Chuck Berry, de son vrai nom Charles Edward Anderson Berry, né à Saint-Louis (Missouri) le et mort le . à Wentzville, dans le comté de Saint Charles (Missouri), est un auteur-compositeur-interprète et guitariste américain, considéré comme l'un des pionniers du rock 'n' roll.
Avec des chansons comme Maybellene (1955), Roll Over Beethoven (1956), Rock and Roll Music (1957) ou encore Johnny B. Goode (1958), Chuck Berry a enrichi le rhythm and blues en y ajoutant des éléments qui deviennent caractéristiques du rock 'n' roll : des paroles centrées sur la jeunesse, le consumérisme, des solos de guitare marquants et une forte présence scénique. Ces éléments ont eu une influence décisive sur le développement de la musique rock, dont il est une figure incontournable. Chuck Berry est l'un des auteurs-compositeurs issu du rock'n'roll les plus souvent repris. Son répertoire est maintes fois joué par d'autres artistes, à commencer par, comme lui, des pionniers du rock tels qu'Elvis Presley et Jerry Lee Lewis, ainsi que par les Rolling Stones, les Beatles et Jimi Hendrix. Il est également adapté dans de nombreuses langues. En France notamment, il est chanté par Eddy Mitchell, Dick Rivers et Johnny Hallyday.
Biographie
Jeunesse
Charles Edward Anderson Berry est né le à Saint-Louis, dans le Missouri. Il est le quatrième des six enfants de Henry William Berry et Martha Bell Banks. Son père est charpentier et diacre dans une église baptiste du quartier, tandis que sa mère est institutrice. La famille Berry, qui appartient à la classe moyenne, vit dans le quartier afro-américain relativement prospère du Nord de Saint-Louis, . Charles Berry s'intéresse à la musique à un jeune âge, et se produit en public pour la première fois en 1941 dans son lycée.
Chuck Berry découvre la musique dans l'église locale où il se rend régulièrement avec ses cinq frères et sœurs. Ses parents font en effet partie de la chorale locale. Il est scolarisé à la Simmons Grade School puis à la Sumner High School. Il chante dans le glee club de son école et apprend à jouer de la guitare..
En 1944, alors qu'il est encore au lycée, Berry est arrêté par la police pour avoir braqué trois magasins de Kansas City avant de voler une voiture saoul avec quelques amis. Dans son autobiographie, il explique que sa voiture était tombée en panne et que l'arme avec laquelle il avait menacé le propriétaire du véhicule volé n'était pas chargée. Il est condamné et envoyé à la Intermediate Reformatory for Young Men, une maison de correction située à Algoa, près de Jefferson City. Durant son séjour, il s'adonne à la boxe et participe à un groupe de chant. Il en ressort le jour de son vingt-et-unième anniversaire, en 1947.
Le , Charles Berry épouse Themetta Suggs, dite « Toddy ». Leur fille, Darlin Ingrid Berry, naît le . Pour subvenir aux besoins de sa famille, Berry prend divers emplois à Saint-Louis : ouvrier dans deux usines automobiles, concierge de l'immeuble où il vit. Il suit brièvement des cours de cosmétologie avec ses sœurs au Poro College of Cosmetology fondé par . Sa situation financière est suffisamment bonne pour lui permettre d'acheter une petite maison sur Whittier Street en 1950, qui figure au Registre national des lieux historiques depuis 2008.
Afin d'arrondir ses fins de mois, Berry joue dans les bars et les boîtes de nuit de Saint-Louis avec des groupes locaux. Il joue du blues depuis qu'il est adolescent, empruntant les riffs et l'attitude de T-Bone Walker. Son style de guitare est également influencé par son ami Ira Harris, qui lui donne des leçons. Il se produit avec le trio du pianiste Johnnie Johnson à partir de 1953. Le trio joue principalement du blues et des ballades, mais Berry décide d'intégrer des chansons de country à leur répertoire. Ce genre, particulièrement populaire chez les Blancs de la région, suscite d'abord la surprise dans leur public en majorité noir, mais il attire peu à peu un public plus diversifié.
