Zacarias Moussaoui, né le à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), est un terroriste islamiste français, membre d'Al-Qaïda.

Il est arrêté le et condamné en 2006 à la prison à perpétuité aux États-Unis pour ne pas avoir alerté sur les attentats du 11 septembre 2001 pendant sa détention.

Biographie Enfance et formation Selon le frère de ZacariasVoir son livre Zacarias Moussaoui mon frère, et selon lui-mêmeVoir son livre Mon fils perdu, leur mère, Aïcha el Wafi, d'origine marocaine, a été mariée de force à , à un compatrioteFatima Alahyan, « Aicha El Wafi, une Berbère qui a tout perdu », amazigh.org, 20 mars 2008.. Six enfants naissent de ce couple dont deux filles, Nadia et Djamila, nées au Maroc, et deux garçons, Abd-Samad et Zacarias, nés en France. Les deux premiers enfants décèdent, l'un à l'âge de sept mois et le second à deux jours.

En 1970, la mère se voit contrainte de fuir et confie la garde de ses quatre enfants à l'Assistance publique. Zacarias est alors ballotté d'orphelinats en foyers. Victime de violences conjugales, sa mère divorce en 1974 et, après avoir obtenu un emploi de fonctionnaire, récupère la garde de ses enfants. La famille s'installe alors à Narbonne ; le père ne donnera plus de nouvelles à sa famille.

Zacarias se brouille avec sa mère, puis avec son frère, et une de ses sœurs connaît des troubles psychiatriques. Cependant, il semble surmonter ses handicaps sociaux, réussit une scolarité sans histoire, et tout en étant surveillant au collège Victor-Hugo de Narbonne, obtient un baccalauréat professionnel de maintenance des systèmes mécaniques automatisés à Montpellier en 1988 puis un BTS Technico-Commercial au lycée François-Arago de Perpignan en 1990. Le jeune Zacarias est alors décrit par ses professeurs comme un élève extraverti, ayant bon caractère et entouré d'amis. Parallèlement à ses études, il acquiert une réputation de fêtard invétéré.

L'année suivante, il réussit un DEUG d'administration économique et sociale à l'université Paul-Valéry Montpellier 3, puis obtient en 1995 un master en gestion de la South Bank University de Londres.

Religion

Il pratique la religion musulmane et fréquente une mosquée de Montpellier.

En 1992, Zacarias Moussaoui s'inscrit à l'université de Perpignan en deuxième année de langues étrangères appliquées (LEA), mais il disparaît le jour de la rentrée. De fait, il coupe les ponts avec sa famille et s'installe à Londres, l'une des principales bases de l'islamisme en Europe (dit Londonistan). Selon des enquêteurs, influencé par les prêches des recruteurs du djihad, dont Abou Hamza al Masri et Abou Qatada, il est rapidement intégré dans les réseaux islamistes, qui veulent l'envoyer en Afghanistan où il effectue son premier voyage dès 1995.

En 1997, il fait de nombreux déplacements en France, en Grande-Bretagne et au Maroc, où il est arrêté et expulsé vers Paris. Il effectue aussi de discrets voyages au Proche-Orient, et il aurait même été signalé en Tchétchénie par les services de renseignement français, ce que réfutent ses avocats.

En 1998 et 1999, on le retrouve en Afghanistan dans les camps d'Al-Qaïda, où il rencontre Khalid Cheikh Mohammed, considéré comme le cerveau des attentats du 11 septembre 2001. En 2000, il est en Malaisie pour s'initier au pilotage d'avions de ligne, cependant les islamistes malaisiens de la Jemaah Islamiyah en ont vite assez de lui à cause de ses frasques et, dès l'automne 2000, il est écarté de l'équipe de terroristes qui prépare les attentats du .

Cependant, son passeport français représente pour les terroristes un atout sérieux qui lui permet de passer les frontières avec un contrôle minimal. Il arrive à Chicago, en , avec une somme de , pour s'installer à Oklahoma City, région où il va suivre des cours de pilotage jusqu'en .

