vignette|300px|L'île d'Aurigny et l'îlot de Burhou au fond à droite. Aurigny (en , en auregnais : Aoeur'gny) est une des îles Anglo-Normandes. Elle fait partie du bailliage de Guernesey. Elle mesure cinq kilomètres de long et trois kilomètres de large, ce qui en fait, par son étendue, la troisième île de l'archipel.

Géographie Aurigny est l'île anglo-normande la plus proche à la fois des côtes françaises (à de La Hague sur la péninsule du Cotentin) et de la Grande-Bretagne ().

Le territoire de l'île a une superficie de près de .

Géologie et relief D’un point de vue géologique, les sols d’Aurigny sont majoritairement composés de granites de la période précambrienne.

Comme les autres îles Anglo-Normandes, Aurigny est entourée de falaises abruptes interrompues par de longues plages de sable et des dunes. Le point culminant de l’île se trouve sur le plateau central, à environ au-dessus du niveau de la mer.. Elle présente deux côtes bien différentes, accessible au nord avec son port présentant une vaste rade, et bordées de falaises granitiques au sud.

La côte et les plages

Courants marins Aurigny est encerclé de deux courants marins très violents : le Swinge (passage au Singe) entre Aurigny et Burhou et le raz Blanchard, entre l’île et la côte du Cotentin. Une longue digue brise-lames fut construite pour protéger les installations portuaires du port de Braye.

La présence de rochers tout autour de l’île rend la navigation périlleuse et a provoqué de nombreux naufrages. Les Rochers des Corbet (Corbet Rocks) représentent un danger de plus dans le passage du Singe.

L'épave du SS Emily Everson peut être visitée à marée basse dans la baie de Clonque et le musée d'Aurigny regroupe les trouvailles faites sur les restes d'un navire élisabéthain datant du ..

Climat  Le climat est tempéré, et les hivers y sont habituellement plus chauds que sur les autres îles Anglo-Normandes.

Faune et flore  Aurigny est entourée de petits îlots abritant une faune et une flore très riche. Cependant, sur l’île, la présence d’arbres est plutôt rare. Beaucoup ont été coupés au afin d’alimenter les phares d’Aurigny et des Casquets. La grande majorité des arbres restant fut détruite pendant l'occupation allemande. Parmi les espèces encore présentes sur l’île, on trouve le cordyline australis. Un projet mené par Alderney Wildlife Trust vise à replanter des espèces locales telles que le chêne, le houx, le hêtre, le prunelier, etc..

Aurigny et les îlots environnants sont bien connus pour abriter une population de macareux notamment à Burhou et de fous de Bassan (aux Etacs et à Ortac).

La colonie de fous de Bassan compte près de ( sur Les Etacs et sur Ortac d'après le comptage de 2011). La colonie s'est installée dans les années 1940 et ne cesse de s'accroître depuis. Après avoir passé les mois d'hiver au large, ces oiseaux reviennent former la colonie dès la fin janvier/début février. Les derniers juvéniles prennent leur envol début octobre.

Burhou compte sept espèces d'oiseaux marins nicheurs, le grand Cormoran, le cormoran huppé ( en 2014), le goéland brun ( en 2014), le goéland argenté ( en 2014), le goéland marin ( en 2014), l'océanite tempête (population estimée à en 2014) et le macareux moine ( occupés en 2012, 168 en 2013 et 143 en 2014).

Parmi les autres espèces remarquables nichant sur Aurigny, on trouve la sterne pierregarin, le grand-gravelot, le râle d'eau, le fulmar boréal, le faucon pèlerin, le grand Corbeau et la fauvette pitchou.

Outre un site ornithologique exceptionnel, l’île est connue pour ses hérissons blonds. Il ne s'agit non pas de hérissons albinos mais de la forme leucique du Hérisson Européen.. Qu'ils soient bruns ou blonds, les hérissons d'Aurigny ne transportent pas de parasites. Leur présence est attestée sur Aurigny depuis les années 1960, quand un couple y a été introduit.. En 2008, on estimait que le hérisson blond représentait un quart de la population de hérissons de l’île.. Des sorties naturalistes pour l’observation des hérissons sont organisées par l’association pour la protection de la nature, Alderney Wildlife Trust..

