vignette|upright=1.3|Représentation d'un baptême dans la catacombe de Saint-Calixte à Rome ().

Le christianisme primitif, christianisme des premiers siècles, ou Église primitive est le christianisme dans sa période de développement initial, à partir du Levant, de l'Europe méridionale et du pourtour méditerranéen. La définition du début et de la fin de cette période pose la question des origines du christianisme, et le débat est influencé par les différentes interprétations des exégètes et des historiens.

La naissance du christianisme

La diffusion du christianisme Le mouvement créé par les disciples de Jésus de Nazareth naît au sein du judaïsme pluriel du , dans la mouvance de Jean le Baptiste en Galilée et plus généralement en Judée Geza Vermes, Christian Beginnings: From Nazareth to Nicaea, Yale University Press, États-Unis, 2013, Everett Ferguson, Encyclopedia of Early Christianity, Routledge, États-Unis, 2013, . Malgré l’échec apparent du maître, un noyau de fidèles parvient à entretenir son souvenir et à attirer de nouveaux disciples, dès les années 40, d’abord chez les Juifs de langue grecque (les « hellénistes »), comme Paul de Tarse, notamment dans la diaspora. Peu après, il en va de même dans différents groupes de la société gréco-romaine qui ne sont pas juifs et qu’on appelle les païens, comme on le voit avec le centurion Corneille.

Alors que le judaïsme n’apparaît pas comme prosélyte, ce développement rapide résulte probablement de missions confiées à des apôtres, dont les disciples directs de Jésus. On ne dispose d’aucune source écrite avant le dernier tiers du ; on constate cependant que les mêmes missions semblent se développer dans la totalité de l'espace araméophone, en particulier à l'est du Jourdain et de l'Euphrate, avec les elcésaïtes en Mésopotamie. Ce sont les villes de la Syrie romaine qui abritent les premières communautés chrétiennes : plusieurs Églises de cette province se prévalent en effet d’une fondation apostolique, ce qui est assuré à Jérusalem, Antioche et Damas, et vraisemblable à Césarée. Mais en général, on ignore le succès de ces missions des temps apostoliques. Dans tous les cas, il est sûr que les chrétiens sont largement minoritaires partout, dans les villes comme dans les campagnes.

D’une façon générale, l’expansion du christianisme n’a pas rencontré d’opposition marquée des autorités romaines, et la communauté chrétienne peut mener une vie au grand jour. Ce n’est qu’au milieu du que commencent les persécutions, celle décidée par l’empereur Dèce en 251 fut appliquée avec rigueur et entraîna le martyre des évêques Babylas d'Antioche et Alexandre de Jérusalem.

Les courants du judaïsme Plusieurs courants du judaïsme du (sadducéens, esséniens) disparaissent en Judée après la destruction du Temple de Jérusalem, à partir de l'an 70. D'autres, comme les pharisiens, fusionnent petit à petit avec ceux de la Diaspora, notamment autour de l'école de Yavné (vers l'an 90), et cette évolution donne naissance au judaïsme rabbiniqueDan Jaffé, Le Judaïsme à l'aube de l'ère chrétienne, Cerf..

Le débat historique

vignette|redresse=1|Le poisson (ichthus), symbole des premiers chrétiens. En grec ancien , est un acronyme pour « , soit « Jésus-Christ, Fils de Dieu, [notre] Sauveur ».

La question des dates Les origines du christianisme sont étudiées par diverses écoles d'historiens..

Le fait d'attribuer au christianisme primitif une origine à la fin de la période apostolique est un choix contesté. De même, situer l'achèvement du christianisme primitif à la fin des conciles christologiques suppose que la création et le développement d'un corpus dogmatique répondent à une nécessité intrinsèque du christianisme.

Doctrine et histoire On distingue deux perspectives. D'une part, la doctrine chrétienne fait généralement remonter le christianisme à la naissance de Jésus, à sa résurrection ou à la Pentecôte Ron Rhodes, The Complete Guide to Christian Denominations: Understanding the History, Beliefs, and Differences, Harvest House Publishers, États-Unis, 2015, .

