Evgueni Sergueïevitch Botkine (en ), né le à Tsarskoïe Selo et mort fusillé le à Iekaterinbourg, fut le médecin de la famille impériale de Russie.
Biographie Famille
Quatrième enfant du médecin et scientifique Sergueï Petrovitch Botkine (médecin des tsars et ) et de sa première épouse Anastasia Krilovawww.mgzt..ru. Son frère Sergueï Sergueïevitch Botkin fut également médecin.
Mariage et descendance En 1891, Evgueni Sergueïevitch Botkine épousa Olga Vladimirovna Manuilova.
Cinq enfants sont nés de cette union : Serioja Evguenievitch Botkine : décédé à l'âge de six mois ; Dmitri Evguenievitch Botkine (1894-1914) : cornette dans un régiment de Cosaques de la Garde, au cours de la Première Guerre mondiale, il trouva la mort en couvrant la retraite d'une patrouille de Cosaques le . À titre posthume, il fut décoré de l'Ordre de Saint-Georges () ; Iouri Evguenievitch Botkine : fusillé par les nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale ; Tatiana Evguenievna Botkina (1898-1986) : elle épousa, pendant sa fuite en 1919, Constantin Semionovitch Melnik, dont elle divorça, d'où : Tatiana (1919); Iéléna (1921); Constantin Melnik (1927-2014). Gleb Evguenievitch Botkine (1900-1969) : il épousa Nadine Konchine, fondateur de l'Église d'Aphrodite ;
A l'instar de son père, Evgueni Botkine fut nommé médecin de la famille impériale en 1908. Ses nouvelles fonctions retenaient le médecin au palais. Son épouse entama une relation adultère avec le précepteur Allemand de ses enfants Friedrich Lichinger. Le couple divorça en 1911. Les enfants choisirent de rester avec leur père. Le tsar conserva sa confiance et sa charge à son médecin.
Jeunesse Après avoir étudié à domicile, en 1878, il fut inscrit au collège de Saint-Pétersbourg. En 1882, après l'obtention de son diplôme d'études secondaires, il entra à l'Université de physique et de mathématiques de Saint-Pétersbourg. Après une année d'études dans cet établissement, suivant l'exemple de son père, il entra à l'Académie militaire de médecine en 1883.
En 1889, Evgueni Sergueïevitch Botkine obtint son doctorat de médecine avec mention.
Carrière médicale
En , Evgueni Sergueïevitch Botkine fut admis à exercer la médecine à l'hôpital Mariinsky, dans cet établissement pour indigents, il occupa le poste de médecin-assistant. En , avec ses propres deniers, à des fins scientifiques il voyagea à l'étranger. Il travailla avec des érudits européens.
De retour en Russie, en , Evgueni Sergueïevitch Botkine travailla comme médecin de la chapelle de la Cour, en , il retourna exercer la médecine à l'hôpital Mariinsky. Parallèlement à l'exercice de la médecine en milieu hospitalier, il fit des recherches scientifiques sur l'immunologie, sur le processus de la leucocytose, il étudia également les différents éléments protecteurs contenus dans le sang.
En 1895, Evgueni Sergueïevitch Botkine étudia dans les Universités d'Heidelberg et de BerlinGreg King et Penny Wilson Le Destin des Romanov, page 61, il prit part à plusieurs conférences et exerça la médecine avec d'éminents médecins allemands comme : les professeurs G. Munch, B. Frenkel, P. Ernst et d'autres. En , il fut élu professeur adjoint de l'Académie médicale militaire.
En 1904, en qualité de bénévole, Evgueni Sergueïevitch Botkine prit part à la Guerre russo-japonaise de (1904-1905), il exerça le commandement dans le service médical de la Croix-Rouge de l'Armée de Mandchourie, son dévouement à bord du train-hôpital Saint-Georges lui valut l'Ordre de Saint-Vladimir ( - avec épées), l'Ordre de Sainte-Anne (), l'Ordre de Saint-Stanislas (), l'Ordre royal de Saint-Sava.
