Tannhäuser est un opéra de Richard Wagner, auteur du livret et de la musique.
C'est son cinquième opéra et le deuxième de ses dix opéras principaux régulièrement joués à Bayreuth. Il porte la référence du catalogue de ses œuvres. Son titre complet est Tannhäuser et le Tournoi des chanteurs à la Wartburg.
Cet opéra a deux thèmes principaux : l’opposition entre amour sacré et amour profane, et la rédemption par l’amour, thème qui traverse l’ensemble de l’œuvre de Wagner.
L'opéra fut créé le à Dresde sous la direction de Wagner, alors âgé de 32 ans. Ensuite, Wagner révisa le livret et la partition à plusieurs reprises. Une version remaniée dite « de Paris » fut montée à l’opéra Le Peletier le grâce au soutien de la princesse Pauline de Metternich, épouse de l'ambassadeur d'Autriche ; malgré l’ajout d’un ballet après l’ouverture destiné à se concilier le goût des Parisiens, un chahut organisé par les habitués de l’opéra traditionnel provoqua un échec retentissant, qui conduisit Wagner à arrêter les représentations après la troisième.
Argument Présentation générale Les thèmes-clés sont l’opposition entre l’amour sacré et l’amour profane, ainsi que la rédemption par l’amour, thème qui traverse l’ensemble de l’œuvre de Wagner.
L'action se situe près d'Eisenach, en Thuringe (Allemagne), aux alentours de et dans le Château de la Wartburg, au début du treizième siècle.
Acte I La scène se passe au Venusberg (dans le massif dit , près d'Eisenach).
Tannhäuser, ancien Minnesänger, y est captif consentant de la déesse Vénus, dans la « grotte d'amour » de la déesse, située au cœur de la montagne (Louis II de Bavière fit construire dans son château de Linderhof une « Grotte de Vénus »). Son amour pour elle s'est tari, et il aspire de nouveau à la liberté, à la nature et à l'amour de Dieu. Dans un air fameux dit Hymne à Vénus, Tannhäuser exprime à Vénus sa gratitude pour ses bienfaits mais aussi son désir irrévocable de la quitter. La déesse réagit violemment et lui déclare que jamais plus il ne trouvera le salut. Tannhäuser dit alors que son salut viendra de la Vierge Marie, dont la seule évocation du nom provoque la disparition soudaine du Venusberg.
Tannhäuser se retrouve dans la campagne près de la Wartburg ; c'est le printemps, un jeune berger chante la gloire de la belle saison qui s'annonce et des pèlerins qui partent pour Rome. En entendant leur chant, Tannhäuser est pris de profonds remords pour ses actions et d'un grand désir de rédemption.
Surviennent le landgrave Hermann de Thuringe de retour de chasse, accompagné de chevaliers : Wolfram von Eschenbach, Walther von der Vogelweide, Biterolf, Reinmar von Zweter et Heinrich der Schreiber, tous Minnesänger. Ils accueillent avec joie le retour du jeune chanteur, compagnon apprécié de leurs joutes lyriques, qui autrefois avait fui la cour de la Wartburg, et le prient de revenir parmi eux. Tannhäuser refuse, les priant de le laisser poursuivre sa route. Wolfram le prie alors de revenir auprès d'Elisabeth, la nièce du landgrave : à l'évocation de ce nom, Tannhäuser, qui était et reste amoureux de la jeune femme, semble touché par la grâce et accepte de revenir à la Wartburg.
Acte II vignette|left|Le château de la Wartburg, à Eisenach. Dans la grande salle d'apparat de la Wartburg, où se déroulent les concours de chant entre Minnesänger.
Elisabeth, la nièce du landgrave, aime toujours Tannhäuser elle aussi. Emplie de joie en apprenant que Tannhäuser est de retour, elle salue cette salle (Dich teure Halle grüß ich wieder = « Je te salue de nouveau, chère salle », Chant d'Entrée d'Elisabeth) où elle n'est jamais revenue depuis le départ de celui-ci. Tannhäuser arrive, les deux amoureux exultent. Elisabeth exprime le malheur dans lequel elle a vécu depuis son départ inexpliqué. Tannhäuser dit qu'elle doit remercier Dieu d'avoir permis le miracle de son retour.
