est un conte russe traditionnel, recensé en trois versions (numérotées 150a, b et c dans l'édition originale ; 267, 268, 269 dans l'édition russe de 1958) par Alexandre Afanassiev. On a dénombré , et . Il existe par ailleurs de nombreuses autres variantes européennes.

Les trois versions ont été traduites en français par Lise Gruel-Apert et figurent sous les numéros 205, 207 et 208 dans l'édition française de 2010 des Contes populaires russes d'Afanassiev (voir Bibliographie) ; s'y ajoute un autre conte sur le même thème (La Grenouille et Ivan-le-Valeureux). La troisième version avait également été traduite par Luda pour les Éditions la farandole (1976).

Le conte a été rapproché principalement du conte-type AT402 (La Souris, Chatte, Grenouille, etc. ) de la classification Aarne-Thompson, même si les différentes variantes incorporent d'autres éléments, comme celui des ou de la .

Il ne doit pas être confondu avec celui, plus connu, intitulé Le Roi Grenouille ou Henri de Fer des frères Grimm.

Thème général

Préoccupé par sa succession, un roi demande à ses trois fils de tirer chacun une flèche dans une direction différente : ils épouseront alors les femmes qui ramasseront leur flèche. Les deux premiers fils rencontrent ainsi de bons partis. La flèche du plus jeune, Ivan Tsarévitch, étant tombée dans un marais, il doit épouser la grenouille qui l'a trouvée. La grenouille se révèle être en réalité une jeune magicienne du nom de Vassilissa, « la très-sage »Bien qu'également présentée comme étant d'une grande beauté, Vassilissa dans ce conte est qualifiée de premoudraïa (très-sage, dans le sens de « dotée d'une grande sagesse » – ou de connaissances magiques), et non de prekrasnaïa (très-belle), comme dans le conte intitulé Vassilissa-la-très-belle, où il s'agit d'une pure jeune fille plutôt que d'une magicienne. Luda traduit ici par Vassilissa-la-Subtile. Voir aussi l'article Le Tsar de l'Onde et Vassilissa la très-sage.. Frappée par un sort que lui a jeté un sorcier, elle a été condamnée à garder une apparence de grenouille. Malencontreusement, Ivan jette au feu la peau de grenouille, ce qui éloigne de lui la princesse, et l'obligera à entamer une quête pour la retrouver. La princesse retrouvera son apparence humaine de différentes façons selon les versions.

Variantes Variante 150a / 267 Cette variante a été recueillie dans le district de Chadrinsk auprès d'un paysan ; le manuscrit a été conservé. Dans cette version, la Princesse-Grenouille prend le nom d'Hélène-la-Belle.

Les deux premiers fils rencontrent ici, l'un la fille d'un prince, l'autre la fille d'un général. Une fois les trois fils mariés, le tsar met à l'épreuve ses brus, voulant savoir laquelle est la meilleure aux travaux d'aiguille et en cuisine. La grenouille, qui se transforme chaque nuit en belle fille et commande à des auxiliaires, réalise la plus belle chemise, et cuit le meilleur pain. Le tsar veut alors savoir laquelle danse le mieux. Les fils aînés se présentent au bal accompagnés de leurs épouses, tandis qu'Ivan arrive seul : mais la grenouille apparaît sous la forme d'une belle princesse. Pendant le repas, elle jette les os dans l'une de ses manches, verse le vin dans l'autre manche. Elle danse ensuite avec Ivan, faisant apparaître lacs et forêts d'une manche, nuées d'oiseaux de l'autre, à l'émerveillement général. Ses belles-sœurs, voulant l'imiter, ne parviennent qu'à projeter les os sur l'assistance et à l'asperger, ce qui déplaît fort au tsar.