Leçons de pilotage et arrestation Arrivé aux États-Unis le , Zacarias Moussaoui va prendre sans succès, du au , des cours de pilotage dans une école de Norman dans l'Oklahoma. Ses finances initiales dépensées, il trouve une nouvelle formation dans le Minnesota et pour cela il obtient une rallonge de que Ramzi Bin al-Shibh lui envoie, début août depuis Hambourg et Düsseldorf. Dès qu'il a encaissé l'argent, Zacarias achète deux couteaux à Oklahoma City.

À partir du 13 août 2001, il s'inscrit à la Pan Am International Flight Academy à Eagan, près de Minneapolis, pour suivre des cours sur un simulateur de vol de Boeing 747 mais il éveille rapidement des soupçons chez ses instructeurs car il ne possède pas de licence de pilote et annonce qu'il veut uniquement apprendre à faire voler un appareil sans s'intéresser ni aux atterrissages, ni aux décollages. De plus, il paie ses frais de scolarité en espèces, soit . Ainsi, dès le 16 août 2001, il est interpellé en possession de faux papiers et emprisonné pour « à la législation sur l'immigration ».

Procès Préparation du procès Le , trois mois après les attentats du 11 septembre, Zacarias Moussaoui, bien qu'en prison au moment des faits, est accusé d'avoir « activement participé » par son silence au complot terroriste qui a conduit aux attentats. Il est inculpé de six chefs d'accusation Charges contre Zacarias Moussaoui - United States Department of Justice Peine de mort pour M. Zacarias Moussaoui? - Monde diplomatique, février 2006 : Conspiration en vue de l’accomplissement d’actes de terrorisme international (Conspiracy to Commit Acts of Terrorism Transcending National Boundaries) ; Conspiration en vue de l’accomplissement de piraterie aérienne (Conspiracy to Commit Aircraft Piracy) ; Conspiration en vue de destruction d’avions (Conspiracy to Destroy Aircraft) ; Conspiration en vue de l’usage d’armes de destruction massive (Conspiracy to Use Weapons of Mass Destruction) ; Conspiration en vue de meurtre d’employés de l’administration américaine (Conspiracy to Murder United States Employees) ; Conspiration en vue de destruction de biens (Conspiracy to Destroy Property).

Les chefs d'accusation 1, 2, 3 et 4 sont passibles de la peine de mort et les deux derniers de la réclusion à perpétuité Moussaoui Pleads Not Guilty - CBS News, 2 janvier 2002.

Le , Moussaoui refuse de plaider devant le tribunal fédéral d'Alexandria en Virginie. Le 13 juin 2002, le juge l'autorise à être son propre avocat et le 18 juillet 2002, il décide de plaider coupable et reconnaît être membre d'Al-Qaïda, mais le 25 juillet 2002, il change sa position et décide de plaider non coupable « au nom d'Allah pour sauver et défendre ma vie en tant que musulman ».

Le , son frère Abd Samad Moussaoui est interviewé en France par Thierry Ardisson, après avoir publié le un livre intitulé Zacarias Moussaoui, mon frère, dans lequel il écrit qu'à l'époque de la guerre du Golfe (1990-1991), son frère Zacarias est parti étudier en Angleterre et qu'il s'est petit à petit transformé en fondamentaliste wahhabite« Interview vérité de Abd Samad Moussaoui », Institut national de l'audiovisuel.

Des responsables d'Al-Qaïda, détenus par les autorités américaines, dont Khalid Cheikh Mohammed, Yasser al-Jaziri et Ramzi Bin al-Shibh, avouent avoir mis à l'écart Moussaoui, car ils le considéraient comme trop excentrique et l'avaient mis en réserve pour une future opération en Europe ou au Moyen-Orient. Khalid Cheikh Mohammed déclare que Moussaoui devait faire partie d'une « seconde vague » d'attaques, alors que Ramzi Bin al-Shibh explique qu'il le trouvait trop « instable » et qu'il aurait annulé l'opération du s'il avait eu vent de son arrestation. De fait, selon sa défense, Moussaoui n'était pas directement impliqué dans la préparation des attentats et n'a pas eu ni à plaider coupable, ni à reconnaître d'avoir été informé du projet des attentats du 11 septembre 2001, consistant à jeter des avions civils sur des immeubles civils sur le sol américain. De plus, le député de Pennsylvanie, Curt Weldon, convoqué au tribunal, révèle une opération secrète du Pentagone, nommée « Danger Able danger » (danger breveté), lors de laquelle quatre des dix-neuf terroristes auraient été identifiés, un an et demi avant le . Ce témoignage est utilisé par la défense pour prétendre que le gouvernement américain en aurait su plus que Zacarias et qu'il n'aurait rien fait pour empêcher les attentats.

