Asma al-Assad (), née Asma Fawaz Al Akhras () le à Londres (Royaume-Uni), est une femme d'affaires de nationalité syrienne et britannique. Elle est la Première dame de Syrie de à , en tant qu'épouse de Bachar al-Assad, président de la République arabe syrienne.

Biographie

Origines et mariage Famille et activités bancaires Asma Fawaz Akhras, née dans le quartier d’Acton, à Londres le , est issue d'une famille sunnite de la ville de Homs. Son père, Fawaz Akhras, médecin, émigre au Royaume-Uni dans les années 1950 pour y terminer ses études et exercer la profession de cardiologue, au prestigieux ; sa mère, Sahar Otri, est la première secrétaire de l'ambassade de Syrie, et sa propre sœur l’épouse d’Adnan el-Dabbagh, ministre de l’Intérieur d’Hafez al-Assad. Elle a deux frères cadets, Fara et Ayad. Parlant couramment l’arabe et l’anglais, elle est passionnée d’art contemporain. Dans sa jeunesse, elle ne se rend en Syrie que pendant ses vacances d’été. Elle déclare en au magazine américain Vogue : Flore Olive, « La Syrie abandonnée », pages 52 à 57, Paris Match du 15 au 21 mars 2012, ..

Grandissant dans la capitale britannique, elle étudie au Queens' College à Londres, où elle obtient les meilleures notes de sa promotion en économie, en mathématiques, en informatique et en littérature française. Elle décroche par la suite un Bachelor of Science en informatique et littérature française au King's College de LondresMarion Moussadek, « Asma al-Assad se rêvait en Diana de l'Orient », lematin.ch, 8 février 2012.. Après ses études, en 1996, elle commence à travailler à la Deutsche Bank en tant qu’ pour les clients européens et est-asiatiques. En 1998, elle rejoint le département bancaire de JPMorgan Chase, où elle . Elle exerce un temps son activité à Paris (France), puis à New York (États-Unis).

Rencontre avec le « dauphin » du régime C’est en 1992 lors d'une soirée à l’ambassade syrienne au Royaume-Uni, qu’elle rencontre Bachar al-Assad, qui poursuivait ses études en ophtalmologie. Néanmoins, Bachar et elle se connaissent depuis leur enfanceArmand Duchêne, « Syrie : Asma al-Assad, dame de cœur devenue reine de pique », jeuneafrique.com, 12 avril 2021.. De dix ans son aîné, il est le fils cadet du président syrien Hafez al-Assad (en poste depuis 1971), dont sa famille est proche. Il n’a cependant pas de destin politique particulier, son frère aîné Bassel ayant été désigné comme « dauphin » du président. Mais ce dernier meurt dans un accident de voiture en 1994 et Bachar devient alors l’héritier officiel du régime et de la famille al-Assad. C’est en 1996 que le couple se forme entre Bachar et Asma. Elle se fait alors de plus en plus absente à son travail, et finalement démissionne par surprise, après avoir touché une prime exceptionnelle à la suite d'un contrat important qu’elle venait de remporter. Leur liaison demeure officiellement secrète jusqu’à la fin des années 1990. Après la mort de son père, Bachar est intronisé président le . Le couple se marie le de la même annéeClaire Meynial, « Asma al-Assad, 36 ans, femme de tyran », in Le Point , 12 juillet 2012, pages 40-45., mais l’annonce réelle n’a lieu de façon officielle qu’en , bien qu’aucune photographie d’elle ne fuite dans la presse. Il est probable que le mariage a fait l’objet de tractations familiales. Le couple a trois enfants : Hafez (né en 2001), Zein ou Zeyn (née en 2003) et Karim (né en 2004).

Première dame de Syrie Une Première dame moderne thumb|left|Asma al-Assad (à l'extrême droite) et la Première dame du Brésil Marisa Letícia Lula da Silva au musée national de Syrie, en 2003.