Premiers succès chez Chess Records (1955-1962)
vignette|gauche|redresse|Chuck Berry en 1958.
Chuck Berry se rend à Chicago en mai 1955. Il y fait la connaissance de Muddy Waters, qui lui conseille d'entrer en contact avec Leonard Chess, le cofondateur de la maison de disques Chess Records. Leonard Chess, conscient que le marché du rhythm and blues se réduit, cherche à diversifier ses productions. Ce n'est donc pas le blues de Berry qui l'intéresse, mais une chanson plus inattendue : sa reprise de , une chanson country de Bob Wills. Le , Berry enregistre sa version de Ida Red, rebaptisée Maybellene, avec Johnnie Johnson au piano, Jerome Green (du groupe de Bo Diddley) aux maracas, Jasper Thomas à la batterie et Willie Dixon à la contrebasse. Le single se vend à plus d'un million d'exemplaires et atteint la première place du classement rhythm and blues du magazine Billboard. À la fin du mois de juin 1956, Roll Over Beethoven se classe du hit-parade, et Chuck Berry participe à la tournée « », durant laquelle il se lie d'amitié avec Carl Perkins. Fin 1957, il participe à une autre tournée, « Biggest Show of Stars for 1957 », organisée par Alan Freed, aux côtés des Everly Brothers et de Buddy Holly, entre autres.
Entre 1957 et 1959, Chuck Berry produit une douzaine de singles à succès, dont quatre se classent dans le top 10 des ventes : School Days (mars 1957), Rock and Roll Music (septembre 1957), Sweet Little Sixteen (janvier 1958) et Johnny B. Goode (mars 1958). Il apparaît dans les films Rock, Rock, Rock! (1956) et Go, Johnny, Go! (1959), avec un petit rôle dans le second, et participe au Newport Jazz Festival en 1958. À la fin de la décennie, il est devenu une véritable vedette. Il ouvre une boîte de nuit interraciale à Saint-Louis, le Berry's Club Bandstand, et investit dans l'immobilier.
Le , Berry est jugé pour une infraction à la loi Mann, une loi de 1910 qui criminalise le franchissement d'une frontière inter-États avec une femme en vue de la prostituer ou dans . L'affaire remonte au : à l'arrêt sur le bord de la route, un pneu de sa Cadillac crevé, il est contrôlé en possession d'argent et d'une arme, en compagnie de Joan Mathis, une jeune fille de . Bien que la police l'ait incitée à déclarer que Berry l'avait molestée, elle réfute toutes les charges portées contre le chanteur, qui est acquitté en août (l'objet de son accusation étant la possession d'arme dissimulée).
Le , Berry est arrêté pour une autre violation de la loi Mann.. Janice Escalanti, une jeune Apache de qu'il avait ramenée du Mexique pour lui offrir un travail de préposée au vestiaire du Club Bandstand, est allée le dénoncer à la police après qu'il l'a licenciée. Un premier procès condamne Berry à cinq ans de prison et d'amende, mais la décision est rejetée en appel en raison de l'attitude manifestement raciste du juge. Le deuxième procès dans l'affaire Escalanti, qui se tient entre mai et juin 1961, aboutit à une nouvelle condamnation, cette fois à trois ans ferme. Un second appel est rejeté. et Chuck Berry passe vingt mois dans une prison fédérale de l'Indiana qui le laissent indigné et dépressif.
Bien qu'il ait continué à enregistrer des chansons et donner des concerts pendant ces procès, la popularité de Chuck Berry en souffre et les ventes de ses singles s'en ressentent : , sorti en janvier 1960, marque sa dernière apparition dans le Hot 100 pendant quatre ans.
Nouveaux succès, entre Chess et Mercury (1963-1979)
vignette|Chuck Berry avec sa sœur Lucy Ann en 1965.
