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Antoine François Lemaire, né le à Montargis Dictionnaire universel, géographique, statistique, historique et politique de la France, t. III, « Montargis », Paris, Baudouin, 1804, p. 498 ; Montargis, registre paroissial (1758), 1758 - 1758, 3 NUM 208/102, f. 49., est un journaliste et écrivain révolutionnaire français proche de la Gironde. Commis aux postes depuis 1786, puis électeur de Paris, il devint membre du Club des Jacobins dès Manon Roland, Lettres de Madame Roland, t. II, 1900 - 1902, p. 430., avant d'embrasser un longue carrière dans le journalisme et l'imprimerie. Cette longévité tient à un contexte favorable aux rédacteurs réactifs, aptes à suivre l'évolution de la Révolution Jeremy Popkin, From the book : Revolutionary News, Duke University Press, 1990, p. 57., ainsi qu'aux soutiens, réseaux et subventions obtenus auprès de ses protecteurs et des gouvernements successifs.

Biographie Durant ses années de service aux postes (1786 - 1796), Lemaire se lie avec Louis-Augustin Bosc, naturaliste et plus tard républicain convaincu. Cette relation, qui devait s'avérer essentielle dans son parcours, s’étend sur plusieurs décennies Georgia Robison Beale, « Bosc and the Exequatur », Prologue: The Journal of the National Archives, 1977, p. 134-135.. Bosc l’introduit au sein du cercle des époux Roland, facilitant ainsi son intégration dans les milieux girondinsClaude Perroud, Georges Fénoglio-Le Goff (ed.), Études sur les Girondins, Etudes et mélanges de Claude Perroud, v. 3, 2020, p. 80-81.. Cette amitié perdure bien au-delà de la période révolutionnaire, comme en témoignent plusieurs échanges épistolaires encore conservés en 1811.

Dès avant la prise de la Bastille, Lemaire s'essaye au journalisme avec sa première publication, Les vitres cassées par le véritable Père Duchesne, rédigée par un député des États généraux. Déjà remis au goût du jour par une comédie de Dorvigny, le Père Duchesne incarne une figure familière du théâtre et de la satire. Repris par Lemaire, il devient, dans un style truculent et empreint de verve populaire, le porte-voix des plus pauvres, s’affirmant comme leur véritable représentant face aux députés. La feuille volante rencontre un réel succès et l’imprimeur doit rapidement multiplier les tirages pour répondre à la demande croissantePaul d'Estrée, Le Père Duchesne. Hébert et la commune de Paris (1792-1794),Paris, 1908, p. 32.. L'année suivante, dans ses Lettres bougrement patriotiques du Père Duchêne (1790), il se montre un ardent défenseur des principes nouveaux.

Dans un contexte de vives confrontations idéologiques, la figure du Père Duchêne est appropriée par des publicistes issus de courants politiques variés, chacun l’adaptant à ses propres orientations et objectifs et en revendiquant la paternité. Dès 1790, la popularité du personnage se manifeste à travers une prolifération de pamphlets, d’almanachs, d’estampes, de chansons et de publications populaires reprenant son nom, témoignant du succès du thème et de sa large diffusion. Comme souvent, un sujet à succès suscite de nombreuses imitations, et parmi les journaux qui réussissent à s’imposer durablement auprès du lectorat, deux périodiques finissent par se distinguer nettementMichel Biard, Parlez-vous sans-culotte ?, Tallandier, 2009, p. 11.. Lemaire dirige son édition parisienne chez l'imprimeur Châlon. Elle est à différencier de celle de Jacques Hébert qui sort des presses de l'imprimeur Denis Tremblay et qui, plus radicale, plus fougueuse, devait devenir la plus célèbreJeremy D. Popkin, Les journaux républicains, 1795-1799,Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine Année, t. 31, n° 1, 1984, p. 145.. En , s'y ajoute la proposition dite de la rue du Vieux-Colombier de l’abbé Jean Charles Jumel (1750-1824) imprimée par les frères Dufour, qui perd en campagne contre le clergé réfractaireNotice sur le Catalogue général de la BNF.Ouzi Elyada, « La mise au pilori de l'abbé Maury : imaginaire comique et mythe de l'antihéros pendant la Révolution française », in: Annales historiques de la Révolution française, 2005/3 (n° 341) – lire sur Cairn.Ouzi Elyada, « Les récits de complot dans la presse populaire parisienne », in Harvet Chisik (ed.),Presse d’élite, Presse populaire et propagande pendant la Révolution Française, Londres, 1989.. La concurrence s'exacerbe entre les trois Duchesne qui se disputent pendant quelque temps la légitimité du personnage de foire.

En 1790, Lemaire devient également l'initiateur du périodique L'Ami des Soldats, supplément à ses Lettres bougrement patriotiques. Son rôle de propagandiste fait l'objet de débats, en partie en raison de ses positions moins radicales que celles des figures les plus avancées du camp patriote. Ainsi, en 1790, un capitaine des grenadiers adresse une lettre à Jean-Paul Marat l’accusant d’être un agent à la solde de La FayetteJean-Paul Marat, Jacques de Cock (éd.), Œuvres politiques. 1789 - 1793, t. 1 à 10, 1989-1995, p. 743. Une accusation analogue se retrouve dans un pamphlet anonyme publié en 1790 et 1791 La Jacobinière. parade comme il n'y en a pas (Chaudriet, p. 26) où il est accusé d'être à la solde d'Adrien Duport..