L’affirmation comme Première dame Le couple formé par Asma et Bachar al-Assad ne résulte pas simplement d’une rencontre amoureuse. En effet, cela permet au président d’asseoir son influence sur la majorité sunnite syrienne, dont son épouse est issue, alors que lui-même appartient à la minorité alaouite. Au début de la présidence de son époux, elle parcourt durant trois mois la campagne syrienne incognito afin de découvrir le pays. Pourtant, le fait qu’elle ne porte pas le voile surprend ; le couple bénéficie d’une bonne image, dînant par exemple sans escorte apparente dans les restaurants de la capitale. Elle offre également une image glamour au régime, vêtue avec élégance, en Chanel comme en Louboutin. Une société de relations publiques britannique est sollicitée, en 2007, par la présidence syrienne pour communiquer sur cette Première dame moderne, surnommée par la suite par Vogue USA (« A Rose in the Desert », 2011.) et par le Huffington Post.

Cependant, elle est au départ mise en minorité au sein du parti Baas, et par sa belle-famille, . Anissa Makhlouf, la mère de Bachar al-Assad, qui avait pensé rester Première dame de Syrie même après le décès de son mari et l’avènement de son fils comme président, tient la dernière arrivée dans le clan Assad à distance. Bouchra al-Assad, sœur de Bachar, mariée à Assef Chaoukat, l'ancien chef des services de renseignements devenu vice-ministre de la Défense, compte également parmi ses rivales. Le fait qu’elle soit sunnite participe également de cette défiance, l'histoire de la Syrie n’a pas effacé le souvenir où ; le conflit se règle, en 2006, avec une « victoire » d’Asma sur les femmes de sa belle-famille.

Rôle médiatique et politique Parallèlement, le régime syrien, qualifié en 2002 par le président américain George W. Bush de membre de l’, redevient par la suite fréquentable dans les capitales occidentales : en 2005, alors que Bachar al-Assad est mis en cause dans l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri, elle profite des funérailles du pape Jean-Paul II à Rome pour réussir un « coup médiatique », s’entretenant devant les caméras avec Cherie Blair, Première dame britannique et la reine Sophie d'Espagne, alors que leurs époux respectifs avaient préféré éviter le président syrien. En 2008, le président al-Assad est l’invité d'honneur de la France lors du cérémoniel défilé du 14 juillet ; en 2010, son épouse Asma est présente à ses côtés lors d’un déjeuner avec le président Nicolas Sarkozy« Quand les Assad déjeunaient à l’Élysée », lepoint.fr, 2 mars 2012.. En décembre de la même année, elle est reçue à l'hôtel Bristol, à Paris, et s’exprime sur les enjeux culturels de la Syrie devant l'Académie diplomatique internationale, un centre de réflexion financé par l’Aga Khan et des invités parmi lesquels se trouvent les ministres français Frédéric Mitterrand et Christine Lagarde et le président du Louvre Henri Loyrette. Elle participe donc pleinement à la « normalisation » du régime syrien opéré à la fin des années 2000.

Contrairement aux précédentes Premières dames syriennes, elle a un rôle politique important dans le pays et participe à de nombreux événements diplomatiques et politiques. Influencée par les idées libérales en économie, elle a tenté de convertir son époux au libéralisme. Elle déclare ainsi en 2007 à l’écrivain Eyal Zisser : . Andrew Tabler, journaliste spécialiste de la Syrie, écrit ainsi dans l’ouvrage de référence sur le régime syrien In the Lion’s Den (« Dans l’antre du lion ») qu’Asma al-Assad . Le couple vit dans un loft de trois niveaux de Damas, dans le quartier nord de Muhajirin, avec leurs trois enfants. Toutefois, elle a des réserves sur la médiatisation dont elle fait l'objet, refusant d’incarner une « femme-trophée » : ainsi, lors de la première visite officielle du couple syrien, en 2001, elle préfère visiter HEC Paris et la Banque de France plutôt que le journal de 20 heures de TF1 et la boutique Hermès, où elle est invitée ; une responsable associative note ainsi qu’elle .

