Une infection nosocomiale est une infection contractée dans un établissement de santé.
Le terme « nosocomial » vient du grec ancien nosos (maladie) et de komein (soigner), qui forment le mot nosokomia (hôpitaux). Une infection est dite « nosocomiale » ou « hospitalière », si elle est absente lors de l'admission du patient à l'hôpital et qu'elle se développe au moins après l'admission ou un délai supérieur à la période d'incubation. Ce délai permet de distinguer une infection d'acquisition communautaire d'une infection nosocomiale. Ce critère ne doit pas être appliqué sans réflexion et il est recommandé d'apprécier, dans les cas douteux, la plausibilité du lien causal entre hospitalisation et infection.
Dans le cas d'infections de site opératoire, l'infection est considérée comme nosocomiale si elle survient dans les trente jours suivant l’opération, et ce délai se prolonge jusqu'à un an s'il y a mise en place de matériel prothétique. Autrement dit, toute infection survenant sur une cicatrice chirurgicale dans l'année suivant l'opération, même si le patient est sorti de l'hôpital, peut être considérée comme nosocomiale.
En , Sally Davies, hématologue et conseillère médecin en chef du gouvernement britannique, réalertait le président des Nations-Unies en rappelant que, sans action immédiate, coordonnée, ambitieuse et multiforme, avant 2050, ce sont dix millions de personnes qui mourront chaque année de maladie nosocomiale « évitable ». C'est ce qu'a conclu le groupe de coordination inter-institutions des Nations unies sur l'antibiorésistance. En 2019 seuls quelques pays semblent relativement maîtriser les maladies nosocomiales (Norvège, Suède et Pays-Bas). Et malgré des progrès, surtout centrés sur les pays du G7 et du G20, le risque nosocomial s'étend ; ces experts estiment qu'il faut dans le monde entier . Nous sommes dans une course aux armements contre les microbes, dit S. Davies, et la lutte est de plus en plus complexe, d'autant plus qu'il y a dans ce domaine un « échec du marché » : les entreprises désinvestissent alors que l'antibiorésistance augmente. Les comportements du public doivent aussi changer, de même que celui des collectivités ; les eaux de ruissellement provenant des fermes et des environnements hospitaliers et industriels contribuent à propager de la résistance, mais la recherche reste limitée.
Généralités L'augmentation des infections nosocomiales est en partie liée aux progrès diagnostiques et thérapeutiques de la médecine : la prise en charge de patients de plus en plus fragiles, notamment atteints de déficit congénital de l'immunité ou, le plus souvent, d'un déficit acquis par l'administration de médicaments immunosuppresseurs.
Il faut cependant relativiser cette affirmation : entre l'enquête française de prévalence de 1996 et celle de 2001, bien que la comparaison des résultats soit difficile, une diminution de 13 % de la prévalence des infections nosocomiales est observée.
Cependant, d'après l'Institut de veille sanitaire, environ un patient hospitalisé sur vingt. contracterait une infection nosocomiale, ce qui engendrerait environ par an, soit davantage que les accidents de la route.
Les nouveau-nés, les prématurés et les personnes âgées sont particulièrement sujets aux infections nosocomiales. Les techniques invasives utilisées dans les hôpitaux pour le diagnostic, la surveillance et le traitement ouvrent souvent de nouvelles portes à l'infection : sonde urinaire à demeure, mesure de la pression veineuse centrale, perfusions de toute nature, implantation de prothèses… Les infections nosocomiales ne sont donc pas toutes des maladies évitables, même si près de la moitié de ces infections peuvent être prévenues par des moyens simples, comme le lavage des mains et une formation continue adaptée.
Un rapport de 2016 estime que les maladies nosocomiales pourraient dans le monde tuer 10 millions de patients par an et coûter 100 000 milliards de dollars US d'ici à 2050J. O'Neill, Tackling drug-resistant infections globally: Final report and recommendations in The Review on Antimicrobial Resistance, 2016..
Historique En France Afin de rendre non contestables les études sur les infections nosocomiales, celles-ci rentrent depuis 1999 dans une définition standardisée. En effet, en 1999, le CLIN (Comité de lutte contre les infections nosocomiales) élabore les premières définitions.
Une première définition de l'infection nosocomiale avait été donnée par la circulaire du ministère de la santé du Circulaire du ministère de la santé du 13 octobre 1988. relative à l'organisation de la surveillance et de la prévention des infections nosocomiales. Cette circulaire a été remplacée par celle du , du ministère de l'Emploi et de la Solidarité, prise en application de la loi du relative « au renforcement de la veille sanitaire et au contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés à l'homme » — laquelle met à la charge des établissements de santé publics et privés l'obligation d'organiser en leur sein la lutte contre les infections nosocomiales et autres affections iatrogènes (article L. 6111-1 CSP) — ainsi que du décret du , lequel organise les modalités de cette action menée par un comité de lutte contre les infections nosocomiales dans chaque établissement. Au terme de cette circulaire, « les infections nosocomiales sont des infections contractées dans un établissement de santé »..
Le CTIN, devenu CTINILS en 2004, élabore en de nouvelles définitions considérant les définitions de 1999 comme non satisfaisantes au vu de la multiplication des parcours de soins et des intervenants dans la dispensation des soins, ainsi que de la diversification des structures et des systèmes de soins, et de la survenue parfois tardive de l'infection après chirurgie, en particulier avec prothèses implantées.
