Jacques Heers, né le à Paris (15e arrondissement), mort le à Angers., est un historien français, spécialiste de l’histoire du Moyen Âge, professeur à la faculté des Lettres et Sciences humaines de Paris-Nanterre, puis à Paris IV.
Bien que proche de Braudel, il soutient sa thèse à la Sorbonne sous la direction de Yves Renouard. Consacrée à Gênes au , elle est publiée dans la collection du Centre de Recherches historiques de la de l'École pratique des hautes études en . Heers est ainsi méthodologiquement proche de l’École des Annales et de leur proposition d'une histoire socio-économique.
Biographie Années de formation Son père, Arthur Heers, né à Hanovre (Allemagne, land de Basse-Saxe) est d'origine allemande et suisse alémanique. Sa mère, Marcelle Gamé, est née en 1895 à Paris (16e arrondissement).
Jacques Heers grandit à La Ferté-Bernard (département de la Sarthe), où ses parents tenaient un commerce. Son père, recherché par les autorités nazies qui l'accusent d'avoir déserté l'armée allemande durant la Grande Guerre, se cache durant l'Occupation.
Jacques Heers, après l'obtention du certificat d'études primaires, est admis à l'École normale primaire. En , à l'issue de la fermeture des Écoles normales primaires par le régime de Vichy, il effectue ses études secondaires au lycée Montesquieu du Mans. En 1943, il est reçu au baccalauréat.
En 1948, Jacques Heers est reçu au certificat d'aptitude à l'enseignement dans les collèges. En 1949, il est reçu à l'agrégation d'histoire, le dixième sur vingt.
Entre 1949 et 1951, Jacques Heers exerce ses fonctions de professeur aux lycées du Mans, puis d'Alençon, et enfin au Prytanée national militaire de La Flèche.
Vie privée Jacques Heers a épousé Marie-Louise Bois, étudiante en histoireDevenue historienne elle-même, Marie-Louise Heers est notamment l'auteur de : Les Génois et le commerce de l'alun à la fin du Moyen Âge, Revue d'histoire économique et sociale, vol. 32, 1954, n° 1, p. 32-53, et Du printemps des peuples à l'affrontement des nations (1848-1914), éd. des PUF, 1974 (compte rendu par Jacques Neré) ; et, en langue espagnole, El mundo contemporaneo (1848-1914), Madrid, 1986., devenant ainsi le gendre de l'historien Paul Bois (1906-1990), son ancien professeur au lycée du Mans.
Carrière universitaire À partir de 1951, il est rattaché au CNRS. Dès lors, il côtoie Fernand Braudel qui l'envoie en Italie préparer un doctorat d'État consacré à Gênes au . Il soutient sa thèse à la Sorbonne en 1958. À son retour d'Italie, il devient l'assistant de Georges Duby à la faculté des Lettres d'Aix-en-Provence. En 1957, il est nommé professeur à l'université d'Alger où il exerce pendant cinq ans jusqu'en 1962. Par la suite, il est successivement professeur à Caen, Rouen, Paris-Nanterre et enfin à la Sorbonne.
Professeur honoraire de l'université Paris-IV où il tint de longues années la chaire d'histoire médiévale, il avait été vice-président de la SHMESP (Société des historiens médiévistes de l'enseignement public) de 1971 à 1973. En retraite, Jacques Heers, et en dehors de l'écriture et de la recherche, était souvent présent dans des émissions de Radio Courtoisie.
En 1999, il s'oppose à la guerre en Serbie et signe la pétition « Les Européens veulent la paix »., lancée par le collectif Non à la guerre..
De 2012 à sa mort, il est membre du conseil scientifique du Figaro histoire..
Distinctions Jacques Heers a reçu trois prix de l'Académie française : Prix M.-et--Louis-Marin, pour Christophe Colomb : 1981. Prix d'histoire, pour Machiavel : 1986. Grand prix Gobert, pour l'ensemble de son œuvre : 1998.