D'autre part, les hypothèses historiques se fondent sur des faits avérés : par exemple, le christianisme commence à la suite de la diffusion d'un message. Les dates de rédaction du Nouveau Testament sont connues : entre les années 50 pour les premières Épîtres de Paul et les années 95-110 pour l'Évangile selon Jean. Dans l'intervalle, les Évangiles synoptiques (Marc, Matthieu et Luc), écrits vers 65-85, ont utilisé des traditions orales ainsi que des documents qui ont déjà circulé, comme le démontrent la théorie des deux sources et l'existence de la Source Q, admises par le consensus des chercheurs.

Le mot khristianoï est attesté dès les années 40 à Antioche où vit l'une des premières communautés chrétiennes et d'où vient probablement l'Évangile selon Matthieu, une quarantaine d'années plus tard.

La critique textuelle, c'est-à-dire l'évaluation de la transmission des textes à travers les manuscrits, a permis d'établir un texte fiable des écrits du Nouveau Testament, en particulier pour des Épîtres de Paul, dont des échantillons significatifs datent de la fin du et du début du Kurt Aland, The Text of the New Testament.. La circulation de témoignages oraux (prédications, proclamations) est plus difficile à établir (absence de matériaux sur lesquels peuvent travailler les historiens, contrairement aux textes écrits), mais peut se déduire de témoignages indirects comme le sénatus-consulte de l'an 35, à Rome.., y établissant le christianisme comme superstitio illicita (« religion interdite »), présence de vestiges chrétiens dans les villes de Pompéi et Herculanum. (vestiges antérieurs donc à l'an 79 et l'ensevelissement de ces villes sous l'éruption du Vésuve).

La recherche actuelle se concentre principalement sur la diffusion du message du christianisme, orale dans un premier temps (comme le livre des Actes en témoigne), écrite par la suite. La diffusion des Évangiles et Épîtres est sujette à débat. Il est cependant très probable que, dès la fin du , il existait un certain nombre de paroles de Jésus qui circulaient Hans Von Campenhausen, The Formation of the Christian Bible, Philadelphia: Fortress, 1968, .. Clément de Rome () cite également des passages des Évangiles et des Épitres de Paul Metzger, Bruce Manning, The Canon of the New Testament. Oxford : Clarendon, 1987, ).. Marcion de Sinope, qui fut excommuniéÉpoque où l'excommunication n'avait de portée que dans l'église qui la prononçait. en 144 dans l'église de Rome, liste les écrits qu'il considère comme canoniques, en se basant probablement sur un groupement préexistant des lettres de Paul McDonald, Lee M. The Formation of the Christian Biblical Canon. Peabody: Hendrickson, 1995, ..

Le début du christianisme ancien vignette|Les onze apôtres réunis pour désigner le successeur de Judas, miniature des Évangiles de Rabula (586). Le débat sur la question de la date des débuts du christianisme demeure encore ouvert entre un consensus anglo-saxon et une tendance européenne.

