vignette|300px|Réfugiés palestiniens lors de l'exode de 1948. Lexode palestinien de 1948 fait référence à l'expulsion et à l'exode d'une grande partie de la population arabe de Palestine, avant et pendant la guerre israélo-arabe de 1948.. L'événement reste présent dans la mémoire collective palestinienne en tant que Nakba (en , An-Nakbah, lit. « désastre » ou « catastrophe » ; Le terme Nakba a été proposé par Constantin Zureik dès août 1948, dans "Maʿnā al-Nakba", publié à Beyrouth. ). Entre et United Nations Conciliation Commission for Palestine, Official Records: Fifth Session, Supplément No. 18 (A/1367/Rev.1), 1951.Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexe, 2003, .L'United Nations Conciliation Commission for Palestine en 1950, estime le nombre de réfugiés à (et estime à réfugiés enregistrés auprès de l'UNRWA dans un rapport de 1961). à selon une estimation du gouvernement israélien d'après la guerre. Efraïm Karsh, en calculant la différence de la population arabe avant et après la guerre, déduit entre et réfugiés et selon certains historiens arabes (Abu Sitta ou bien Abdel-Azim Hammad) les chiffres seraient de plus de à approximativement réfugiés. Arabes palestiniens — sur les qui vivaient dans les territoires qui seront sous contrôle israélien à l'issue de la guerre — fuient ou sont chassés de leurs terres. vignette|299x299px|Des hommes palestiniens dans la ville de Ramle vus derrière une clôture de barbelés, avant d'être expulsés par les forces israéliennes. Selon l'historien israélien Ilan Pappé, l'expulsion des Palestiniens relève du « nettoyage ethnique » et a commencé avant la guerre, selon un plan israélien préétabli nommé « plan Daleth ».

Durant la guerre, approximativement 400 villages arabes sont expulsés, abandonnés, évacués ou détruitsNaseer Aruri (20 July 2001). Palestinian Refugees: The Right of Return. Pluto Press. 50 .Benny Morris (2004). The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited. Cambridge University Press. 342 .Ruling Palestine, A History of the Legally Sanctioned Jewish-Israeli Seizure of Land and Housing in Palestine. Publishers: COHRE & BADIL, May 2005, 34.342 selon les estimations de Benny Morris, 400 selon Khalidi et 419 selon celles d'Abu Sitta. Plus de 120 villages sont répertoriés par Rochelle Davis..

Les réfugiés voient également la spoliation de leurs biens légalisée par la loi sur la propriété des absents ; Israël leur refuse tout droit au retourBenny Morris, 1948, Yale University Press, 2008, .Voir sur transparency.aljazeera.net.Au cours de la conférence de Lausanne de 1949, Israël propose l'annexion de la bande de Gaza et l'absorption des réfugiés s'y trouvant ou bien l'absorption de seulement réfugiés, ce que les pays arabes rejettent. L'armée israélienne permet à des réfugiés de retourner dans des villages frontaliers du Liban et après la guerre, entre et réfugiés s'infiltrent illégalement puis reçoivent la nationalité si « ils sont retournés après une période de temps raisonnable » ou dans le cas contraire seulement après 1980 (à la suite de la modification de la loi sur la nationalité de 1952). La réunification familiale est quant à elle toujours pratiquée (avec demandes acceptées durant la période 1998-2006)..

Les descendants de ces personnes sont aujourd'hui près de et sont connus sous le nom de réfugiés palestiniensSite UNRWA..

