(en , Piotr Alekseïevitch Romanov), plus connu sous le nom de Pierre le Grand (en , Piotr Vyélikiy), né le à Moscou et mort le à Saint-Pétersbourg, devient tsar de Russie en 1682 et reçoit le titre d'empereur de toutes les Russies en 1721.

Fils du tsar (1629-1676), il règne conjointement avec son demi-frère durant la première partie de son règne (1682-1696). À la mort de celui-ci, il se lance dans un grand tour de l'Europe durant lequel il se rend compte du grave retard de son pays sur le reste du continent. Il va alors s'efforcer de rapprocher son pays des mœurs occidentales, quitte à sacrifier une partie des traditions de sa terre natale. Par sa volonté d'écraser la noblesse et le clergé, il reste dans les mémoires comme un grand modernisateur, faisant entrer la Russie dans l'âge de l'absolutisme.

En politique extérieure, Pierre se lance dans la longue grande guerre du Nord (1700-1721) durant laquelle il est opposé à l'Empire suédois de . Après plusieurs revers comme à la bataille de Narva, il réussit finalement à écraser l'armée suédoise à la bataille de Poltava (1709). Après cette victoire, il faut encore douze ans de combat pour que la Suède signe le traité de Nystad. La Russie gagne avec celle-ci un accès à la mer Baltique en annexant l'Ingrie, l'Estonie et la Livonie. Pierre se fait alors proclamer « grand », « père de la patrie » et « imperator ».

Pierre joua ainsi un grand rôle dans la construction d'un État russe moderne en déplaçant sa capitale de Moscou à Saint-Pétersbourg, ville qu'il fonda en 1703. Sa politique expansionniste et ses réformes ont fait de la Russie une puissance européenne.

Biographie Jeunesse À sa mort, en 1676, laisse dix enfants de deux unions différentes. De son premier mariage avec Maria Miloslavskaïa (1624-1669), sont issus huit enfants, dont notamment Sophie Alexeïevna, , qui lui succède et Ivan.. Pierre et Nathalie Alexeïevna sont les fruits du mariage avec sa seconde épouse, Natalia Narychkina (1651-1694).

Ivan a 16 ans et Pierre 10 ans quand meurt en 1682, sans descendance. Le , dans une ambiance houleuse, Pierre est proclamé tsar, sa mère devenant régente.

La révolte de Moscou de 1682 donna lieu à des scènes de carnage d'une extrême violence, qui eurent un grand impact psychologique sur le jeune Pierre.Michel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, 2ème partie, chap.2; 2015, Éd. Tempus Perrin, .. La jeune Sophie Alexeïevna écarte Natalia de la régence, qu'elle assure elle-même de 1682 à 1689. Le ( dans le calendrier grégorien), dans une ambiance houleuse, les deux demi-frères sont alors proclamés tsars par le Zemski sobor : et . C'est le seul cas dans l'histoire de Russie où deux tsars règnent conjointement. Ce double tsarat permet de concilier les ambitions dynastiques des deux familles concurrentes, et d'autre part de pallier les faiblesses d'Ivan, débile, aveugle et à la motricité réduite.. Elle met fin à une révolte religieuseM.D. J. Crull, The Ancient and Present State of Moscovy, vol. 2, Londres, 1698, p. 200, signe avec l'union de Pologne-Lituanie le traité de paix éternelle de 1686, par lequel la Russie agrandit ses territoires et intègre une coalition comprenant l'Autriche, la Pologne et la république de Venise, qui mène bataille contre les Turcs. Elle ordonne aussi des expéditions contre le khanat de Crimée, et signe avec la Chine des Qing le traité de Nertchinsk (1689), qui prive la Russie de l'accès à la mer du Japon, mais lui permet d'établir des relations commerciales avec l'empire du Milieu.

Pendant ce temps, elle confine le jeune Pierre et sa mère au village de Preobrajenskoïé, dans les environs de Moscou. Pierre était alors abandonné aux soins d'un précepteur nommé Nikita Zotov. Tous les historiens ne s'accordent pas sur la qualité du tutorat de Zotov : Robert K. MassieRobert K. Massie, Pierre le Grand, 1985, . par exemple vante ses efforts, et relativise toutefois le savoir théorique de Pierre, mais Lindsey HughesLindsey Hughes, Peter the Great: A Biography, New Haven, Conn. : Yale University Press, 2002. critique l'enseignement qu'il donna au futur tsar.

vignette|gauche|Le jeune .

