La conquête de l'Algérie par la France se déroule en plusieurs étapes distinctes. Elle débute par le débarquement de l'armée d'Afrique à Sidi-Ferruch (Alger) le commandée par le général de Bourmont, et s'achève en partie lors de la reddition formelle de l'émir Abdelkader au duc d'Aumale, le . Cette phase initiale de la conquête se termine par la soumission des populations d'Algérie à la Royauté puis plus tard par la création des départements français d'Algérie en . Des campagnes de « pacification » du territoire continuent cependant de se dérouler durant les décennies qui suivent, et la conquête du Sahara n'est achevée qu'en 1904.

Dès 1830, la conquête de l'Algérie est accompagnée d'une colonisation de peuplement forcée par la nécessité de ravitailler en vivres les forces militaires grandissantes : les militaires français deviennent des colons en s'installant et aménageant le territoire conquis. Les pionniers sont par la suite rejoints par des paysans pauvres du Midi de la France et de Corse, des Alsaciens-Lorrains fuyant leur région annexée par l'Allemagne en 1871, des immigrants étrangers arrivant par vagues successives des pays méditerranéens frontaliers (Espagne, Italie mais aussi Malte, possession britannique depuis 1814). Quelques proscrits politiques exilés par le gouvernement français s'établissent également dans la nouvelle colonie, tout comme des ressortissants d'Allemagne et de Suisse, encouragés à prendre part à la colonisation..

Chronologie de la conquête de l'Algérie La première étape de la conquête commence avec la régence d'Alger, la partie septentrionale de l'Algérie (le Sahara étant un territoire généralement associé bien qu'indépendant) de à et prend fin avec la signature de l'accord de soumission du régent d'Alger Hussein Dey le à Alger. La seconde étape commence avec la conquête de l'État d'Abdelkader de 1832 à 1847 et s'achève officiellement avec la signature de l'armistice par l'émir Abdelkader ibn Muhieddine à Sidi Tahar le (il remet sa reddition au capitaine François Achille Bazaine le ). Les territoires de l'ancienne régence d'Alger et ceux de l'État algérien sont annexés à la France en 1848 par la création de trois départements (département d'Oran à l'ouest, département d'Alger au centre et département de Constantine à l'est). La dernière étape concerne le Sud algérien. Elle se termine avec sa conquête de à et conduit au traité de reddition de la confédération touarègue Kel Ahaggar du Sahara en . Ceci entraîne la création le des territoires du Sud (rattachés ensuite à l'Algérie), qui seront départementalisés le avec la création des deux départements français du Sahara (département de la Saoura à l'ouest et département des Oasis à l'est).

Chronologie Le blocus maritime de la régence d'Alger (1827-1830) (après le blocus britannique de 1824). Le débarquement du corps expéditionnaire français à Sidi-Ferruch, le . La prise d'Alger, le , par les troupes françaises, commandées par Louis Auguste Victor de Ghaisne, comte de Bourmont. L'occupation des ports du littoral et le principe de l'occupation restreinte. La guerre contre l'émir Abdelkader et sa tentative de créer un État sur les ruines de la Régence, de 1836 à 1848. La chute de Constantine, 1837. La défaite de l'émir et le découpage de l'Algérie en trois départements en 1848. La politique de la terre brûlée (1851-1860). Le décret Crémieux et la naturalisation des populations juives algériennes, 1870. La révolte de Mokrani (1870-1871). L’expropriation des terres des tribus et le code de l'indigénat. La révolte du cheikh Bouamama au sud-ouest (1882-1902). Des opérations de colonisation des populations et des territoires, et les campagnes du Sahara (1882-1902)https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/sites/default/files/notices_files/SHDGR_INV_1H_998_A_1090.pdf : territoires du Sud (1902-1957).

Avant la conquête Situation de la régence d'Alger (1802 – 1829)

La régence d'Alger, dont le territoire correspond à la partie non saharienne de l'Algérie actuelle, est théoriquement une dépendance de l'Empire ottoman, en fait totalement autonomeRobert Mantran, L'Évolution des relations politiques entre le gouvernement ottoman et les odjaks de l'ouest du , université d'Aix-Marseille, .Mahfoud Kaddache, L'Algérie des Algériens, de la Préhistoire à 1954, EDIF, 2000, .. Elle est dirigée par le dey d'Alger.

Le territoire de la régence est réparti entre le « territoire du sultan » (Alger, le Sahel et la Mitidja) et trois beyliks dont les responsables, les beys, sont nommés par le dey : les beyliks du Titteri (chef-lieu : Médéa), d'Oran et de Constantine.

La régence est en déclin depuis le début des guerres napoléoniennes qui entravent le commerce en Méditerranée. De 1802 à 1821, le pays est en proie à la violente dissidence des tribus de l'arrière-pays et à la rébellion de certaines populations qui affichent ouvertement leur désir de se débarrasser de la Régence (révolte de Belahrach). Sur le plan militaire, la flotte d'Alger est dépassée et ne peut plus tenir tête aux marines des pays européens ; à partir de 1815, les flottes britannique et française dominent la Méditerranée. Cependant, un an après une dernière intervention navale américaine, Alger subit en 1816 un bombardement néerlando-britannique mené par Lord Exmouth. Quant à la traite des esclaves, avec le déclin de la course (corso), la chute est fulgurante : à la fin du , 400 en 1830Fatima Z. Guechi, « Captifs sous la Régence turque », dans Collectif, L'Algérie et la France, Robert Laffont, 2009, ..

Les revenus du dey d'Alger baissent et se retrouvent gravement compromis. Pour compenser la perte des revenus maritimes et du commerce, celui-ci accroît la pression fiscale, mal supportée par la paysannerie.

