La basilique de la Nativité () à Bethléem, de nos jours en Cisjordanie, dans les Territoires palestiniens occupés, est l'une des plus vieilles églises du monde, bâtie selon la tradition, sur le lieu présumé de la naissance de Jésus de Nazareth. Elle a été érigée au par l'empereur romain Constantin Ier et restaurée sous Justinien au Elle est considérée comme sacrée à la fois par les chrétiens et par les musulmans, voir Jésus dans l'islam.

Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2012, la basilique reçoit chaque année plus de deux millions de visiteurs. Dans le même temps, elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial en péril, qu'elle quitte en 2019.

Historique vignette|upright=0.6|Reconstitution de l'abside octogonale du clôturée par un chancel et dont l'autel central serait bâti selon la tradition juste au-dessus de la grotte de la Nativité. vignette|Porte en bois du narthex (don du roi d'Arménie Héthoum en 1227Avec des inscriptions en arabe et en arménien sur le donateur et l'année de sa réalisation. Source : .) donnant accès à la nef.

Historicité du lieu de naissance de Jésus D'après l'évangile selon Luc, Jésus est né à Bethléem en Judée dans une étable car ses parents n'ont pas trouvé un espace approprié dans la (kataluma, « salle haute, salle de séjour » Maison d'une famille de classe moyenne avec la kataluma, archéologie en Israël antique.), terme qui ne se traduit pasL'évangile utilise le terme de pour désigner cet établissement commercial. par « hôtellerie », « auberge » ou « relais de caravansérail » mais désigne plus probablement la chambre prévue pour les hôtes, ce qui suggère que la Sainte Famille logeait chez des proches. L’évangile selon Matthieu raconte que les Rois mages adorent l’enfant à Bethléem même, dans une oikos (« maisonnée », de la Vulgate). Le thème légendaire de la naissance dans une grotte en dehors de la ville où s'est réfugiée la sainte Famille, est une tradition plus tardive qui se développe au , d'abord dans le Dialogue avec Tryphon écrit vers 160 par l'apologète chrétien Justin de Naplouse puis dans le Protévangile de Jacques.

Le récit de la naissance ne doit pas faire l'objet d'une lecture littéraliste mais appartient au registre littéraire du merveilleux et à la théologie métaphorique. En effet, les récits de l'enfance de Jésus de Matthieu et Luc « posent de nombreux problèmes littéraires et historiques, tant leur écriture apparaît tardive, relevant plutôt du merveilleux à la manière des récits d'enfance du monde judéo-hellénistique »Charles Perrot, « Les récits de l'enfance de Jésus », dans Les dossiers d'archéologie, 1999 - 2000, , .

Concernant la localité qui a vu naître Jésus, les historiensMichel Quesnel, « Jésus et le témoignage des évangiles », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, . hésitent entre le berceau familial de Nazareth, où il passera toute sa jeunesse, le village de CapharnaümDans cette hypothèse, la localité de Nazareth y aurait été substitué, à partir du pseudo-texte biblique . Source : . qui apparaît dans les Evangiles comme le centre de sa mission, voire la bourgade de Chorazeïn à laquelle Jésus semble particulièrement attaché. Les exégètes voient dans les récits de Luc et Matthieu, situant chacun la naissance de Jésus à Bethléem en Judée, une rédaction plutôt théologique que factuelle - les évangélistes ayant probablement voulu démontrer que Jésus répondait bien là à la prophétie de Michée selon laquelle le Messie attendu par les Juifs doit descendre de la lignée du roi David dont Bethléem est la villeProphétie de Michée sur la naissance du Messie à Bethléem ..

Site sacré antique Fort de cette origine évangélique, Origène d'Alexandrie dans son œuvre polémique Contre Celse écrite en 248 atteste de la vénération attachée à la grotte bethléémitaine dès le .

