vignette|Un eunuque chinois à Pékin en 1901, à la fin de l'époque de la dynastie Qing (1644-1912). Il se dénude pour montrer le site de sa castration. On constate qu'il n'était pas seulement castré, mais entièrement émasculé. L'expression de son visage dénote l'effroi et la déploration désespérée Source de l'image :

Source web : . Elle est extraite de l'ouvrage suivant : . Légende originale : A young eunuch undressed to show site of castration, taken in Peking 1901. Cet ouvrage a été réimprimé en 1973 à partir de l'édition de 1936 par AMS Press Inc. edition, New York, .. vignette|Traité des Eunuques de Charles Ancillon, 1707, .|alt=Page de garde d'un livre daté de 1707. Un eunuque est un homme castré. La castration se limite généralement à l'ablation des testicules (orchidectomie), mais il arrive qu'elle concerne également le pénis, alors connue sous le nom de pénectomie (souvent avec un tube inséré pour garder ouvert l'urètre).

Le mot vient du grec ancien : (« lit ») et (« garder »), soit « gardien du lit » (en latin cubicularius). Cela atteste le rôle traditionnel de l'eunuque comme gardien du harem.

De nos jours, au , la castration traditionnelle est, au même titre que les autres mutilations génitales ou sexuelles (notamment féminines), interdite dans la plupart des pays et totalement réprouvée internationalement : selon l'Organisation des Nations unies, toute mutilation génitale sans motif médical et thérapeutique vital, non consentie, est éthiquement inconcevableDéclaration relative à l'orientation sexuelle et l'identité de genre le 18 décembre 2008.. Elle est considérée comme un crime contre l'humanité selon le Statut de RomePrincipes de Jogjakarta, Principe 3 : Le droit à la reconnaissance devant loi., comme les autres mutilations sexuellesÉliminer les mutilations sexuelles féminines Déclaration commune 2008 HCDH, OMS, ONUSIDA, PNUD, UNCEA, UNESCO, UNFPA, UNHCR, UNICEF, UNIFEM, et n'est pourtant pas encore totalement éradiquée. Sans oublier la question différente de la castration volontaire, soit de type pathologique, soit correspondant peut-être à un libre choix de modalité transgenre ou “hors genre” pourrait-on dire, comme c'est le cas par exemple des communautés de Hijras en Inde.

Histoire Chine et Extrême-Orient Aux origines Même si le phénomène de la castration à des fins socio-politiques est souvent associé à la Chine antique et historique, ce phénomène Les liens ci-après renvoient à de nombreux extraits de cet ouvrage sur Cairn.info et un aperçu de 44 pages sur Google Livres : . En édition de poche : ..

Dans la Chine ancienne, la castration était à la fois une punition traditionnelle (jusqu'à la dynastie Sui, ) souvent infligée, par exemple aux prisonniers ; mais aussi un moyen d'obtenir un emploi dans le service impérial. En effet, dès la période Zhou (du au ), les eunuques furent les conseillers les plus proches des empereurs. La raison en est qu'ils étaient les seuls à vivre, avec les concubines, dans la partie réservée (et privée) du palais impérial (dans la capitale de la dynastie Zhou : Hao, aujourd'hui Xi'an), zone qui sera plus tard appelée Cour intérieure de la Cité interdite à Pékin, c'est-à-dire dans l'intimité du souverain . .

Un rôle important... Du fait de cette proximité privilégiée les eunuques ont été, jusqu'à la fin de l'Empire chinois et à toutes ses époques, mis en rivalité souvent favorable avec les fonctionnaires lettrés de la capitale ou avec ceux disséminés dans les provinces, car ils bénéficiaient d'une confiance plus sûre de la part du Fils du Ciel, donc d'une influence plus grande auprès de lui. Certes . Non seulement en Chine impériale mais également .

Ainsi, à la fin de la dynastie Ming au milieu du , il y avait selon des textes anciens . plus de (宦官 huàn'guān, ou 太監 tàijiān) dans la Cité interdite (estimation haute). D'autres sources évoquent des nombres plus modérés, jusqu'à en moyenne sous les Ming, puis plus tard sous la dynastie Qing, on s'efforça de réduire ce nombre à au maximum par une loi. Quoi qu'il en soit les eunuques du Palais impérial sont donc au nombre de plusieurs milliers puis quelques dizaines de milliers sous les Ming et sont à à entourer en permanence l'empereur et les principaux membres de la famille impériale.

