Jean-Eugène-Paul Kay (), est un mercenaire et écrivain français. Ses luttes sont diverses, de l’Algérie française au Cabinda, en passant par le Yémen, le Liban etc. « Pirate au grand cœur» de couverture de son livre Le Guerrier de l’espoir pour certains, « baroudeur illuminé »«Paris Match» du 29/9/76 pour d’autres, il dira de lui-même ne pas combattre pour l’argent mais pour défendre son idéal, « les valeurs chrétiennes » et la lutte contre le communisme, « cette idéologie productrice de misère, de corruption, d’injustice et de mort »dans son autobiographie « Le guerrier de l’espoir ».

Biographie

Enfance

Il passe peu de temps dans sa ville natale, Miliana.

Très tôt, son père, officier des transmissions dans l’armée de terre, a été muté à l’école militaire de St-Cyr Coëtquidan en Bretagne. Un de ses frères est aussi officier et notamment a servi à la Légion étrangère ( à - TFAI). Il séjournera également à Paris pendant sa scolarité en internat. Il perd sa mère à l’âge de huit ans. Il reçoit donc une éducation assez rigide, sans mère, dans une famille vouée à l’art de la guerre, bercée de traditions chrétiennes.

Engagement De l’OAS au réseau Foccart L’Algérie

En 1961, il est caporal dans l’armée française. Son unité est basée à Montélimar, mais en intervention à Maison-Carrée en Algérie.

Dans le but de défendre l'Algérie française, Jean Kay déserte et rejoint l’OAS ; il appartient aux commandos Delta du lieutenant Degueldre, qui y est chargée des attentats et exécutions.

Il collabore aux émissions pirates de Radio France, la radio clandestine de l’OAS, commet plusieurs attentats, est arrêté, emprisonné à la prison de la Santé puis au fort d’Ivry, en région parisienne, où il purge une peine de huit mois ; il est finalement condamné à deux ans de prison avec sursis. Cette inactivité lui permet de lire et découvrir Pierre Drieu la Rochelle, Robert Brasillach, et André Malraux. Il est réintégré dans l’armée, à la caserne Dupleix à Paris. Après les accords d’Évian, qui établissent l’indépendance de l’Algérie, il déserte à nouveau, définitivement cette fois.

Le Yémen du Nord

En 1963, il est en Espagne à Alicante, où il rencontre des anciens membres de l’OAS, accueillis par le régime franquiste. Pendant son séjour, il rencontre Marie Louisa, surnommée Marisa, avec laquelle il a une fille, Eva, qui naît pendant son séjour au Yémen.

En février 1964, à la demande de Roger Faulques, ancien du REP, avec le soutien de Jacques Foccart et de son réseau, il part pour le Yémen, dans la royaliste de l’Imam El Badr, commandée par le prince Mohamed Ibn Hussein, financée par l’Arabie saoudite, contre les républicains soutenus par les Égyptiens de Nasser, auteurs du coup d'État de 1962 qui proclamait la république. Il rejoint l’équipe du mercenaire Tony de Saint-PaulEx sous-lieutenant de l’armée française, qui revenait de l’expédition katangaise des « affreux », avec Bob Denard, de fin 1960 à janvier 1963., qui était arrivé avec les hommes de Faulques en septembre 1963, et était mort deux mois plus tôtVoir l’article « Au Yémen pour le roi » de Jean-Pax Méfret, dans Historia bis.. Entre autres choses, il s’occupe des transmissions ; il est blessé à la main. Son livre Le guerrier de l’espoir laisse penser que c'est alors qu’il est enrôlé dans le mouvement fasciste Guerrilleros de Cristo Rey. C’est aussi à cette période qu’il commence à rédiger ce qui sera plus tard L’arme au cœur. Finalement, les républicains gagnent et prennent le pouvoir au Yémen du Nord.

Le Biafra et le Liban 1967 est l’année de la guerre des Six Jours du 5 au , qui voit le Liban se faire envahir par les factions palestiniennes, de la fin de la première guerre du Yémen, et de la tentative de d’indépendance du Biafra. La sécession de la province nigériane est déclarée le par le colonel biafrais Odumegwu Emeka Ojukwu, encouragée par la France, incarnée en Afrique par Jacques Foccart, qui livre armes et mercenaires, dirigés par le légionnaire Rolf Steiner. Jean Kay en sera.

