(en ), également connu sous le nom de (), est né le au palais de Queluz, à Lisbonne, au Portugal, et mort le au même endroit. Surnommé , ou , il règne sur le Brésil du au et sur le Portugal entre le et le .
Membre de la maison de Bragance, est le quatrième enfant du régent Jean de Portugal et de son épouse l’infante Charlotte-Joachime d'Espagne. Né à Lisbonne en 1798, il quitte le Portugal avec sa famille au moment de l’invasion du pays par les forces françaises, en 1807, et grandit à Rio de Janeiro, au Brésil.
Malgré la libération du Portugal en 1811 et la chute de en 1815, les Bragance décident de rester vivre au Nouveau Monde et la colonie du Brésil est promue au rang de royaume en 1815 avec la création du Royaume uni de Portugal, du Brésil et des Algarves. L’éclatement d’une révolution libérale à Porto en 1820 oblige cependant la majorité des membres de la famille royale à rentrer en Europe en avril 1821. Avant de partir, le père de Pierre, désormais roi sous le nom de , lui confie la régence du Brésil.
Arrivé au pouvoir, le prince doit affronter à la fois la menace des révolutionnaires brésiliens et l’insubordination des troupes coloniales portugaises, qui ambitionnent de faire de lui un chef d’État fantoche. Les Cortes portugaises désirant mettre un terme à l’autonomie du Brésil, Pierre est bientôt contraint à choisir entre sa loyauté vis-à-vis de son père et les intérêts de son pays d’adoption. Il finit ainsi par proclamer l’indépendance du Brésil le et se fait couronner empereur le suivant. Après deux ans de combats sporadiques contre les forces portugaises, le Brésil obtient officiellement son indépendance le . Parallèlement, met un terme à la révolte qui tente de faire des provinces du Nordeste un État indépendant (mars 1824).
Le mouvement sécessionniste qui se développe dans la province de Cisplatine (actuel Uruguay) début 1825 parvient par contre à mettre à mal le pouvoir de . Soutenus par les Provinces-Unies du Rio de la Plata (actuelle Argentine), les révolutionnaires du sud contraignent le souverain à déclencher la guerre de Cisplatine puis à reconnaître l’indépendance du pays en 1828.
Pour aggraver les choses, Pierre devient brièvement roi de Portugal à la mort de son père, en mars 1826. Conscient de l’impossibilité de réunir à nouveau les couronnes portugaise et brésilienne, le souverain renonce finalement au trône portugais en faveur de sa fille aînée, la jeune , début mai. Cependant, à Lisbonne, son frère, le prince Michel, usurpe la couronne et se fait acclamer roi. Focalisé sur les affaires portugaises, l’empereur est alors accusé par les libéraux de ne pas s’impliquer assez dans le gouvernement du Brésil et de mener une politique conservatrice. À ces difficultés, s’ajoute un scandale provoqué par la liaison du souverain avec une courtisane du nom de Domitila de Castro et par la mort de sa première épouse, l’archiduchesse Marie-Léopoldine d’Autriche, que la rumeur l’accuse d’avoir tuée.
Après plusieurs années de tensions avec les libéraux, Pierre abdique finalement la couronne brésilienne au profit de son fils de cinq ans, le jeune , le . Il quitte alors le pays avec sa seconde épouse, la princesse Amélie de Leuchtenberg, afin de restaurer les droits de sur le trône portugais. De retour en Europe, Pierre, qui arbore désormais le titre de duc de Bragance, envahit le Portugal depuis les Açores avec une armée de partisans (juillet 1832). Commence alors une longue période de guerre civile qui embrase bientôt toute la péninsule ibérique. Pierre meurt finalement de tuberculose le , quelques mois à peine après la victoire des partisans de sur les miguelistes.
Famille vignette|gauche|Le roi de Portugal et son épouse l’infante Charlotte-Joachime. Tableau de Manuel Dias de Oliveira, vers 1815. Membre de la maison de Bragance, est l’aîné des fils survivants du roi (1767-1826) et de son épouse l’infante Charlotte-Joachime d’Espagne (1775-1830).
Par son père, il est donc le petit-fils de la reine (1734-1816) et de son époux le roi-consort (1717-1786) tandis que, par sa mère, il a pour grands-parents le roi (1748-1819) et la reine Marie-Louise de Parme (1751-1819).