Pour échapper au pouvoir central, une partie de la population (celle des hauts-plateaux) se nomadise. Une autre partie (les montagnards) déclare la guerre au pouvoir. et à la concurrence de l'Europe de l'Est, et la chute de l'Empire français a privé la régence d'Alger d'un grand importateur.

La crise sociale déclenche une crise politique, le dey d'Alger semble contesté par les beys. L'implosion intérieure est effective dans les années 1820. Le pays est fragilisé. Après l'Affaire de l'éventail, l’Algérie est soumise à un blocus maritime de la part de la France à partir de , qui va durer trois ans.

vignette|335x335px|Carte de la régence d'Alger, 1814.|néant

Situation du royaume de France

Le gouvernement français avait attendu trois ans après le « coup d'éventail » de 1827 (raison affichée de la conquête).. En fait, le gouvernement ultra du prince de Polignac espérait non seulement revivre les conquêtes militaires de Napoléon et consolider l’influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée, mais aussi juguler l'opposition intérieure pour renouer avec le prestige monarchique dont rêvait Charles X (roi de France de 1824 à 1830).

Un blocus maritime est mis en place. L'invasion est conseillée par Polignac, afin de sauver la situation intérieure française. Charles X avoue vouloir avec l'espoir de conquérir l'Afrique.

Selon Pierre Péan, Charles X est également à court de trésorerie et l'immense pactole que constituait la fortune du dey d'Alger pouvait représenter un objectif majeur de cette expédition. Dans son ouvrage Main basse sur Alger, enquête sur un pillage, juillet 1830, il attribue l’origine des fortunes des familles Seillière et Schneider dans le détournement de ce trésor retrouvé dans la casbah..

De nombreux travaux sur le refus de Charles X et de la France de procéder au paiement d'une dette de blé alors due à la Régence d'Alger existent et soutiennent une forme d'opportunisme de la part de Charles X comme origine de la colonisation de la Régence d'Alger........

Charles X saisit alors l'occasion pour monter une expédition punitive sur les côtes algériennes. Cette opération militaire doit lui permettre de détourner l'attention de l'opinion publique face aux difficultés intérieures qui rongent le pays. L'une des raisons avancées pour justifier l'opération est de se débarrasser des pirates barbaresques (qui étaient majoritairement des Européens ou des Turcs mais qui habitaient certaines villes d'Afrique du Nord.. dont Alger) qui occupaient la mer Méditerranée depuis trois siècles.

Si ces deux facteurs correspondaient à des réalités historiques, et si la traite négrière continuait d'exister sous la Régence, il ne restait en 1830 qu'un petit nombre d'esclaves chrétiens en Algérie, la majorité des chrétiens dans la province ottomane étant des travailleurs libres. Quant aux pirates, ils avaient fortement réduit leurs activités depuis le . Le Dey avait renoncé en 1818 à la traite des esclaves chrétiens comme à la piraterie à la suite de l'intervention de la flotte britannique deux ans plus tôt, soit plus de dix ans avant le conflit avec la France..

Guerre d'Alger (1827-1830) Affaire de l'éventail vignette|Avant la conquête française de 1830, les régences d'Alger et de Tunis font nominalement partie de l'Empire ottoman. vignette|Bombardement d'Alger commandé par l'amiral britannique Lord Exmouth le .|alt= vignette|L'affaire de l'éventail entre le pacha turc Hussein Dey et le consul français Pierre Deval est le casus belli qui provoque le blocus maritime d'Alger par la marine royale française en 1827. vignette|Carte chronologique de la conquête et de la formation territoriale de l'Algérie.

Les dettes de la France

Lors de la campagne d'Égypte de Bonaparte (1798-1799), deux négociants juifs originaires d'Europe du Sud (de Livourne en Italie notamment) Busnach et Bacri, proposent au Directoire de ravitailler en blé l'armée françaiseUn contentieux à l’origine de la colonisation de l’Algérie: L'affaire Bakri-Busnach. Les démêlés de deux négociants juifs avec l’administration française. Le contrat est signé et le dey d'Alger avance l'argent pour toute l'opération.. Les caisses du Directoire sont vides et le paiement est ajourné. Une fois au pouvoir, Napoléon repousse à la fin de la guerre le paiement de ses créances. Sous la Restauration, le gouvernement de Louis XVIII rembourse la moitié de la somme, l'autre partie étant bloquée dans le cadre d'un arbitrage juridique et n'a donc jamais été versée en 1830.

L'incident diplomatique Recevant le en audience le consul de France Pierre Deval dans la Citadelle d'Alger, le dey lui demande la réponse du roi de France à trois lettres qu'il lui avait écrites. Le consul lui répondant que le roi ne peut lui répondre, et ajoutant, aux dires du dey, (que le dey ne précise pas), celui-ci le frappe Lettre du du dey Hussein au grand Vizir (archives du gouvernement turc) citée par Jeannine Verdès-Leroux, article « Coup d'éventail (1827) », dans L'Algérie et la France, Robert Laffont 2009 , .. Le dey, lors de son passage à Paris en 1831, raconte en termes un peu différents, l'incident au journaliste Auguste Jal : (Auguste Jal, article dans La Revue de Paris, Volume 31, 1831). Ainsi se trouve constitué un incident diplomatique qui sera exploité par la diplomatie françaiseHenri Nérac, « La Régence turque », La Nouvelle Revue d'histoire, , printemps-été 2012, 54-56.. Le dey refusant de présenter ses excuses, l'affaire est considérée par la France comme un casus belli entraînant l'envoi d'une escadre pour opérer le blocus du port d'Alger. L'escalade diplomatique conduira à l'expédition d'Alger.

Ultimatum au Dey d'Alger (juin 1827)