Son engagement politique le pousse vers une alliance affirmée avec les Girondins dès 1792, année durant laquelle il fonde Le Courrier de l’Égalité, soutenu financièrement par Roland, dont l'objectif est d'« endoctriner » les troupes révolutionnaires Claude Perroud, « Quelques notes sur les missions de l'automne de 1792 », La Révolution française, t. 45, 1903, p. 35.. Lemaire semble également collaborer au Républicain, journal des hommes libres de tous les pays, un autre vecteur de propagande révolutionnaire, assisté dans l'observation des débats parlementaires Maurice Tourneux, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution, t. II, p. 647..

A l’avènement de la République, il est suspecté de collusion avec le gouvernement déchu. Le , lors de son interrogation par la Commission des Douze à la suite de la découverte de l'armoire de fer, Lemaire est accusé de liens avec les ministres monarchiens notamment avec Chambonas, l'ancien maire de Sens avant son accession aux Affaires étrangères. Il dément formellement ces accusations« Je n’ai jamais été un homme vendu ou à vendre ». Interrogatoire par la Commission des Douze, 21 décembre 1792, in La Convention nationale, Quatrième recueil, 1792, p. 71-73. Une lettre de Chambonas au roi, datée du 18 juin 1792, indique cependant qu'il « vient de promettre tranquillité » et qu'il devait en recevoir dédommagement. Jean-Paul Marat, Jacques de Cock (éd.), Œuvres politiques. 1789 - 1793, t. 1 à 10, 1989-1995, p. 2040., se défendant vigoureusement d’être un partisan de Lafayette et réaffirmant sa position républicaineEdmond Seligman, La justice en France pendant la Révolution, p. 123.. L'année suivante, en 1793, Lemaire est encore soupçonné de liens avec des éléments réactionnaires et d'avoir reçu des fonds pour concurrencer le journal d'Hébert Jean-Charles Poncelin de La Roche-Tilhac, Le procès de Louis XVI, 1795, p. 352.. À cette date, il poursuit les aventures du héros de Foire qui la rendu célèbre dans Les Trompettes du Père Duchêne (1792 -1793) mais quitte provisoirement le directoire des Postes.

Sous la Terreur, Lemaire n'est pas inquiété. Il est en effet appelé aux fonctions de bibliothécaire et de chef d'instruction à Bergerac, sur la recommandation de Joseph Lakanal qui lui semble très favorableMarc Martin, Les origines de la presse militaire en France, Vincennes, 1975, p. 125.Claude Perroud, « Le Père Duchène à Bergerac », La Révolution française, t. 41, 1904, p. 289 - 301., avant de revenir à Paris après la chute de Maximilien Robespierre en 1795. Lors de cette période, il dépose à la Convention une brochure demandant l'abolition de la peine de mort, plaidant pour que cette mesure soit envisagée comme un rempart contre les dérives despotiquesClaude Perroud, « Roland et la presse subventionnée », in La Révolution française, n° 62, 1912.. Cette prise de position est saluée par la Convention, qui lui décerne une mention honorable, transmettant son texte à la commission chargée de la préparation de la Constitution de l'an III. A la fin de l'année 1795, quand le gouvernement thermidorien mesure l'ampleur de la résurgence royaliste, il intègre le Bureau d'esprit public dirigé par Joseph Turot et chargé de contrôler la presse et de rationaliser l'effort de propagande du gouvernementMax Fajn, The journal des hommes libres de tous les pays 1792–1800, Walter de Gruyter, 1975, p. 52-53. Son périodique, Le Bonhomme Richard (1796), passe alors pour être secrètement subventionné pour ramener dans le giron républicain, et Feuillants modérés et anciens démocratesAlbert Mathiez, La réaction thermidorienne, 1929, p. 267, 292.. Dans les années suivantes, Lemaire s'ancre encore davantage dans le paysage médiatique français. En 1796, détaché du services des Postes, il s'établit comme imprimeur rue d'EnferComme l'atteste une lettre de son épouse adressée à Louis-Augustin Bosc. Claude Perroud, La Révolution française, t. 41, 1904, p. 297.. Sortent de ses presses, L'Ami des Lois et le Patriote français (1797 -1799) dont le principal rédacteur, un périodique largement inspiré par le journal de BrissotMaurice Tourneux, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution, t. II, p. 701. Il est assisté par Jacques Garnier de Saintes., avant de publier parallèlement L'Orateur des assemblées primaires en 1798, un organe de presse influent sous le Directoire. La même année, il imprime affiche et pamphlet, tel La Peur de Poultier, soutenu secrètement par le ministre de la Police générale avant d'être nommé archiviste adjoint du Directoire.

À partir de 1799, Lemaire devient directeur et rédacteur principal du Citoyen français, journal politique, commercial et littéraire, un des rares journaux politiques qui devaient être autorisés par l'arrêté du 27 nivôse an VIIIGuillaume-Ferdinand Huyghe, Recueil Des Loix de la République Française, t. I, Bruxelles, 1800, p. 259. et qui se maintient jusqu'en 1801 Maurice Tourneux, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution, t. II, p. 714. La Biographie nouvelle des contemporains d'Antoine-Vincent Arnaut (1826), précise que le périodique fut supprimé sous le Consulat, en raison de ses « principes »., tout en devenant membre de sociétés d’émulation et du Portique Républicain, société littéraire ultra-démocratiqueEugène Hatin, Bibliographie historique et critique de la presse périodique française, Paris, 1866, p. 192.. Son journal change de titre en 1801, pour devenir le Courrier français, journal politique, commercial et littéraire avant de fusionner avec Le Courrier des spectacles pour devenir Le Courrier de l'Europe et des spectacles.