Christian Bouche-Villeneuve, dit Chris Marker (parfois écrit Chris. MarkerDans une lettre reproduite dans le numéro 46 de la revue Vertigo, en , Marker indique que son insistance à une certaine époque pour ajouter un point après le prénom relevait d'une .), est un réalisateur, écrivain, illustrateur, traducteur, photographe, éditeur, philosophe, essayiste, critique, poète et producteur de cinéma français, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le à Paris.

Pour le public, son œuvre renvoie à ses films majeurs : La Jetée, Sans soleil, Le Joli Mai, Le fond de l'air est rouge et Chats perchés. Pour l’essentiel, ce sont des documentaires, définis dès le départ, selon André Bazin, comme des essais cinématographiques.

Cependant, son œuvre d'ensemble ne se limite pas aux films qu'il a signés. En effet il collabore activement avec d’autres réalisateurs, écrivains, acteurs, artistes ou simples ouvriersNotamment Costa-Gavras, Yves Montand, Alain Resnais, Paul Paviot, Yannick Bellon, Alexandre Medvedkine, Jorge Semprún, Benigno Cacérès, Thoma Vuille, Mario Ruspoli, Joris Ivens, Haroun Tazieff, William Klein, Mario Marret, Akira Kurosawa, Patricio Guzmán… Il soutient les jeunes, notamment le collectif Kourtrajmé ou Isild Le Besco, en qui il voit ..

Son œuvre porte sur l'histoire mondiale autant que sur les trajectoires individuelles. La mémoire, le souvenir et la nostalgie du temps passé en constituent les thèmes récurrents.

Biographie Famille et jeunesse Christian Bouche-Villeneuve naît le , à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).. Il est le fils de Georges Hippolyte Bouche-Villeneuve, , inspecteur des agences de la région parisienne du Crédit lyonnais, et de Jeanne Marie Henriette Villeneuve, D'après son acte de naissance, qui mentionne également son mariage et son décès. Voir aussi .. Ses premières années sont cependant obscures et Marker lui-même a contribué à la confusion en transmettant délibérément des informations erronées aux journalistes. Par exemple, certaines sources affirment qu'il est né à Belleville., d'autres à Oulan-Bator.. ou à Pékin.,

Contrairement à la légende qu'il a lui- même inspirée (dans Immemory entre autres), il ne réside pas pendant deux ans à Cuba avec son oncle. Enfant, Christian vit à quelques dizaines de mètres du lycée Pasteur (Neuilly-sur-Seine), où il étudie dans les années 1930. Bien qu'élève dans la section Philosophie, il ne suit pas les cours de Jean-Paul Sartre, alors tout jeune agrégé, qui est responsable de l'autre classe de philosophie et qui quitte très rapidement l'institution.

Études et Seconde Guerre mondiale Alors élève de terminale, Christian Bouche-Villeneuve crée en 1938 avec Serge Dumartin et Bernard Pingaud le journal du lycée, intitulé Le Trait d'union, en tant qu'éditeur sous le pseudonyme de Marc Dornier.. Il commence sa licence de philosophie lorsque la guerre éclate, puis rejoint son père à Vichy (en zone libre, après que Paris est passée sous occupation nazie).

Croyant pouvoir offrir une vision positive aux jeunes, il publie, à l'été 1941, La Revue française: Cahiers de la Table ronde, sous le même pseudonyme de Marc Dornier, en compagnie de son ami de lycée Bernard Pingaud. Cette revue littéraire à tendance pétainiste, suivant les idées de la révolution nationale, est destinée aux jeunes Français alors en perte de repères et à l'avenir des plus obscursCette information a été rendue publique pour la première fois dans l'article d'Éric Marty « Un moment pétainiste dans la vie de Chris Marker », paru dans Le Monde du , déclenchant un tollé chez certains admirateurs du cinéaste . Cette publication s'achève très rapidement : la revue ne connaît que deux numéros, le troisième étant abandonné avant même l'impression.