Historiographie

C'est du côté des historiens palestiniens que l'idée que l'exode de 1948 était une expulsion planifiée émerge : notamment Walid Khalidi dans Plan Dalet : Le plan directeur sioniste pour la conquête de la Palestine (1961) et Nur Masalha dans Expulsion des Palestiniens : Le concept de « transfert » dans la pensée politique sioniste (1991)Yoav Gelber, Palestine 1948, Annexe I, Sussex Academic Press, 2006.. Sami Hadawi, Nafiz Nazzal et font aussi partie de ces premiers historiens palestiniens, attachés à démontrer que l'exode de 1948 entre dans le cadre d'une dépossession préparéeThomas Vescovi, « Les Palestiniens et le projet sioniste », Les Clés du Moyen-Orient, 6 mai 2016.. Mais les travaux palestiniens ont longtemps été tus ou minorés en-dehors du monde anglo-saxon. Uri Ben-Eliezer donne en 1995 l'interprétation du plan Daleth comme celui d'un nettoyage ethnique dans son ouvrage The Emergence of Israeli Militarism 1936-1956, The Emergence of Israeli Militarism 1936-1956, Tel-Aviv, Dvir, 1995, 253. Traduit en anglais sous le titre de The Making of Israeli Militarism 1936-1956 par Indiana University Press en 1998, ..

Côté israélien, les expulsions de mai- semblaient à la fois militairement vitales à Yoav Gelber et moralement justifiées face à la menace militaire imminente des armées arabes envahissantes.

C'est en 2006 que l'historien israélien Ilan Pappé publie Le Nettoyage ethnique de la Palestine où il parvient à la conclusion d'un nettoyage ethnique planifié en s'appuyant sur les archives israéliennes (archives de l'armée, version complète du journal de Ben Gourion). En 2008, Rosemarie Esber, exploitant les archives britanniques, des États-Unis et de l'ONU, décrit également une expulsion programmée des Palestiniens dans Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the PalestiniansNur Masalha, « Rosemary M. Esber, Under the Cover of War: The Zionist Expulsion of the Palestinians (Alexandria, VA: Arabicus Books & Media, 2008). 423pp. Hardback. ISBN 978-0-9815131-7-1 », Holy Land Studies: A Multidisciplinary Journal (Edinburgh University Press). Novembre 2009, Vol. 8 2, 245-247.. Cet ouvrage établit également la politique de non-intervention des forces britanniquesJamal Najjab, « Under the Cover of War », Washington Report on Middle East Affairs, avril 2009, Vol. 28, 3.. Enfin, en 2013, utilisant les archives diplomatiques françaises, Sandrine Mansour-Mérien publie L'histoire occultée des Palestiniens (1947-1953) qui aboutit aux mêmes conclusionsIlham Younès, « L'histoire occultée des Palestiniens (1947-1953) », Les Clés du Moyen-Orient , 22 avril 2014.

Contexte La Palestine dans la première moitié du

La Palestine faisait partie de l'Empire ottoman jusqu'à sa conquête par l'Empire britannique lors de la Première Guerre mondiale. Celui-ci l'intègre à son empire colonial sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations : c'est la période mandataire de l'histoire de la Palestine (1920-1948).

À cette période, la Palestine se développe : début d'industrialisation, taux d'alphabétisation supérieur à celui de la région, essor d'une bourgeoisie arabe (majoritairement chrétienne), situation qui attire une immigration de travail des pays voisins. Plus de 200 journaux sont créés entre 1900 et 1948Ilham Younes, « Sandrine Mansour-Mérien, L’histoire occultée des Palestiniens, 1947-1953 », Les Clés du Moyen-Orient , 22 avril 2014, modifié le 29 avril 2020. dont les principaux sont et . La population passe de habitants au recensement de 1922 à environ deux millions en 1945 selon les Statistiques de Village.

thumb|Insurgés lors de la grande révolte arabe de 1936-1939. À partir de 1920, la Palestine connaît une immigration croissante de Juifs encouragés par le mouvement sioniste et ayant pour aspiration d'y fonder un État dans ce qu'ils voient comme la Terre d'Israël. Face à ceux-ci, les dirigeants arabes affichent leur propre nationalisme, parfois panarabe, et mènent une opposition de plus en plus forte, marquée par des émeutes en 1920, 1921 et 1929 et des massacres qui font plusieurs centaines de victimes.

Ce sont deux types de sociétés, deux cultures et deux nationalismes qui s'affrontent et qui affrontent également la puissance mandataire britannique. Les Palestiniens revendiquent l'indépendance de toute la Palestine et s'opposent à l'administration britannique et à l'immigration juive. Les Juifs réclament un foyer national pour le peuple juif. Les protagonistes sont confrontés à un « jeu à somme nulle » de par leurs aspirations inconciliablesHenry Laurens (2005), .