À l'été 1689, le jeune Pierre décide de profiter de l'affaiblissement de la régente après l'échec des campagnes de Crimée, pour s'emparer du pouvoir. Prévenue, la régente Sophie conspire avec les streltsy pour écarter Pierre, mais celui-ci se réfugie au monastère de la laure de la Trinité-Saint-Serge, à environ de Moscou, où il rassemble ses alliés. Le général de l'armée impériale russe Patrick Gordon devient à cette occasion son plus fidèle allié. Cette même année 1689, Pierre force la régente à se retirer dans un couvent. Les deux frères partagent alors le pouvoir jusqu'à la mort d' en 1696.

Au début de 1689, Pierre est déclaré majeur. et remet aussitôt le pouvoir à sa mère, préférant vivre une jeunesse mouvementée avec Alexandre Menchikov et d'autres compagnons de débauche, dont le Genevois François Le Fort, l'Écossais Patrick Gordon, ainsi que les Russes Nikita Zotov, Fédor Romodanovski, Gavriil Golovkine, Fédor Golovine et Pierre Tolstoï. Outre le calviniste Lefort et le catholique Gordon, le jeune Pierre rencontre aussi, dans la Nemetskaïa sloboda (« quartier des étrangers »), le Strasbourgeois Timmermann, les Hollandais Winnius, Brandt, etc., qui l'initient à la culture européenne, l'instruisent en art militaire et de navigation, et deviendront ses futurs généraux et ingénieurs. L'Europe l'intéresse, non seulement par sa civilisation spirituelle ou artistique, mais comme la patrie de bons techniciens dont la Russie est dépourvue.

Curieux de toutes les nouveautés, Pierre trouva dans la maison de son aïeul, , un canot anglais d'une structure particulière qui fut à l'origine de sa passion pour la navigation. Sa passion était née sur le petit lac Plechtcheïevo ; mais il va aussi au nord, à Arkhangelsk en 1693-1694, seul port maritime de l'époque, donnant sur la mer Blanche. Il se rend compte alors de la nécessité pour la Russie d'ouvrir d'autres voies maritimes plus faciles d'accès, alors que la mer Baltique est contrôlée par l'Empire suédois et la mer Noire par l'Empire ottoman et le khanat de Crimée.

En , il épouse Eudoxie Lopoukhine, dont il a un premier fils, Alexis Petrovitch, en 1690, et un second, mort à dix-huit mois, aux obsèques duquel il ne juge pas nécessaire d'assister.

Prise du pouvoir (1694) et première campagne contre les Tatars François Le Fort, profitant de son goût pour les jeux militaires, forma avec cinquante de ses jeunes compagnons une compagnie qui fut le noyau du fameux régiment Préobrajenski ; un autre groupe fut le noyau du régiment Semionovski. Lorsqu'il reprend définitivement le pouvoir, en 1694, ils deviennent ses collaborateurs les plus dévoués et Lefort est son favori, auquel succède Menchikov à la mort du Suisse en 1699.

Devenu seul souverain, le jeune géant (il mesurait deux mètres) allait mener les réformes qui transformeraient la Russie et en feraient une grande puissance européenne, une fenêtre ouverte sur l'Occident pour arracher son pays de la pesanteur de ce qu'il appelait la ..

thumb|Capture d'Azov en 1696, qui donne à la Russie un accès à la mer Noire. Tableau de Robert Ker Porter (1775-1842).

Au printemps 1695, Pierre envoie une armée contre les Tatars de Crimée pour détourner l'attention des Turcs et se dirige vers la forteresse d'Azov qui, située sur le Don à de la mer d'Azov, offre un accès indirect à la mer Noire. Cependant il ne parvient pas à prendre la ville. Il se décide alors à construire une flotte, installant un chantier naval à Voronej, situé sur un affluent du Don, et associe tout le pays à cette œuvre nationale : c'est la création officielle de la Marine impériale russe. La ville est prise l'année suivante, en juin, et fonde la première base navale russe à Taganrog en . Celle-ci est commandée de 1698 à 1702 par l'amiral Fédor Golovine et le vice-amiral en devint le premier gouverneur en 1711.