Le , Pierre épouse, à Rio de Janeiro, au Brésil, l’archiduchesse Marie-Léopoldine d’Autriche (1797-1826), fille de l’empereur (1768-1835) et de l'impératrice Marie-Thérèse de Naples (1772-1807).
De ce mariage naissent sept enfants, parmi lesquels quatre atteignent l’âge adulte : Marie II (1819-1853), reine de Portugal, qui est d’abord fiancée, en 1826, à son oncle le roi usurpateur Michel I de Portugal (1802-1866) avant d’épouser, en 1835, le prince Auguste de Leuchtenberg (1810-1835), duc de Santa-Cruz, puis, en 1836, le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-Kohary (1816-1885), devenu roi consort sous le nom de Ferdinand II de Portugal ; Michel de Portugal (1820-1820), infant de Portugal et prince de Beira ; Jean de Portugal (1821-1822), infant de Portugal et prince de Beira ; Janvière du Brésil (1822-1901), infante de Portugal puis princesse impériale du Brésil (1831-1845), qui épouse, en 1844, le prince Louis des Deux-Siciles (1824-1897), comte d’Aquila et vice-roi de Sicile (1848-1848) ; Paule du Brésil (1823-1833), princesse du Brésil ; Françoise du Brésil (1824-1898), princesse du Brésil, qui épouse, en 1843, le prince François d’Orléans (1818-1900), prince de Joinville ; (1825-1891), empereur du Brésil (1831-1889), qui épouse, en 1843, la princesse Thérèse-Christine des Deux-Siciles (1822-1889).
vignette|Portrait de Léopoldine de Habsbourg et de ses enfants, de Domenico Failutti.
Devenu veuf en 1826, se remarie à la princesse Amélie de Leuchtenberg (1812-1873), fille du prince Eugène de Beauharnais (1781-1824) et de la princesse Augusta-Amélie de Bavière (1788-1851). De ce mariage naît une fille : Marie-Amélie du Brésil (1831-1853), princesse du Brésil, qui meurt avant d’avoir pu épouser son fiancé, le futur (1832-1867).
Par sa maîtresse Domitila de Castro (1797-1867), vicomtesse puis marquise de Santos, est le père de quatre enfants illégitimes : Isabelle-Marie d'Alcantara Brasileira (1824-1898), duchesse de Goiás, légitimée en 1826, qui épouse, en 1843, le comte Ernst Fischler von Treuberg (1816-1867), petit-fils du prince Charles de Hohenzollern-Sigmaringen (1724-1785). Ce sont les ancêtres du cinéaste allemand Franz von Treuberg (1907-1982) ; Pierre d’Alcantara Brasileiro (1825-1825), qui devait être titré duc de São Paulo ; Marie-Isabelle d’Alcantara Brasileira (1827-1828), qui devait être titrée duchesse de Ceará ; Marie-Isabelle d’Alcantara Brasileira (1830-1896), reconnue de façon posthume en 1834, qui épouse Pedro Caldeira Brant (1814-1881), comte d’Iguaçu.
Par une sœur de Domitila, Maria Benedita de Castro (1792–1857), baronne de Sorocaba, est le père d’un autre fils illégitime : Rodrigo Delfim Pereira (1823-1891), seigneur de la Quinta das Murtas, reconnu de façon posthume en 1834, qui épouse Carolina Maria Bregaro (1836-1915). Ce sont les arrière grands-parents du Premier ministre portugais Francisco Pinto Balsemão (1937).
Enfin, par une dernière maîtresse, Clémence Saisset (dates de vie inconnues), est le père d’un dernier fils illégitime : Pierre d’Alcantara Brasileiro (1829-?), reconnu de façon posthume en 1834.
Ascendance
Jeunesse Petite enfance thumb|left|Le prince Pierre, vers l’âge de deux ans. Tableau d’Augustin Esteve, 1800. Le futur naît le , à , au palais de Queluz, près de Lisbonne, dans le royaume de Portugal. Il reçoit alors les noms de . Devenu l’aîné des fils du prince du BrésilEntre 1645 et 1815, les titres de prince du Brésil et de duc de Bragance désignent l’héritier du trône portugais. après la mort de son frère François-Antoine, en 1801, l’enfant reçoit le titre de prince de Beira et prend, du même coup, la deuxième place dans l’ordre de succession au trône portugais.