Et de fait, des eunuques ont eu des rôles très importants sous les Ming : par exemple l'un des premiers empereurs Ming, Ming Yongle le bâtisseur de la Cité interdite confia sa construction entre autres à un eunuque annamite (ou vietnamien) nommé Ruan An en 1406. Il envoya aussi son eunuque favori, Zheng He, en mission d'exploration pour le compte de la Chine avec rang d'ambassadeur plénipotentiaire. Plus tard, c'est sous les ordres de l'eunuque que fut rénovée et fortifiée la Cité interdite et que fut construit le à Pékin en 1443. Et c'est encore lui, tuteur du jeune empereur Ming Yingzong et qui a conseillé à l'empereur et commandé la campagne militaire malheureuse contre la dynastie Yuan du Nord mongole où lui-même fut tué et où l'empereur fut capturé à la bataille de la forteresse de Tumu.

Et c'est donc au début du que les eunuques eurent le plus de pouvoir, sous la dynastie Ming, qui a été assez permissive avec eux : certains empereurs assez faibles et peinant à imposer leur autorité s'en remettaient à eux pour la conduite des affaires courantes de l'état comme pour les basses besognes, jusqu'à se voir dicter certaines de leurs décisions par ces fondés de pouvoir. La dynastie Qing suivante fut nettement plus rigoureuse voire rigide dans la gestion de la caste des eunuques : l'empereur Shunzhi en vint à faire apposer une enseigne en fer devant le « Pavillon de l'union et de la paix », dernier pavillon avant le « palais de la Suprême Harmonie » où se déroulait l'exercice du pouvoir, enseigne qui en interdisait l'entrée aux eunuques et entendait restreindre l'ingérence des eunuques dans les affaires du gouvernement.

La valeur d'un tel poste était importante puisque devenir eunuque permettait d'obtenir un pouvoir immense, qui dépassait parfois même celui du premier ministre. La justification de cette obligation pour les fonctionnaires de haut rang qui acceptaient la mutilation était que, puisqu'ils ne pouvaient procréer, ils ne seraient pas tentés de trahir et de prendre le pouvoir pour fonder une nouvelle dynastie.

. De même, en culture latine, comme le dit Concetta Pennuto dans la revue historique Seizième Siècle, .. C'était aussi le cas pour certaines époques à Rome de la vogue entourant l'hermaphrodisme et l'androgynie ainsi que toutes les caractéristiques hors norme et au-delà de la nature dont certaines étaient provoquées par mutilation , sur OpenEdition Books. Voir notamment les sections : « Rationnaliser l’hermaphrodite : le droit et la médecine », « Une variante : le changement de sexe », « Un engouement responsable de la création de monstres artificiels ? », et « Le Monstrum, une notion qui perdure, un objet normatif »..

... et controversé Cependant, la castration par elle-même fut finalement totalement interdite en Chine par suite de la victoire de la révolution républicaine chinoise en 1912. Le nombre d'eunuques n'était plus estimé qu'à 470 lors de l'abolition de cette fonction.

À certaines périodes, un système similaire a existé aussi au Viêt Nam, en Inde et en Corée.

Europe et Moyen-Orient

Mésopotamie antique Les plus anciens témoignages (ou faits attestés) de castration pour produire des eunuques proviennent de la cité sumérienne de Lagash au . La première mention historique écrite de castration a été retrouvée sur un site de l'Empire néo-assyrien (d'environ 900 à 620 avant J.-C.). Sous le règne de Tiglath-Phalazar III, refondateur et rénovateur de l'Empire assyrien au (années 740 av. J.-C.), le commandement de l'armée fut confié à des eunuques, et certains d'entre eux furent même nommés gouverneurs de royaumes récemment conquis (voir la section consacrée à sa conquête de la Babylonie).

(vers le ).

Occident antique La pratique de la castration était également installée en Europe dès l'Antiquité chez les Grecs et les Romains. Aux périodes les plus anciennes, elle a surtout concerné le domaine religieux. Ceux qui vénéraient la déesse Cybèle par exemple pratiquaient des rituels d'auto-castration (sanguinaria).

