Raoul Salan, né le à Roquecourbe (Tarn) et mort le à Paris, est un général français, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire, qui a pris part au putsch des généraux à Alger en 1961.

Appelé le général le plus décoré de l'armée française, Alain Gandy, Salan, Perrin, 1990, p. 17., son état de service porte de à , année où il prend sa retraite.

Au cours de la Première Guerre mondiale, il s'engage en et combat dans le 5e régiment d'infanterie coloniale (5e RIC). Après la guerre, il sert dans l'armée du Levant en 1921, où il est gravement blessé en Syrie en octobre, puis presque sans interruption en Indochine de 1924 à 1937. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'illustre notamment comme colonel à la tête du régiment de tirailleurs sénégalais (6 RTS) lors de la libération de Toulon en . Promu général de division en 1947, il est nommé commandant supérieur des troupes en Extrême-Orient en 1948. Après la mort du maréchal de Lattre, il lui succède comme commandant en chef des forces françaises en Indochine en , poste qu'il quitte en , après avoir été fait grand-croix de la Légion d'honneur en .

Général d'armée, il est nommé en commandant supérieur des forces armées en Algérie par le gouvernement Guy Mollet dans un contexte d'escalade de la guerre. Sous sa responsabilité, l'usage de la torture, déjà présent au sein de l'armée française, devient une pratique massive et institutionnalisée pendant la bataille d'Alger. Il échappe à un attentat perpétré par des partisans de l'Algérie française en , et, après la tentative de coup d'État du 13 mai 1958, il entre en contact avec le général de Gaulle qui le nomme délégué général du gouvernement en Algérie en . Il est décoré de la médaille militaire en juillet de la même année. Remplacé par le général Challe en 1958, il devient gouverneur militaire de Paris en 1959.

Partisan jusqu'au-boutiste de l'Algérie française, il participe en au putsch des généraux à Alger, qui faute de soutien populaire et militaire, échoue au bout de quelques jours (22-). Refusant de se rendre, Salan bascule dans la clandestinité et prend la tête de l'Organisation armée secrète (OAS), qui s'oppose à l'indépendance de l'Algérie en menant des campagnes d'attentats aussi bien sur le sol algérien qu'en métropole.

Salan est jugé une première fois in absentia et condamné à mort par contumace le par le Haut Tribunal militaire pour sa participation au putsch des généraux et son rôle de chef de l'OAS. Après son arrestation à Alger le , il est jugé une seconde fois, en sa présence. Son procès s'ouvre le au Palais de Justice de Paris. Bénéficiant de circonstances atténuantes qui lui évitent la peine de mort, il est condamné le à la réclusion criminelle à perpétuité. Il est gracié en par de Gaulle, puis amnistié en .. Il est réhabilité par la loi d'amnistie du ., sous le premier septennat de François Mitterrand, qui en avait fait une promesse de campagne.

Biographie Famille Fils de Louis Théophile Arthur Salan, employé des contributions indirectes et de Emma Maria Emilie Roucayrols, Raoul Albin Louis Salan naît le à Roquecourbe, dans la demeure de son grand-père, Louis RoucayrolsRoquecourbe naissance 1899-1902, cote 4 E 227/20, image 8/56, acte N°21..

Il passe à Roquecourbe une enfance paisible, à la campagne. Son père ayant accepté un poste de fonctionnaire à Nîmes comme chef de poste des contributions indirectes, il est élève du lycée de Nîmes et obtient une bourse nationale. Il entre à Saint-Cyr avec une dispense d'âge en 1917.

Alors qu'il revient en métropole en avec son fils ainé Victor, né hors mariage le à Muong-Sing (Laos)., sur le paquebot Chenonceaux, Raoul Salan fait la connaissance de Lucienne Bouguin., une fille d'hôteliers de Vichy, alors séparée de son mari plus âgé, un administrateur colonial. Salan l'épouse le à , à presque 40 ans. Le couple a deux enfants, Hugues (né le à Dakar, Sénégal, qui meurt un an plus tard, le , à Alger) et DominiqueElle épouse François-Xavier Sorlot, fils de l'éditeur Fernand Sorlot, en 1969 et divorce en 2002. (née le à Hanoï). Cette dernière a été rapatriée en France en , sur le paquebot Maréchal Joffre.