À sa sortie de prison, Chuck Berry bénéficie d'un regain de popularité grâce aux groupes anglais de la British Invasion, qui ont publié des reprises de ses chansons : les Beatles enregistrent Roll Over Beethoven sur leur deuxième album, tandis que Come On est la face A du premier single des Rolling Stones. D'autres groupes s'en sont fortement inspirés, comme les Beach Boys, dont le tube Surfin' U.S.A. (1963) reprend la mélodie de Sweet Little Sixteen. Berry publie huit 45 tours en 1964-1965, dont trois se classent dans le top 20 : Nadine (Is It You?) (février 1964), No Particular Place to Go, une nouvelle version humoristique de School Days (mai 1964) et You Never Can Tell (août 1964). Il apparaît également dans le film , une compilation d'extraits de concerts de différents artistes (1964).
Chuck Berry change de maison de disques en 1966, quittant Chess pour Mercury Records. Il enregistre cinq albums chez Mercury, dont son premier disque en concert, Live at the Fillmore Auditorium, sur lequel il est accompagné par le Steve Miller Band. Ses concerts restent appréciés, malgré son comportement parfois difficile. Sa tournée au Royaume-Uni en janvier 1965 est ainsi marquée par des performances parfois médiocres, et sa méthode de travail, qui consiste à faire appel à des groupes locaux sans répéter avec eux avant les concerts, nuit à sa réputation dans le métier, tout comme son refus de toute négociation de contrat. Sur le sol américain, il se produit lors de grands festivals, comme le , à Central Park, en juillet 1969, ou le Toronto Rock and Roll Revival Festival, au mois d'octobre.
vignette|Chuck Berry en 1972.
Chuck Berry retourne chez Chess Records en 1970. Il décroche son unique en 1972 avec My Ding-a-Ling, une chanson humoristique dont les paroles font allusion de manière équivoque à l'onanisme. En dépit d'une campagne tentant vainement de la faire interdire de diffusion à la BBC, My Ding-a-Ling se classe en tête du hit-parade au Royaume Uni et aux États-Unis. Son single suivant, , marque sa dernière apparition dans le top 40 en tant qu'interprète. Ces deux chansons figurent sur l'album The London Chuck Berry Sessions, enregistré à Londres dans la foulée du succès d'albums similaires de Howlin' Wolf et Muddy Waters.
En 1974, Wim Wenders fait apparaître Chuck Berry dans son film Alice dans les villes : le personnage principal du film assiste à un concert, où le chanteur interprète Memphis, Tennessee...
Le contrat de Berry avec Chess prend fin en 1975 avec un album simplement intitulé Chuck Berry. Quatre ans plus tard, Atco Records publie Rockit, le dernier album studio de Chuck Berry avant 2017.
Sur la route (1979-2017) vignette|redresse|gauche|Chuck Berry en 1973.
Tout au long des années 1970, Berry se produit , dans sa Cadillac, avec sa seule guitare Gibson, confiant dans le fait de trouver sur place un groupe connaissant sa musique, et capable de le suivre sans avoir répété avant. Ces concerts, qui s'inscrivent dans le mouvement , dépendent fortement de la qualité du groupe du moment et nuisent à la réputation du chanteur, aliénant ses anciens fans sans lui en gagner de nouveaux. Son concert le plus notable de la décennie est celui qu'il donne le à la Maison-Blanche, à la demande du président Jimmy Carter.
La fin des années 1970 est marquée par de nouveaux problèmes avec la justice : le fisc américain accuse Berry, qui insiste généralement pour se faire payer en liquide, . Le chanteur accepte un marché et se voit condamné à quatre mois de prison et de travaux d'intérêt général, qui se traduisent par des concerts de bienfaisance.
Berry continue à donner entre soixante-dix et cent concerts par an tout au long des années 1980. En 1986, le cinéaste Taylor Hackford réalise le film-documentaire Hail! Hail! Rock 'n' Roll, entièrement consacré aux concerts organisés par Keith Richards pour célébrer le soixantième anniversaire de Chuck Berry. , notamment entouré du pianiste Johnnie Johnson (son mentor des premiers jours), du batteur Steve Jordan, des guitaristes Eric Clapton et Robert Cray, et des chanteuses Etta James et Linda Ronstadt, en plus de Keith Richards lui-même. La même année, il fait partie des premiers musiciens intronisés au Rock and Roll Hall of Fame à Cleveland, dans l'Ohio.
vignette|Chuck Berry en 1997.