Moussaoui fait de nombreuses demandes pour avoir accès à des documents classés confidentiels et le droit d'appeler des membres prisonniers d'Al-Qaida (détenus notamment dans la base militaire de Guantanamo à Cuba) comme témoins, notamment Bin al-Shibh. Toutes ces demandes sont présentées par les procureurs comme des menaces potentielles à la sécurité nationale et ils s'opposent, le , à autoriser le témoignage des membres d'Al-Qaïda. La juge Brinkema reporte le procès en attendant une décision définitive sur cette question et, le , devant le refus réitéré du gouvernement, elle interdit aux procureurs de demander la peine de mort. La position du gouvernement se trouve néanmoins renforcée, le , lorsqu'un tribunal lui donne raison dans sa position de refuser le témoignage en direct de trois terroristes tenus au secret absolu par les autorités américaines, décision confirmée le par une cour d'appel. Les avocats de Moussaoui saisissent, le , la Cour suprême qui, le , refuse l'examen de leur requête.

Le , à la surprise générale, Zacarias Moussaoui change sa position et plaide coupable pour tous les chefs d'inculpation dont il est inculpé. Il nie cependant avoir eu pour intention de commettre le massacre du , indiquant qu'il préparait de son côté une attaque séparée contre la Maison-Blanche. Le fait de plaider coupable le rend à nouveau complice de la mort de et donc passible de la peine de mort.

Le , ses avocats annoncent leur intention de démontrer que Zacarias est schizophrène, ce qui lui éviterait la peine capitale. Ils estiment que ses incohérences, à la lisière de la folie, trouvent peut-être leurs sources dans son enfance et son destin en miettes. De plus, la juge Brinkema, elle-même, sujette à des insultes et des diatribes incohérentes de Zacarias, avait déjà mis en doute la santé mentale de Zacarias mais l'avait cependant laissé plaider coupable.

Le , la juge Brinkema ordonne au gouvernement que tous les documents dont il dispose, classés secret défense et concernant la menace terroriste avant le , soient transmis à la défense de Zacarias Moussaoui. Le , sa mère, Aïcha el-Wafi, estime, lors d'une conférence de presse donnée à Montpellier, que son fils est un « bouc émissaire ».

Déroulement du procès Le procès de Zacarias Moussaoui débute le lundi devant le tribunal fédéral d'Alexandria, présidé par la juge . Toute photo ou dessin a été interdit. Le prévenu est évacué deux minutes à peine après le début des audiences, après avoir contesté les faits devant la Cour. Il sera expulsé à quatre reprises au cours de la d'audience.

Le , Moussaoui témoigne et affirme que lui et Richard Reid avaient planifié un crash d'avion sur la Maison-Blanche pour le . Aucun lien direct entre Moussaoui et Reid n'a été démontré, et ce témoignage est en contradiction avec un autre de ses témoignages dans lequel il affirmait que son attaque devait se dérouler après le . Quand il lui est demandé la raison de son mensonge, il réplique : « Nous sommes autorisés à mentir pour le jihad. Nous utilisons des techniques pour vaincre notre ennemi » Moussaoui lies "let 9/11 happen" - BBC News, 27 mars 2006 Moussaoui: White House was my 9/11 target - CNN, 27 mars 2006.

Le , Moussaoui, après la présentation des images de victimes du 11 septembre se jetant dans le vide, parodie la célèbre chanson de Bruce Springsteen Born in the U.S.A. (« Né aux États-Unis ») en « Burn in the U.S.A. » (« Brûle aux États-Unis »).

Les procureurs poussent pour la peine capitale et la partie requérante (le gouvernement des États-Unis) également. La défense fait comparaître plusieurs experts pour témoigner sur la santé mentale de Moussaoui.