Les mercenaires se battent sans armes lourdes, à un contre deux, face aux troupes nigérianes du général Yakubu Gowon, soutenu par les Britanniques et les Russes. Jean Kay échappe de peu à la mort à bord d’un DC3 chargé de bombarder un destroyer britannique. Mais la cause est perdue d’avance, et c’est la débâcle pour les mercenaires. Jean Kay devra, et ce sera peut être pour lui le début d’une prise de conscience, abandonner un jeune garçon qu’il avait adoptéà cette époque, beaucoup de mercenaires avaient adopté de jeunes Biafrais.

Fait-il (encore ?) partie de l’équipe de Bob Denard ? Le suit-il ensuite au Katanga soutenir Moïse Tshombéqui fait pour la deuxième fois appel aux mercenaires français et belges, dans l’équipe des «affreux» il reconnaît avoir «fait» le Katanga avec Denard, mais sans dire de date; est-ce à cette époque, ou plus tôt en 61 lors de la première expédition des mercenaires ? Toujours est-il que les anciens de l’OAS sont redevables du soutien financier des Belges et de leurs ressources minières katangaise, à l’instar du mouvement «Jeune Europe» de Jean Thiriart, et se doivent maintenant de soutenir l’indépendance du Katanga, menacé par le putsch de Mobutu et l’ONU (cf «Escadron de la mort» de Marie-Dominique Robin, page 191? Toujours est-il qu’en 1968 on le retrouve au Moyen-Orient. Il y entraîne, à Tabrieh au Liban, les Phalanges libanaises, dans le groupe de résistance «Tanzim» de Fawzi Mahfouz Abou Roy, à l'appel de Bachir Gemayel.

Il y rencontre également sa deuxième femme, Seta Vanerian, une esthéticienne d’origine arménienne, qui a quitté la France après mai 68, pour intégrer le Front populaire de libération de la Palestineon notera non sans humour le paradoxe opposant le statut politique des employeurs de Jean Kay, des Chrétiens nationalistes, avec celui de sa femme membres du FPLP, des "envahisseurs" Mulsulmans palestiniens ; mais il n'en est pas à un paradoxe près, comme sa vie en témoigne.... Ils se marient à Beyrouth suivant le rite orthodoxe, la religion de sa femme, le . Ils auront une fille, Emmanuellenée à Paris le 17 août 1971.

Il dit volontiers avoir eu une prise de conscience du malheur des populations civiles pendant sa période en Afrique noire, et vouloir lutter à présent en leur faveur.

Le Biafra est réintégré au Nigéria.

Vol 711

En 1971, Jean Kay est à Paris où il termine probablement son livre L’Arme au cœur, dans son studio du 15 arrondissement, près du logement de son père, colonel en retraite. Une de ses idoles, André Malraux, âgé de 70 ans, se déclare prêt à partir combattre pour la liberté de ce qu'on appelle à l'époque le Bengale, ou "Pakistan oriental". Pour défendre ce peuple opprimé qui demande à faire scission du Pakistan, ce "pays enragé par son indépendance", l'ancien ministre adresse une "Lettre au président Nixon" dans le quotidien "Le Figaro" du (page 1 et 3) et déclare vouloir y partir lui-même. Il renonce finalement, mais pas Jean Kay. Le , le mercenaire prend en otage les passagers et l’équipage d’un avion, le vol 711 de la Pakistan International Airlines à Orly, pour réclamer des médicaments pour le Bangladesh, en les menaçant d’une arme à feu et d’une bombe, contenue dans une sacoche d’où sortent des fils électriques de mise à feu. Il est arrêté après quelques heures, lors du prétendu chargement des médicaments, un leurre de la police pour monter à bord, non sans avoir fait feu sur un de ses assaillants. Le sac du pirate n’était rempli que de livres, dont une Bible, et un rasoir électrique d’où sortaient les fameux fils, qui simulaient une bombe.

Quelques jours plus tard, le , c’est l’indépendance du Bangladesh par scission avec le Pakistan.

