Cet article présente lhistoire du cadre territorial qu'est l'Alsace de la fin du , du temps de la Préhistoire à aujourd'hui. Hormis Landau in der Pfalz, non restituée en 1815, toute l'Alsace est aujourd'hui intégrée à la République française au sein des trois départements suivants : le Haut-Rhin, Bas-Rhin, territoire de Belfort et d'une petite partie Est des Vosges.

Définitions liminaires L'historien Georges Bischoff affirme que l'Alsace est une création française, sur les plans géographique et historique.

Le terme latin Alisatia désigne en effet l'espace d'un duché mérovingien éphémère, qui lors de sa dissolution par Charles Martel vers 740, s'est déjà mué en puissante principauté, contrôlant la vie politique et religieuse, de Sornegau à Seltzbach, de la montagne vosgienne souvent incluse au Rhin, et parfois au-delà. Cette légendaire principauté étichonide couvrant essentiellement à son apogée le diocèse de Strasbourg, la partie septentrionale du diocèse de Bâle et la partie méridionale du diocèse de Spire, ainsi que des pans montagnards des diocèses de Metz et de Toul, résistent à la décision autoritaire des maires du palais, obligeant l'héritier Pépin à prendre des mesures radicales, de reconquêtes militaire et religieuse souvent sanglantes, pendant plus de vingt ans. La réintégration dans le duché d'Alémannie est ainsi opérée, et la redistribution de l'entité centrale commence avec les comtés de Nordgau (diocèse de Strasbourg), de Sundgau (diocèse de Bâle), de Speiergau (diocèse de Spire) et d'Elsgau (Val d'Ajoie)Le seul sanctuaire religieux étichonide apparemment préservé, qui deviendra la prestigieuse abbaye médiévale sainte Odile, est mise sous tutelle de l'abbaye bénédictine d'Erstein.. Les héritiers du duc Albert, lointain dux Alisatiae en 700, reprennent, longtemps après leur soumission aux Carolingiens, le comté de Sundgau en 850. Ce comté se réduira au petit comté de Ferrette du .

Depuis le début du , l'Alsace n'est plus qu'une dénomination écrite historique, surtout connue des scribes et des partisans étichonides. Le partage de l'Empire carolingien entre les trois fils de Louis le Pieux, en 843, attribue ses principaux comtés au royaume de Lothaire. Le traité de Meersen qui reconstitue en 870 l'unité du diocèse de Bâle l'attribue à Lothaire II. Mais ce pan officiel de la Lotharingie est déjà confisqué par Louis le Germanique, roi de Francie orientale. En 912, Charles le Simple l'occupe de manière sporadique.

En 900, Hughes, se prétendant dernier héritier d'Etichon, se dénomme comte d'Alsace et de Ferrette. Mais ce titre honorifique n'a aucune réalité officielle. Un duché de Souabe englobant les principaux comtés alsaciens est établi par le roi de Germanie, au profit de BurchartLe souverain de Germanie institue les petits comtés de Thurgau (secteur d'Huningue) et de Rufgau (secteur de Kembs). Cette partie indissociable de l'Alémannie restaurée est déjà parfaitement intégrée au au monde romano-germanique de la dynastie othonienne.

Il n'en reste pas moins la fortune des doublons du terme Alsatia, respectivement en langue romane et alémanique, soit les mots Alsais, Aussaye ou Aussaie en ancien français et le mot Elsass en langue tudesque, compris et employés par les populations paysannes au . Ils sont promus par les clercs et les orateurs prêcheurs pour désigner autant l'espace mythique de ce duché mérovingien évanoui que les vertus des terres d'accueil ou contrées hospitalières, où se mêlent les étrangers libres et les populations déplacées. Car la légendaire politique étichonide promettait l'accueil de tous les hommes libres, chrétiens de bonne volonté, combattants ou non, une alisatia ou « installation de tous (les hommes différents regroupée sous l'égide franque) »Ce mot de latin médiéval désigne une classique province ouverte ou d'installation libre. On le retrouve dans les appellations de « pagus alisacensis » ou pagus elisacinsis soit littéralement le pays d'accueil sans réserve. Dans une acception moins idyllique, les maîtres pouvaient aussi y faire entrer autant d'hommes serviles ou d'esclaves qu'ils le pouvaient et voulaient..