Le landgrave accueille les invités pour le concours de chant, dont le thème sera l'éveil de l'amour. Elisabeth accordera un vœu au vainqueur, quel qu'il soit. Wolfram est le premier à chanter; il décrit l'amour comme un sentiment pur qui ne doit jamais être troublé. Tannhäuser réplique en vantant l'amour sensuel, ce qui provoque l'ire de Biterolf et de Walther qui soutiennent le sentiment de Wolfram.
Tannhäuser, au comble de l'extase, finit par chanter sa louange à Vénus et déclarer qu'il a passé tout le temps de son absence avec elle dans le Venusberg. C'est pour l'assistance une horreur et un scandale blasphématoires. Les chevaliers tirent l'épée pour sommairement exécuter Tannhäuser. Il ne doit son salut qu'à la pitié d'Elisabeth, qui intercède pour lui, car tout pécheur a droit à miséricorde. Le landgrave condamne Tannhäuser à se joindre aux pèlerins de Rome et à aller à pied implorer son pardon du pape lui-même. Tannhäuser quitte la Wartburg.
Acte III vignette|left|Acte III, scène I. La vallée de la Wartburg.
Un an s'est passé. Les pèlerins sont de retour. Elisabeth, accompagnée de Wolfram, guette leur passage, cherchant ardemment Tannhäuser parmi eux. Mais il n'y est pas. Elle tombe à genoux et adresse à la Vierge une fervente prière : elle offre sa vie pour que la rédemption soit accordée à Tannhäuser.
Elle retourne ensuite le cœur brisé vers la Wartburg, refusant le secours de Wolfram, qui offre de l'accompagner. Wolfram, animé d'un amour chaste et dévoué pour elle, pressent la mort prochaine de la jeune femme ; s'adressant à l'Étoile du Soir (Romance à l'Étoile : « Ô du mein holder Abendstern » - « Ô ma belle étoile du soir»Ô toi ma belle étoile du soir.), il lui demande qu'Elisabeth devienne un ange au ciel comme elle fut un ange sur la terre. vignette|Fin de Tannhäuser, Bayreuth, 1930Bundesarchiv, Bild 183-2004-0512-501 / CC-BY-SA.. Un pèlerin solitaire et dépenaillé arrive : c'est Tannhäuser. Celui-ci décrit comment le Pape, devant l'horreur de son crime inexpiable, lui refusa le pardon aussi longtemps que son bâton pastoral ne pourrait reverdir (air du Récit [ou Retour] de Rome — « Romerzählung »).
Désespéré, Tannhäuser veut retourner au Venusberg. Vénus apparaît, appelant son amant à la rejoindre. Tannhäuser va céder lorsque Wolfram l'adjure de rester en souvenir d'Elisabeth. À ce nom, Tannhäuser reste pétrifié sur place et Vénus, folle de rage, disparaît.
Une procession funéraire apparaît, portant le corps d'Elisabeth. Tannhäuser meurt à son tour, à nouveau touché par la grâce, en implorant Élisabeth de Hongrie de prier pour lui. Un groupe de jeunes pèlerins arrive, chantant le miracle survenu à Rome : ils sont porteurs du bâton pastoral du pape, qui a reverdi.
Sources de l'argument L'argument de l'opéra mêle plusieurs éléments que l’on trouve répartis dans plusieurs sources dont Wagner disposait dans les années 1830 (voir la liste dans la Bibliographie). L'argument est fondé sur deux légendes germaniques, celle de la Guerre des Chanteurs au château de la Wartburg, d'une part, et la Ballade de Tannhäuser, d'autre part, avec insertion du concours de chant entre le retour de Tannhäuser du Venusberg et sa visite au pape. Wagner y mêle la légende de Sainte Élisabeth de Hongrie, très librement remaniée.
Les personnages sont pour la plupart des personnages historiques de la littérature allemande du : Tannhäuser est un Minnesänger, dont les dates exactes de naissance et de mort sont inconnues, mais dont l’activité est attestée dans la période 1245-1265 - Elisabeth dans le duo du II avec lui, et Wolfram au III l’appellent ‘Heinrich’, mais c’est une invention de Wagner, le véritable prénom reste inconnu ; Wolfram von Eschenbach (ca. 1160/80-ca. 1220) ; Walther von der Vogelweide (ca. 1170-ca. 1230) ; Reinmar von Zweter (ca. 1200-ap. 1248) ; Heinrich der (tugendhafte) Schreiber, dont l’activité est connue dans la période 1208-1228 ; Biterolf, poète dont l'existence n'est pas fermement attestée, mentionné par Rudolf von Ems (ca. 1200-1254 ?) dans son épopée Alexandre comme l'auteur d'une légende sur Alexandre et de textes de chansons.