Le phoque gris est présent autour d'Aurigny. Il est fréquemment observé au nord de l'île. Renonquet est un îlot qui sert de reposoir à l'espèce. Plusieurs autres espèces de mammifères marins (grand dauphin et Dauphin commun) sont occasionnellement observées au large d'Aurigny.

Un seul reptile est présent sur l'île d'Aurigny, il s'agit de l'orvet fragile. Plutôt rare et difficile à observer, Alderney Wildlife Trust porte une attention particulière à cette espèce en 2015 et recense toutes les observations afin de mieux connaître les sites où elle est présente.

Autrefois, l’île avait sa propre race bovine. La race s’est éteinte en 1944 du fait de l’occupation allemande.. Des spécimens hybrides existent toujours, mais uniquement aux États-Unis et au Royaume-Uni. De nos jours, l’importation de vaches et de taureaux étant interdite sur les îles Anglo-Normandes, on trouve surtout des vaches originaires de Jersey, la jersiaise, et de Guernesey, la guernesiaise..

Depuis , la côte ouest d’Aurigny ainsi que les îles environnantes, comme Burhou et Ortac, ont été reconnues Zones Humides d'importance internationale ( Liste des zones humides d'importance internationale de la convention de Ramsar) par la convention de Ramsar.

L’association Alderney Wildlife Trust, pour la protection et la mise en valeur des richesses naturelles de l’île, gère le site Ramsar et les deux réserves naturelles : Longis et Vau du Saou..

Langue La langue aurignaise, langue normande, a disparu à l’époque victorienne (deuxième moitié du ) avec l’arrivée de nombreux Britanniques venus construire les fortifications puis au avec l’évacuation de la population vers le Royaume-Uni lors de la Seconde Guerre mondiale. On en retrouve des traces dans la toponymie : le nom des rues et des lieux sont français, certains noms de famille aussi. Un petit groupe tente de faire revivre le dialecte d'Aurigny.

Toponymie Dans l'Antiquité, l'île apparaît dans lItinéraire d'Antonin, au , sous le nom de Sarmia..

Le nom de l'île est attesté pour la première fois sous la forme Alneroi en 1022 - 1026 avec les autres îles de la MancheMarie Fauroux, « Recueil des actes des ducs de Normandie (911–1066) » in Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XXXVI, Caen, 1961, § 9., Arenon (acc.) vers 1040, Aurrene (acc.) vers 1040, Aurenoy en 1056, Aurenoio (abl.) en 1063-1066, Auremen milieu du (Roman de Rou). Alderney en anglais.

-oi est une variante plus récente de -ei que l'on rencontre davantage dans les textes picards et de l'est de la France, mais parfois aussi en Normandie. Cette terminaison -ei reflète en général l'évolution d'oïl du suffixe collectif gallo-roman -ETU servant par exemple à dériver des noms d'arbres pour signifier un ensemble appartenant à la même espèce, cf. ancien français Chesnay « chênaie », « saulaie », etc. Cependant, la forme en -oi dans ce cas est liée à un phénomène d'analogie, -ei représentant ici le vieux norrois ey « île » qui constitue également le second élément du nom des autres îles de la Manche comme Jersey, Guernesey et Chausey. L'évolution -ei (> -ey) / -i (> -y) est constatée pour Chausey également Chausie en 1322 et se rencontre également dans les toponymes issus des collectifs d'arbres : Fay ou Fy « Hêtraie ».

L'étude du premier élément Alner- est plus complexe. René Lepelley découpe l'anglais Alder- en deux éléments issus du vieux norrois alda « vague » + renna « courant » ajoutés au vieux norrois -ey, d'où le sens global d’« île aux courants agités »« La présence des Vikings dans les langues de l'Europe du l'ouest : l'héritage maritime des Vikings dans les noms de lieux des côtes du Nord-Cotentin » René Lepelley, L'Héritage maritime des vikings en Europe de l'Ouest, sous la direction d'Élisabeth Ridel, Presses universitaires de Caen, 2002 , .. Il se base sur un constat d'ordre géographique : Aurigny se situe en effet dans le courant du Raz Blanchard.