Ivan, rentré le premier, trouve la peau de grenouille et la jette au feu. Mais lorsque son épouse le rejoint, elle se désole et lui annonce que pour cette raison, elle doit le quitter et qu'il devra la chercher « par-delà trois fois neuf pays, dans le trois fois dixième royaume ». Ivan, parti à sa recherche, tombe sur la cabane d'une sorcière, et celle-ci accepte de l'aider : elle l'envoie chez sa sœur, qui l'informe qu'Hélène vit chez une troisième sœur et lui explique comment libérer la princesse de son emprise. Arrivé chez la troisième sorcière, Ivan voit celle-ci occupée à filer de l'or. Suivant les conseils reçus, il attend qu'elle ait fini, puis dérobe et brise le fuseau : ceci fait apparaître Hélène, qui reproche à Ivan d'avoir tant tardé : elle est déjà fiancée à un autre. Ils s'enfuient toutefois sur un tapis volant appartenant à la vieille, l'autre fiancé les poursuit mais est contraint de s'arrêter alors qu'ils arrivent en Russie, où il n'a pas le droit d'entrerÉvocation de la frontière entre l'autre monde et le monde des vivants.. Ivan et Hélène rentrent sains et saufs et vivront heureux.

Variante 150b / 268 Cette variante, plus brève, a été recueillie dans les environs de Chatsk (gouvernement de Tambov) par un instituteur de village, Grigori Ostrovski.

Les deux fils aînés épousent respectivement la fille d'un général et d'un marchand. Lors du bal, celles-ci se montrent maladroites, heurtant involontairement le tsar et son épouse. La grenouille, qui s'y montre sous sa forme animale, fait apparaître d'un geste prairies et jardins, provoquant l'émerveillement. Ce n'est qu'en rentrant à la maison qu'elle rejette sa peau, qu'Ivan jette dans le poêle. La Princesse-Grenouille, courroucée, lui annonce alors qu'il devra la rechercher « dans le septième royaume » et que pour y parvenir, il devra user des bottes de fer et ronger trois pains de ferЖелезные сапоги износи и три железных просвиры сгложи! (« Use des bottes de fer et ronge trois pains (bénits) de fer ! ») Des formules similaires apparaissent dans divers contes russes (et d'autres pays) pour insister sur l'éloignement surhumain du but à atteindre. Voir notamment La Plume de Finist-Clair-Faucon et Va je ne sais où, rapporte je ne sais quoi..

Ivan, ayant usé les bottes et rongé les pains de fer, chemine affamé ; il est malgré tout conduit à épargner successivement un brochet, un ours, un fauconсоколиха, un faucon femelle. et une écrevisseLe même dialogue se répète quatre fois de suite : — Я есть хочу, я тебя съем! — Нет, не ешь меня, я тебе сгожусь (« — J'ai faim, je vais te manger ! — Non, ne me mange pas, je te servirai ! »)., avant d'arriver à la cabane d'une vieille femme, à qui il raconte son histoire. Elle s'avère être la mère de la grenouille, qui est très irritée contre lui, et elle lui demande de lui rapporter un œuf dissimulé sur l'autre rive d'un lacморе, une mer ou un lac.. Le brochet sert à Ivan de pontрыбий мост, « un pont de poisson »., l'ours brise pour lui la pierre qui contient une cane, que le faucon attrape : elle contient l'œuf, qu'Ivan laisse malencontreusement choir dans l'eau, mais l'écrevisse le lui rapporte.

La vieille casse l'œuf et confectionne une galette, avant de cacher Ivan dans un coffre. La grenouille apparaît à la manière d'une sorcière, volant dans les airsElle ne manque pas de s'exclamer qu'« il y a une odeur russe par ici ! » selon la formule consacrée. ; elle mange la galette, et se met à déplorer l'absence d'Ivan, dont elle se languit. Ivan se montre, la grenouille le prend sous son aileпод крылышко, sous [sa] petite aile. et le ramène dans le septième royaume, où ils vivront désormais ensemble.

Variante 150c / 269 Elle a été recueillie dans le gouvernement de Saratov.

Les deux premiers fils épousent les filles d'un boyard et d'un marchand. Le tsar décide d'éprouver les qualités des trois épouses et leur demande, d'abord de lui cuire un beau pain blanc, ensuite de lui tisser un tapis, enfin de l'accompagner à un festin pour voir quelle figure elles feront en société. Ivan à chaque fois se désole, mais la grenouille le tranquilliseLa grenouille enjoint à chaque fois à Ivan d'aller dormir, la nuit portant conseil., et remporte haut la main les deux premières épreuves : son pain est un pain de fête, son tapis représente le royaume tout entier. Pour la troisième épreuve, les deux frères, qui sont venus chacun avec leur épouse richement parée, se moquent d'Ivan arrivé seul : mais soudain, d'un superbe carrosse, descend Vassilissa la très-sage, qui apparaît comme la femme d'Ivan.