Le conflit qui opposa la Russie au Japon prit fin en 1905, cette même année, Evgueni Sergueïevitch Botkine de retour à Saint-Pétersbourg commença à enseigner à l'Académie. En 1907, il fut nommé médecin-chef de l'hôpital Saint-Georges à Saint-Pétersbourg. Le docteur Hirsch, alors médecin de l'impératrice décéda. En 1908, sur la demande de l'impératrice Aleksandra Fiodorovna il devint le médecin de la Cour, le de la même année, le médecin personnel du tsar Nicolas II de Russie. À cette date, comme son père, il lia son destin à celui de la famille impériale, il la suivra jusque dans la mort.
Médecin du dernier tsar russe
L'excellent état de santé du tsar Nicolas II, qui était un homme de sa génération, ne procurait aucun souci au docteur Botkine. Quant aux jeunes grandes-duchesses, elles n'étaient sujettes qu'à des maladies infantiles. En revanche, l'impératrice et le tsarévitch Alexis étaient de santé fragile.
À l'âge de six ans, l'impératrice avait contracté la diphtérie, dont sa plus jeune sœur et sa mère la princesse Alice du Royaume-Uni étaient mortes. Outre qu'elle avait causé chez la petite princesse un profond sentiment de culpabilité, cette maladie avait laissé des séquelles, ainsi vers la quarantaine, des rhumatismes firent-ils souffrir la tsarine qui était sujette à des douleurs et à des gonflements aux jambes, l'obligeant à se déplacer en fauteuil roulant. La tsarine éprouvait également des palpitations intenses et de l'arythmie. Sa constitution fragile supporta difficilement cinq grossesses en dix ans.
Psychologiquement, la jeune princesse de Hesse devint fragile, déjà culpabilisée par la mort de sa mère et de sa sœur, son « incapacité » à mettre au monde un fils puis la maladie du tsarévitch ne firent qu'accentuer cette fragilité. La tsarine se réfugiait dans un mysticisme proche de la superstition et se protégeait en durcissant des convictions politiques de plus en plus autoritaires. thumb|La famille impériale (1913/1914). Cependant, le principal sujet d'inquiétude du docteur Botkine était la santé du tsarévitch né en 1904. Le jeune Alexis naquit hémophile, une maladie héréditaire transmise par les femmes, et pouvait en mourir. L'espérance de vie de l'héritier du trône ne dépassait pas vingt ans. La vie du jeune tsarévitch fut mise en danger à plusieurs reprises et le docteur passa des journées et des nuits entières auprès du jeune malade. Il lui administrait des soins, mais il lui offrait également son affection et sa tendresse. Touché par les attentions délicates du docteur, le petit tsarévitch lui écrivit cette phrase tendre : « Je t'aime de mon cœur » .
Malheureusement, les connaissances de la médecine de l'époque au sujet de l'hémophilie étaient très limitées ; la récente découverte de l'aspirine donnait à ce nouveau médicament anti-douleur une réputation de remède miracle et les médecins en prescrivaient à leurs patients ; on ne savait pas alors que l'aspirine était un puissant anti-coagulant. Dans le cas de l'hémophilie, les résultats étaient évidemment désastreux.
Les relations entre le docteur Botkine et les membres de la famille impériale ne furent pas toujours évidentes, car il refusait de se lier d'amitié avec Raspoutine. À l'automne 1912, au cours d'un séjour au pavillon de chasse de Spala en Pologne, le jeune tsarévitch se blessa. Le mal empira rapidement, menaçant la vie du jeune Alexis. Le docteur Botkine, le professeur S.P. Fedorov et le chirurgien de la famille impériale V.N. Deverenko restèrent impuissants devant la progression de la maladie et le tsarévitch fut bientôt à l'agonie. Raspoutine exilé à Tobolsk guérit l'enfant, malgré la méfiance des médecins.
Les relations du docteur avec le tsar et les membres de sa famille en firent une personnalité très influente à la Cour impériale.
Evgueni Botkine gardait ses distances vis-à-vis de la politique, tout en étant fervent patriote. Comme beaucoup de Russes, il sentit l'orage venir. La vive hostilité portée au tsar et aux membres de la famille Romanov entretenue par des révolutionnaires de différentes couches sociales affaiblissait la Russie, ce qui, pensait-il, était bénéfique aux adversaires de l'Empire russe.