Cette solution, outre ce découpage insolite en trois éléments, ne tient pas compte des formes anciennes qui montrent que la forme initiale est Alner- et non pas *Aldern- (ni *Alderen- d'ailleurs). En français, on constate une métathèse de [r] : Alner- > *Alren- qui explique la forme moderne *Aurign-. Cet élément n'est pas identifiable. La forme anglaise Aldern- résulte de la même métathèse avec l'adjonction d'une consonne d'appui [d], comme dans le vieil anglais alor, aler « aulne » > alder (tree) « aulne ». Louis Guinet propose l'évolution phonétique suivante : *Aedhelraemnoi > *Alrannoi > *Alranoi > *Auranoi > Aurenoi. Aurigny procède dans son premier élément de l’anglo-saxon Aedhelraem (comprendre Æðelræm), le second élément étant le vieux normand -oi « île »Louis Guinet, « Les Îles Anglo-Normandes », Contribution à l'étude des établissements saxons en Normandie, Presses universitaires de Caen (lire en ligne).. Cependant, son hypothèse est incompatible avec la forme la plus ancienne dont il n'avait sans doute pas connaissance ou qu'il ne prend pas en compte. En effet l'anglo-saxon Aedhelraem ne s'accorde avec la forme Alneroi que si l'on considère a priori la forme primitive comme résultant d'une métathèse fautive pour *Alrenoi.

Microtoponymie L'île de Burhou, Bureho vers 1450, tirerait son nom de byrr (vent favorable) et holm (îlot).

La baie de Craby, krappr (étroit) et vik (baie), et Longy avec l'adectif langr (long), un Langvik.

Histoire À la fin de la dernière glaciation, l'île est encore rattachée au continent et on y décèle des traces d'occupation du Néolithique, de l'âge du bronze et de l'âge du fer.

Les Romains s'en servent de plate-forme d'échange commerciaux afin d'éviter la piraterie. Un site portuaire gallo-romain dans la baie de Longis est attesté, et aurait pu servir de zone d'échouage à des navires de patrouilles. Les Vikings font d'Aurigny une base arrière de la Hague, où ils vont se retrancher.

Moyen Âge Notre connaissance de l'histoire d'Aurigny jusqu'au est très lacunaire. Elle suivit probablement les grands mouvements qui ont affecté le nord-ouest européen de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge. À savoir : à la fin du conquête par les peuples germaniques ; à partir du raids scandinaves ; en 867 rattachement temporaire au royaume de Bretagne à la suite du traité de Compiègne.

En 933, l'île d'Aurigny, avec les autres îles Anglo-Normandes, le Cotentin et l'Avranchin, est incorporée au duché de Normandie, à la suite de la concession faite à Guillaume Longue-Épée, fils de Rollon, par le roi Raoul de Bourgogne au détriment du duché de Bretagne. Aurigny dépend alors de l'évêché de Coutances.

Entre 1035 et 1038, dans une charte, le duc Guillaume de Normandie concède Aurigny avec l'ile de Sercq à l'abbaye du Mont-Saint-Michel, en échange de la moitié de Guernesey. Une seconde charte rédigée entre 1055 et 1066, dispose que l'église de l'île que l'on nomme Aurigny, avec sa dîme est remise au diocèse de Coutances, comme Jersey, Guernesey et Sercq. En 1057, l'évêque de Coutances reprend le contrôle de l'île. qu'il avait abandonné au moment des raids vikings.

À la suite de l'installation, entre 1063 et 1066, par le duc de Normandie Guillaume le Bâtard de trois chanoines à Cherbourg pour le service religieux de la chapelle du château ducal, et leur avoir constitué des prébendes, un Guillaume de Vauville offre à l'un des chanoines de prélever sur son domaine, l'église d'Aurigny avec toutes ces dîmes et y ajoute trois bouvées de terre du même lieu.