C'est définitivement déçu par la politique du maréchal Pétain, alors que les Américains de leur côté entrent en guerre en , que Marker quitte Vichy et se rend en Suisse. Il rejoint alors la Résistance et se retrouve, à la Libération, dans l'armée américaine Adam Bartos et Colin MacCabe, cités dans .Voir aussi la visite de l'atelier de Marker par Agnès Varda dans le premier volet de la série Agnès de ci de là Varda, réalisée entre 2008 et 2010 et produite par Arte. Marker y confirme son activité au sein de la Résistance et de l'armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale..

Écriture (1946-1952) Après la fin de la guerre, Chris Marker écrit pour la revue Esprit, qui reparaît entièrement refondue après avoir été interdite en 1941 sous le régime de Vichy. Dirigée par le philosophe Emmanuel Mounier, héritier de l'existentialisme et prônant un catholicisme de gauche, la revue s'intéresse aux questions sociales et au dialogue avec le communisme dans l’intention de participer aux débats de l'après-guerre. Marker y fait ses armes et y publie de nombreux articles entre 1946 et 1955 : des commentaires sur l'actualité politique, des poèmes, des recensions littéraires et cinématographiques.

Il adopte le pseudonyme de Chris Marker, imaginé d'après son prénom (Christian) et une marque de stylos populaire à l'époque, Magic Markers.. Christian Bouche-Villeneuve souhaite en effet voyager fréquemment hors de France, et « Chris Marker » est un nom facile à prononcer dans de nombreuses langues..

Mais surtout, il travaille activement pour les organisations Peuple et culture et Travail et Culture. Ces organisations sont créées au lendemain de la Libération avec l'ambition Peuple et Culture (sous l'onglet « valeur »). Voir aussi le manifeste de Peuple et Culture rédigé durant l'été 1945 et intitulé « Un peuple, une culture ». et sont proches de l'équipe dEsprit mais aussi du Parti communiste français (PCF). L'un des principaux animateurs de ce projet n'est autre qu'André Bazin, qui cofonde en 1951 les Cahiers du cinéma. C'est également dans les bureaux de Travail et Culture, rue des Beaux-Arts à Paris, que Marker rencontre, à la fin des années 1940, Alain Resnais, avec lequel il se lie d'amitié et collabore par la suiteMarker précise dans un entretien accordé à Simone Dubreuilh qu'il s'occupait .

Durant cette période, il publie un roman, Le Cœur net (1949), plusieurs poèmes et un essai sur Jean Giraudoux intitulé Giraudoux par lui-même (1952). Trilingue, il traduit également des ouvrages allemands et anglais en français. Il dirige par ailleurs, avec Joseph Rovan, les premiers numéros de la revue de Peuple et Culture, DOC (et sa version allemande DOK), et édite plusieurs documents pédagogiques pour l'association en collaboration avec les éditions du Seuil.

À la suite d'une violente critique de Thomas, représentante du secrétariat du PCF chargé du « contrôle » des publications de Peuple et Culture, qui lui reproche d'avoir publié un extrait de L'Espoir d'André Malraux qu'elle considère comme un , Marker quitte la direction de la revue DOC. Il continue son activité comme animateur à Peuple et Culture et est engagé au Seuil pour diriger la collection « Petite Planète »...

Dans l'œuvre de Chris Marker comme dans celle de Jean-Luc Godard, la citation est un élément important et récurrent. Il affirme cet intérêt, dès 1949, dans l'introduction de L'Homme et sa liberté, à savoir que l'

Voyages (1952-1966) Des films de commande aux Statues meurent aussi Au début des années 1950, Chris Marker commence sa carrière cinématographique, parcourant le monde pour l'UNESCO, afin de .. En 1952, avec les fondateurs de l'organisation Peuple et Culture Joffre Dumazedier et Benigno Cacérès, il réalise Olympia 52, un documentaire sur les Jeux Olympiques d'Helsinki, commissionné par l'organisation et qui fait partie de son projet d'éducation populaire. Dans le même temps, Marker poursuit son travail avec Alain Resnais sur le court métrage documentaire Les Statues meurent aussi, très influencé par le thème malrucien du « Musée imaginaire », ouvrage paru en 1947.

