint-Michel et du Persil sont dotées d'avant-corps où les pilastres font place à des colonnes libres. Ces colonnes libres sont exceptionnelles à Bruxelles à l'époque de la construction de la place : seul le Palais de Charles de Lorraine en est dotéChristophe Loir, Bruxelles néoclassique. Mutation d'un espace urbain, 1775-1840, CFC éditions, 2009, . Les métopes sont décorées de patères et de bucranes. Les angles sont couronnés de vases. Au premier étage deux consoles supportent un décrochement du stylobate muni d'une grille entourée de guirlandes de laurier. Les petits côtés présentent le même agencement mais se distinguent en outre par un imposant fronton flanqué de vases, qui se développe sur sept travées. La travée centrale plus large se distingue par un traitement plus monumental : au rez-de-chaussée, l'accès se fait par une porte cochère cintrée; au premier étage une porte-fenêtre surmontée d'un cintre donne accès au balcon.

Le grand bâtiment au nord est le siège du cabinet du ministre-président du gouvernement flamand. Le côté est comporte deux librairies, dont une à l'angle avec la rue du Persil, ainsi qu'une auberge de jeunesse. Le bâtiment au sud accueille une école primaire, cependant que l'hôtel Juliana (5 étoiles) occupe tout l'angle sud-ouest jusqu'à la rue Saint-Michel. Enfin le bâtiment au nord-ouest abrite un café et le théâtre de la Place des Martyrs.

Origine du nom Le nom de la place honore les héros et martyrs de la révolution belge de 1830 dont d'entre-eux sont enterrés dans la crypte du monument éponyme.

Historique vignette|redresse|Future place des Martyrs en 1748 (rue Neuve en bas, rue du Marais en haut, rue aux Choux à gauche).

La seconde enceinte de Bruxelles englobe un terrain si vaste que pendant des siècles Bruxelles est une des villes les plus vertes de l'Europe. On y trouve à l'intérieur des murs plein de fonctions qui, dans d'autres villes se trouvent à l'extérieur. Le terrain de la future place des Martyrs sert depuis au moins 1536 à la Grande Blanchisserie, den Blijk.

Projet d'urbanisation En 1771, deux particuliers proposent à la ville d'urbaniser l'espace, en demandant une subvention, et des avantages fiscaux. Le magistrat apprécie l'idée, mais mais décide de la réaliser lui-même. Le , il obtient une autorisation d'expropriation et confie le projet à son nouveau directeur des travaux publics, l'ingénieur Claude Fisco. Parmi les projets qu'il soumet, un est retenu : un lotissement de 50 parcelles autour d'une vaste place rectiligne et de deux petites rues, des Roses et des Œillets. Les terrains sont mis en vente publique le , soumis à des règles strictes concernant l'esthétique et les délais de construction. En , la ville peut demander aux particuliers de libérer l'espace public pour paver la place, baptisée « place Saint-Michel », protecteur de la ville.

Construite entre 1774 et 1776 sur l'emplacement d'une ancienne blanchisserie, la « place Saint-Michel » marque l'introduction, par Claude Fisco, du style néo-classique et de sa vision urbanistique dans la capitale des Pays-Bas autrichiens. C'est aussi la première place de Bruxelles sans fonction marchande, qui n'est ni une à la française, sans statues à l'origine, ni un square à l'anglaise, sans plantations. Au début du , seules les façades d'origine subsistent.

vignette|redresse|Plan cadastral de 1835, montrant les parcelles (Craan/Vandermaelen) (rue Neuve en haut, rue aux Choux à droite).

Lors de la vente publique, seulement neuf acheteurs se partagent les 50 parcelles. Quatre entre-eux seulement se contentent d'une seule parcelle, un en achète deux, deux cinq, un six, et un monsieur Petrus Cludts les vingt-huit restants. On voit sur le plan du cadastre de 1835, que plusieurs maisons occupent des doubles parcelles. Toutes les maisons ne sont pas occupées par leurs propriétaires, beaucoup en sont louées. Quand on regarde les professions présentes, on trouve beaucoup des personnes liées à la justice, des fonctionnaires, des marchands et docteurs, une panoplie de la bourgeoisie. C'est qui distingue la place de la rue Neuve, plus aristocratique, et des autres rues du quartier, occupés par des gens moins aisées.

L'espace public En 1776, le directeur du théâtre de la Monnaie Ignaz Vitzthumb obtient l'autorisation d'y ériger un « théâtre portatif », petit édifice en planches, léger et démontable, sur lequel il donne des pièces en néerlandais. Déficitaire, l'opération se solde par la mise en vente du théâtre en Gazette des Pays-Bas du 3 mars 1777..

En 1795, sous le régime français, la place fut temporairement débaptisée et reçut le nom de « place de la Blanchisserie »Guillaume Des Marez, Guide illustré de Bruxelles, Tome 1 : Les Monuments Civils et Religieux, Première partie : Monuments Civils, Touring Club de Belgique, 1918, .