La première basilique sur ce site est commandée par l'impératrice Hélène, sous le patronage de son fils l'empereur Constantin . Sous la supervision de l'évêque de Jérusalem Macaire, la construction débute en 327 et est achevée en 333. La basilique aurait été consacrée en présence de l'impératrice Hélène le . Selon une tradition qui trouve ses origines dans les écrits d'Eusèbe de CésaréeEusèbe, Vie de Constantin, III, 53 et d'ÉgérieÉgérie, , l'abside octogonale de l'église aurait été bâtie juste au-dessus de la grotte dans laquelle on descendait par un escalier. On peut toutefois soutenir que ces textes d'apologétique chrétienne visent le Kathisme, à environ trois kilomètres du village en direction de Jérusalem.

Jérôme de Stridon qui s'est installé et a fondé un monastère à Bethléem en 386 (selon une tradition, la basilique abrite une grotte appelée « cellule de Jérôme » et où il aurait traduit la Bible), écrit en 395 dans une lettre à Paulin de NoleSaint Jérôme, Epistula ad Paulinum, 58 qu'avant la construction de l'église constantinienne qui a resanctifié le lieu, la grotte recevait un culte chrétien qui fut transformé par les païens depuis les jours de l'empereur romain Hadrien en 135 jusqu'au règne de Constantin. Selon Jérôme, le site était alors ombragé par un bosquet, bois sacré dédié à Thammous, hétéronyme d'Adonis. Les biblistes actuels penchent plutôt pour le phénomène inverse : le lieu aurait été initialement voué au culte d'Adonis et ce n'est que secondairement qu'il aurait été christianisé.

Sanctuaire médiéval vignette|gauche|L'intérieur. Avec ses colonnes antiques, ses architraves et sa claire-voie de fenêtres hautes, la nef est typique de l'architecture paléochrétienne, de plan basilical. Ce premier édifice aurait été incendié pendant la révolte des samaritains de 529 ou 556 contre l'occupant byzantin.

La basilique actuelle est reconstruite, dans sa forme actuelle, en 565 par l'empereur Justinien qui décide d'ériger un édifice plus vaste (allongement de la nef au détriment de l'atrium, ajout des transepts) pour répondre à l'évolution de la liturgiePlan de la basilique sous Constantin et sous Justinien : . Ces travaux de Justinien sont uniquement attestés par Eutychius d'Alexandrie mais on sait qu'à cette époque, la basilique de Bethléem apparaît avec le vocable de Sainte-Marie, la Vierge Marie suscitant une nouvelle vénération depuis le concile d'Éphèse qui proclame le dogme du Théotokos en 431.

Lors de l'invasion perse de 614, sous le règne de Khosro II, la structure n'est pas altérée. Selon la légende, le commandant perse Schahr-Barâz ordonne que le bâtiment soit épargné, car il est ému de la représentation des Rois mages portant des vêtements perses, à l'intérieur de l'église. Une seconde légende veut que l'église ait été épargnée par les musulmans qui dominent la religion. Alors que le décret en 1099 du « calife fou » fatimide du Caire al-Hakim ordonne la destruction des églises et des synagogues, la basilique de la Nativité est préservée par les musulmans qui ont obtenu le droit d'exercer leur culte dans le transept sud depuis la prise de Bethléem par le calife Omar ibn al-Khattâb en 634. En réalité, le clergé est attaché au sanctuaire et les chrétiens du pays devaient verser de grosses rançons aux musulmans pour que la basilique soit préservée.

Les Croisés font des réparations et des ajouts à l'édifice pendant la période du Royaume de Jérusalem avec la permission et l'aide accordée par l'empereur byzantin. Baudouin de Boulogne, premier à porter le titre de roi de Jérusalem, est couronné dans l'église. La basilique est notamment fortifiée pour la protéger des raids des tribus nomades du désert, des envahisseurs successifs ou de moines fanatiques, ce qui lui donne son aspect extérieur actuel massif. Ainsi en 1099, le chevalier Tancrède fait de Bethléen un fief normand que le pape érige en évêché en 1100.