Analyse musicale Durée Selon les interprétations, Tannhäuser dure entre 2 h 50 et 3 h 30 environ. Les durées suivantes ont été notées : 2 h 50 (Otmar Suitner, Bayreuth, 1964) et 3 h 28 (Siegfried Wagner, Bayreuth, 1904).
Liste de pièces célèbres Pièces orchestrales Ouverture Bacchanale du Venusberg
Pièces vocales Hymne à Vénus (Tannhäuser, acte I, scène 2) Chœur des pèlerins (acte I, scène 3 ; acte III, scène 1) Air d'entrée d'Elisabeth (Elisabeth, acte II, scène 1) Prière d'Elisabeth (Elisabeth, acte III, scène 2) Romance à l'Étoile (Wolfram, acte III, scène 2, « Ô du mein holder Abendstern ») Récit de Rome (Tannhäuser, acte III, scène 3)
Thèmes musicaux Selon Albert Lavignac, les principaux leitmotifs de Tannhäuser sont au nombre de cinq. Au cours de l’œuvre, ils sont présents aux moments indiqués dans le tableau suivantAlbert Lavignac, Le Voyage artistique à Bayreuth, sur wikisource.. Il y a lieu d’ajouter certains thèmes importants et célèbres que Lavignac ne fait pas figurer dans le tableau, à savoir ceux, dit-il, « ayant un caractère indépendant, qui sont dans la mémoire de tous, et d’une riche abondance dans Tannhäuser », tels que le Chœur des Pèlerins ou l’Hymne à Vénus. TANNHÄUSERPRINCIPAUX LEITMOTIFS (*)Ouver-ture ACTE ACTE ACTE[Pr.= Prélude] tabl. tabl. Pr. Pr. SCÈNES : 1 2 3 4 1 2 3 4 5 1 2 3 4 5Le Venusberg ■ ■ .. .. .. .. .. .. .. .. ■ .. .. .. ■ Le Chœur des Pèlerins .. .. .. ■ .. .. .. .. .. .. ■ ■ Élisabeth .. .. .. .. ■ .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ■La Romance de Wolfram .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ■ .. ■ La Damnation .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ■ .. .. ■ (*) L’ordre de présentation des leitmotifs est celui de leur première apparition intégrale.
Instrumentation Instrumentation de Tannhäuser À l’orchestre Musique de scèneCordes premiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses,1 (+1) harpe,0 (+1) harpe.Bois3 flûtes, 1 piccolo (partie prise par la )2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons,1 cor anglais, 4 flûtes, 2 piccolos,4 hautbois, 6 clarinettes, 6 bassons.Cuivres4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, 1 tuba,12 cors, 12 trompettes, 4 trombones.Percussions 2 (+1) timbales, 1 triangle,1 paire de cymbales, 1 tambourin, 1 grosse caisse, 0 (+1) paire de castagnettes,1 triangle,1 paire de cymbales, 1 tambourin.
Légende : les nombres entre parenthèses indiquent les instruments ajoutés dans la version de Paris, 1861.
Analyse détaillée Voir Albert LavignacAlbert Lavignac, Le Voyage artistique à Bayreuth, , sur wikisource..
Ouverture
L'ouverture est un résumé de l'opéra : d'abord, exposition andante maestoso de la mélodie du chœur des pèlerins en crescendo, qui s'éteint ensuite progressivement. Sans transition, un allegro expose le leitmotiv du Venusberg. Puis, de plus en plus théâtralement, résonne le leitmotiv du chant passionné de Tannhäuser, accompagné par la musique exprimant les menaces des chevaliers, pour atteindre son apogée dans un molto vivace mouvementé. La suite diffère selon les versions : Version de Dresde, 1845 : l'ouverture se termine avec le thème du chœur des pèlerins, qui revient majestueusement assai stretto en crescendo (exprimant le pardon final accordé enfin au héros) pour déboucher sur une brève et magistrale coda più Stretto. Version de Paris, 1861 : enchaînement avec un ballet, la Bacchanale du Venusberg.
Histoire Wagner a remanié Tannhäuser plusieurs fois. Un mois avant sa mort, « il dit qu'il doit encore au monde TannhäuserJournal de Cosima Wagner, 23 janvier 1883.. »
Il y a quatre versions.