Pendant le festin, Vassilissa vide son verre dans sa manche gauche, jette les os du cygne rôti dans sa manche droite : ses belles-sœurs l'imitent. Mais après souper, alors que Vassilissa, en secouant ses manches, fait apparaître un lac et un vol de cygnes, les belles-sœurs ne parviennent qu'à projeter du vin et des os sur l'assistance et sur le tsar, qui les chasse.

Entretemps, Ivan, qui était rentré chez lui, a découvert la peau de grenouille de sa femme, et l'a jetée au feu. Lorsque Vassilissa arrive, elle se désole qu'il n'ait pas su attendre la fin du maléfice, et lui annonce qu'elle doit désormais le quitter et qu'il lui faudra la rechercher « par-delà vingt-neuf pays, dans le trentième royaume »Expression traditionnelle évoquant un endroit très éloigné, le bout du monde., chez Kochtcheï l'Immortel. Elle s'envole sous la forme d'un cygne.

Ivan part à sa recherche, au hasard, et rencontre un vieillard à qui il raconte son histoire. Celui-ci lui confie une pelote de fil qui roulera devant lui et le guideraMotif traditionnel, présent notamment dans le conte des Trois royaumes.. Ivan s'exécute et rencontre un ours qu'il s'apprête à tuer, mais qui le prie de l'épargner. Plus tard, il est amené à épargner également un lièvreкосой заяц, « un lièvre bigle ». L'épithète est traditionnelle dans les contes russes : voir par exemple dans Kolobok. et un jars ; il arrive au bord de la merсинее море, « la mer bleue », expression traditionnelle figée., où il sauve un brochet. La pelote s'arrête enfin devant la cabane de Baba YagaSelon l'image traditionnelle, il s'agit d'une petite isba sur pattes de poule, tournant sur elle-même : Ivan lui ordonne de se tenir « comme autrefois, comme sa mère l'avait placée, face à [lui], dos à la mer ».Cette version du conte propose l'une des descriptions les plus pittoresques de Baba Yaga : « sur le four, sur la neuvième rangée de briques, est couchée la Baba Yaga Jambe d'os, le nez fiché dans le plafond, la morve pendant au-dessus du seuil, les tétons enroulés à un crochet, en train d'aiguiser ses dents ».. Celle-ci accepte d'aider Ivan, et lui explique comment tuer Kochtcheï, dont la mort se trouve à la pointe d'une aiguille, elle-même dans un œuf, qui est dans une cane, la cane dans un lièvre, le lièvre dans un coffre au sommet d'un chêne. Les animaux épargnés par Ivan interviennent alors : l'ours déracine le chêne, le coffre tombe et se brise, le premier lièvre tue celui qui s'en échappe, le jars étourdit la cane, qui laisse tomber l'œuf dans la mer, mais le brochet le rattrape. Le tsarévitch prend l'œuf dans sa main et se présente à Kochtcheï : devant lui, il brise l'œuf, puis l'aiguille qu'il contient, et Kochtcheï périt.

Ivan-tsarévitch délivre Vassilissa et la ramène dans son royaume, où ils vivront longtemps et heureux.

Variante 150R / 270 : La Grenouille et Ivan-le-Valeureux Publiée dans une édition de colportage (loubok) en 1847, elle a été reprise par Afanassiev dans ses Remarques. Elle figure sous l'intitulé Сказка о лягушке и богатыре (« Conte de la Grenouille et du bogatyr ») et le numéro 570 dans l'édition de Barag et Novikov.

Le fils aîné épouse la fille d'un ministre, le cadet celle d'un général. Ivan cherche longtemps sa flèche avant de rencontrer dans le marais la grenouille, qui fait surgir pour lui une table garnie de mets et de boissons et le convainc de l'épouser, ce qui provoque les moqueries de ses frères et belles-sœurs. Le jour des noces, on tient la grenouille sur un plat d'or. Cependant, chaque nuit, la grenouille se transforme en belle fille, et redevient grenouille au matin.