Les maladies émergentes, selon l'Office international des épizooties (OIE), sont, depuis 2006, des Le caractère « nouveau » de la maladie se traduit par exemple par un changement d'hôtes, de vecteur, de pathogénicité ou de souche. On parle souvent de maladies infectieuses émergentes (MIE), et le Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc) français considère qu'elles pourraient devenir plus nombreuses dans le contexte du changement climatiqueBrève Actu environnement, intitulée « Changement climatique : vers une meilleure prise en compte des maladies émergentes », 2011-07-29..
Elles concernent surtout les pays en développement et posent d'importants problèmes de santé publique (selon un rapport de 1997 de l'OMS, les maladies émergentes sont responsables de 33 % des décès dans le monde).
Le phénomène n'est pas récent (la syphilis ou la peste et quelques pandémies grippales ont été historiquement bien documentées), mais elles semblent en hausse rapide depuis un siècle (leur nombre a presque été multiplié par 4 en 50 ans) ; avec l'apparition des virus très pathogènes et à potentiel élevé de pandémie VIH/SIDA, syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), virus de la fièvre du Nil occidental, virus Ebola, H5N1Nature (2008) Global trends in emerging infectious diseases,par Kate E. Jones Nature 451, 990-993 (21 February 2008), (qui est la première à croiser les données écologiques et sanitaires à échelle planétaire, sur la base de statistiques accumulées depuis 1940)
Ces maladies sont souvent aussi des maladies animales ou l'animal peut être utilisé comme modèle pour l'étude des émergences« Maladies émergentes animales : une exigence renouvelée, des recherches finalisées » Vidéos (Salon de l'agriculture 2009) mises en ligne par l'INRA.
L’aire occupée par certains parasites et/ou leurs vecteurs potentiels (tiques, moustiques…) est également en forte augmentation, ce qui préoccupe l'OMS, la FAO et l'OIE en particulier concernant le risque de pandémie de grippe H5N1.
Les ports et, plus récemment, les aéroports ou les détroits se sont souvent montrés (depuis le Moyen Âge au moins) des portes fréquentes d'entrées d’épidémies ou pandémies, puis d'espèces envahissantes ou porteuses de parasites ou germes pathogènes.
On parle parfois aussi de syndrome émergent.
Catégories Une maladie peut être à la fois ancienne, permanente et émergente pour des variants du pathogène en question. Par exemple, la grippe est une maladie ancienne, mais celle qui est induite par le virus IA H5N1 HP est une maladie émergente.
Une maladie peut être endémique et ancienne dans une partie du monde, mais dite émergente quand elle apparaît dans une région antérieurement indemne ; par exemple, parce qu'elle est apparue pour la première fois dans l'hémisphère nord, en Europe, en , l'OIE a classé la fièvre catarrhale du mouton comme maladie émergente dans cette partie du monde.
Une maladie quasi disparue, ou due au retour d'un variant disparu depuis longtemps peut être réémergente (ex : fièvre de la vallée du Rift), ce qui peut se produire quand notre système immunitaire n'est plus capable d'y réagir correctement ou quand elle est devenue maladie nosocomiale. Exemples : les leishmanioses, ou le paludisme qui est localement devenu résistant au traitement, qui était autrefois présent en Europe, qui pourrait y revenir. On observe des évolutions « récentes et non expliquées » de la répartition de plusieurs vecteurs anophéliens.
Histoire et augmentation de fréquence (réelles ou ressenties) Depuis l'Antiquité, des maladies épidémiques ou , , semblent apparaître de nulle part, et laissent leur marque dans l'Histoire.
Quand, à partir de Louis Pasteur, et plus encore après la grippe espagnole, les mécanismes infectieux et pandémiques sont mieux cernés, on comprend que l'augmentation des voyages est une source de diffusion de nouveaux agents infectieux.