Son frère, Georges Salan, ancien résistant et militant communiste, médecin de professionNotice dans le Maitron., voit son cabinet nîmois plastiqué par un commando de l'OASChester W. Obuchowski, Mars on Trial: war as seen by French writers of the twentieth century, Madrid, Porrúa Turanzas, 1978, p. 277.Paul Henissart, Wolves in the City: the death of French Algeria, New York, Simon and Schuster, 1970, p. 421., le ..

Selon sa fille, les modèles du général Salan sont le général Charles Mangin et le maréchal Joseph GallieniOAS : une Histoire Interdite, François Margolin et Georges-Marc Benamou, Margo Films-E Siècle-Odyssée, 2003..

Première Guerre mondiale (1917-1918) Engagé pour la durée de la guerre le , il est admis à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr le dans la promotion La Fayette. Sorti aspirant le , il est affecté au régiment d’infanterie coloniale (RIC) à Lyon le .

Chef de section à la , il participe aux combats dans la région de Verdun (Saint-Mihiel, Les Éparges, Fort de Bois-Bourru, Côte de l’Oie, Cumières-le-Mort-Homme). Il est cité à l’ordre de la brigade par l’ordre en date du .

Entre-deux-guerres (1919-1939) Il est affecté à l’armée d’occupation en Allemagne jusqu’en , puis il retourne à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr le . Il est nommé sous-lieutenant à titre définitif le et affecté au régiment d’infanterie coloniale du Maroc (actuel régiment d'infanterie-chars de marine), à Landau, dans le sud-ouest de l'Allemagne, le .

Sur sa demande, il est envoyé au Levant au régiment de tirailleurs sénégalais (RTS), en tant que chef de poste à Radjou, en Syrie mandataire sur la frontière avec la Turquie. Il est promu lieutenant le , grièvement blessé au combat d’Accham le .

Il est à nouveau cité à l’ordre de l’armée et nommé chevalier de la Légion d'honneurJournal officiel du ., il est décoré sur son lit d’hôpital, à Alep, par le général Gouraud, haut-commissaire au Levant.

Il fait l'objet d'un rapatriement sanitaire le , est soigné à l’hôpital Sainte-Anne à Toulon, puis au Val-de-Grâce à Paris, est affecté pendant sa convalescence au RIC à Paris et désigné sur sa demande pour l’Indochine le .

Il est alors affecté au régiment de tirailleurs tonkinois comme adjoint au chef de poste de (sur la RC4 au-delà de Cao Bang dans le haut-Tonkin) qu’il rejoint le . Détaché hors-cadre le , il est délégué administratif du Commissaire du gouvernement chef de la province du Haut-Mékong, à Muong Sing, aux confins de la Chine, de la Birmanie et du Siam, du au . Après un retour en métropole du au , il assure, en position hors-cadre, l’intérim du Commissaire du Gouvernement, Lapeyronie, pour la province du Haut-Mékong, à Houei Sai. Il est promu capitaine le et retourne à Muong Sing en , rédige un Manuel de lecture de la langue « Lu » et « Youne » avec traduction correspondante en langue laotienne. Il quitte l’Indochine pour la métropole le .

Il prend le commandement de la Compagnie d'essais techniques le et participe avec cette unité à des manœuvres au Larzac au printemps 1934, puis est renvoyé en Indochine le , où il prend le commandement comme capitaine de la du régiment mixte d’infanterie coloniale tout en assumant les fonctions de délégué administratif de Dinh-Lap au Tonkin.

Avec son fils VictorVictor, Georges, Marie, né le 23 mars 1932, chevalier de la Légion d'honneur le , puis officier le au titre de l'armée de terre., âgé de cinq ans, il revient le en métropole. Il est détaché au ministère des Colonies le , comme adjoint au chef du (renseignement), est promu au grade de commandant le , devient chef du Service de renseignement intercolonial et est en relation quotidienne avec Georges Mandel, ministre des Colonies à partir d’. Il obtient alors le diplôme de Langues-Orientales en Thai et Laotien.