Issus d’un mariage malheureux, le prince Pierre et sa fratrie grandissent auprès de leur grand-mère, la reine , au palais de Queluz, tandis que leur père, le prince du Brésil, réside au palais national de Mafra et que leur mère, l’infante Charlotte-Joachime, habite au palais de Ramalhão. Pierre ne rencontre ainsi ses parents qu’en de rares occasions, lors des cérémonies officielles organisées dans la résidence de la souveraine.
Les dissensions qui existent entre les parents de Pierre, et qui aboutissent à leur séparation de fait en 1802, sont dues à des divergences politiques. Depuis 1792 et la proclamation de la folie de , le prince du Brésil assume les fonctions de régent du royaume. Or, son épouse est une femme ambitieuse, qui soutient fermement les intérêts de l’Espagne et des Bourbons, même lorsqu’elle agit ainsi au détriment de son pays d’adoption et de son mari. Réputée infidèle, elle va jusqu’à tenter de renverser son époux avec le soutien d’aristocrates portugais, ce qui lui vaut d’être éloignée de la famille royale.
L’invasion du Portugal et le départ au Brésil
thumb|Le départ de la cour portugaise au Brésil. Tableau anonyme, début du . Le , les troupes de envahissent le Portugal, qui refuse d’adhérer au blocus continental dirigé contre le Royaume-Uni. Incapables de résister aux forces françaises, qui prennent rapidement la direction de Lisbonne, les Bragance décident de fuir au Brésil, la plus riche et la plus développée des colonies portugaises. Le , la cour embarque donc pour le Nouveau Monde et Pierre, qui a alors neuf ans, part pour un voyage de quatre mois à travers l’Atlantique.
Pendant ce périple, le prince se lance dans la lecture de l’Énéide de Virgile et passe de longs moments à discuter avec l’équipage de son navire. Ce faisant, il ne tarde pas à acquérir des connaissances en navigation.
Arrivés à Rio de Janeiro en mars 1808, Pierre et sa famille s’installent d’abord dans le palais auparavant occupé par les vice-rois du Brésil. Puis, le prince de Beira et son frère Michel accompagnent leur père au palais de Saint-Christophe.
Formation intellectuelle thumb|left|Le prince Pierre vers l’âge de . Tableau de Francesco Bartolozzi, vers 1809. Bien qu’il n’ait jamais été très proche de son père, Pierre ressent de l’affection pour lui et en veut profondément à sa mère pour les constantes humiliations qu’elle lui a fait subir depuis leur mariage. Une fois devenu adulte, le prince traite d’ailleurs ouvertement Charlotte-Joachime de et ne lui montre plus que du mépris.
Le contact précoce de Pierre avec la trahison, la froideur et la négligence ont un impact important sur la formation de son caractère. Tout au long de son enfance, une certaine stabilité lui est toutefois fournie par la présence de sa gouvernante (aia), Dona Maria Genoveva do Rêgo e Matos, qu’il considère comme sa propre mère, et par son précepteur (aio), le frère António de Arrábida, qui devient son mentor. Chargés de l’éducation du prince, ces deux personnages cherchent à lui donner le meilleur enseignement possible. L’enfant étudie ainsi les mathématiques, l’économie politique, la logique, l’histoire et la géographie. Il apprend par ailleurs à lire et à écrire le portugais, le latin et le français. Il acquiert en outre assez d’anglais pour pouvoir le traduire et assez d’allemand pour le comprendre. Studieux, le prince continue toute sa vie à consacrer au moins deux heures de son quotidien à la lecture et au travail intellectuel, ce qui ne l’empêche pas, parfois, de congédier ses professeurs pour se consacrer à des activités plus futiles.
Malgré ses qualités, l’éducation que reçoit Pierre n’est pas sans lacune. Pour l’historien Otávio Tarquínio de Sousa, le prince . Cependant, l’historien Roderick J. Barman explique aussi qu’il était, par nature, . Tout au long de sa vie, il est resté impulsif et n’a jamais appris à se contrôler ou à évaluer les conséquences de ses décisions pour les adapter en fonction des changements de situation. De fait, son père n'a jamais autorisé personne à le corriger lorsqu’il était enfant.
Du célibat au premier mariage