Le docteur Botkine fut témoin de l'assassinat de Stolypine, le , à une représentation à l'opéra de Kiev, en présence de la famille impériale, ce qui le marqua profondément.
Cependant, le dévouement d'Evgueni Botkine pour la famille impériale, ses longues heures passées à la Cour impériale, ses nuits avec ses élèves de l'Académie de médecine étaient tels que cela provoqua la séparation du docteur et de son épouse Olga. Celle-ci commença une liaison avec le précepteur allemand des enfants et son époux demanda et obtint le divorce. Il eut en outre la garde de ses trois plus jeunes enfants. Pendant les cérémonies du tricentenaire du règne des Romanov, en 1913, la grande-duchesse Tatiana but un verre d'orangeade préparée avec une eau contaminée par des germes infectieux. Elle contracta la typhoïde et le docteur Evgueni Botkine resta au chevet de la jeune fille et fut atteint par la fièvre typhoïde à son tour. Il resta alité, gravement malade, pendant plusieurs semaineswww.alexanderpalace.org.
Première Guerre mondiale Dès le début de la Première Guerre mondiale, les membres de la famille du docteur furent sollicités. Sur la demande de l'impératrice, le docteur Evgueni Sergueïevitch Botkine créa deux hôpitaux, l'un à Livadia et le second à Yalta. Sa fille unique, Tatiana Evguenievna Botkina se porta volontaire comme infirmière et ses deux fils aînés, Iouri Sergueïevitch et Dmitri Sergueïevitch rejoignirent le front où ils furent engagés dans les combats.
Le , Evgueni Sergueïevitch Botkine vécut une terrible tragédie, son fils Dmitri Evguenievitch fut tué au combat. Il trouva la mort en couvrant la retraite d'une patrouille de Cosaques. À titre posthume, il fut décoré de l'Ordre de Saint-Georges (). Son second fils, Iouri Evguenievitch fut gravement blessé, la chirurgie de l'époque fut impuissante devant tant de ravage. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il fut incarcéré puis fusillé par les nazis.
Après 1914, selon son fils, Gleb Evguenievitch Botkine, avec le temps, Evgueni Sergueïevitch Botkine devint très religieux, il « développa une aversion croissante pour la chair ». Il soigna les corps de nombreux blessés, mais également leurs âmes. Au cours de son exil avec la famille impériale de Russie, sa grande piété lui donnera la force de supporter les humiliations, la souffrance et l'acceptation de la mort.
Révolution russe Après la Révolution de février 1917, Aleksandra Fiodorovna et ses enfants furent placés en résidence surveillée au Palais Ekaterinsky à Tsarskoïe Selo. Hormis, la grande-duchesse Maria Nikolaïevna de Russie, tous les enfants du couple impérial contractèrent la rougeole. Mais quelque temps, plus tard, Machka contracta une pneumonie. Pour le docteur Evgueni Sergueïevitch Botkine, ce fut un devoir de soigner la jeune fille malade. Sur les conseils de leur père, Tatiana Evguenievna et son frère Gleb Evguenievitch logèrent chez Madame Teviashova, l'aïeule de Mikhaïl et Nikolaï Ouchakov, amis des enfants du docteur. Profitant de sa présence à Saint-Pétersbourg, Gleb Evguenievitch Botkine put rendre visite à son père et lui adresser quotidiennement des lettres.
Après l'abdication de Nicolas II de Russie, le , et avant le retour de l'empereur déchu à Tsarskoïe Selo le , Evgueni Sergueïevitch Botkine fut d'une aide précieuse pour l'impératrice. Le médecin de la famille impériale demeura en résidence surveillée au Palais Ekaterinsky jusqu'au , date à laquelle, avec les membres de la famille impériale il fut exilé à Tobolsk.
Exil à Tobolsk thumb|right|La maison du gouverneur à Tobolsk, où le docteur Evgueni Sergueïevitch Botkine et la famille impériale de Russie furent retenus prisonniers entre août 1917 et avril 1918.