L'idée d'un film sur « l'art nègre » est déjà en gestation dans les esprits de Resnais et Marker, ce depuis fin 1948 - début 1949, alors que Resnais connaît le plein succès avec son court-métrage Van Gogh (1947), pour lequel il vient d'obtenir un Oscar. Les Statues meurent aussi est commandé en 1950 par l'éditeur Présence africaine, pour être achevé en 1952, après de multiples difficultés aux limites de l'insurmontable (dont le simple fait que Resnais, Marker et leur directeur photo Ghislain Cloquet n'y connaissent alors rien en art africain). Avant de sortir en salle, le film est censuré par la Commission de contrôle, qui refuse son visa d'exploitation notamment à cause d'un discours anticolonialiste. Une version tronquée sort dix ans plus tard.

Le « film-essai » comme genre propre Olympia 52 et Les Statues meurent aussi suggèrent déjà l'esprit de voyage qui caractérise le travail de Chris Marker pendant toute la période qui suit. Comme le dit Catherine Lupton dans sa monographie sur Marker, En effet, les films Dimanche à Pékin (1956), Lettre de Sibérie (1958), Description d'un combat (1960) et Cuba si (1961) sont respectivement le fruit de voyages en Chine, en Sibérie, en Israël et à Cuba.

Dans Lettre de Sibérie, Chris Marker joue à remettre en cause la supposée « objectivité » du genre documentaire en répétant trois fois la même séquence tout en variant uniquement le commentaire. André Bazin voit dans Lettre de Sibérie la naissance ou la consolidation d'un genre qui sera dès lors inséparable de Chris Marker, pour ne pas dire synonyme : le « film-essai »..L'expression précise qu'utilise Bazin pour caractériser Lettre de Sibérie est , réduit par la suite en ..

Cuba si (1961) contient deux entretiens avec Fidel Castro filmés juste avant le débarquement de la baie des Cochons. Comme le ton est anti-américain, le gouvernement français censure le film jusqu'en 1963.

Marker et la photographie Lorsqu'il ne tourne pas, Chris Marker fait de la photographie. En 1956, il publie son portfolio Clair de Chine dans la revue Esprit. En 1959, un voyage en Corée du Nord est à l'origine du recueil de photographies Coréennes, qu'il décrit comme un court métrage fait avec des images fixes, anticipant ainsi La Jetée (1962). Il y a un fort intérêt politique derrière ces voyages, dont quatre ont été faits au sein de pays socialistes.

Tout en réalisant ses films, Marker devient en parallèle le directeur de la collection « Petite Planète » aux éditions du Seuil, qui offre une alternative aux guides de voyage plus classiques et dont il est le responsable entre 1954 et 1958.. Il y développe alors une forme nouvelle d'alliance entre le texte et l'image : la photographie n'est plus reléguée au seul statut d'illustration, mais devient un complément indispensable du texte.

Entre son voyage à Cuba en 1961 et son voyage au Japon en 1964, Marker retourne en France pour réaliser deux films fondamentaux dans sa carrière : Le Joli Mai et La Jetée, tous les deux sortis en 1962.

1962, année faste : Le Joli Mai et La Jetée Le Joli mai est un long documentaire co-réalisé avec Pierre Lhomme, à partir de d'entretiens avec des Parisiens, avec un commentaire en voix-off lu par Yves MontandDans la version anglo-saxonne, le commentaire est lu par Simone Signoret.. Le film s'inspire du cinéma-vérité promu par Jean Rouch et Edgar Morin, en particulier avec Chronique d'un été (1960). Chris Marker cherche à faire une radiographie spirituelle et idéologique des Parisiens : Marker et son équipe leur posent des questions variées (leurs espoirs, leurs opinions, leur quotidien, leur point de vue sur le bonheur, l'amour, la guerre d'Algérie, la paix, le futur) et, bien que le commentaire soit moins présent que dans ses travaux antérieurs, il est encore très important comme conscience critique.