André Malraux, grand défenseur du Bangladesh naissant, témoigne en sa faveur à son procès en octobre 1973voir l’interview de A. Malraux dans «Le Monde» du 7 décembre 1971, et sa biographie sur le site web du ministère de la culture. Condamné à cinq ans de prison avec sursis, il est donc libéré. Son avocat était Jean-Marc Varaut.

Le livre L’Arme au cœur de Jean Kay est publié, puis son roman Les Fous de guerre, écrit en détention. Il sort de prison fin 1973, après y avoir fait un long séjour qui lui a probablement permis de tisser quelques liens dans le «milieu» du banditisme ; la suite de sa vie le montrera. Puis il repart au Liban, et entraîne à nouveau les « phalanges libanaises ».

Le Cabinda

Le , au Portugal, c’est le début de la révolution des Œillets qui renverse le régime fasciste « salazariste » de Marcelo Caetano. Le , des membres du F.L.E.C« Front de libération de l’État du Cabinda », créé en 1963 et, qui souhaitent l’indépendance totale du Cabinda, rentrent d’un exil, et ouvrent une représentation à Tchiowa (Capitale du Cabinda). Jean Kay, qui fait alors partie du « Paladin group », part avec ses mercenaires pour l’Angola, encadrer le F.L.E.C du commandant Bissafitransfuge du MPLA depuis 1972, pour la « libération » et l’« indépendance » du CabindaIls sont selon toute vraisemblance financés en partie par la CIA, au titre de la lutte anticommuniste, et par Elf-Aquitaine, au titre de la défense des intérêts pétroliers français. Ils font face aux forces angolaises du MPLA«Mouvement populaire de libération de l’Angola«, membre de l’Internationale socialiste, financée par l’Union soviétique, qui s’opposent aux Portugais. Ils vont réussir leur mission, et, le le gouvernement congolais envoie au Cabinda une troupe commandée par José Auguste Tchioufou, directeur-adjoint d’Elf-Congo, responsable du « MPC », installé à Pointe-Noire, qui s’autoproclame Président du Cabinda. Le , le Cabinda est annexé par le MPLA à l’Angola, qui chassera le le F.L.E.C et les mercenaires, dont Jean Kay. C’est la fin de la «libération» du Cabinda, maintenant envahi par les forces angolaises, et rattaché au pays. L’indépendance de l’Angola est proclamée à Luanda, par Agostinho Neto du MPLA, président de la République populaire, le . Jean Kay et ses mercenaires fuient les troupes angolaises au Congo, et, faits prisonniers, sont extradés vers la France en septembre 1975 après neuf mois de prison à Brazzaville. Jean Kay devient père, pour la troisième fois, pendant son "séjour" angolais, en juillet 1974, de Patricia, née à Beyrouth.

En 1975, en Espagne, le , la mort de Francisco Franco permet la restauration de la monarchie. À partir de cette date, les groupes anticommunistes, d’extrême droite, hébergés jusqu’alors par le régime franquiste ne sont plus bienvenus; ils cherchent refuge essentiellement en Amérique du Sud, essentiellement dans le Chili de Pinochet ou dans l’Argentine et sa junte. Pour les anciens de l’OAS, c’est le début de l’activisme sud-américain et de la coopération avec la CIA dans la lutte anticommunisteVoir Albert Spaggiari, Opération Condor, Escadron de la mort, Paul Aussaresses, etc.

L’argent En ce début 1976, Jean Kay est à Paris. Il fréquente ses anciens amis, des ex-OAS, des mercenairesDont Bob Denard avec qui il déjeune en mai, dont certains ont mal tourné, par exemple Jacques Prévost, conjuré du "Petit-Clamart" et participant au rapt en décembre de Louis Hazan, PDG de PhonogramCurieusement, Jean Kay est par ailleurs employé dans la même société qui fournit le matériel du club de plongée sous-marine dirigé par Prévost. Il vit à Boulogne-Billancourt avec et dans l'appartement de Danièle Marquet, qu'il connaît depuis 1972.

Cette dernière a pour amie Bernadette Roels, 36 ans, une ex-prostituée convertie en gérante de restaurant (au 42 rue du rendez-vous à Paris ) grâce à l'argent de son amant depuis plusieurs mois : Hervé de Vathaire.