Il mène à l’automne 1939, après la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, une mission secrète au Caire et à Khartoum d’aide à la résistance abyssine contre l’occupation de l’Éthiopie par les troupes italiennes, avec de faux papiers de journaliste du Temps.

Seconde Guerre mondiale (1939-1945) Il revient à Paris le . En , il prend la tête d’un bataillon du régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais.

Le , Salan est avec son bataillon en première ligne sur la Somme lorsque les Allemands déclenchent leur offensive après l’encerclement et la défaite des forces françaises et britanniques dans la poche de Dunkerque. Il se replie sur ordre avec les restes de son bataillon en menant des actions retardatrices sur la Seine puis sur la Loire.

Il est cité deux fois à l’ordre du régiment par ordres des et , puis à l’ordre de l’armée et promu officier de la Légion d'honneur le .

Il est ensuite détaché à l’état-major général des Colonies, au Secrétariat d’État aux Colonies à Vichy, le . Il est promu lieutenant-colonel le .

Il est désigné pour servir en Afrique-Occidentale française (AOF) le . Le après un séjour à Alger, il rejoint Dakar où il est affecté comme chef du (renseignements) à l’état-major du général Barrau, commandant supérieur en AOF. En sa compagnie, il effectue une tournée du Sénégal, du Soudan français et de la Guinée. Il rédige avec son équipe et celle du une « Instruction sur la conduite de la guerre sur les arrières de l’ennemi » diffusée jusqu’à l’échelon de la compagnie. En , il rallie ouvertement la cause alliéeRoger Faligot, Jean Guisnel et Rémi Kauffer, Histoire politique des services secrets français, La Découverte, 2013, .. Il est promu colonel le .

Il est désigné pour continuer ses services en Afrique du Nord et arrive à Alger le où il est affecté au de l’état-major de l’armée de terre, chargé de l’action psychologique et de la direction du journal Combattant 43 dont l’un des collaborateurs est le peintre André Hambourg. Évincé de son poste par André Le Troquer, commissaire à la Guerre et à l’Air, pour avoir refusé de publier le compte rendu d’une conférence de celui-ci critiquant les cadres de l’armée de 1939-1940, il est mis à la disposition de la division d’infanterie coloniale (DIC) sous les ordres du général Magnan le .

Il prend le commandement du régiment de tirailleurs sénégalais (RTS), en Corse, le . Il rencontre pour la première fois à Bastia, le , le général de Lattre de Tassigny qui a demandé à voir le RTS et son colonel.

Il participe au débarquement de Provence à la tête de son régiment avec lequel il débarque le au matin sur la plage de La Nartelle dans le Var. Il atteint Toulon le , après six jours de combats intenses sur l’axe Solliès-Pont, La Farlède, La Valette-du-Var et Toulon. Le RTS déplore 587 tués, blessés et disparus. Une citation à l’ordre de l’armée rend hommage à ces actions..

Il quitte Toulon le avec son régiment reconstitué par incorporation d'éléments des Forces françaises de l'intérieur (FFI) qui remplacent progressivement les tirailleurs sénégalais du régiment. Par note du , le RTS devient le régiment d’infanterie coloniale (RIC).

Le , le RIC démantèle la résistance allemande dans la poche du Doubs. Le , le régiment est à Blotzheim, dans le sud du Haut-Rhin, alors que les Allemands tiennent de solides têtes de pont sur la rive française du Rhin ; par la suite, il libère Village-Neuf, Huningue, Loechle et l’usine hydroélectrique de Kembs.

Il est appelé au commandement de l’infanterie de la DIC. Raoul Salan est promu général de brigade le . Il a 45 ans. Il participe à la réduction de la poche de Colmar à la fin de Seconde Guerre mondiale : janvier et au début de . Il est cité à l’ordre de l’Armée et promu commandeur de la Légion d'honneur.

vignette|redresse|Raoul Salan défilant sur les Champs-Élysées à la tête de la , le 18 juin 1945.