L'aménagement de la place fut modifié à plusieurs reprises. À l'origine, il s'agissait d'une place pavée « vide », comme on peut le voir sur des gravures de la fin du . En 1802, on y planta une double rangée de tilleuls. Après avoir enterré les premières victimes des combats révolutionnaires, en 1830, la construction du monument aux Martyrs, terminé en 1838, entraîna une altération radicale du lieu. À cette occasion, les tilleuls sont abbatus. Selon Guillaume Des Marez, la statue est « de dimensions incontestablement trop grandes et nuit à la conception primitive de l'œuvre »Guillaume des Marez, Guide illustré de Bruxelles, Tome 1 : Les Monuments Civils et Religieux, Première partie : Monuments Civils, Touring Club de Belgique, 1918, p. 218. En 1839, l'aménagement de jardins de part et d'autre du Monument, puis en 1841, l'installation de fontaines remplacées par des bassins en 1841, en changèrent à nouveau l'aspect. En 1980, la place retrouva en partie son aspect d'origine en étant à nouveau pavée.

Transformations du bâti Les façades et les toitures des immeubles de la place ainsi que le monument aux Martyrs sont classés, par arrêté royal du . Pendant longtemps, la place est un lieu d'habitation prisé, à l'abri de l'agitation de la rue Neuve voisine mais, après une longue désaffection, les façades au caractère digne et homogène en font le lieu d'investissement rêvé pour des entreprises de prestige, publiques et privées.

En ce qui concerne le bâti, il passe au fil du temps de 30 parcelles à onze. Le premier changement de la disposition d'origine arrive avec l'ouverture, en 1872, de la galerie du Commerce, liant le coin sud-ouest de la place à la rue Neuve et la rue de l'Argent. En 1891, un quatrième bras est ajouté vers la rue du Fossé aux Loups. Après de multiples destructions et remaniements il subsiste une impasse de ce-dernier.

Entre 1927 et 1939 le numéro 22 est transformé en cinéma, reconstruit en 1995 pour le Théâtre des Martyrs. La place est menacée par la politique de bruxellisation des années 1960 / 1970. Les autorités souhaitent y créer un parking souterrain, ce qui conduit à une levée de boucliers pour sauver l'endroit, notamment au travers de la création de l'asbl « Pro Belgica », qui gagne son combat pour préserver les lieux.

En 1977/1978, la ville de Bruxelles rénove l'îlot entre rue des Œillets et rue du Persil, dans l'esprit de créer la symétrie jamais réalisée du projet original, en ajoutant des cheminées et en perçant de nouvelles portes. En 1994 l'îlot est éventré et reconstruit par Deka. Entre 1975 et 1980, la CGER achète l'îlot entre rue de Persil et rue d'Argent pour le revendre après des années d'abandon en 1989 à De Waele et Besix. Il est éventré et accueille un nouveau bâtiment par Deka en 1995.

Entre 1968 et 1980, la Régie des bâtiments acquiert une maison après l'autre des îlots des deux petits côtés de la place, un tiers de la galerie du Commerce inclus. Le but initial est d'y construire une bibliothèque et un centre culturel flamand. Après des retards dus à la fédéralisation du pays, les îlots sont éventrés en 1993 pour accueillir des nouveaux immeubles en béton du gouvernement flamand.

En 2010, c'est l'îlot entre la rue Saint Michel et l'ancienne galerie du Commerce qui est altéré : dans les mains de l'entreprise Deka depuis des années 1980, il se fait éventrer pour accueillir un hôtel, alors que dans le passé la réglementation l'interdisait expressément.

L'architecture de la place fait au début semblant d'une hiérarchie des trois types de bâtiments différents : deux faux palais aux extrémités, quatre bâtiments d'angles avec colonnes et le reste, alors que tous les bâtiments étaient des logements de plus au moins la même taille, les "palais" étant composés de quatre chacun. Les transformations des dernières années ont suivi ce qui n'était jadis que faux-semblance : les deux extrémités accueillent de vrais palais gouvernementaux et les quatre angles des commerces.

Les monuments Monument aux martyrs de la révolution de 1830

Genèse du projet vignette|La place sert de cimetière aux victimes et aux combattants tombés lors des Quatre Jours de Bruxelles. Avec les combats des Quatre Jours de Bruxelles, la nécessite d'enterrer les victimes et les combattants tués se présente rapidement. La Commission administrative, créée le l'absence de toute autre autorité légale, choisit la place Saint-Michel pour y placer les dépouillesRégion de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, 175 ans d'une capitale, Mardaga, 2005, p. 112. Alors que les combats font toujours rage et que la victoire demeure incertaine, elle proclame :

Le , la place est rebaptisée place des Martyrs, une décision officialisée le par un décret du bourgmestre de Bruxelles, Nicolas RouppePatrick Derom (dir), Les sculptures de Bruxelles, Éditions Pandora, 2000, p. 26. Sous les pavés de la place sont inhumés héros des Journées de septembre. Elle devient alors l'un des hauts lieux de célébration de l'identité nationale et de la révolution belge.