École européenne Le terme « judéo-chrétien » apparaît dans un chapitre de la thèse de Marcel Simon « Verus Israël », Étude sur les relations entre chrétiens et juifs dans l'Empire romain (135-425). Elle fut soutenue avant 1938En Grande-Bretagne, à pareille époque, l'émergence d'un antisémitisme chrétien fondé sur le Nouveau Testament a été étudiée par James Parkes (1896-1981), théologien anglican qui s'intéressa à ces sujets dans les années 1920 en réaction à la montée de l'antisémitisme en Europe. En 1930, il publie son maître livre Le Juif et son voisin, une exploration de l'antisémitisme, avec une approche des massacres de la première croisade (1096) comme arrière-plan du débat sur la « question juive ». Pour sa thèse de doctorat à Oxford, Parkes s'attache à découvrir les vraies racines du phénomène de l'antisémitisme en essayant d'identifier le moment crucial de la séparation du judaïsme d'avec le christianisme. Le résultat en est un livre de grande influence, publié en 1934, Le conflit entre l'Église et la Synagogue dans lequel il se penche sur la traditionnelle opposition entre Vetus Israel/Verus Israel telle que propagée dans la littérature patristique triomphaliste. et conduite sous la direction de Charles Guignebert. Elle étudie les racines de l'antijudaïsme chrétien à travers la patristique grecque depuis Justin de Naplouse et Marcion de Sinope. Il s'attarde en particulier sur l'expression Vetus Israel opposée à l'expression Verus Israel, revendication dans laquelle il identifie le supersessionismeLe supersessionisme contient l'idée selon laquelle une religion succède à une autre et est destinée, du simple fait chronologique, à écraser la précédente. Boyarin, dans Mourir Pour Dieu fait une longue analyse des commentaires talmudiques et patristiques des récits concernant Jacob et Esau et de leur exploitation de cette gémellité au profit de l'un ou l'autre culte en une lutte polémique. et, au détour d'une section s'interroge sur les marges entre judaïsme et ce qu'on nomme aujourd'hui « proto-christianisme » auxquelles il consacrera l'essentiel de sa carrière.

Sa thèse traduite en anglais et rééditée quatre fois demeure un ouvrage de référence et, de ce fait, en Europe, la séparation entre judaïsme et christianisme date de 135, à savoir de l'exil de l'école de Yavné à Poumbedita (dans l'actuel Irak). C'est pourquoi en Europe, on voit les choses un peu plus tôt. Un consensus s'est établi autour d'une période s'étirant de l'établissement de l'école de Yavné à l'introduction de la Birkat ha-Minim (« Bénédiction des hérétiques ») à la fin du parce que les Nazaréens ne s'étaient pas associés à la révolte de Bar Kokhba François Blanchetière, Le Monde de la Bible, numéro spécial, septembre 2007..

Marcel Simon représente le moment où l'étude de l'histoire du christianisme sort de l'apologétique pour entrer dans la critiqueFrançois Laplanche, La Crise de l'origine. La science catholique des Évangiles et l'histoire au , éd. Albin Michel, 2006. ; il se situe, comme le cardinal Jean DaniélouLes travaux de Daniélou sur le judéo-christianisme doivent désormais être largement amendés cf. Paul Mattéï, Le christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Armand Colin, 2008, . François Blanchetière synthétise les critiques à y apporter dans L'Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, à 75., toutefoisComme l'ensemble de l'historiographie de son époque, Annette Yoshko Reed, introduction à The ways that never parted., dans les problématiques de l'antériorité et de la postériorité, de l'orthodoxie, de l'erreur, de la vérité, du syncrétisme qui se sont révélées être de faux dilemmes.

Toutefois, le professeur Simon entendait limiter son étude à la période 135-425. Toute une école s'intéresse actuellement à la période antérieure, plus indistincte. Par exemple, François Blanchetière avec ses études Les premiers chrétiens étaient-ils missionnaires ? (30-135) et son Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien (30-135), toutes deux publiées au CERF ces dernières années, dans lesquelles il pose la question de la différenciation progressive. Cette différenciation progressive fait aussi l'objet des travaux d'autres chercheurs comme Dan Jaffé, Simon Claude Mimouni, Enrico Norelli, Bernard Pouderon, Daniel Marguerat, Dominique Cerbeleaud.

Cette question est le sujet principal de l'école anglo-saxonne.

École anglo-saxonne Dans ce cas de figure, bien développé chez les chercheurs anglo-saxons réunis au colloque « The ways that never part »Colloque Oxford Princeton, The ways that never parted, Daniel Boyarin, Paula Frederiksen., le christianisme ancien correspond à la période des conciles ; auparavant, n'existe qu'un proto-christianisme (ou paléochristianisme), en fait, une forme spécifique de judaïsme recruté parmi les membres les plus eschatologiques des courants messianistes.

La fin du christianisme ancien