En 1930, le microbiologiste français Charles Nicolle écrivait Nicolle, Charles. Naissance, vie et mort des maladies infectieuses, Paris : Félix Alcan, 1930.
Le même Nicolle, ainsi que le grand public estimaient en 1935 que Charles Nicolle, « Destin des maladies infectieuses » Leçons du Collège de France, "Les classiques des sciences sociales" Une bibliothèque numérique, PDF, 196 pages (voir ).
Le cadre sémiologique de « maladie émergente » est créé aux États-Unis au début des années 1990 en réponse à une demande de l’État fédéral américain saisi par l'apparition de maladies infectieuses qualifiées de « nouvelles » Lederberg J, Shope RE, Oaks SC. (éd.), Emerging Infections: Microbial threats to health in the United States, Washington/New York, The National Academies Press, 1992]. Stephen Morse et Joshua Lederberg vont utiliser pour la première fois le terme. Le concept de l'émergence de pathologies nouvelles sera pris en compte par la communauté scientifique européenne quelques années plus tard avec la création d'équipes spécialisées sur cette nouvelle thématique des maladies émergentes Les dossiers thématiques de l'IRD « Maladies virales émergentes :un défi pour la science », et de financements destinés à la rechercheComité d'évaluation ANR, programme Microbiologie, Immunologie t Maladies Émergentes (MIME), université de Nice 2006..
Les premiers résultats du projet EDENext (), qui s'intéresse notamment aux tandems vecteurs-agents pathogènesCIRAS, EDENext, EDENext : haro sur les tiques, insectes, rongeurs, autres vecteurs et réservoirs de maladies émergentes Communiqué de presse, 28 mars 2011, confirment une augmentation de fréquence des apparitions de maladies infectieuses émergentes (MIE) : en 10 ans, de 1940 à 1950, une vingtaine de tels événements ont été enregistrés, alors qu'il y en a eu plus de 80 dans la décennie 1980-1990 Bégué A. 2011. « Can a 25-year trend in vegetation dynamics (NOAA-AVHRR NDVI) be interpreted in terms of land use change? A case study of the Bani catchment in Mali » Global Environmental Change, 21 : 413-420. .
Aspects écoépidémiologiques Ces maladies concernent souvent l'animal dont l'humain, y compris les animaux aquatiques (avec un risque accru lié au développement de la pisciculture et des transports intercontinentaux de crustacés, poissons ou coquillages). En Europe, en cas d'apparition d'une maladie émergente dans une pisciculture, l'État membre concerné doit mettre en œuvre les mesures nécessaires afin d'éviter la propagation de cette maladie et informer la Commission et les autres États membres de la situation. (Le cas échéant, la liste des maladies est modifiée en conséquence)Directive 2006/88/CE du Conseil, du 24 octobre 2006, relative aux conditions de police sanitaire applicables aux animaux et aux produits d'aquaculture, et relative à la prévention de certaines maladies chez les animaux aquatiques et aux mesures de lutte contre ces maladies.
Le concept d'émergence épidémiologique s'applique plus généralement aux espèces envahissantes et également au monde végétal, avec d'une part des spécificités et d'autre part des parallèles, par rapport à la manière dont il se traduit chez l'animal ou chez l'humainMaladies émergentes. Épidémiologie chez le végétal, l'animal et l'humain, Barnouin J. (ed.), Sache I. (ed.) et al., 2010, ed. QUAE, Paris.. En fait, une réflexion générique sur la problématique de l’émergence épidémiologique pourrait être menée, selon le Jacques Barnouin (INRA), dans le cadre d’un consortium multidisciplinaire via une stratégie consistant à effectuer, à partir d’un consensus international, des recherches portant sur un très petit nombre de pathosystèmes modèles considérés comme aptes à être à la base d’une émergence « structurelle » (innovation épidémiologique liée au fonctionnement de la coévolution d’espèces). Cette « mobilisation » sur un agent pathogène — ou un cortège d’agents pathogènes — pourrait être l’occasion de faire progresser l’épidémiologie dans son ensemble, à l’instar de ce qui a été réalisé en génétique via les organismes modèles Arabidopsis thaliana ou Drosophila melanogaster.