Elle est aussi engagée dans des œuvres caritatives et humanitaires, ainsi que dans des mouvements pour l'émancipation des femmes. En 2005, elle fonde « Massar », une organisation éducative pour des jeunes gens âgés de 5 à 21 ans avec , affirme-t-elle en 2008 au magazine français Paris Match. En 2007, elle participe également à la création du Fonds syrien pour le développement, spécialisé dans le microcrédit, afin de soutenir des projets liés à l’agriculture et à l’éducation. Elle projette alors un partenariat avec le musée du Louvre. Andrew Tabler poursuit : (dans l’agriculture, l'éducation, l’emploi des jeunes ou encore la culture, captant alors l’essentiel des aides internationales à la Syrie), alors que celui-ci demeure une dictature où le népotisme et la corruption sont monnaie courante. En 2009, sur la chaine américaine CNN, elle critique l’opération israélienne « Plomb durci » contre la bande de Gaza, déclarant : . Elle s’adresse également à la jeunesse moyen-orientale, frustrée devant le peu de perspectives économiques qui lui est offerte : .

Jeune Afrique note : . En réalité, cette mise en avant médiatique d'Asma al-Assad, avec l'image glamour du couple qu'elle forme avec son mari, est le fruit d'une stratégie de communication mise en œuvre par l'agence de relations publiques américaine Brown Lloyd James afin d'adoucir la vision de l'Occident envers la Syrie à la fin des années 2000Bill Carter et Amy Chozick, « al-Assad, du glamour aux massacres », Le Figaro, supplément The New York Times, 15 juin 2012, page 3..

Printemps arabe de 2011-2012 Icône abîmée et controversée vignette|Asma et Bachar al-Assad à Moscou (Russie), en 2008. Malgré son modernisme très apprécié des médias occidentaux, certains ont fait remarquer son indifférence au sort des manifestants du Printemps arabe, victimes de violences policièresGeorges Malbrunot, « Asma al-Assad, la fin du glamour », in lefigaro.fr, 23 mars 2012.. On pense même, au début du mouvement de révolte qui secoue le monde arabe, qu’elle pourrait constituer une influence bénéfique, afin que le régime prenne un virage démocratique dans ses réformes. On parle dès lors de la , et au printemps 2011 elle est considérée par le magazine Vogue comme .

Mais selon Chris Doyle, directeur du Conseil pour l’entente arabo-britannique, les choses ne sont pas si simples et Asma al-Assad ne dispose pas de toute sa liberté de parole : <ref>Alistair Beach, « La Marie-Antoinette de Damas », pour The Independant, repris par courrierinternational.com, le 27 octobre 2011.</ref>. The Guardian note pour sa part qu’elle soutient totalement son mari, y compris dans sa politique de répression de la révolution syrienneRobert Booth, Mona Mahmood et Luke Harding, « Exclusive : secret Assad emails lift lid on life of leader's inner circle », in guardian.uk, 14 mars 2012.. Tandis que celle-ci a fait en un an plus de victimes civiles, Asma al-Assad , selon des courriels piratés de ses comptes privés et des comptes de son époux, auxquels le Guardian a eu accèsLe Guardian émet un avis de non-responsabilité quant à la véracité des courriels, transmis selon eux par les « opposants syriens ».. C'est la raison invoquée par l'Union européenne pour décider, en mars 2012, de prendre des sanctions contre elle, ainsi que contre la mère, la sœur et la belle-sœur de Bachar al-Assad, notamment en gelant leurs avoirs économiques présents en Europe et en les privant de visa. Dans un courriel envoyé à une amie le 14 décembre 2011, elle écrit, en parlant de sa vie privée et familiale : . Parallèlement, Vogue retire l’article cité précédemment de son site Internet, son auteur ayant exprimé ses regrets sur CNN et la rédactrice en chef, Anna Wintour, ayant déclaré : .

Soutien affirmé au régime