Par le traité de Constantinople (1700), qui met fin à la guerre russo-turque de 1686-1700, les Russes se voient reconnaître par la Sublime Porte la possession d'Azov et de la base de Taganrog, et obtiennent en outre le droit de disposer d'un représentant permanent dans l'Empire ottoman. Cette campagne marqua la première offensive militaire réussie par l'armée russe sur un sol étranger depuis plusieurs siècles, et établit la Russie comme un acteur important dans la diplomatie européenne. Toutefois, le contrôle de la seule mer d'Azov ne lui offrait pas une voie suffisante pour le commerce, tandis que la paix avec le sultan permet à Pierre de se tourner vers la mer Baltique.

Le voyage en Occident (1697-1698) vignette|Pierre le Grand, Tsar de Russie en 1698, par Godfrey Kneller.|346x346px Le , Pierre annonce à la Douma des boyards la création d'une « Grande Ambassade », formée des trois diplomates François Le Fort, Prokopy Voznitsine, Fédor Golovine (qui devient son ministre des Affaires étrangères de 1700 à 1706) et les courtisans, ainsi que son intention d'en faire partie, faisant de lui le premier tsar à quitter l'Empire depuis le grand-duc Iziaslav de Kiev, à la fin du . Il vise par là d'abord à nouer des alliances avec différents États d'Europe afin de mener une guerre contre l'Empire ottoman, raison pour laquelle il écarte la France de de son voyage, celle-ci s'étant tourné vers la Sublime Porte pour prendre ses ennemis à revers.

Le voyage est ensuite l'occasion d'approcher la culture occidentale en observant les us et coutumes des peuples d'Europe occidentale, d'apprendre différents métiers manuels et de recruter des spécialistes étrangers, surtout pour la marine de guerre. Chaque visite était l’occasion de projets divers. visita bibliothèques, musées et collections privées. Il observa avec beaucoup d'attention les normes européennes de conduite, comme pour mieux s'imprégner du rôle de monarque éclairé qui se doit de protéger la culture et les arts, d'attacher à sa cour des artistes aux talents divers et de collectionner les œuvres d'art. D'où sans doute l'intérêt que le jeune tsar porta aux peintres de marines hollandais..

vignette|Rencontre entre et Pierre le Grand (à droite) à Amsterdam, gravure par Maria de Wilde.

En , il partit en Prusse, incognito sous le nom de Pierre Mikhaïlov et y étudia essentiellement l'artillerie, tandis que ses diplomates tentaient de nouer une alliance avec , futur roi en Prusse. Puis il se rendit dans les Provinces-Unies, où il travailla un temps comme simple ouvrier dans les chantiers navals de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, près de Zaandam, et étudia la construction navale à Amsterdam (Oostenburg), sous la direction de Wybe Gerens qu'il engagea ensuite pour construire les premiers navires de la flotte impériale russe. En Angleterre, il approfondit ses connaissances théoriques en matière de construction navale à Deptford (Londres, les constructeurs navals anglais John Deane, Osip Nay et Richard Cosenz sont engagés) et visita l'université d'Oxford ainsi que la maison d'Isaac Newton. Il se rendit ensuite à Vienne, ayant une entrevue décevante avec . refuse de le recevoir. Selon Saint-Simon, il , Pierre n'étant que le souverain

En effet, tous les regards sont tournés vers la succession du trône d'Espagne, qui oppose les Bourbons aux Habsbourg. L'enjeu, considérable, éclipse l'intérêt d'une guerre contre l'Empire ottoman et explosera dans la guerre de Succession d'Espagne à partir de 1701.

La « Grande Ambassade » fut écourtée lorsque Pierre apprit la nouvelle de la révolte des streltsy (les gardes impériaux russes), qui avaient l'intention de replacer l'ex-régente Sophie sur le trône.

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