Une étude mondiale sur les maladies émergentes humaines, publiée dans Nature en a montré que : les maladies émergentes (ou réémergentesCentre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture (2014) Zoonoses émergentes et réémergentes : enjeux et perspectives ; analyses publiées par le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt ; Analyse n° 66, janvier 2014 ; téléchargeable : http://agriculture.gouv.fr/publications-du-cep ou http://agreste.agriculture.gouv.fr/publications/analyse/) récentes sont presque toutes des zoonoses (maladies pouvant à la fois toucher l’animal dont l'humain) ; le nombre d'apparitions de ces maladies a presque été multiplié par 4 depuis 50 ans ; leurs apparitions sont nettement plus fréquentes depuis 25 ans (depuis les années 1980) ; la nosocomialité augmente également : les cas de virus (ou autres pathogènes) et leurs vecteurs résistants respectivement aux médicaments et aux pesticides sont en nette augmentation ; C’est le cas d’environ 20 % des 335 maladies émergentes étudiées, qui sont d’anciennes maladies (réémergentes), mais antibiorésistantes, dont la tuberculose) ; 54,3 % des M.E sont causées par des bactéries et rickettsia ; dans les années 1980, les maladies transmises par des insectes (moustiques, punaises) ou acariens (tiques) ont connu une nette augmentation, peut-être en raison des changements climatiques ou de modifications de leurs habitats (dans le même temps, de même que les microbes s’adaptant aux antibiotiques, de nombreux insectes se sont adaptés à certains insecticides) ; 60,3 % de ces nouvelles maladies étaient des zoonoses (transmises à l’humain par un animal) ; et plus de 71 % de ces zoonoses avaient un animal sauvage comme origine ; les maladies émergentes ont été beaucoup plus nombreuses depuis les années 1980, probablement en raison du SIDA (et de la déficience immunitaire qu’il occasionne), mais aussi en raison de la croissance exponentielle des transports longue distance, par avion et bateau notamment.
Géographie du risque L'étude publiée début 2008 par Nature s'est appuyée sur : une carte de danger ; celle des 335 foyers de maladie émergente (zoonoses uniquement) repérés de 1940 à 2005. Dans le monde, et du point de vue du nombre des émergences récentes, c'est en Europe, la zone allant du Kent à l'Allemagne en passant par la Belgique et le Nord de la France qui a été la plus exposée et qui constitue un Hotspot (point chaud). La France est une zone à haut risques, car très bien desservies par des aéroports et portes en lien avec le monde entier, et traversées de nombreux axes de transport ; c'est le Dewarumez J.-M., Gevaert F., Massé C., Foveau A., Grulois D., 2011. Les espèces marines animales et végétales introduites dans le bassin Artois-Picardie. UMR CNRS 8187 LOG et Agence de l’Eau Artois-Picardie. PDF, 140 pagesNoël, P., 2002. Les invertébrés aquatiques introduits en France. Bulletin de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, Biologie 72 suppl, 19-27. Cette position de carrefour géographique "multimodal" et un climat tempéré sont très propice à l'introduction d'espèces et au risque d'invasivité. Une régression de la biodiversité peut encourager les invasions biologiques en libérant des niches écologiques pour les espèces invasives ; quatre cartes de risque, qui identifient des « hot-spots » (zones à haut risque).
Ces cartes de risques sont faites à partir de l’analyse des lieux et conditions d’apparition de ces maladies, et à partir de modèles informatiques prenant en compte les corrélations observées entre apparition de maladies émergentes et : activité humaine ; densité de population et/ou changement de population humaine ; latitude ; pluviométrie ; degré de richesse en biodiversité « sauvage ».