Bethléem sous domination musulmane vignette|Peinture de la Grotte de la Nativité, 1833. La ville est reprise en 1187 par Saladin, reprise par les Croisés puis par les mamelouks d'Égypte au . L’Ordre franciscain envoie des missions en Terre sainte dès le . Une de ces missions s’établit définitivement à Bethléem en 1347, année qui voit le sultan accorder aux franciscains la garde de la grotte puis le droit de jouir de la basilique et de subvenir à son entretien.

Sous domination musulmane jusqu'au , la basilique subit un déclin comme la ville. Des restaurations sont parfois autorisées mais l'église n'échappe pas aux détériorations et aux pillages. Le moine Félix Fabri en pèlerinage en Terre sainte dans la seconde moitié du compare l'intérieur de l'église à . La fumée des cierges et des lampes à huile, de même que l’habitude d’attacher des tableaux, altèrent les mosaïques au cours des siècles et la basilique subit de nombreuses restaurations. La basilique survit à des tremblements de terre en 1834 et 1837, et un incendie en 1839 mais sa structure et son mobilier continuent à se dégrader.

Le contrôle grandissant de l'Église orthodoxe grecque sur l'administration de la basilique se traduit par son intervention en 1842 lorsqu'elle obtient un firman ottoman pour diriger la restauration de l'édifice : réfection de la charpente et des lames de plomb de la toiture, vestiges des mosaïques de l'époque croisée encastrées dans un enduit de chaux, sol dont les marbres avaient été pillés désormais pavé de grosses dalles de pierre.

En 1847, le vol de l'étoile incrustée sous l'autel de la Nativité, vol que les Latins attribuent aux grecs orthodoxes (ces derniers n'auraient pas accepté que l'inscription gravée soit rédigée en latin), est une des causes directes de la participation française à la guerre de Crimée contre la Russie..

Statu quo vignette|Plan de la basilique et propriétés en 1881. L'église est actuellement administrée conjointement par l'Église orthodoxe de Jérusalem, l'Église catholique et l'Église apostolique arménienne. Toutes les trois maintiennent des communautés monastiques sur le site. Un firman a fixé, en 1852 sous l'Empire ottoman, les droits, devoirs, privilèges et titres de propriétés des diverses autorités ecclésiastiques qui ont la garde des Lieux saints. Ce « statu quo », toujours en vigueur à ce jour, est garanti par le traité de Berlin (1878).

L’Église orthodoxe de Jérusalem possède la partie principale de la basilique, l'ensemble des cinq nefs, le chœur et le transept sud dans la basilique, ainsi que l'autel de la Nativité dans la grotte. L'Église apostolique arménienne possède le transept nord et l'autel. Et, occasionnellement, l'autel de la Nativité dans la grotte. Le Patriarcat latin de Jérusalem possède l'autel de l'Adoration des Mages dans la grotte de la Mangeoire. Mais, également, l'étoile d'argent située sous l'autel de la Nativité.

Coopération et rivalité dans le contrôle du sanctuaire vignette|Place de la Nativité, avec le clocher du monastère arménien en avant-plan et le campanile du monastère grec orthodoxe en arrière-plan. Le statu quo et la cohabitation habituellement fonctionnelle entre les trois Églises se partageant le sanctuaire n'empêche pas la rivalité séculaire pour le contrôle spatial et temporel du sanctuaire de perdurer. Cela se traduit par des conflits réguliers, dont les plus graves éclatent lors de la préparation des cérémonies solennelles impliquant la participation concomitante de plusieurs Églises, et notamment lors du nettoyage de la basilique.

Ces conflits peuvent aller dans les cas extrêmes jusqu'à l’agression physique (deux Franciscains tués en 1893, cinq prêtres et deux policiers blessés en 2007, une rixe en 2011) des représentants du clergé de ces Églises ou jusqu'à constituer un des casus belli de la guerre de Crimée.

Siège de 2002