Épidémiologie En France En 1990, parmi d'un échantillon de 39 hôpitaux de court séjour dans , la prévalence des patients infectés était de 6,7 % et celle des infections nosocomiales (IN) de 7,4 %, (certains patients ayant contracté deux IN, voire plus)J.L. Quenon, S. Gottot, P. Duneton, S. Lariven, J. Carlet, B. Régnier, G. Brücker, Enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales en France : Hôpital Propre (octobre 1990), in BEH /1993..
En 1996, une première enquête nationale de prévalence (ENP) couvrait dans de santé (ES) publics et privés. La prévalence des patients infectés était de 6,7 %, comme dans l'enquête de 1990, et celle des IN de 7,6 % Comité technique des infections nosocomiales (CTIN), Cellule infections nosocomiales, CClin Est, CClin Ouest, CClin Paris-Nord, CClin Sud-Est, CClin Sud-Ouest, avec la participation de de santé. Enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales, 1996, BEH /1997, , 4 pp. Résumé..
En 2001, une deuxième ENP était proposée à tous les ES publics et privés sous l’égide du Réseau d’alerte, d'investigation et de surveillance des infections nosocomiales (Raisin). Cette enquête a inclus dans (78 % des lits d'hospitalisation). La prévalence des patients infectés était de 5,9 % et celle des IN de 6,4 %A. Lepoutre, B. Branger, N. Garreau, A. Boulétreau, L. Ayzac, A. Carbonne, S. Maugat, S. Gayet, C. Hommel, P. Parneix, B. Tran, Pour le Réseau d'alerte, d'investigation et de surveillance des infections nosocomiales (Raisin), Deuxième enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales, France, 2001, Surveillance nationale des maladies infectieuses, 2001-2003. Institut de veille sanitaire, septembre 2005, 11 pp. Résumé..
Le jour de l’ENP des IN de , des avaient une ou plusieurs IN actives, soit une prévalence nationale des patients infectés de 4,97 % ; étaient recensées, soit une prévalence nationale des IN de 5,38 % Institut de veille sanitaire Enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales, France, juin 2006, Volume 1 – Méthodes, résultats, perspectives, mars 2009, ii + 81 pp. Volume 2 – Annexes, mars 2009, ii + 91 pp. Synthèse des résultats, mars 2009, 11 pp..
Bien que les résultats de ces enquêtes ne soient pas directement comparables en raison des différences d’échantillonnage, la baisse des prévalences des IN en France est néanmoins réelle. Par exemple, si les individus se restreignent aux IN acquises et aux ES ayant participé aux deux enquêtes nationales de 2001 et 2006, la prévalence des patients infectés a diminué de 4,61 % en 2001 à 4,25 % en 2006 (- 8 % globalement au niveau national)La différence avec les taux indiqués précédemment est en partie liées au fait que l’enquête 2006 a inclus plus d’ES à faible risque d’IN.. En 2016, les services les plus touchés sont : la réanimation avec des taux de prévalence proches de 30 %, la chirurgie avec des taux de 7 % à 9 %, et la médecine (taux situés entre 5 % et 7 %). En réanimation, les infections urinaires et pulmonaires sont les plus courantes. Globalement, les patients cumulant des antécédents médicaux sont de loin les plus touchés.
Les infections nosocomiales compliquent donc 5 à 19 % des admissions dans les hôpitaux généraux et jusqu'à 30 % des patients en soins intensifs. En moyenne, ces infections prolongent l'hospitalisation de 4 à 5 jours. Les patients admis en réanimation sont particulièrement susceptibles en raison de leur exposition à divers dispositifs invasifs. Parmi les patients adultes hospitalisés en réanimation plus de deux jours dans les services participant au Réseau Raisin, 14,4 % ont présenté au moins une infection en 2007. Les taux étaient de 13,5 % en 2004, 14,6 % en 2005 et 14,1 % en 2006Services des établissements publics ou privés de France pratiquant la réanimation (à l'exclusion des réanimations néonatales et pédiatriques et, désormais, des services de surveillance continue et soins intensifs). Source : Réseau REA-Raisin « Surveillance des infections nosocomiales en réanimation adulte. France, résultats 2007 », Institut de veille sanitaire, septembre 2009, ii + 60 pp.. Il est estimé qu'il y a par an, mais dans seulement , le pronostic vital n'était pas engagé avant la déclaration de la maladie Alain Vasselle, « Rapport sur la politique de lutte contre les infections nosocomiales », Office parlementaire d'évaluation des politiques de santé, juin 2006, 290 pp. (III.5. Quelle est l'estimation de la mortalité attribuable aux IN ?)..
En avril 2026 un rapport de la Cour des comptes dévoile que il y a plus de personnes qui meurent d'une maladie nosocomiale que d'un accident de la route, soit environ morts par an qui coûtent entre 2,2 et 5,2 milliards d'euros en réparation des préjudices. Selon les experts, plus d'un tiers des décès, des erreurs médicales ou des infections qui surviennent après une opération pourraient être évités...
Dans les autres pays
Le Royaume-Uni a créé un fonds de 265 millions de livres sterling (344 millions de dollars américains) pour aider des laboratoires dans le monde à suivre les problèmes de résistance (donnée 2019). Ce pays a en outre diminué de 7,3 % l'usage des antibiotiques chez l'homme de 2014 à 2017, et de 40 % pour les usages vétérinaires.
En Italie, les maladies nosocomiales concernaient dans les années 2000 environ 6,7 % des personnes hospitalisées, soit , causant entre . À la polyclinique Umberto où les conditions d'hygiène se sont révélées désastreuses en 2006, le taux d'infection dépassait 15 %L'Italie scandalisée par « l'hôpital de l'horreur », Éric Jozsef, Libération, ..
Modes de transmission Il existe quatre grands modes de transmission :