L'opposition arabe culmine avec la grande révolte de 1936-1939. La répression britannique cause de nombreux morts et la réaction des organisations sionistes est violente. À l'issue de la révolte, on compte près de 5 000 morts chez les Arabes et plus de 300 chez les JuifsHughes, M. (2009) The banality of brutality: British armed forces and the repression of the Arab Revolt in Palestine, 1936–39, English Historical Review Vol. CXXIV No. 507, 314–354.. À l'issue la révolte, les différentes organisations sionistes paramilitaires se sont renforcées et la plupart des membres de l'élite politique arabe palestinienne ont été arrêtés et contraints à l'exil. Parmi ceux-ci, le chef du Haut Comité arabe, Hadj Amin al-Husseini se réfugie en Allemagne nazie où il cherche soutien à sa cause. Les Arabes palestiniens obtiennent cependant un nouveau Livre blanc des Britanniques, qui promet entre autres une diminution drastique de l'immigration juive et l'indépendance avant 10 ans.

Une partie des Juifs du Yichouv, considérant qu’il n’y a pas de place pour deux peuples, préparent l’expulsion des Arabes de Palestine, dont Yossef Weiz, président du comité de transfert qui travaille à définir les modalités de cette expulsionPhilippe Rekacewicz, Dominique Vidal, Palestine-Israël : une histoire visuelle, Paris : co-édition Seuil, L’Olivier, Points, Nouvel Attila, Verso, 2024, 93..

La Seconde Guerre mondiale voit la tragédie de la Shoah. À son terme, les milices sionistes, Haganah, Irgoun et Lehi, participent à leur tour à une (1944-1948) émaillée d'actions terroristes, contre la domination britannique. Les nationalistes arabes palestiniens se réorganisent mais restent en retard par rapport aux sionistes. L'affaiblissement des puissances coloniales a renforcé les puissances arabes et la Ligue arabe récemment formée reprend à son compte les revendications nationalistes palestiniennes.

La diplomatie ne parvient pas à concilier les parties. En , les Britanniques annoncent qu'ils ont décidé d'abandonner leur mandat sur la région et le dossier est transféré aux Nations unies.

Guerre israélo-arabe de 1948 right|300px|thumb|En rouge bordeaux, les pays ayant voté contre le Plan de partition de la Palestine, en vert, ceux ayant voté pour et en jaune, les pays n'ayant pas voté. Les pays du monde arabe représentés en 1947 à l'ONU sont presque unanimement opposés au plan.

Le , l'Assemblée générale des Nations unies vote un Plan de partage de la Palestine qui prévoit la partition de la Palestine en trois entités : un État juif en trois parties disjointes (55% de la superficie), un État arabe également en trois parties disjointes (45% de la superficie) et le placement de Jérusalem et de Bethléem sous administration internationale (corpus separatum). Rien n'est prévu pour sa mise en œuvre. Le plan est accepté par les dirigeants de la communauté juive en Palestine, par le biais de l'Agence juive à l'exception de ceux de l'Irgoun et du Lehi, et il est rejeté par la quasi-totalité des dirigeants de la communauté arabe, y compris par le Haut Comité arabe palestinien. Il a le soutien des grandes puissances mais pas celui des Britanniques et de l'ensemble des pays arabes qui y sont opposés. La Palestine sous mandat britannique compte alors fin 1947 plus de Juifs et Arabes, dont plus de 90 % sont musulmans, le restant étant chrétien. habitants arabes se trouvent établis dans le territoire attribué à l'État juif par le Plan de partage. Les Britanniques y déploient alors environ hommes, policiers et militaires, chargés de la sécurité du territoire, et ils sont alors victimes de combats et d'actes terroristes de groupes armés sionistes (Haganah, Irgoun et Lehi) et également d'attaques effectuées par des irréguliers arabes.