Judaïsme vignette|Genèse, Bible, Westminster Leningrad Codex.|alt= La Bible hébraïque (Tanakh) évoque à plusieurs reprisesOccurrences de sârîs/carijc in Genèse, Rois, Chroniques, Esther, Isaïe, Jérémie, Daniel. Lire en ligne le mot hébreu sârîs (סריס) dont une racine a le sens de « castrer »., couramment traduit par « eunuque », mot qui peut aussi désigner celui qui n'a pas de descendance., un étranger (נכר), un serviteur (ebed) ou un chambellan (cariyc), un haut fonctionnaire du pouvoirVoir les eunuques Shaashgaz, Hégué ou Hathac cités dans le Livre d'Esther, lire en ligne.. comme « Ebed-Mélec (trad. « roi-serviteur »), l'Ethiopien, eunuque attaché à la maison du roi » (Jérémie 38:7). Dans le Livre d'Esther, l'eunuque (sârîs) Hagui est le gardien du harem du roi perse Assuérius (Xerxès I) et plusieurs autres (Shaashgaz, Hathac) gravitent autour de lui.

La loi mosaïque fustigeant la pratique courante de la castration des peuples alentour, l'interdit formellementCommandement : Ne pas laisser un eunuque contracter de mariage avec des Juifs – Deutéronome 23, 2. Lire en ligne la liste des 613 commandements aux Juifs chez l'animalCommandement : Ne pas offrir à D.ieu d'animal (mâle) castré – Lévitique 22, 24. Lire en ligne le résumé des 613 commandements aux Juifs comme chez l'homme« Écrasé, broyé, démembré, châtré : vous n’offrirez pas ceux-là à l’Eternel, et en votre pays vous n’en ferez point », Lv. 22:24 (ainsi que la stérilisation de la femme) et incitant plutôt au mariage et à la procréation« Dieu les bénit et leur dit : “Croissez et multipliez, emplissez la terre” », Gn 1:28 ; cf. aussi 1:22, 8:17, 9:1 et 9:7)« Mariez-vous et ayez des fils et des filles, donnez des femmes en mariage à vos fils et des maris à vos filles, pour qu'elles mettent au monde des fils et des filles ! Augmentez en nombre là où vous êtes et ne diminuez pas ! », Jér. 20:6, considère a priori que les eunuques en tant qu'hommes castrés seraient indignes de participer à l'assemblée d'Israël (Deutéronome 23:1-2) ; mais sous la royauté juive, cette institution fait face à une réalité et accueille l'eunuque dans la communauté (Jérémie 29:2-5 et Isaïe 56:3-5)Voir la traduction hébreu-français sur Sefarim : « Que l'eunuque qui s'attache à l'Eternel ne dise pas : “Hélas ! Je ne suis qu'un arbre desséché !” Car ainsi s'exprime l'Eternel : “Aux eunuques qui observent Mes sabbats, qui se complaisent à ce que J'aime, qui s'attachent à Mon alliance, à eux, J'accorderai, dans Ma maison et dans Mes murs, un monument, un titre qui vaudra mieux que des fils et des filles ; Je leur accorderai un nom éternel, qui ne périra point”. »

Christianisme vignette|Le Diacre Philippe baptisant l'eunuque, J.-F.-F. Godefroy de Veaux, v. 1780.|alt= Dans le Nouveau Testament (Matthieu 19:12), il est fait allusion aux différents types d'eunuques : « Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. » L'expression « eux-mêmes, à cause du royaume des cieux » est souvent interprétée par l'adoption de la chasteté par le célibat et non pas celle de la castration physique.

Dans Actes 8:27 à 8:39, il est raconté que le diacre Philippe baptise l'eunuque éthiopien, trésorier de la reine Candace d'Éthiopie, rentrant par la route de Jérusalem dans son paysHubbard, D. A. (1962). "Ethiopian eunuch". In Douglas, J. D. New Bible Dictionary. IVF. ..

Dans Isaïe 56:3, l'impossibilité pour l'eunuque d'avoir une descendance ne doit pas se transformer en plainte mais doit être considérée comme une bénédiction :