L'économie, ou science économique, provenant du grec ancien / , contraction de / oikos (« maison ») et de / nomós (« loi »), ce qui signifie « administration d'un foyer », est une discipline des sciences sociales qui étudie l'économie en tant qu'activité humaine, qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et de services.

Si dans l'Antiquité Xénophon et Aristote ont chacun écrit un traité sur l'économie, c'est à partir du que se développe la pensée économique moderne, avec le mercantilisme, puis au avec les physiocrates. L'économie politique débute à la fin du avec Adam Smith, puis David Ricardo ou encore Jean-Baptiste Say (les classiques) au début . C'est avec la révolution marginaliste à la fin du que l'économie se constitue comme une discipline scientifique et s'institutionnalise.

Au sein de la discipline, on distingue deux grandes approches : la macroéconomie, qui étudie les grands agrégats économiques (épargne, investissement, consommation, croissance économique), et la microéconomie, qui étudie le comportement des agents économiques (individus, ménages, entreprises) et leurs interactions, notamment sur les marchés.

Comme dans d'autres disciplines, l'économie se décline selon un spectre depuis la théorie économique, qui vise à construire un corpus de résultats fondamentaux et abstraits sur le fonctionnement de l'économie, jusqu'à l'économie appliquée, qui utilise les outils de la théorie économique et des disciplines connexes pour étudier des domaines importants comme l'environnement, le travail, la santé, l'immobilier, l'organisation industrielle ou encore l'éducation.

Définition L'économie en tant que discipline a reçu des définitions différentes au cours du temps.. En 1776, Adam Smith conçoit, dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, l'économie comme d'emblée politique, en ce qu'elle serait une branche de la science du législateur.. En 1815, Jean-Baptiste Say écrit que l'économie ... vignette|L'économie étudie les échanges de biens comme ceux pratiqués sur ce marché. Certaines définitions de l'économie insistent sur la relation entre l'économie et la rareté, et fait de la discipline celle de l'étude de la gestion de la rareté. Lionel Robbins, dans son Essai sur la nature et la signification de la science économique (1932), écrit que .. Raymond Barre, dans son Économie politique (1976), écrit que .

Histoire

Origines de la pensée économique Les origines de la pensée économique remontent aux civilisations mésopotamienne, grecque, indienne, chinoise, perse et arabe.

Civilisations mésopotamiennes À partir de la fin du les cités-États de Sumer ont développé leurs commerces et leurs économies à partir des marchés de matières premières.

Les premiers codes de loi de Sumer pourraient être considérés comme les premiers écrits économiques, dont de nombreux attributs sont encore en usage dans la valorisation des prix d'aujourd'hui tels les montants codifiés d'échange d'argent lors des échanges commerciaux (taux d'intérêt), amendes, règles d'héritage, lois concernant la façon dont la propriété privée doit être imposée ou divisée..

Monde grec Dans la Grèce antique, le terme économique apparaît comme le titre d'un traité de Xénophon (Économique) et d'un ensemble de traités attribués à Aristote (Économiques), dont l'objet est la connaissance et la formulation des lois (« nomos ») permettant d'optimiser l'utilisation des biens d'une maison (« oikos »), considérée comme unité collective de production d'une famille élargie ou d'un clan.

Chez Aristote, la richesse est considérée du point de vue de l'abondance des biens produits et de leur utilité, non de l'accumulation de monnaie par l'usure ou le négoce dont les procédés font l'objet d'une autre discipline qu'Aristote appelle chrématistique (de khréma (la richesse) et -atos (degré superlatif)) et qu'il considère comme des activités stériles, voire déshonorantes dans l'Éthique à Nicomaque).

L'Économique est explicitement distingué du terme Politique, laquelle fait l'objet d'un autre traité d'Aristote et vise à établir l'harmonie et la justice entre les différentes classes de personnes et de familles qui constituent la cité.

Inde Le philosophe indien Vishnugupta Chânakya (340-293 ), conseiller auprès du trône de l'Empire maurya de l'ancienne Inde, développe de nombreux concepts économiques, notamment dans son œuvre principale Arthashastra (La Science des richesses et du bien-être).. B.S. Sihag, Kautilya on institutions, governance, knowledge, ethics and prosperity., Humanomics 23(1): 5–28, 2007.

Moyen Âge thumb|Après avoir découvert la Muqaddima (1377), Joseph Schumpeter voit en Ibn Khaldoun (1332-1406) le plus proche précurseur de l'économie moderne., même si la plupart de ses théories économiques ne furent connues en Europe qu'à une époque relativement récente..

Au Moyen Âge les penseurs économiques sont avant tout des théologiens comme Thomas d'Aquin ou Ibn Khaldoun.

Dans sa Somme théologique, Thomas d'Aquin examine de nombreuses questions de nature économique, dont la justification de la propriété privée, du commerce et du profit.

Raisonnant dans le cadre du droit naturel, les penseurs scolastiques, ils préfigurent l'économie moderne dans le domaine de la politique monétaire, de l'intérêt, et la théorie de la valeur dans le cadre du droit naturel..

Leur apport majeur est la critique de l'usure, critique largement contestée par l'économie moderne, particulièrement par Eugen von Böhm-Bawerk..