Le nom Alsatia devenu Alsace dans les grimoires historiographiques et géographiques français n'est ensuite employé que par les occupants militaires français, à l'époque moderne.

Préhistoire

Les traces de peuplement humain les plus anciennes (outils en silex découverts à Achenheim"Alsace", Jean Isenmann et Hervé Lévy, Éditions Déclic.) remontent au Paléolithique.

Paléolithique moyen : l'homme de Néandertal sur le territoire alsacien Plusieurs sites du Paléolithique moyen ont été découverts au cours de la dernière décennie dans le Bas-RhinL'Homme de Neandertal en Val de Bruche à Mutzig et Nideck. Thierry Rebmann, 2012; Site web Neandertal en Alsace, Thierry RebmannThierry Rebmann, 2007, Caractérisations pétroarchéologiques, provenances et aires de circulations des industries moustériennes différentes du silex en Région du Rhin Supérieur, entre la Moselle et le Jura : stations de Mutzig et Nideck (Alsace, France), de Lellig (Luxembourg), et Alle (Canton du Jura, Suisse), thèse de doctorat.. Au Paléolithique moyen, les Néandertaliens étaient présents dans la vallée de la Bruche.

Achenheim On trouve leurs traces à Achenheim, un site de chasse fouillé par André Thévenin et Jean SaintyAndré Thévenin, « Une aire de dépeçage préhistorique à Achenheim », in Archéologia, 74 (septembre 1974)..

Mutzig Ils se sont également installés à Mutzig, dans un abri-sous-roche s'ouvrant sur des terrasses gréseuses du massif du Felsbourg. Des outils, des vestiges fauniques, des foyers et de nombreux niveaux cendreux indiquent une implantation de longue durée. Le site a livré une quinzaine d’horizons d’habitats successifs avec des foyers, des niveaux cendreux et une industrie lithique moustérienne accompagnée de nombreux vestiges osseux de grande faune chassée durant le Pléistocène supérieur récent. Toute la paléofaune de type « steppe à mammouth » y a été chassée par les Néandertaliens.

L'homme de Néandertal y pratiquait un débitage Discoïde sur des roches siliceuses volcaniques et volcano-sédimentaires du Paléozoïque, provenant des terrains du paléovolcanisme permien du Nideck pour la rhyolite, mais aussi des terrains du Dévonien et du Dinantien (Dévono-Dinantien), et du Houiller, pour les diabases, spilites, kératophyres, phtanites, grauwackes. Dans ces vallées, les Néandertaliens débitaient aussi des roches filoniennes et cristallophylliennes (voir métamorphisme), ou d'origine cristallophylliennes pour les schistes siliceux, galets de quartz, quartzite, du grès du Trias vosgien de faciès Buntsandstein. Toutes ces variétés pétrographiques taillées par les Néandertaliens ont été prélevées dans la vallée de la Bruche, riche en ressources lithiques siliceuses de qualité que ce soit au sein de ses alluvions, sur des éboulis ou au sein de gîtes rocheux affleurants. L'industrie lithique de Mutzig est liée aux industries du Paléolithique moyen rhénan, comme en témoignent plusieurs racloirs rectangulaires du type rhénan Bogenspitzen.

Nideck Près du château du Nideck, au lieu-dit Nideck Kleineck, les Néandertaliens exploitaient des roches volcaniques siliceuses locales (rhyolites) pour produire leur industrie lithique, notamment des éclats produits par un débitage Discoïde (éclats plus larges que longs, nucléus bi-pyramidaux). Cette méthode constitue ici une adaptation à la roche siliceuse choisie, en fonction de sa structuration en affleurements et des modules des blocs exploitables.