Il a reçu en 1981 le grand prix littéraire Sola-Cabiati de la ville de Paris, destiné à récompenser un auteur français de romans historiques ou d'œuvres d'étude accessibles au grand public.
Apport à l'histoire du Moyen Âge Ses thèmes de recherche étaient : La ville et les derniers siècles du Moyen Âge : une partie de ses travaux tendaient à démontrer que la tradition historique qui divise l’histoire européenne en Moyen Âge et Renaissance n'est pas fondée, et que la catégorisation en périodes historiques aussi tranchées masque d'une part une véritable continuité et d'autre part des disparités géographiques certaines. C'est l'objet, entre autres, de son essai Le Moyen Âge, une imposture (1992). Le commerce en mer Méditerranée au : sa thèse de doctorat visait à démontrer que l'importance du commerce de l’épice en Méditerranée a été largement surestimée par les historiens. En réalité, d’après ses travaux, le blé, le sel et d'autres produits tenaient bien plus de place que le commerce de l’épice (en termes de volume et de valeur dans les échanges). Fernand Braudel, qui a toujours évoqué l’importance de l’épice dans les échanges, reconnaît le sérieux scientifique des travaux de Jacques Heers. L'apport arabe dans la redécouverte de la pensée grecque en Europe : Jacques Heers pensait qu’on surestime largement la contribution des Arabes dans la redécouverte de la philosophie d’Aristote en Occident. Selon lui, Entretien de Jacques Heers dans La Nouvelle Revue d'histoire, , mars-avril 2007, p. 13..
Publications Gênes au . Activité économique et problèmes sociaux, Paris, SEVPEN, 1961. L'Occident aux . Aspects économiques et sociaux, Paris, PUF, 1963. Le Travail au Moyen Âge, Paris, PUF, Que sais-je ?, 1965. Précis d'histoire du Moyen Âge, Paris, PUF, 1968. Le Clan familial au Moyen Âge, Paris, PUF, 1974. Christophe Colomb, Paris, Hachette, 1981. Esclaves et domestiques au Moyen Âge dans le monde méditerranéen, Paris, Fayard, 1981. Fête des fous et carnavals au Moyen Âge, Paris, Fayard, 1983. Marco Polo, Paris, Fayard, 1983. Machiavel, Paris, Fayard, 1985. La Vie quotidienne à la cour pontificale au temps des Borgia et des Médicis, Paris, Hachette, 1986. La Ville au Moyen Âge, Paris, Fayard, 1990. La Découverte de l’Amérique, Bruxelles, Complexe, 1991. La Ruée vers l’Amérique. Le Mirage et les Fièvres, Bruxelles, Complexe, 1992. Le Moyen Âge, une imposture, Paris, Perrin, 1992. Gilles de Rais, Paris, Perrin, 1994. Libérer Jérusalem. La première croisade, Paris, Perrin, 1995. Jacques Cœur, Paris, Perrin, 1997. De Saint Louis à . Forger la France, Paris, Bartillat, 1997. , Paris, Perrin, 1999. Les Barbaresques, Paris, Perrin, 2001. Les Négriers en terres d’islam, Paris, Perrin, 2003. Chute et mort de Constantinople, Paris, Perrin, 2005. L'Histoire assassinée. Les pièges de la mémoire, Éditions de Paris, 2006. Un homme, un vote ?, Monaco, Éditions du Rocher, 2007. Le Clan des Médicis. Comment Florence perdit ses libertés (1200-1500), Paris, Perrin, 2008 . L'histoire oubliée des guerres d'Italie, Via Romana, 2009 L'Islam cet inconnu, Versailles, Éditions de Paris, 2010, p 196. La Naissance du capitalisme au Moyen Âge. Changeurs, usuriers et grands financiers, Paris, Perrin, 2012. Histoire des croisades, Paris, Perrin, 2014, 336 p.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Articles connexes Pierre l'Ermite André Servier
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