Les débuts de l'économie comme discipline à part thumb|upright|Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) est la grande figure du mercantilisme en France.|alt=Portrait de Jean-Baptiste Colbert

À partir de la seconde moitié du et jusqu'au milieu du , la pensée économique se structure autour de la doctrine du mercantilisme.. Ce courant correspond à l'émergence de la notion d'État face au pouvoir papal et au système féodal.. Le rôle de l'économiste est alors de permettre l'enrichissement de son souverain.

Les penseurs mercantilistes prônent le développement économique par l'enrichissement des nations au moyen du commerce extérieur qui permet de dégager un excédent de la balance commerciale grâce à l'investissement dans des activités économiques à rendement croissant. Ils accordent un rôle primordial à l'État et prône des politiques protectionnistes établissant des barrières tarifaires et encourageant les exportations tout en visant à l'unification du marché national. Cette doctrine économique connaît son apogée du . Elle estime que la richesse d'une nation dépend de l'importance de sa population et de l'accumulation d'or et d'argent. Les nations qui n'ont pas accès aux mines peuvent obtenir l'or et l'argent en favorisant leur outil productif et en stimulant leurs exportations...

C'est au qu'apparaît la notion d'économie politique avec la publication d'Antoine de Montchrestien .

thumb|François Quesnay (1694-1774) est le chef de file de l'école physiocrate. Il est l'auteur du (1759).

Dans la seconde moitié du , la doctrine mercantiliste est remise en cause par les physiocrates d'une part et par la naissance de l'économie classique avec Adam Smith d'autre part.

Inspirés en particulier par des ouvrages comme celui de Richard Cantillon., (1755) les physiocrates considèrent que la seule activité réellement productive est l'agriculture. La terre multiplie les biens : une graine semée produit plusieurs graines. Au bout du compte, la terre laisse un produit net ou surplus. L'industrie et le commerce sont considérés comme des activités stériles car elles se contentent de transformer les matières premières produites par l'agriculture..

Les physiocrates s'attachent à la recherche des lois naturelles qui régissent les activités des hommes.. Ils ont notamment schématisé l'économie comme un flux de revenus et de dépenses améliorant le modèle de Boisguilbert...

vignette| Adam Smith (1723-1790) est un philosophe et économiste écossais. Son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) est considéré comme l'ouvrage fondateur de l'économie politique classique.

En 1776, Adam Smith publie , considéré comme l'ouvrage fondateur de l'économie classique.. Cette publication propose une synthèse cohérente des connaissances économiques de cette époque. Si Adam Smith est aujourd’hui surtout connu en tant qu’économiste, il se considérait avant tout comme professeur de philosophie morale (qu’il avait enseignée à Glasgow). Ainsi, la Richesse des nations ne traite pas seulement d’économie (au sens moderne), mais aussi d’économie politique, de droit, de morale, de psychologie, de politique, d’histoire, ainsi que de l’interaction et de l’interdépendance entre toutes ces disciplines. L’ouvrage, centré sur la notion d'intérêt personnel, forme un ensemble avec la Théorie des sentiments moraux, où il avait exposé la sympathie inhérente à la nature humaineLa concomitance entre la période où Adam Smith écrit ses deux grandes œuvres la Théorie des sentiments moraux (1759) et les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations abrégées en Richesse des nations (1776) avec la période où les physiocrates sont actifs (1756-1777) () invite à les traiter ensemble de manière à mieux cerner les proximités et les divergences..

: l'affirmation de la discipline économique Économie politique classique thumb|upright|Thomas Malthus (1766-1834) préconise un contrôle de la population car il craint que les ressources naturelles ne soient pas infiniment exploitables. Il est l'auteur de l (1798).|alt=Portrait de Thomas Malthus

Pour Adam Smith, l'augmentation de la population est synonyme d'augmentation de la richesse. Thomas Malthus, pasteur chargé de l'aide aux pauvres dans sa commune, est frappé par la misère engendrée par les mauvaises récoltes de 1794 à 1800. Il s'intéresse alors aux problématiques du progrès, de la croissance de la population et de la richesse. Son ouvrage principal, , connait une grande popularité et conduit à un des premiers recensements de la Grande-Bretagne.

thumb|Jean-Baptiste Say, industriel et économiste français est l'auteur du (1803). On lui attribue la « loi des débouchés ».

thumb|David Ricardo (1772-1823) est l'auteur Des principes de l'économie politique et de l'impôt (1817). On lui doit notamment la théorie des avantages comparatifs qui est une des théories fondatrice de l'économie internationale.

Avec la publication (1817), l'économiste et philosophe britannique David Ricardo développe et enrichit les thèses de la valeur, du libre-échange popularisées par Adam Smith.

Pour Daniel Villey, .. Pour MalthusThomas Robert Malthus, Principe d’économie politique, 1820, la population a tendance à augmenter géométriquement alors que la production de denrées alimentaires ne s'accroît que de manière arithmétique. Pour rétablir l'équilibre, la Nature dresse des obstacles efficaces (famines, épidémies, etc.) mais inhumains.. Pour Malthus, un pasteur, il conviendrait plutôt de limiter la reproduction par des moyens artificiels. Il y a chez lui un certain pessimisme sur les capacités d'augmenter la production du fait de la loi des rendements décroissants, de la limitation des ressources naturelles et de la propension des humains à proliférer, qui devraient conduire à des famines. Les travaux de Malthus conduisent Thomas Carlyle à qualifier l'économie de .. Malthus conteste également qu'une économie de marché conduise automatiquement au plein emploi comme le fera également Keynes plus tard.