Interprétations L'apport de ces stations à la recherche préhistorique est important. Les groupes préhistoriques du val de Bruche chassaient principalement le renne et le cheval, mais aussi le mammouth, le bison, l'aurochs, la saïga, le mégacéros, le cerf élaphe, le chevreuil, le renard et le loup. Ils consommaient leurs proies au Felsbourg, ainsi qu’en témoignent des foyers avec vestiges osseux carbonisés.

Un approvisionnement local et de moyenne distance en roches autres que le silex est dominant dans l'industrie lithique néandertalienne du val de Bruche. Il se retrouve dans d’autres stations néandertaliennes à industrie réalisée de manière prédominante sur quartzite et quartz, comme à Lellig près de Grevenmacher (Luxembourg), principalement sur plaquettes de quartzite siégénien de type Taunus provenant de Sierck-les-Bains, et sur galets mosellans et ardennais. À Alle (Alle Pré-Monsieur, canton du Jura, Suisse), les moustériens privilégiaient l'exploitation de nodules de silex du Jurassique (Jurassique supérieur, Dogger, Malm). On y trouve des outils en roches vosgiennes, abandonnés au profit du silex : les Néandertaliens venaient ou circulaient probablement depuis le sud des Vosges (Belfort).

Paléolithique supérieur D'autres sites où des restes préhistoriques ont été retrouvés se situent aux alentours de Ferrette, de Bollwiller, d'Eguisheim et dans la grotte d'Oberlag dans le Sundgau. Ils datent du Paléolithique supérieur, en particulier du Magdalénien.

Néolithique 300px|thumb|L'Europe au Les premiers « villages » apparaissent au cours du Néolithique, à la suite d'une migration de peuples venant de l'est. En effet, les premières tribus à s'installer en Alsace venaient de la civilisation lacustre, probablement en passant par les voies naturelles des vallées de Courtavon, de Kiffis et de Lucelle reliant le Sundgau et l'Helvétie[Histoire des alsaciens tome 1 par J-C Streicher, G Fischer et P Bleze]. Ces tribus s'étendent jusqu'aux alentours de Mulhouse en délaissant les abords marécageux de l'Ill et du Rhin.

Vers le milieu du , de nouvelles peuplades arrivent en Alsace en provenance des Balkans, ou des pays danubiens. Ces nouveaux arrivants s'installent plutôt en Basse-Alsace aux alentours de Strasbourg, Erstein ou Wolfisheim.

Avec le retrait des glaciers, l'agriculture et l'élevage se développent et pour cela l'homme va rechercher des terres fertiles comme les terres à lœss de l'Alsace moyenne dans le Kochersberg ou le Sungau. Des cités lacustres se développent aussi sur les cours d'eau.

Par la suite l'Alsace subit l'influence de la culture de la céramique décorée au poinçon avec l'arrivée de peuplades d'Europe centrale ou orientale ayant laissé des nécropoles comportant un riche mobilier funéraire (armes, bijoux, vases). Ces peuplades s'installent sur les terrains à lœss, parmi les cités lacustres mais aussi sur les collines sous-vosgiennes.

Le « Néolithique final » est marqué par des mouvements guerriers comme le montrent les pointes de flèche et les poignards retrouvés non loin de Riedisheim ou d'Eguisheim. La civilisation du Michelberg n'est pas le résultat de nouvelles migrations mais le résultat d'influences commerciales et culturelles diffuses. Les installations se font dans les grandes forêts du Sundgau et en exploitant les trois grands axes nord-sud (Vosges, Rhin et Ill) sans oublier les vallées des Hautes-Vosges.

Âge du Bronze

Au début du , le cuivre puis le bronze font leur apparition sous forme de petits lingots importés d'Helvétie, mais provenant en fait du midi méditerranéen. L'arrivée de nouvelles tribus porteuses d'armes en bronze va lentement entraîner le déclin des populations locales à leur profit. Cette période marque aussi le début de divers migrations et courants commerciaux reliant les régions ibériques à celles d'Europe centrale.

Antiquité thumb|left|L'Alsace, zone originelle du peuplement celtique. La zone orange montre la région de la naissance de La Tène. La zone verte suggère une extension probable de l'influence celtique autour de -1000. La zone rouge indique une région celtique possible autour de -400.

Les Celtes